Une discrète petite place

La Place Édouard Roussel se situe entre les rues d’Isly, de l’Industrie et Descartes. Elle présente une forme rectangulaire de 80 mètres de long sur 40 mètres de large. Les propriétaires des terrains requis pour sa construction furent Mme Veuve Louis Watteau–Tiers, rentière, demeurant 36 rue d’Inkermann et François Tiers, cultivateur, demeurant 29 Place du Trichon, tous parents du fermier du Trichon Auguste Tiers. Sur le plan apparaît déjà le commissariat de la rue des Arts, construit en 1880. Du côté de la rue de l’Industrie, il y a déjà les forts Sion et Briet.

Plan du quartier avant la lace doc AmRx

Cette Place fait partie du projet des six places publiques1 de l’équipe municipale de Julien Lagache adopté par le Conseil Municipal en juin et décembre 1891. Il faut signaler que ces places ne sont pas destinées à être des parvis d’église mais plutôt à accueillir des marchés de quartier. Le 3 mai 1893, il est envisagé d’entourer le terre-plein central de deux rangées d’arbres. Sur les plans, la Place porte la dénomination de Place du 1er Mai. Cette appellation est remplacée dans les mois qui suivent par celle de Place du Commerce, pour faire bon voisinage avec les rues des Arts et l’Industrie toutes proches.

Plan de la place doc AmRx

Il faut attendre 1898 pour la construction d’un aqueduc le long du front nord de la Place, alors qu’on déjà fait construire quelques maisons. Les travaux de pavage des chaussées suivront mais une des habitantes écrit au Maire de Roubaix en mai 1902, pour lui signaler l’état défectueux de la chaussée. Elle demande que cette chaussée soit pavée sur toute sa longueur et les riverains intéressés y participeront pour au moins un tiers, ce qui nous permet de connaître leurs noms : Melle Séverine Carpentier, MM. Dejonghe, A. Delescluse, M. Vandenbeulque et Louis Tiers.

Vue de la place prise de la rue d’Isly CP Méd Rx

La place ne comprendra que neuf maisons qui seront numérotées de 2 à 18, les autres côtés du rectangle formé par elle étant repris dans les numéros des rues de l’Industrie, Descartes et d’Isly. La très belle maison située à l’angle avec la rue Descartes a été construite en 1904 par l’architecte Achille Dazin pour M. Louis Tiers. C’est le 18 septembre 1911 qu’on donnera le nom d’Édouard Roussel à la Place du Commerce suite au décès de ce fabricant de tissus, qui fut Maire adjoint de Roubaix et Conseiller général.

La belle maison de Louis Tiers 1904 CP Méd Rx

Qui habite aujourd’hui cette magnifique rangée de maisons ? De l’après seconde guerre au milieu des années quatre-vingt-dix, il s’agit plutôt d’une population de classe moyenne, locataire et donc très mobile. On y trouve un médecin, des représentants, des employés, un instituteur, un contremaître, un expert du textile, des magasiniers et des ouvriers.

La place Roussel est un lieu très animé comme nous le prouve ce relevé des festivités contemporaines. En 2009 l’opération « Faites le printemps » se déroule Place Roussel autour de 5 grandes thématiques : Mesures initiatives liées aux économies d’énergie, les modes de déplacements, le tri et la réduction des déchets, manger sain et la nature en ville. Un atelier sur les nichoirs, Concours de fleurissement ! On récidivera en 2010. En 2015, c’est une fête organisée en quelques semaines, un rendez-vous imaginé pour fédérer les bonnes volontés autour du vélo. En 2016, à Roubaix, on danse sur les places ! De grands bals s’installent dans toute la ville ! Au programme du Bal des Quartiers Ouest : Adequat (chanson française et variété internationale), le 2 juin de 19h30 à 23h, Place Edouard Roussel. Plus récemment en 2018, l’association Le Fil de l’Epeule organise une journée de fête entre voisins sous la forme d’un tournoi de pétanque à partir de 10 h (il faut ramener ses propres boules) puis un repas convivial, salades et barbecue jusque 16 h. La manifestation est soutenue par la Ville de Roubaix et le PIC (projet d’initiative citoyenne).

Affiche fil de l’épeule

1 Places de la Nation, du Progrès, Carnot, du Travail, de la Fraternité et du Commerce

 

 

Présentation du Cul de four

Le quartier du Cul de four se constitue progressivement dans la seconde partie du dix neuvième siècle. On se rendait autrefois à Tourcoing par un chemin qui démarrait à la Place de la Fosse aux Chênes et serpentait par la campagne. Cette première voie constituera plus tard le tracé des rues Saint Joseph, Turgot et Cadeau, avant que la rue de Tourcoing ne soit ouverte entre 1835 et 1836. Cette ouverture va favoriser l’industrialisation du quartier le long de son tracé : les noms des rues Duflot et Jacquard en attestent, la première du nom d’un industriel qui fut installé là, la seconde du nom de l’inventeur du métier à tisser.

stfrançois copieL’église des Récollets Collection particulière

En octobre 1857, les Frères Récollets arrivent à Roubaix, venant de Gand, pour exercer leur ministère auprès de leurs compatriotes flamands, que l’expansion de l’industrie textile a attirés à Roubaix. Le 21 novembre 1857, est posée la première pierre du Couvent Saint Joseph, et le 15 mai 1859 démarre la construction de la Chapelle du Couvent, future église Saint François d’Assise, conçue par l’architecte Dewarlez. L’église est bénie le 23 juin 1860. Entre-temps, c’est un quartier tout entier qui se bâtit, auquel on donnera le nom de Saint Joseph. Il est à l’époque entouré au nord par le sentier de la basse masure, à l’est par le sentier de l’Ommelet à la Basse Masure, au sud par le chemin des Sept Ponts, et à l’ouest par l’ancien chemin de Tourcoing, autrefois nommé rue du Cul de Four (aujourd’hui rue Turgot et deuxième partie de la rue St Joseph). On prévoit d’ouvrir des rues, dont la rue de Flandre et la rue St Joseph, ouvertes en 1857. Puis on réalise la rue Daubenton qui sera réalisée en trois étapes de 1860 à 1875 jusqu’à sa jonction avec la rue de Constantine.

gandLe canal de Roubaix Quais d’Anvers et de Gand Photo Nord Eclair

Entretemps la réalisation du nouveau tracé du canal dans les années 1870 renforcera l’activité du quartier par le nord : ainsi le quai de Gand dénommé en 1867 accueillera les magasins de stockage des charbonniers ou des entrepreneurs, et des transporteurs (voituriers-camionneurs.  De grandes structures métalliques apparaissent, grues mobiles, appareils électriques de déchargement pour le coke, appareils fixes de déchargement des charbons, portiques pour le déchargement des matériaux. Le quartier est ainsi délimité dans sa configuration actuelle depuis le début du vingtième siècle. De nouvelles rues apparaissent dans les années 1880, Iéna, Wagram, Marengo, Meyerbeer où s’installent des activités diverses : une brasserie, une école de natation, remplacée par une usine d’incinération, et aujourd’hui par une grande surface commerciale.

meyerbeerBrasserie de l’Union Roubaix Tourcoing rue Meyerbeer Photo Collection particulière

La rue Turgot et la rue de Flandre assuraient la circulation du nord vers le sud dans le quartier, mais il faut attendre les années 1890 à 1900 pour joindre la rue de Tourcoing au boulevard de Metz. La rue Voltaire et la rue Rollin, assureront cette jonction. La rue Olivier de Serres viabilisée en 1884 établit la jonction entre la rue Voltaire et la rue Daubenton, alors qu’une école s’y est installée depuis quelques années. La place du Progrès est créée en 1896, et c’est l’aboutissement de la structuration du quartier engagée depuis 1890 qui comprend l’appropriation de l’ancien fort Bayart en rue (1891) et la création des rues Grétry et Labruyère (1891).

olivdeserÉcole rue Olivier de Serres Photo PhW

Nombre de rues et d’activités ont depuis disparu de ce quartier autrefois très animé. Que s’est-il passé ? Quelles sont les traces de ce passé ? Comment se présente l’évolution du quartier ? C’est à partir des souvenirs de l’après seconde guerre mondiale que l’atelier mémoire du Cul de four se propose de restituer la mémoire du quartier, selon l’adage bien connu : c’est avec l’éclairage du passé que l’on comprend le présent et que l’on prépare l’avenir !

 

La pharmacie de l’Avenir

La pharmacie de l’Avenir est familière à plusieurs générations d’habitants du quartier. Elle semble être implantée place Spriet depuis toujours.

FourmiesI169-Ph

Photo Jp Maerten

Dans les années 20, le quartier se construit et commence à prendre l’aspect que nous connaissons aujourd’hui. C’est l’ époque où la plupart des maisons entre la place du travail et la place Spriet s’implantent. La construction des HBM ne va pas tarder.

En 1925, le terrain faisant l’angle de l’avenue Linne et du Boulevard de Fourmies fait partie de la propriété de M. Narcisse Jaune, qui possède un café au n° 103-105, devenus au moment de la renumérotation de la fin des années 30 les numéros 163 -165. Le terrain est ensuite cédé, et, le 21 Juin 1927, monsieur Lerouge, habitant Willems demande l’autorisation de construire un immeuble à cet endroit. L’architecte est J. Debonneville, rue St Georges à Roubaix. Le plan montre la vitrine d’une boutique au rez-de-chaussée, et l’immeuble est prévu pour plusieurs logements, desservis par une porte placée à gauche de la façade. Son plan correspond tout à fait à ce que nous connaissons aujourd’hui :

FourmiesI169-Pl

Document Archives municipales

En 1929, l’immeuble n’est toujours pas en service (le numéro n’existe pas encore dans la rue), mais en 1932, on trouve M. Lerouge parmi les habitants du n° 111. En 1933 on trouve notamment à cette adresse R. Declercq, confections dames.

A partir de 1935, on rencontre la première mention d’un monsieur A. Lhuillier, pharmacien au 169 bis. A partir de 1955 le numéro deviendra le 171,et M. Lhuillier y figure encore. Il tiendra encore la pharmacie en 1965, trente ans après son arrivée.

En 1970, la dénomination devient la Pharmacie de l’Avenir. Deux pharmaciens figurent à cette adresse, C. Clerc et F. Doogbaud. La pharmacie est-elle devenue trop importante pour un seul pharmacien ? Qui pourra compléter l’histoire de cette pharmacie ?

Petit inventaire des ducasses

ducassesdiversesDucasse du chemin neuf 1 et 2 du Nouveau Roubaix 3 Photos Nord Éclair

L’atelier mémoire a collecté dans la mémoire de ses membres le souvenir des ducasses qui animaient autrefois les quartiers sud. Où se déroulaient-elles ? A quel moment ? La liste n’est pas close et cet article se présente comme un appel à témoignages. Il faut rappeler qu’autrefois, la ducasse était une fête traditionnelle de village, en Belgique et dans le Nord de la France, qui trouvait son origine dans le mot dédicace désignant la consécration d’une église, d’un oratoire et par extension la fête annuelle commémorant cet événement. Ducasse est la forme picarde pour fête patronale, fête publique, comme kermesse, mot issu du flamand désigne une fête patronale, une fête de village. La dédicace se commémorait annuellement par une fête dont la procession était le centre. Il s’agissait de faire le tour de la paroisse selon un itinéraire immuable, à l’image de ce qui se déroule encore en Italie ou en Espagne. On accompagnait les reliques ou la statue du saint patron qui visitait ainsi ses terres et les protégeait. Après les dévotions, c’était l’heure du repas, puis venait le moment des jeux et des réjouissances populaires : attractions foraines, concert, jeu de balle, tir à l’arc, et bal pour terminer la fête.

Les ducasses contemporaines sont devenues des fêtes publiques communales, locales ou de quartiers. A Roubaix, on se souvient encore de la Foire qui se déroulait pendant quinze jours le lundi après Quasimodo, soit la deuxième quinzaine d’avril, sur l’esplanade des boulevards Leclerc et Gambetta, avant que l’automobile et les transports en commun aient raison de cet espace public. Chaque quartier avait également sa ducasse dont nous avons tenté de retrouver la trace pour les quartiers sud.

Les recherches menées auprès de la mairie des quartiers sud nous apprennent que les forains présentent des demandes d’installation individuelle ou collective à la Ville. Le Service Animation traite ces demandes, établit l’autorisation, fait le lien avec le Service des Finances pour les droits de place et avec les Services Techniques de la Ville pour l’ouverture des compteurs (eau, électricité) et éventuellement d’autres prestations (barrières, …). Actuellement, les installations ont lieu en mai et en octobre/novembre sur les places de la Fraternité et du Travail. Il existe d’autres installations plus ponctuelles dans le cadre de festivités (Fête du 1er Mai Place du Travail, brocante de la Rue Ingres en Septembre). Cette organisation met en évidence que les ducasses sont à présent plus des fêtes foraines liées à des événements publics, festifs, voire commerciaux.

Un membre de l’atelier rapporte que les forains distribuaient des tickets gratuits pour des tours de manège, mais que l’argent de poche de l’époque ne permettait pas de suivre toutes les fêtes foraines qui étaient relativement nombreuses et rapprochées dans le temps. Une liste datée de 1963 nous donne chronologiquement les ducasses suivantes : le 26 mai, ducasse du Nouveau Roubaix, 29 septembre ducasse du Moulin. On en trouve d’autres dans la presse : une ducasse des Hauts Champs du 29 avril au 7 mai en 1967, une ducasse du Chemin Neuf fin mai 1967 entre les bâtiments de la rue Braille. La ducasse du Nouveau Roubaix avait encore lieu en octobre 1972 : on la situe alors sur le terrain rouge de la rue Fragonard, mais des souvenirs plus anciens la repèrent place Charles Spriet ou en face des HBM…En 1971, la Place du Travail accueillait encore une fête foraine du 11 au 21 novembre.

Pour s’y retrouver, il faudra découvrir si la fête foraine s’associe à une manifestation particulière : c’est le cas de la ducasse de novembre de la Place du Travail, qui se déroulait en même temps que l’animation commerciale du boulevard de Fourmies en 1971. La ducasse est-elle liée à la braderie, autre événement régulier de tous les quartiers roubaisiens ? Les recherches ne font que commencer. Roubaisiens, à vos souvenirs !

ducassesdiverses2Ducasse des Hauts Champs 1 et Place du Travail 2 Photos Nord Éclair