La rue Bernard

L’abbé Leuridan nous renseigne sur l’origine du nom de la rue Bernard : elle s’appela d’abord rue du moulin Bernard du nom du propriétaire d’un moulin à broyer le bois de campêche. Après un incendie vers 1850, on l’appela un temps la rue du moulin brûlé, et finalement la rue Bernard.

Souvenirs de la rue Bernard...dans la rue de Lannoy Coll particulière

Souvenirs de la rue Bernard…dans la rue de Lannoy Coll particulière

Après la seconde guerre, longue de 365 mètres et large de 10 mètres, cette rue relie la rue de Lannoy et la rue Pierre de Roubaix, parallèlement au boulevard Gambetta. Cette situation lui vaut d’accueillir un certain nombre d’établissements industriels : aux n°15/17/19 le fabricant de machines textiles Honoré, et au n°37, la société Charles Huet et Cie, lainages et robes. Du côté pair, on trouve au n°2 l’atelier de fabrication du chapelier Jean Déarx, les ateliers Decanis, Literie et Matelasserie du Nord. Tout au bout de la rue, à proximité de la caserne des pompiers du boulevard Gambetta, se trouve encore l’usine à gaz au n°134, plus connue sous le nom de gazomètre, qui n’est plus qu’un dépôt.

Le chapelier Jean Déarx Coll Particulière

Le chapelier Jean Déarx Coll Particulière

Les commerçants y sont relativement nombreux : remarquons une oisellerie au n°1, un boucher M. Mathon au n°32, plusieurs épiciers, et une bonne dizaine de cafetiers. La rue Bernard a aussi son lot de courées : au n°11 la cour Vincent, au n°25 la cour Bernard, au n°22 la cour Florentin, au n°34 la cour Duthy, au n°40 la cour Castel, au n°46 la cour Vlieghe, au 72bis la cour Duquesnoy Crochon, au n°88 la cour Jean Ryckewaert, au n°98 la cour Veuve Raux, au n°110bis la cour Bernard-Spriet. Bien que dépendant de la paroisse Ste Elisabeth, la rue Bernard abrite un dispensaire, la Maison Saint Jean Bosco, des Petites Sœurs de l’ouvrier, qui à l’occasion baptise ou marie les habitants du quartier.

Le bâtiment des pompiers, rue Bernard Photo NE

Le bâtiment des pompiers, rue Bernard Photo NE

La rue Bernard connaîtra bientôt les affres de la démolition, dans le cadre de l’opération Edouard Anseele. Dans les derniers temps, en 1963, signe de l’avancement des travaux, il ne subsiste plus que les numéros impairs, et les huit premiers numéros pairs, les deux ateliers de chapellier et de matelasserie. Tout cela disparaît en 1964 avec le début de la rue de Lannoy. C’est dans la rue Bernard que sera réalisé le premier immeuble de l’opération Anseele, dénommé bâtiment des pompiers, car proche de la caserne des pompiers et fournissant le logement aux combattants du feu. La rue Bernard appartient désormais au passé, nous la connaissons aujourd’hui sous le nom de rue Jules Watteeuw, dit le broutteux, célèbre poète patoisant.

La rue des Longues Haies devient la rue Edouard Anseele

portraits Anseele

Edouard Anseele

Co-fondateur du parti des travailleurs socialistes flamands en 1877, Edouard Anseele est un des pionniers du mouvement coopératif. Il crée en 1880 la boulangerie coopérative Vooruit (En Avant), qui devient un modèle en tant qu’entreprise (assurer les bonnes conditions de travail et de salaire à ses ouvriers) et en tant que coopérative (abaisser les prix de revient notamment grâce à la modernisation de son équipement, et diminuer le prix des aliments destinés aux ouvriers). La coopérative Vooruit finance également la propagande socialiste. C’est sur ce modèle que sera créée à Roubaix la coopérative La Paix située 73 boulevard de Belfort. En 1884, Edouard Anseele crée le journal Vooruit et rejoint le Parti Ouvrier Belge l’année suivante. Devenu échevin de la ville de Gand, premier socialiste flamand au Parlement, il est élu député de Liège de 1894 à 1900, puis de Gand de 1900 à 1936. Après la Première Guerre, il est le premier socialiste à entrer au gouvernement, au ministère des travaux publics.  Il occupe également les fonctions de ministre des chemins de fer, de la marine, des postes et télégraphes de 1925 à 1927, puis ministre d’Etat en 1930.

Les grèves de 1880

C’est le premier grand mouvement revendicatif ouvrier à Roubaix. Devant l’intransigeance patronale, la grève générale dure plus d’un  mois. Malgré sa détermination et le soutien en argent venu de Gand, le prolétariat roubaisien n’obtiendra pas gain de cause, mais cette expérience de lutte favorisera son organisation future..

En 1892, une importante délégation gantoise conduite par Edouard Anseele vient à Roubaix. Elle est reçue par la municipalité socialiste de l’époque, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle boulangerie de la coopérative ouvrière La Paix. La rue des Longues Haies est pavoisée aux couleurs belges et françaises. C’est en cortège que les Gantois et les Roubaisiens se rendent dans les locaux de la Paix. Henri Carrette, élu maire de Roubaix deux mois plus tôt (le premier socialiste à ce poste), et Gustave Delory qui sera bientôt celui de Lille accueillent Edouard Anseele. Lorsqu’il prend la parole, celui-ci les remercie de leur accueil fraternel et rappelle le rôle des ouvriers gantois dans la victoire récente des socialistes à Roubaix. Il dit son espoir de voir la Belgique connaitre à son tour le suffrage universel et de pouvoir à son tour accueillir les camarades roubaisiens à l’hôtel de ville de Gand.

longues haies

La rue des Longues Haies, au carrefour de la Planche Trouée (coll Méd Rx)

L’hommage des roubaisiens

Le 3 juillet 1938, la rue des Longues Haies change de nom, à l’initiative du Conseil Municipal de Roubaix qui souhaite rendre hommage à ce grand militant socialiste belge, décédé la même année, venu soutenir la classe ouvrière roubaisienne lors des grandes grèves de 1880. Bien que le nom d’Edouard Anseele ait été donné à la rue, le nom du quartier des Longues Haies a longtemps  survécu.

à suivre