Les estaminets de la Fraternité

Une pétition datée du 19 juin 1908 réunit six signataires, déclarant tous être cabaretiers patentés place de la Justice, qui vient d’être rebaptisée le 22 avril pour prendre le nom de place de la Fraternité. Ils ont pour nom Louis Foelix, Veuve Equinet, Isidore Herreng, Lemaire, Désiré Carlier, et Demoucron, et demandent « s’il ne serait pas possible de faire monter le ballon, le 14 juillet, sur la place désignée plus haut ». Ils se plaignent que « les fêtes locales nous font perdre tous leurs clients, qui se rendent dans le centre ».

La pétition

Six cabarets, cela semble beaucoup pour une place qui ne comprend que très peu de commerces. L’envie nous vient de les localiser et de voir ce qu’ils sont devenus.

Au moment de la pétition, la place est récente : elle est tracée dans les champs depuis le milieu des années 1890 ; l’avenue Julien Lagache l’est au début des années 1900 de même que l’avenue Linne. Les constructions n’ont pas encore émergé autour de la place. Seuls quelques rares bâtiments s’élèvent le long de la rue de Lannoy près de l’intersection avec l’avenue Lagache. D’autres, plus nombreux et construits de manière pratiquement continue, sont édifiés entre l’avenue Cordonnier et la rue du Chemin Neuf. C’est là qu’il faudra rechercher nos signataires et non autour de la place proprement dite.

Les constructions vers 1908

Reprenons la liste des signataires dans l’ordre.

Louis Foelix occupe en 1908 l’immeuble faisant le coin de l’avenue Julien Lagache, celui qu’on voit à droite sur la photo. Il porte à l’époque le numéro 401, mais, à la suite d’une renumérotation, il portera en 1913 le numéro 379, qui ne changera plus ensuite jusqu’à aujourd’hui. On remarque l’estaminet en liesse sur la photo d’inauguration de l’hôpital. Assurément, le cabaret a été construit dès l’ouverture de l’avenue.

Louis Foelix reprend l’estaminet à un monsieur Loridan, propriétaire avant 1907. Sur une photo d’avant la construction de l’abri du tramway affiche, on peut lire en grand son nom sur la façade. En 1913, la veuve Carlier y officie pour quelques années. Celle-ci a-t-elle un rapport de famille avec le Désiré Carlier du 377 ? En 1924, c’est L. Carlier (C.Carlier, sans doute son frère, y habite, alors qu’il exerce la profession d’infirmier).

De 1935 à 1955, la débitante est Mme Vandenbulcke, puis Mme Dupriez préside en 1958 aux destinées de l’établissement qui a pris le nom de café de la Fraternité. On trouve ensuite en 1962 Mme Pleyou, en 1964 L.Demey. Mme Raux en 1973, alors qu’en en 1978, M. Raux dirige une entreprise de taxis parallèlement au café tenu par Mme.

Aujourd’hui, le café est toujours en activité ; il est animé par Jean Claude Galand.

Photo Jpm

La veuve Equinet, deuxième signataire de la pétition, qui tenait commerce d’allume-feux dès 1903 au numéro 423, face à l’avenue Cordonnier, s’est donc recyclée dans le débit de boissons sans changer d’adresse. En 1913 son estaminet est repris par A. Spriet, jusqu’à la fin des années 1920. En 1930 celui-ci devient épicier, toujours à la même adresse, alors qu’un L. Spriet, peut-être son fils, électricien, habite également la maison. En 1935, le commerce redevient un estaminet, conduit par G.Planque jusqu’à la guerre. En 1953, c’est un magasin d’électricité générale, Leng-Picard, qu’on retrouve jusqu’en 1958 alors que, à partir de 1955, un garage automobile au nom de F.Vanderdonckt figure quelques années à la même adresse que le café. En 1962 les électriciens se spécialisent dans la radio-télévision, alors que le garage devient garage de la Fraternité jusqu’en 1978.

En 1983 M. Senkiwski a repris le commerce de radio-télé et le garage, lui, disparaît en 1984.

Quatre ans plus tard, les locaux du 423 abritent un commerce de matériels de collectivités au nom de Carosello diffusion, qui vient de déménager en traversant la rue depuis le numéro 460.

C’est aujourd’hui une maison d’habitation dont l’étroitesse laisse imaginer les dimensions de l’estaminet d’origine. La vitrine du commerce a disparu, mais la grille du garage est inchangée.

Photo Jpm

Le troisième signataire, Isidore Herreng tient son activité de cafetier en face du précédent, au 460, la deuxième maison après la rue Cordonnier. On le retrouve à cette adresse grâce au recensement de 1906 où il est indiqué qu’il est tisserand, mais que son épouse, Angèle-Marie, est épicière.

Le Ravet-Anceau de 1908, lui, nous indique J.Herreng, épicier. Il passe ensuite au 458, mieux situé, où on le retrouve en 1913 et 1914, toujours comme épicier selon le Ravet-Anceau. Il est permis de penser que l’épicerie débitait également des boissons comme souvent à l’époque. Par ailleurs, on peut raisonnablement imaginer que le J du prénom est indiqué par erreur, et qu’il s’agit bien d’Isidore Herreng, notre signataire.

Au 460 s’installe alors V. Seigneur, mercier jusqu’en 1939, année où il cesse ses activités commerciales. On verra en 1953 dans l’immeuble s’installer la poissonnerie de Mme Decroix., qui cède son commerce en 1964 à Mme R. Delbarre, remplacée elle-même par Mme Sauvage en 1968, puis par A. Bourlet en 1973. Ce commerce disparaît enfin en 1978, et c’est, en 1983, Carosello diffusion, matériels pour collectivités, qui reprend les locaux pour quelques années avant de traverser la rue pour s’installer en face, où on le retrouve au 423 en 1988.

Finalement, la caisse d’épargne sise au 458 s’agrandit au détriment du 460, qui disparaît alors.

Le 460 entre 1983 et 1988

Nous découvrirons dans un prochain article ce que sont devenus les autres estaminets de la Fraternité.

Les documents présentés proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives départementales.

Le Grand Café

En 1882, le conseil municipal décide de percer une grande avenue pour relier la Grande Place à la future gare de Roubaix. La rue de la Gare est née. Des constructions s’y élèvent dès 1885 et, très rapidement, l’avenue, large de 25 mètres, est bordée d’immeubles majestueux, à l’architecture remarquable de style Haussmanien. Des entreprises textiles implantent leurs prestigieux bureaux ; on y trouve également des banques, des hôtels et, bien sûr, des cafés-restaurants.

Le Grand café au début des années 1900. A droite le kiosque de la Grand Place ( document collection privée )

Le Grand Café ouvre ses portes, en 1885, au rez de chaussée du N° 4 de la rue de la Gare. Un restaurant s’implante au 1° étage et les étages supérieurs sont aménagés en appartements. Le Grand Café porte bien son nom car la surface est importante : 134 m2 pour le café du rez de chaussée, avec une sortie de l’autre côté, au 5 de la rue du Vieil Abreuvoir, et 116 m2 pour le restaurant du 1er étage. Un escalier privatif, rue de la Gare, à gauche de l’établissement, permet aux clients d’accéder au restaurant.

Le Grand Café en 1907 ( document collection privée )

Sur la façade principale, rue de la Gare, une marquise abrite les consommateurs, à l’extérieur, sur la terrasse chauffée.

Illumination du Grand Café au carnaval de 1908 (document collection privée )

Le début des années 1900 est une époque très faste pour Roubaix ; les usines textiles sont performantes ; les affaires des commerces et des entreprises sont florissantes. C’est une période festive ; les carnavals et cavalcades se déroulent tous les ans, en ce début de siècle. Le Grand Café s’illumine tous les soirs, en 1908.

Plan cadastral et plan du rez de chaussée ( documents Archives Municipales )

Le propriétaire du « Grand Café » est J. Louvion. La gérante du « Restaurant du Grand Café » est Mme Merlin. Ils bénéficient fortement de cette période aisée, en proposant au café, des consommations de haut de gamme et de 1° choix. Le restaurant se spécialise en fruits de mer, huîtres, coquillages, poissons et crustacés.

Publicité années 1920 ( document collection privée )

Pendant des décennies, le Grand Café continue d’être le lieu symbolique de rencontre des roubaisiens. C’est un emplacement exceptionnel, un endroit chargé d’histoire, un lieu emblématique de la vie roubaisienne, car de nombreux événements s’y déroulent : banquets, mariages, réunions politiques, etc. Les propriétaires se succèdent : dans les années 30, Michel et Gardebois sont les tenanciers du café, et A. Gyselinck, le patron du restaurant.

Projet d’aménagement 1958 ( document Archives Municipales )

En 1958, les responsables, Georges Derome et Jules Cotton, décident de transformer et moderniser leur établissement : démontage de la marquise et des menuiseries, démolition du soubassement, pose de vitrines en façade et d’un store, et, à l’intérieur, réfection des peintures et rénovation des sanitaires, le tout pour un montant total de 3 millions de francs.

( documents collection privée )

En 1962, Jules Cotton procède au remplacement de la porte d’entrée privative du restaurant. En 1971, Stanis Kazimierczak, le nouveau tenancier du Grand Café, transforme les 2 façades ( av Jean Lebas et rue du Vieil Abreuvoir ) pour un montant total de 24.000 Frs. Au début des années 80, la situation économique de la ville se dégrade : les fermetures d’usines textiles se succèdent, mais le Grand Café tient bon.

Façades de l’avenue Jean Lebas et de la rue du Vieil Abreuvoir en 1997 ( documents Archives Municipales )

En 1998, le propriétaire des lieux : la SCI du Centre, rue de Paris à Lille, gérée par Mme Motte, décide à nouveau une rénovation complète des deux façades. L’entreprise Dujardin, au 51 rue du Chemin de Fer à Roubaix, est chargée des travaux de brossage, révision d’enduit, ponçage et deux couches de peinture, pour une facture de 96.000 Frs TTC, laquelle sera allégée d’une subvention des services architecture de la ville, pour mise en valeur et amélioration de l’environnement du quartier. Le résultat est magnifique !

Façades rénovées 1998 ( documents Archives Municipales )

Au milieu des années 2000, un nouveau restaurant s’implante au rez de chaussée, à l’enseigne : « Envie de saison ». C’est un « café-resto » qui propose à la clientèle du café équitable, des jus de fruits frais, des plats chauds fabriqués sur place, pour préserver les saveurs.

Photo BT 2016

En Février 2018, le bail arrive à terme, et n’est pas renouvelé. Le commerce Envie de saison ferme ses portes. Un investisseur privé, Philippe Crépelle, rachète l’immeuble à Mme Motte de la SCI du Centre, en Août 2018. L’intérieur est dans un état déplorable, suite à des dégâts des eaux, des débuts d’incendie, des fuites de la toiture, et des aménagements intérieurs de mauvais goût.

Les colonnes, les moulures, les corniches ( Photo BT 2019 )
Les fenêtres du 1er étage ( Photo BT 2019 )

Philippe Crépelle a énormément de travaux à effectuer, pour redonner une bonne image du « Grand Café » d’antan. Son projet est de transformer le rez de chaussée et le premier étage en commerces, et d’aménager les 2° 3° et 4° niveaux en appartements meublés en location. La fin des travaux est envisagée fin 2019.

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Remerciements aux Archives Municipales et à Philippe Crépelle

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Instantané 1973 ter

Nous avons traité la rue Jules Guesde axe commercial important du quartier de la Potennerie, puis du quartier du Tilleul. Voyons à présent au-delà du carrefour avec la rue Pierre de Roubaix, sa configuration commerciale dans le quartier du Pile.

Au carrefour de la rue Pierre de Roubaix Photo Google Maps

Au carrefour de la rue Pierre de Roubaix Photo Google Maps

La rue Jules Guesde s’ouvre côté impairs vers le Pile par la pharmacie Schembert aux n°267-269, aujourd’hui encore présente comme Pharmacie du Pile. Un peu plus loin, se trouvait au n°277 la boucherie Duhameau, puis le café de Mme Florquin, avant la cour Lefebvre. Le n°283 n’est plus signalé comme commerce en 1973, la présence de carreaux émaillés sur sa façade laisse supposer qu’il a pu l’être dans un passé récent. La cour Fauqueu suivait, aujourd’hui démolie. L’épicerie Decoster, au n°293, la pâtisserie Coquet au n°299, et les cycles Debenne, ancienne maison Derryx au n°301, forment un bel ensemble commercial, terminé par le café Lambrecq au n°303, siège du Cercle Artistique Roubaisien. Au n°305, le shopping pull complète cette énumération jusqu’à la rue Monge.

Magasin Aupoix au n°321 Pub NE

Magasin Aupoix au n°321 Pub NE

A l’angle de la rue Monge, le magasin de Marius Aupoix, plombier zingueur, au n°321. Au n°327, une enseigne marquée du mot bière indique que se trouvait là un détaillant de vins, Melle Delespaul. Le marchand de chaussures Lefebvre Lehu au n°341 et le café tabacs PMU d’Albert Vercruysse au n°343 nous amènent à la rue de Condé. Au delà, jusqu’à la rue Marceau, il n’y a plus que des maisons d’habitations à un étage.

La belle porte du n°242 Photo Google

La belle porte du n°242 Photo Google

Du côté des pairs, la rue Jules Guesde entre dans le Pile avec l’épicerie Duhamel au n°238, et le magasin a toujours la même vocation. Aux n°242-244, le magasin beurre, fromages et œufs de Roger Claebots, avec sa magnifique porte ouvragée. Un peu plus loin, après la rue Copernic, le papetier Mestdagh est installé au n°262, le volailler Vanhersecke au n°270, et les laveries du Pile sont au n°272. Le boucher Chih au n°278 se trouvait entre la cour Dhalluin et la cour St Eugène. Suivaient le marchand de chaussures Horvath au n°280, le marchand de journaux Herman au n°282, et la cour Delannoy au n°286. La société de tapis Florent et Cie au n°294-296 précédait une nouvelle courée, la cour Louis Henry. Au n°302, un boucher hippophagique, M. Dutoit, la parfumerie Croin au numéro suivant, et au n°308 un fleuriste à l’enseigne du Lilium, M. Poix. Le pâtissier Lefebvre au n°312, et le cafetier Ladrouz au n°314, nous amènent à la rue de Condé.

Les laveries du Pile Pub NE

Les laveries du Pile Pub NE

Le commerce d’alimentation de M. Deconinck se situait aux n°316 à 322. La rue Jules Guesde se poursuit avec des maisons à étage, avec quelques vieilles vitrines qui laissent supposer d’autres échoppes plus anciennes, et se termine dans la rue Marceau.

Instantané 1973 bis

Nous avons traité la rue Jules Guesde, axe commercial important du quartier de la Potennerie. Voyons à présent au-delà du carrefour avec la rue du Coq Français, sa configuration commerciale jusqu’à la rue Pierre de Roubaix, ce qui pourrait correspondre à l’ancien quartier du Tilleul.

au carrefour du Coq Français Photo Google

Au carrefour du Coq Français Photo Google

Si nous suivons les numéros impairs, une maison à étage avec un petit campanile semble enchâssée dans une rangée de basses masures. C’est là, au n°131, qu’officiait l’oiseleur Blondel, dont la façade a conservé la double vitrine désormais fermée par des stores en bois. Un peu plus loin se trouvait l’épicerie de Melle Molders, au n°147, à l’angle de la rue Neuve Racine. La boucherie Vanthournout lui faisait face de l’autre côté de la dite rue, au n°149, avant d’aller s’installer à l’angle de la rue Jouffroy. Venait ensuite un tailleur, M. Derasse au n°151, et la crémerie Snoeck au n°155, immédiatement suivie par la poissonnerie de Melle Leuridan. La cour Saint Joseph se trouvait au n°159. Jusqu’à la rue de Bavai, ce sont des maisons d’habitation.

Boucherie Vanthournout Pub NE

Boucherie Vanthournout Pub NE

La société nouvelle des Ets Degraeve et Prouvost est au n°173. Nous la connaissons aujourd’hui sous la marque Hutchinson, le joint français, et elle occupe une grande surface donnant sur la rue de Bavai et longeant la rue jules Guesde, dont elle épouse la légère bifurcation. Une série de courées venait ensuite, la Cité Tonneau-Vroone, la Cour Bonte Platel, et la Cour Montaigne, qui ont disparu aujourd’hui.

En tête usine De Graeve Coll Méde

En tête usine De Graeve Coll Méd

Au delà de la rue de Lannoy, il y avait au n°209 le lavorama, lavoir automatique, le salon Arlette, coiffure pour dames. Au n°213, le garage de carrosserie automobile Votano, suivi au n°215 du marchand de chaussures Geny. Au n°223, une marchande de parapluies, Madame Van Reust, et au n°225-227, le dépôt de la teinturerie Duhamel. Après la rue Beaurewaert, la boucherie Turpyn-Van Renterghem précède au n°229 le garage auto méridional. La disparition de l’impasse Ingouville a entraîné la démolition de cette partie du carrefour avec la rue Beaurewaert. A l’angle de rue Saint Amand, le café Boghari occupe les n°247-249. Après la cour Penet Labis au n°261, un marchand de jouets, M. Willem et la société de bonneterie Fleurquin se trouvaient aux n°265 et 265bis.

Magasin Geny Photo Google

Magasin Geny Photo Google

Prenons à présent les pairs. A l’angle de la rue Jouffroy se trouve encore le café du Tilleul. Au n°80, le salon de coiffure pour dames de Mme Perrin, un peu plus loin, au n°86, la crémerie de Mme Lesaffre, et aux n°88-90, la bijouterie fantaisie de Mme Leman. Au delà de la rue Duguesclin, le magasin de Pompes Funèbres Van Den Berghe, dont on peut encore apercevoir la double vitrine aux n°102-104, côtoyait le marchand de cycles Dehaut au n°106, et au n°108, le charcutier Bouquillon, juste avant la cité Veuve Pierre Jacob. La droguerie Gallen se trouvait au n°114, et juste après la cour Honoré Castelain au n°118, l’épicerie Haddadi précédait le salon de coiffure pour dames de Mme Van Moerbèke, n°120 et 122. Le café Slosse venait ensuite, pour faire l’angle avec la rue de Bavai.

Carrefour rue de Bavai Photo Google

Carrefour rue de Bavai Photo Google

Le magasin d’alimentation générale de Mme Carlier, l’auto école de M. Lacquement voisinaient aux n°128 et 128 bis, suivi par deux bistrots, de part et d’autre de la cour Saint Jules, le café Lafrad et celui de la Veuve Leclercq, aujourd’hui disparus, de même que la cour Bucson au n°136. Le bar de Mme Russo au n°142 et la société de taxis de Mme Marcelin au n°144 précédaient la cour Dhalluin. Viennent ensuite des petites maisons sans étage, au milieu desquelles se trouve la cité La Pérouse. La droguerie Dubrunfaut au n°158 et une nouvelle série de maisons basses nous amènent à la chapelle du Tilleul.

avant la rue de Lannoy Photo Google

avant la rue de Lannoy Photo Google

Au delà de la rue de Lannoy, le magasin d’alimentation générale de M. Matlinger au n°172 se situait avant la cour Lefebvre-Dhondt, et le salon de coiffure pour messieurs Michel au n°176bis. Le n°178 accueillait quelques sociétés parmi lesquelles, la section de Roubaix de la Fédération Nationale des Mutilés du Travail, le Foyer Municipal d’Éducation Ouvrière, la Coopérative des Aveugles travailleurs de Roubaix et du Nord. A cet endroit, jusqu’à la rue Nabuchodonosor, il n’y a plus désormais qu’un parking et l’accès au centre de petite enfance Louis Cassette. Au delà de la rue Nabuchodonosor, on retrouve une série de maisons d’habitations, avec des entrées de courées : la cour Calonne, la cour Petit, la cour Rousselle, et la cour Desmet, avant laquelle se plaçait la librairie de Melle Houtekier, au n°216. Un coiffeur pour dames, M. Richet au n°220, la société de vins et spiritueux l’Economie, et le magasin de cuirs et crépins de Mme Béranger terminaient notre cheminement jusqu’à la rue Pierre de Roubaix. Tout ceci a disparu pour laisser place à des constructions neuves.

La vérité sur la Basse Masure

Des articles parus il y a quelque temps laissaient entendre que le café de la Basse Masure existait encore, et qu’il s’était transformé en boucherie. Il n’en est rien. Nous allons en faire la preuve, après un bref rappel des faits.

Le café de la Basse Masure en 1924 Photo JdRx

Le café de la Basse Masure en 1924 Photo JdRx

Le café de la Basse Masure était situé le long du chemin vers Mouscron au siècle avant dernier. Ses murs étaient recouverts de plâtre, et elle était déjà habitée en 1817 par une famille de 17 enfants ! Une « cantine » fut bientôt ouverte, où l’on vendait de l’épicerie et des alcools divers. Puis l’épicerie buvette devint un vrai café, qui fut une halte obligée pour les gens qui allaient de la Fosse aux Chênes vers Mouscron. Le café eut sa célébrité, en la personne de « Cho de l’Basse » François Fauvarque, son tenancier, lequel alliait bonne humeur et parties de boules mémorables. Le café se trouvait souvent sur le parcours des sorties carnavalesques et des cortèges ludiques. C’était un autre temps, sans voitures et sans télé.

Le café à l'orée des années soixante Photo NE

Le café à l’orée des années soixante Photo NE

L’urbanisation rattrape bientôt le café, et la Basse Masure devient un quartier, un genre de cité très animée. La maison tenait bon, elle restait le siège de tournois de boules, et s’associait régulièrement aux fêtes annuelles du Cul de four et de la Basse Masure.  Le café de la Basse Masure a-t-il survécu ? A-t-il été transformé ? Un témoignage de l’ancienne bouchère de la rue des Récollets, dont le magasin est cité comme étant l’ancien café, vient démentir cette assertion. En effet, sa boucherie a toujours été recensée dans la rue des Récollets, au n° 36 en 1929, alors que l’estaminet a longtemps été au n°70 de la rue de la Basse Masure. Le café n’existe plus en 1973, alors que la boucherie existe toujours vaillamment au n°36 de la rue des Récollets. A-t-il été démoli comme le café de la planche trouée dans le quartier des longues haies ? La réponse est affirmative, la démolition a été effectuée à la fin de l’année 1961, alors qu’il n’était plus qu’une ruine. Alors pourquoi cette erreur ? Les photos que nous a aimablement confiées Mme Gauquie nous renseignent sur ce qui s’est passé.

La boucherie de la rue des Récollets en 1973 Coll. Privée

La boucherie de la rue des Récollets en 1973 Coll. Privée

Sur cette photo de 1973, on voit très nettement l’emplacement de l’ancien café, qu’occupe un parking de voitures garées en épi. La boucherie apparaît comme la dernière maison de la rue des Récollets, au n°36.

La boucherie Gauquie en 1979 Coll Privée

La boucherie Gauquie en 1979 Coll Privée

En 1979, M et Mme Gauquie, voulant profiter d’un éclairage supplémentaire pour leur magasin, firent procéder à des travaux. Ainsi la boucherie eut une ouverture sur la rue de la basse masure, ce qui a pu faire croire qu’elle en constituait l’angle.

Merci à Mme Gauquié de nous avoir expliqué l’évolution de ce bout de quartier, photos à l’appui.

Autres sources : le Journal de Roubaix , Nord Éclair, annuaires Ravet Anceau

 

Après le café, la Presse du Parc

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Quelques nouvelles informations et découvertes nous amènent à évoquer de nouveau le café du Parc. Il se trouvait à l’angle du boulevard de Paris (aujourd’hui du Général de Gaulle) et du boulevard de Cambrai, à deux pas de l’entrée du Parc de Barbieux. Construit avant 1900, c’était un café de « bonne renommée », idéalement placé pour les promeneurs. Il dut faire d’excellentes affaires en 1911, car il était proche de l’entrée de l’exposition internationale et du terminus des tramways. Il disposait d’une terrasse vers le parc, et d’une salle de concert, dont la station service reprendra la surface. Cette petite scène accueillit nombre d’artistes : chanteurs, musiciens, acrobates, comiques. Maurice Chevalier en personne y aurait fait plusieurs apparitions ! Pour donner une importance de la clientèle, l’ancien propriétaire, M. Gaston Dutilleul, disait qu’il avait employé dans son café plus d’une vingtaine de garçons !

Démolition du café en 1964 Photo NE

Démolition du café en 1964 Photo NE

Le café du parc fut démoli début 1964, alors qu’il ne fonctionnait plus depuis quelques années. A sa place fut bientôt construit un ensemble comprenant un immeuble d’appartements et une station service.

Construction de l'immeuble et de la station service Photo NE

Construction de l’immeuble et de la station service Photo NE

Nous avons parlé de l’évolution de la station service aujourd’hui devenue une célèbre enseigne de boulangerie et de pâtisserie. Mais l’endroit est aussi bien connu des roubaisiens par sa maison de la presse, toujours bien achalandée. A l’occasion de son inauguration de la Presse du Parc, en août 1966, sa propriétaire de l’époque, Mme Cattoire, organisa un cocktail de bienvenue. On y trouve toujours la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, des articles de papeterie, mais c’est aussi une véritable librairie, où l’on est toujours très bien accueilli.

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

Mémoire d’un estaminet

La première construction érigée sur la nouvelle place est un estaminet. Les plans d’époque le montrent, seul avec la ferme Cruque, qui, beaucoup plus ancienne, se trouvait à l’angle du chemin d’Hem, et de celui de la Potennerie au Tilleul. Il est construit au coin du boulevard Lacordaire et de la rue de Beaumont, face à la ferme.

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Document archives municipales

 On trouve trace en juin 1895 d’une demande le permis de construire émanant de monsieur Loridant-Lefebvre, brasseur, 58 rue du Tilleul, pour une maison à usage d’estaminet à l’angle de la rue de Beaumont et de la place du Travail. Il joint à sa demande les plans de la future façade.

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Document archives municipales

Effectivement, le Ravet-Anceau de 1895 fait mention de l’Estaminet « au Pigeon Bleu » à cet endroit et, en 1896, on trouve le nom de L.Foelix comme tenancier de l’estaminet. Jusqu’à la première guerre vont se succéder E. Cattelain, puis L. Six à la tête de cet établissement. Dans le courant des années 20, la rue de Beaumont est scindée en deux, la partie située après la place du travail prenant alors le nom d’Édouard Vaillant.

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L’estaminet au temps de l’éclairage au gaz. Photo coll. particulière

En 1928, on trouve au n°2 de la nouvelle rue, ainsi qu’au n° 48 du boulevard de Lyon la raison sociale A. Deltour, cycles. Le débit de boissons devient donc un magasin. Il perd ce statut un peu plus tard, puisque que l’immeuble est habité en 1939 par un employé, monsieur E. Demeurisse. Il n’est donc plus fait mention d’un commerce.

Après la guerre pourtant, en 1955, l’immeuble reprend sa vocation première, sous l’égide de Mme veuve R. Gabet-Catoire, cafetière. En 1965, elle adjoint, à la même adresse, un commerce d’appareils ménagers sous la marque Electrolux, tout en continuant à tenir son café. Celui-ci prend en 1970 la dénomination de café « Au rendez-vous des autos écoles ». N’oublions pas que le centre d’examen du permis de conduire était situé place du Travail !

Les enseignes continuent de changer : on trouve la dénomination « Au Bonus » en 1986 et « Le J’abs » dans les années 2000.

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Photo collection particulière

Enfin, le café devient transitoirement une pâtisserie, qui ferme à son tour. Gageons pourtant que l’histoire de notre estaminet plus que centenaire n’est pas encore terminée !

 

Le PMU de la Justice

Les documents les plus anciens que nous ayons pu consulter font mention tout au bout de la rue de Lannoy, à la limite de Lys, d’un estaminet associé à un bureau d’octroi. Cet estaminet est tenu dès 1884 par Fr. Vanangeval, alors qu’on prévoit l’installation d’une bascule charretière devant le bureau de l’octroi.

Document daté de 1888 – archives municipales

 Le Ravet-Anceau nous renseigne sur les différents cafetiers qui se succèdent au carrefour de la justice. A partir de 1894, c’est J. Gadenne qui tient l’estaminet. On y trouve H. Lefebvre en 1899, puis L. Dupont de 1903 à 1908. A partir de 1913, la numérotation atteint cette extrémité de Roubaix. A. Nolf préside désormais la destinée de ce commerce situé au numéro 630. Après la guerre, c’est son gendre, Théophile Van Wanbecke-Nolf qui tient commerce à cette adresse.

En Juillet 1925, ce cafetier demande l’autorisation d’effectuer des travaux dans l’immeuble qu’il possède. On apprend dans son courrier qu’il est également propriétaire du bureau d’octroi. Les travaux consistent à échanger les emplacements de l’octroi, initialement placé côté rue verte et de l’estaminet, placé côté rue de Lannoy. On va également supprimer deux fenêtres sur la rue verte pour les remplacer par une baie vitrée plus large.

Document archives municipales

 C’est ainsi que le Ravet-Anceau place en 1930 l’octroi au 628, et l’estaminet, dénommé désormais « café de l’Octroi » au 630. On change la numérotation en 1935, et le café et l’octroi passent au numéro 694. Le propriétaire est toujours monsieur Van Wanbecke. En 1939 l’octroi est au 694. Le café, au 696, est tenu par G.Marquant et figure sur une carte postale prise depuis Lys dans la deuxième partie des années 20. On y voit au premier plan les rails de tramway, et, au fond à droite le terrain ce qui deviendra bientôt le parc des sports. On y remarque également un gabelou de faction à la porte du bureau de l’octroi.

Document collection particulière

 Après la guerre, on retrouve Mme Van Wanbecke qui tient maintenant commerce d’alimentation générale au 692, et, de 1953 à 1964 H. Merckx, comme tenancier du café. Celui-ci passera dans les mains de monsieur A Bouscarle, cafetier PMU de 1968 à 1973.

Document Nord Matin

En 1975 une publicité paraît dans la presse, informant le public de la réouverture du café, cette fois-ci sous l’égide de M . Vandenberghe-Madou et de son épouse. A partir de 1978 le Ravet-Anceau ne fait plus mention du nom du tenancier. On le désigne simplement sous le nom où on le connaît aujourd’hui : le « Pmu de la Justice ».

Document collection particulière

 

 

 

 

Conférences de jardinage

Avant d’être la cité de tours et d’immeubles que l’on connaît depuis les années soixante dix, le quartier des Trois Ponts était un espace mi industriel, mi champêtre, où se trouvaient des cultivateurs, des horticulteurs et des jardiniers. Dans cette dernière catégorie, il y eut de nombreux jardins ouvriers, à proximité des usines et dépendant d’elles, comme le groupe Cohem situé derrière la teinturerie Delescluse, ou des groupes municipaux, dont celui des Trois Ponts, créé en 1935. Chaque ensemble de jardins était animé par un brigadier, dont le rôle était d’animer la vie des jardins par ses conseils et recommandations, mais aussi de faire respecter la réglementation en vigueur. Les jardiniers participaient sous sa férule à un concours annuel où ils remportaient des prix pour la qualité de leurs cultures et pour la bonne tenue et l’ornementation florale de leur jardin.

Jardinier des Trois Ponts Photo Nord Eclair

Les jardiniers se réunissaient régulièrement à l’occasion de causeries ou de conférences, données par des ingénieurs horticoles, ou des chefs jardiniers de la ville de Roubaix. Ces réunions se déroulaient comme suit : le conférencier faisait son exposé, puis il répondait bien volontiers aux questions de l’assistance, avant qu’ne tombola et le verre de l’amitié ne viennent terminer la séance. Ces conférences se déroulaient dans des lieux très divers. Pour le quartier des trois Ponts, il y eut la salle des fêtes de l’école Jean Macé, mais aussi le café Delaforterie ou le café Cohem.

Conférence dans le café Cohem Photo Nord Éclair

Une des dernières conférences eut lieu au café Cohem en décembre 1968. Elle fut organisée par la société d’horticulture et des jardins populaires de France dont le siège est à Valenciennes. Ce jour là, un professeur d’horticulture vint parler des travaux de saison (élagage, semis), de la conservation des plantes, de l’utilisation des engrais.MM Bolsius délégué régional de la société et Delaforterie, trésorier de la société des Trois Ponts assistaient à cette conférence avec une nombreuse assistance. Une tombola suivit l’exposé.

Ces conférences étaient très suivies et attiraient beaucoup de monde. Elles étaient la preuve que l’activité du jardinage créait des liens et des échanges que la disparition des jardins a définitivement enterrés.

Commerces de la rue Jean Goujon

ruejeangoujonLa rue Jean Goujon en 1956 Photo Nord Éclair

La rue Jean Goujon fut établie dans le prolongement de la rue du Tilleul, future rue Jules Guesde, afin de permettre l’accès au parvis de l’église Saint Jean Baptiste terminée en 1890. Ses premières maisons et commerces apparaissent du côté pair, elle est viabilisée en 1904, ce qui la transforme en une rue très passante et commerçante.

Commençons la visite par le n°2. L’estaminet de 1900 voisinait déjà avec un boucher au n°2 bis avant de devenir la boucherie charcuterie Derruder dans les années vingt. C’est un marchand de volailles qui lui a succédé au milieu des années soixante. Le n°4 fut d’abord une épicerie, avant de connaître divers occupants : un cordonnier, un marchand de meubles, un marchand de chaussures. Le n°6 est occupé dès les années vingt par un marchand de chaussures, il l’était encore dans les années soixante dix avec la maison Dubois.

teffriLa quincaillerie Teffri Photo Lucien Delvarre

La quincaillerie Teffri a laissé un souvenir durable dans la mémoire des gens du quartier, elle a démarré au début du vingtième siècle, et elle se trouvait au n°16 jusque dans les années quatre-vingts. Un teinturier occupe le n°18, dès les années vingt, et ce jusqu’au dépôt Duhamel des années soixante. En 1984, il y aura là une épicerie. Le n°20 abrite un ébéniste en 1922, puis ce sera la société de chauffage central Clairbois et Boiveau, les équipements ménagers Clairbois. Un cabinet immobilier puis un cabinet d’assurances ont pris la suite dans les années soixante dix.

jeangoujon copieLa rue Jean Goujon, les commerces côté pair Coll Thiébaut

Le café au n°22 est un des plus anciens commerces de la rue. D’abord cité comme tabac en 1900, il est indiqué café en 1922 et le restera jusqu’à nos jours avec des tenanciers différents. Le n°24 était entre les deux guerres, la librairie Hertogh Vanheule. Après guerre, un électricien, puis un fleuriste lui succéderont. La coopérative roubaisienne de consommation se trouvait au n°26 en 1931. Après guerre, une poissonnerie y restera une vingtaine d’années, et c’est aujourd’hui un Lavomatic. Le n°28 a toujours été un commerce de fruits, légumes et primeurs, tenu après la seconde guerre par M. Debersée. Les n°30-32 sont le domaine de la boulangerie pâtisserie. Dans les années trente, s’y trouvait la biscuiterie roubaisienne. Enfin le 32bis était un estaminet salon de coiffure, avant de devenir un café à part entière, qui a aujourd’hui laissé la place à une agence immobilière.

coopJeanGoujon copieAu n°1, les Coopérateurs de Flandre et d’Artois Coll Thiébaut

Le côté impair comporte moins de commerces, du fait de la présence du square Corot, qui coupe sa perspective au milieu de la rue. Autrefois, le n°1 fut un estaminet, avant de devenir une maison de mercerie, puis de bonneterie et de lingerie jusque dans les années cinquante. Les Coopérateurs de Flandre et d’Artois y sont installés en 1955 pour une vingtaine d’années.

Au n°3 se trouvait une boucherie, jusque dans les années quatre-vingts. Le n°3 bis a longtemps été occupé par le commerce d’un grainetier, Modart en 1953, et Deborgher par la suite. Le photographe Deladerière se trouvait au n°5 en 1900, il y restera une vingtaine d’années avant d’être remplacé par un comptable. Un teinturier est au n°7 pendant les années trente, la boucherie hippophagique Nys au n°9 dans les années cinquante, et plus récemment au n°11 une pharmacie dans les années soixante dix. Tous ces commerces sont aujourd’hui disparus. La boucherie chevaline qui fait l’angle de la rue d’Hem a sans doute pris la suite du n°9.

La rue Jean Goujon a donc été le digne prolongement commercial de la rue Jules Guesde pendant tout le vingtième siècle.