Un abattoir à Roubaix (suite)

Cet abattoir fut agrandi plusieurs fois (1894, 1908 et 1925), modernisé en 1899 et équipé de chambres froides en 1919. Cette année là, un peu partout, les municipalités des grandes villes installent des services frigorifiques pour maintenir les produits congelés importés à basse température jusqu’au moment de leur consommation. Roubaix ne fait pas exception. Un projet d’installation pouvant abriter 200 tonnes de viandes est examiné. Il s’agirait de transformer une écurie de l’abattoir en un frigorifique et en une anti chambre de décongélation. La salle des machines serait établie sur un petit terrain libre à côté dépendant de l’abattoir.

Le quartier se développe autour de l’abattoir. Parmi ses riverains, on trouve deux tailleurs, deux estaminets, dont l’un s’appela un temps A la vache d’or, et bien sûr deux bouchers. La Place de l’Abattoir reçut sa disposition actuelle en 1925 : elle fut composée de deux terre-pleins plantés de tilleuls argentés, agrémentés de bancs pour les promeneurs, et elle fut alignée en son centre avec la rue de l’abattoir (future rue Léon Allart).

L’abattoir des années trente CP Méd

À cette époque, l’Abattoir communal est ouvert de 6 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures, du 1er Avril au 30 Septembre. De 7 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures, du 1er Octobre au 31 Mars. L’établissement est fermé les dimanches et jours de fêtes.

L’abattoir accueille un grand nombre de professions : bouchers, charcutiers, chevilleurs, tripiers, fondeurs de suif et leur accès est sévèrement réglementé. MM. le Vétérinaire Inspecteur de l’Abattoir, le Directeur du Bureau d’Hygiène et le Commissaire Central de Police, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du règlement.

L’Administration Motte avait projeté en 1909 la construction d’un nouvel abattoir aux Trois-Ponts près du Tir National. Ce projet avait plusieurs gros inconvénients : il portait préjudice au commerce du quartier. Trop éloigné du centre, il perdait une partie importante de sa clientèle de bouchers qui se seraient rendus aussi rapidement à Lille ou à Tourcoing. D’où augmentation de dépenses et diminution des recettes.

L’abattoir modernisé CP Méd Rx

En 1925, on fait le choix de la modernisation. Les travaux vont pourvoir l’abattoir d’un outillage moderne et des perfectionnements pour l’hygiène : aqueducs, eau saine et abondante sous forte pression, lumière électrique dans les halls d’abattage, échaudoirs lambrissés en grès émaillés, monorails avec crocs ou baquets suspendus pour le transport, augmentation du nombre de pendoirs, salles de grattage et de dégraissage conformes aux exigences de l’hygiène, écuries, étables, bergeries, vestiaires et lavabos pour le personnel. Partout de l’air et de la lumière. Les recettes, loin de diminuer vont augmenter. Double bénéfice pour la Ville. Et pas de perte pour le commerce du quartier. L’abattoir sera complètement modernisé en 1928.

 

Un abattoir à Roubaix

Roubaix eut autrefois son abattoir municipal. Toute trace a aujourd’hui disparu, que ce soit de l’abattoir lui-même, ou de la place et de la rue qui en découlaient. Voici son histoire. Le projet d’un abattoir municipal à Roubaix date de 1852, mais il ne peut aboutir qu’avec le décret impérial du 23 mai 1860. Jusque là, le territoire de Roubaix était parsemé de tueries particulières, dans les cours de fermes ou dans le pire des cas, les arrières cours des estaminets. Il y eut aussi un marché aux viandes qui se tint un moment sur la place de la Liberté dont l’espace exigu ne favorisait pas les conditions sanitaires. Les motivations des édiles étaient multiples : tout d’abord assurer la salubrité d’un tel service, réguler l’arrivage des viandes et centraliser les abattages. La municipalisation devait également apporter des ressources financières supplémentaires à la ville, une fois remboursé l’emprunt contracté. Pour réaliser cet abattoir un emprunt de 230.000 avait été autorisé, remboursable en 19 ans. Il sera remboursé à partir des recettes de l’abattoir. Un temps prévu à l’extrémité de la rue du Moulin Bernard (rue Bernard, aujourd’hui rue Jules Watteeuw) là où se tiendra un temps la caserne des pompiers, ce sera finalement dans le quartier du Jean Guislain, à proximité du hameau de la vigne, lequel est à l’époque en pleine campagne. L’installation de l’abattoir s’effectue donc aux portes de la ville. Le terrain situé entre les rues Lacroix et Lavoisier, est acheté le 4 Juillet 1860, les bâtiments sont adjugés le 16 Juillet 1860. Le terrain acheté n’offrant pas vers le Nord, une forme régulière, on a dû, pour le compléter, acheter à une bande de terrain complémentaire, suivant acte du 29 Décembre 1862.

Annonce dans le Journal de Roubaix

L’abattoir est ouvert aux bouchers le 12 septembre 1862. Un médecin vétérinaire fut attaché à l’établissement pour l’inspection des viandes. Le 12 décembre on y a abattu des bœufs, des taureaux, des vaches, des génisses, des veaux gras, des moutons, des porcs et des veaux de lait pour un total de plus de 3.000 têtes. L’année suivante, on dénombrera l’abattage de 13.000 têtes. Et le nombre ne fera qu’augmenter chaque année jusqu’à atteindre plus de 40.000 têtes en 1913. La réception définitive de l’abattoir eut lieu le 31 mars 1863. Le 15 mai, on procède au nivellement et à la pose d’aqueduc sur la future place qui sera dénommée Place de l’abattoir suite à une délibération municipale du 18 septembre 1867.

L’abattoir en 1904 Doc BNR Med Rx

Il semble que les aménagements se poursuivent régulièrement : construction de bergeries, porte cochère et campanile, prise d’eau, horloge, en même temps qu’on pense à le rentabiliser, un droit de pesage est perçu dès février 1863, en plus des droits d’abattage. Par la suite, la ville percevra le droit d’abri et des loyers pour l’abattoir. En 1865 la petite rue qui relie la place de l’abattoir à la grand rue prend le nom de rue de l’Abattoir puis elle deviendra en 1906 la rue Léon Allart du nom de l’industriel maire de Roubaix.

Dès lors, l’abattoir remplit sa mission et voit ses équipements se compléter peu à peu. En novembre 1871, il est procédé à l’achat d’une bascule. En octobre 1872 un crédit de 6500 fr. est voté pour travaux d’amélioration. En Janvier 1873, un marché de gré à gré est passé pour l’enlèvement des engrais provenant de l’Abattoir public. L’environnement d’un tel établissement n’est sans doute pas très agréable. Comme l’indique la pétition d’un certain nombre d’habitants au sujet de la fonderie de suif existant à l’Abattoir. En 1876, il est envisagé de construire trois nouveaux échaudoirs, sorte de cuves contenant de l’eau bouillante. On se préoccupe également des abords de l’abattoir et notamment des arbres de la place pour lesquels sont commandés des abris en fer. La grille de l’abattoir est également modifiée. Une deuxième bascule est achetée, signe de l’évolution grandissante du service. Et l’on demande l’adjonction d’un nouvel atelier : une triperie.

Vue sur la grille doc BNR Méd Rx

En 1880, il est question du rehaussement du bâtiment sans doute afin d’améliorer l’atmosphère ambiante de l’abattoir. On continue d’entretenir l’abattoir comme l’indiquent l’acquisition de tables et l’appropriation des échaudoirs. En 1883, on aura abattu plus de 20.000 têtes. Un vétérinaire assermenté est chargé de l ’inspection sanitaire des Halles et de l’Abattoir. Il opère la saisie des denrées reconnues impropres à la consommation, lesquelles sont enfouies ; il examine les bêtes de boucherie amenées en ville pour y être abattues, et fait pratiquer par un sous-inspecteur placé sous ses ordres, des inspections dans les boutiques de comestibles. L’organisation de ce service est antérieure à 1883. L’Abattoir communal manque bientôt d’échaudoirs et il est question de l’extension et de l’aménagement des locaux. En 1889, 27.000 têtes abattues !

L’abattoir vers 1900 doc BNR Méd Rx

En 1890, il est décidé la construction d’un logement pour l’Inspecteur. Il est également procédé à la réception définitive des travaux de construction d’un hangar et d’appropriations diverses à l’abattoir. En sa séance du 13 octobre 1893, on envisage la construction de nouveaux échaudoirs, décision entérinée le 3 novembre. Une décision importante concerne le marché aux bestiaux. Créé à Roubaix par arrêté ministériel en date du 21 Décembre 1863, il a été relativement florissant dans sa période de début, mais il a perdu peu à peu de son importance, en réalité, il n’existe plus. Une délibération du Conseil Municipal, en date du 18 Novembre 1892, a cherché à lui donner un regain de vitalité, en instituant des primes, en faveur des éleveurs ou commerçants y amenant des bestiaux. Cette délibération n’ayant été approuvée que le 27 Novembre 1893, ce n’est que le 13 Février 1894 qu’elle a pu être mise en application. Le marché aux bestiaux de Roubaix est franc de tous droits ; il se tient sur la place de l’Abattoir le Mardi de chaque semaine de deux à quatre heures. Le 13 avril 1894, c’est l’établissement d’un parc à moutons, suite à une demande des bouchers. En 1898 34.000 têtes sont abattues. Signe de l’importance des activités professionnelles, le Syndicat des marchands bouchers et charcutiers en gros de l’Abattoir de Roubaix est créé le 22 Mars 1898 et son siège se trouve à deux pas de l’abattoir, au n°30 Rue Lacroix. En 1899, l’étuve Wodon consiste essentiellement en un autoclave dans lequel se trouve un chariot à claies, recouvertes de la viande dépecée en morceaux de 3 à 4 kilos ; la viande est cuite par la vapeur sous pression, à la température de 115°, pendant trois heures. L’appareil est d’une grande simplicité ; un seul homme suffit au maniement, la dépense en charbon est minime. Cette étuve à stériliser les viandes tuberculeuses est installée à l’abattoir dans le courant de l ’année 1900, elle a permis de rendre applicables les mesures indiquées dans l’arrêté ministériel du 28 Septembre 1896 qui réglemente les saisies des viandes provenant d’animaux tuberculeux. Ces viandes, après la stérilisation dans la vapeur surchauffée, sont livrées à la consommation et leur vente remplit un double but ; elle permet d’indemniser les propriétaires des animaux saisis et de livrer au public, à prix réduit, une marchandise rendue tout à fait saine et nutritive.

Chevilleurs et vache doc BNR Méd Rx

Le 20 novembre 1908, le Conseil municipal approuve le projet de l’agrandissement de l’échaudoir des charcutiers et de la tuerie des chevaux. Adolphe Coupez conseiller municipal rappelle qu’il est nécessaire de changer la place où se fait la fonte des suifs et la boyauderie. Les habitants de la rue Lacroix et de la rue Fourcroy se plaignent très souvent des buées nauséabondes qui se dégagent à cet endroit. De plus du point de vue de l’hygiène, il y a encore beaucoup à faire, conclut-il. En 1910, plus de 40.000 animaux abattus. En sa séance du 21 novembre 1913, le conseil municipal décide de moderniser l’abattoir et d’exécuter divers travaux de réfection, d’aménagements, les travaux ont été évalués à la somme de 827.769 fr. 59. En 1912, les 42.049 animaux abattus ont fourni 5.435.483 kil. de viande, soit une augmentation, pour 1913, de 741 animaux et une diminution de 166.353 kilos de viande. La boucherie hippophagique a sacrifié 350 chevaux de moins que l ’année précédente. La constante progression de la production fait que l’abattoir est estimé trop petit, et un projet de nouvel abattoir est envisagé dès 1909 par l’administration Motte. Nous verrons dans le prochain épisode ce qu’il adviendra de ce projet.

à suivre

 

 

 

Poste à l’épeule

Nous avons relaté l’existence d’une poste annexe dans le quartier de l’épeule. En l’espace d’une dizaine d’années au début du vingtième siècle, il y eut à Roubaix des petits bureaux de postes de quartier, des recettes auxiliaires, destinées à couvrir les besoins des quartiers. Il y en eut une dans le quartier de l’épeule, au n°21 rue Newcomen qui disparut après la première guerre.

La poste annexe rue Newcomen Coll Particulière

En 1930, le service des Postes Télégraphe et Téléphone est assuré, à Roubaix, par un bureau principal des postes et télégraphes, boulevard Gambetta. C’est là que les épeulois se rendent pour les opérations postales ordinaires et extraordinaires. Un troisième bureau de postes est en construction rue de l’Alma qui sera inauguré en 1933, un peu plus près de leur quartier. La mémoire des anciens épeulois n’a pas conservé trace de bureau de postes dans le quartier. Il faudra attendre plus de soixante ans avant qu’on reparle de la création d’un bureau annexe après la fin de l’établissement Hourez en 1990. Le bureau de poste annexe de l’épeule a été construit à partir du 10 octobre 1994, et la réception des travaux a eu lieu le 13 janvier 1995. Il se trouvait au n°179 de la rue, soit au beau milieu des locaux des anciens établissements Hourez. Il ne fera cependant pas long feu, un incendie le détruira complétement la même année.

Le plan de la poste du n°179 doc AmRx

Il est décidé de réinstaller la poste annexe provisoirement au 61 rue de l’épeule où se trouve déjà des locaux loués par la ville en vue de la création d’une maison des services (mairie de quartier, CCAS). Ce provisoire sera durable : pendant 22 ans, les services postaux et la mairie de quartier partageront ces locaux étroits et inappropriés.

Les locaux qui accueillirent la poste et la maison des services rue des Arts Vue Googlemaps

Une première tentative de reconstruction se présentera avec un projet de 2003 qui proposait l’intégration de la poste dans une une galerie perpendiculaire au supermarché Match. Mais cela ne se fera pas.

Projet de la galerie avec bureau de poste doc AmRx

Le projet vue de dessus doc AmRx

Il faudra attendre l’ouverture de la maison des services des quartiers ouest en avril 2015. Elle ouvre ses portes à l’angle des rues de l’Épeule et Watt. Elle regroupe la mairie des quartiers et le CCAS et attend encore les derniers logements LMH et la Poste. Les travaux étaient commencés depuis plus de trois ans. La mairie des quartiers-ouest a déménagé mi avril au 187 de la rue. Le bâtiment tout neuf se situe à l’angle de la rue Watt, en face de la pharmacie Sainte-Claire. Le CCAS a lui aussi emménagé dans ces nouveaux locaux. Cette mutualisation permet d’avoir un double accueil, plus pratique pour les usagers. D’autres permanences sont toujours proposées dans ces locaux. Le service intercommunal d’aide aux victimes (SIAVIC), le conciliateur de justice et le CAL-PACT y tiennent leurs permanences hebdomadaires. Il reste de la place pour accueillir d’autres associations ou d’autres permanences. « On est dans des locaux plus spacieux, plus agréables et plus lumineux », explique Didier Robin, directeur de la Mairie de Quartier.

La poste de l’épeule aujourd’hui vue Googlemaps

Il faudra encore deux ans pour que la Poste rejoigne l’ensemble. Ouvert depuis le 28 février 2017, au n°173 rue de l’épeule, le nouveau bureau de La Poste a été inauguré en mars. Plus grand, plus lumineux que l’ancien situé rue des Arts, il accueille aujourd’hui près de 120 clients par jour. Et si le projet a tardé à sortir, les clients en semblent aujourd’hui totalement satisfaits.

 

 

Le commissariat de la rue Pellart

Dans les années 1930, le commissariat principal se trouve dans les locaux de la Mairie. Le commissaire divisionnaire, M. Mulot, dirige tout le personnel; il est également responsable des 5 postes de Police de quartiers. Après la libération, le commissariat principal déménage au 36 rue Pellart, ( aujourd’hui le 301 avenue des Nations Unies ).

Vue aérienne ( document IGN )

C’est un hôtel particulier, construit vers 1868, pour Amédée Prouvost, gros industriel dans le domaine du textile, fondateur du Peignage Amédée, dont les descendants créeront la Lainière de Roubaix. En 1902, le bâtiment est repris par A. Lepoutre, également industriel dans le textile. Son usine est située juste en face, de l’autre côté de la rue. En 1940, l’hôtel, vide, est loué aux sergents de ville, et devient en 1945 : «  le Commissariat Central de Police ». Honoré Dieu en est le commissaire divisionnaire et le restera jusqu’à la fin des années 1950.

Vue générale ( document Google Maps )

Le bâtiment principal ( Document Photo BT )

Cet hôtel particulier a été construit entre cour et jardin. Depuis la rue, on ne voit que la conciergerie et la porte cochère, qui permet d’accéder à la cour intérieure. La façade extérieure ne laisse pas deviner le prestige du bâtiment principal, dans la cour centrale.

Plan du rez de chaussée ( Document ARA )

Le hall ( Document Photo BT )

( Document Photo BT )

Au rez de chaussée, le grand hall crée une séparation entre toutes les pièces donnant sur la cour et sur le jardin. On y trouve le bureau du commissaire, qui était la salle de réception de la famille Lepoutre. Le secrétariat est disposé dans la pièce voisine, qui était la salle à manger.

Plan de l’étage ( Document ARA )

Le couloir de l’étage ( Document Photo BT )

L’escalier principal en marbre est magnifique; il mène à l’étage où se trouvent les bureaux des officiers et des inspecteurs. Autrefois, ces pièces étaient les chambres à coucher; le couloir ressemble à celui du rez de chaussée, mais plus sobre, car l’étage n’était pas destiné à accueillir des convives. Au sous sol, des cellules de détention sont aménagées ( une grande salle et 5 cellules individuelles ).Le 2° étage, surnommé  »Le Pigeonnier », abrite les archives et le service des « stups ».

Le porche ( Document photo BT ) Le policier en tenue, avec son célèbre képi, son bâton et ses manchettes blanches : les crispins, ( Document amicale police patrimoine ).

A la conciergerie, un planton, chef de poste, est à l’entrée et filtre les arrivées. Au rez de chaussée, Jules est responsable du « foyer ». C’est un endroit convivial, un lieu d’échange réservé aux policiers, pour leur pause. Un distributeur de café est à leur disposition. Tous les bénéfices du foyer sont destinés aux œuvres sociales de la police. Trois bureaux de la sûreté sont à l’étage. Les véhicules de police sont garés dans la cour pavée intérieure.

La 403 Peugeot du commissaire divisionnaire, dans la cour du Commissariat Central (Document F. Bauwens )

Le fourgon Citroen Type H ou Tube des années 50 ( Document amicale police patrimoine )

Le J 9 Peugeot des années 60,  surnommé : le panier à salade ( Document caradisiac )

A la fin des années 1960, le commissaire divisionnaire est André Vincent. Il est également responsable des 5 postes de police de quartiers qui se situent :

– rue St Vincent de Paul ( à deux pas de la rue de l’Alma )

– 8 rue des Fossés ( Place de l’église Ste Elisabeth )

– 14 place du Travail

– 297 Grande rue ( Place Chaptal )

– 37 rue du Général Sarrail

Dans les années 1960, le développement de la population, dû au baby-boom, nécessite bien évidemment des policiers supplémentaires. Ils sont environ 200 au Commissariat Central, dont 70 en permanence ( au bureau et sur le terrain ), car le commissariat est ouvert non stop 24h/24.

36 et 34 rue Pellart ( Document D Labbé )

Le commissariat se développe encore dans les années 1970. Les commerçants de la rue Pellart et de la rue Pauvrée commencent à se plaindre des stationnements des véhicules de police, et également des véhicules du personnel : cela empêche les roubaisiens de se garer, pour effectuer leurs achats. La toiture du bâtiment principal fuit ; le service des « stups » déménage au poste de police de la rue Saint Vincent, où 9 bureaux sont disponibles. Un manque de place évident se fait sentir. Le commissaire trouve un accord avec le voisin, au 34 rue Pellart, pour y aménager des locaux d’accueil du public, plus sécurisés, ainsi que le service des policiers en tenue et le chef de la sûreté générale. En 1980, le Commissaire principal Lucien Ripoll envisage une réfection de façade du 34. Il est temps de songer à trouver des locaux mieux adaptés.

Le 34 rue Pellart ( Document Archives Municipales )

Le Ministère de l’Intérieur décide la construction du nouveau commissariat sur un terrain vierge, au 72 Boulevard de Belfort, à côté de la Bourse du Travail. Le déménagement a lieu, au début des années 1990, dans des locaux neufs, plus vastes, plus modernes et plus fonctionnels.

L’emplacement du futur Commissariat Bd de Belfort ( Document Archives Municipales )

De 1990 à 1993, le 36 rue Pellart est utilisé comme annexe du Lycée Saint Martin ( actuellement rue de Lille ). A partir de 1993, des associations s’y installent : Radio Boomerang, puis l’ARA ( Autour des Rythmes Actuels ) qui est toujours présent aujourd’hui.

En 2003, l’édifice est menacé de démolition, avec le projet du Géant Casino. Fort heureusement, le bâtiment a été classé Monument Historique. La rénovation est faite de 2002 à 2005 ; les locaux sont réhabilités pour répondre aux besoins des activités musicales de l’ARA ( insonorisation des salles, création d’un studio d’enregistrement, mini salle de concert … ).

Le 301 avenue des Nations Unies ( Document photo BT )

Remerciements aux Archives Municipales, à l’ARA, ainsi qu’à Eric Eudes, Franck Bauwens et Luc Watteau

Luc Watteau ( ancien inspecteur de police de Roubaix ) sur les marches du perron du Commissariat Central de la rue Pellart en 2015, lors de la sortie de son livre : Le dossier SNK ( Document Photo Nord Eclair )

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Les maisons enchâssées (2)

Les n°53 et 55 de la rue de l’épeule doc AmRx

Les deux maisons esseulées au beau milieu du parking provisoire ne le resteront pas très longtemps. Les démolitions se sont effectuées jusqu’en 1978. Dès septembre 1980, un projet de construction de 45 logements et commerces sur la partie rue de l’épeule et rue des arts est lancé par l’OPHLM de la communauté urbaine. En avril 1982, la société nationale de construction Quillery chargée de la construction, demande les autorisations nécessaires pour clôturer le chantier. On prévoit une durée des travaux de seize mois.

Angle rue de l’épeule rue des Arts doc AmRx

La Résidence du Colisée, tel est le nom de la future réalisation, comprend 45 logements, du type 1bis au type 5, qui bénéficieront des labels Promotelec, haute isolation et acoustique deux étoiles. Un centre commercial est envisagé au rez-de-chaussée sur une surface de 1200 m². Qui va donc s’installer là ? Un commerce d’électronique a postulé. On souhaite réserver l’angle ou le coin arts/épeule à un brasserie. L’office souhaite accorder la préférence aux commerçants du quartier. Un parking public de 40 places est prévu prioritairement pour la clientèle, les commerçants et les locataires disposant d’un parking souterrain. Une extension est prévue vers la rue Rémy Cogghe quand seront libérés les terrains occupés par la société Parks Cramer France, Flandre Mercerie et la cour Desrousseaux. La fin des travaux intervient le 22 mai 1984.

La Petite Ferme en 1993 photo NE

Les surfaces commerciales prévues seront occupées. En 1986, on trouvait un pressing au n°45, un fleuriste au n°47, la maroquinerie du Colisée au 51, et le photographe de l’épeule au n°61. Nos deux maisons enchâssées poursuivent leur carrière, au 53, M. Lagneaux a repris la boulangerie Molle et « la petite ferme » du 55 reçoit une récompense en 1993, un Mercure d’or assorti de trois étoiles, pour la qualité de son commerce et de ses productions fromagères. Elle vient d’y ajouter des articles de charcuterie, volailles et plats préparés. Ce magasin a été fondé en 1935 par les parents de Mme Lamblin qui tient haut le flambeau de la tradition fromagère.

La mairie de quartier en 1997 doc AmRx

Au 43 on trouve aujourd’hui un coiffeur, au 45 une boutique de prêt à porter, au 51 une alimentation générale, au 61 un magasin de téléphonie. Côté rue des arts, un clé minute fait l’angle, il y a le l’ancien local du comité de quartier et un magasin d’arts ménagers. Qui occupe les n°53 et 55 ? Aujourd’hui le 53 est une boucherie charcuterie traiteur, et le 55 un magasin de matériel médical. Il semble que l’utilisation des surfaces commerciales n’ait duré qu’un temps. Les locaux sont libérés et repris en location par la Ville qui vient inaugurer une mairie de quartier le 12 février 1997, du côté de la rue des Arts en préfiguration d’une maison des services, où l’on retrouvera pour un temps un bureau de poste.

à suivre

La course à l’extension

La poste de la place Spriet années soixante Photo AmRx

A la fin des années 80 apparaît la nécessité d’une extension et d’une réhabilitation du bureau de poste de la place Spriet qui ne répond plus aux besoins de la population du quartier. Ce dossier va prendre les apparences d’un véritable « serpent de mer » :

  • Avril 1990, premier projet de réhabilitation et d’extension sur 71 m2 pour un montant de 1200 000 francs

  • Juin 1995, second projet de réhabilitation avec une extension sur 132 m2. Montant 2 200 000 francs

  • Octobre 1995, le même projet est déposé et n’aboutit pas non plus

  • Octobre 1996, nouvelle version pour un montant de 2 485 000

  • Fin 1997 le dossier est enfin finalisé et fera l’objet d’une délibération en Conseil Municipal le 28 mars 1998

Les 115 m2 existants seront entièrement réhabilités et l’extension sera réalisée sur 160 m2. Deux distributeurs de billets seront installés, l’organisation intérieure des guichets et le mobilier seront modifiés, une nouvelle entrée avec rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite sera aménagée. Le coût des travaux s’établit à 2 435 000 francs. L’État participe à hauteur de 1 017 500 francs (Fonds Social Urbain), la Poste pour un montant de 118 500 francs (distributeurs et mobilier) et la Ville, propriétaire des lieux, prend en charge 1 299 000 francs. Les travaux débutent le 17 mai 1999 sans interruption du service puisque un «transloko» est installé sur le trottoir.

Une tentative de hold up à main armée a lieu le 3 novembre 1999. L’agresseur, ayant sans doute estimé que l’installation provisoire la rendait plus vulnérable, fait face à un agent qui ne se départit pas de son sang froid et l’oblige à prendre la fuite. La petite mercerie Balot, voisine de la Poste, dépose un recours arguant que les travaux nuisent à la visibilité du commerce et impactent le chiffre d’affaires. Ce recours sera rejeté. Néanmoins, la Ville fait apposer un panneau « Commerce ouvert durant les travaux ».

La nouvelle poste Photo Carole Vanspey

Les travaux se terminent le 3 décembre 1999. On attendait un sprint, ce fut un marathon. Le nouveau bureau est inauguré le 19 janvier 2000, soit 10 ans après la présentation du premier projet, en même temps que la nouvelle agence de l’ANPE à l’angle du boulevard de Fourmies et de la rue Horace Vernet ainsi que les nouveaux locaux du Centre Social Carpeaux au 277 avenue Linné, dans une partie de l’école Marlot .

A cette date la Mairie des Quartiers Sud, 188 boulevard de Fourmies, est en travaux de réhabilitation et d’aménagement pour un montant de3 000 000 de francs. Il y a donc à l’époque un véritable effort de confortation des services publics de proximité.

Un nouveau bureau de poste à la Fosse-aux-chênes

Le 9 février 1894 parvient à Roubaix l’autorisation pour l’ouverture d’un troisième bureau de poste, à la Fosse-aux-Chênes, pour lequel Émile Moreau avait fait la demande alors qu’il était député 1. L’arrêté ministériel date du 29 Janvier 1894 et le bureau de postes sera ouvert le 16 Juin 1895. Monsieur Trabuc est le premier receveur de ce nouveau bureau de postes situé 66 rue de la Fosse-aux-chênes, qui compte à son ouverture six dames employées des Postes et Télégraphes et trois facteurs du télégraphe. Car ce bureau est ouvert au service de la poste et du télégraphe. Il dispose également d’une cabine téléphonique et se livre aux opérations de la Caisse d’épargne postale.

Le bureau de poste dans la rue de la Fosse-aux-chênes Coll Méd Rx

A l’époque, les horaires d’ouverture du guichet postal sont les suivants : pour le service d’été, de 7 heures du matin à 9 heures du soir (1er mars au 31 octobre). Pour le service d’hiver, (1er novembre au 28 février) de 8 heures du matin à 9 heures du soir. Il est fermé à midi les dimanches et fêtes légales. M. Baillon sera le receveur suivant et l’effectif est passé à cinq dames employées des Postes et Télégraphes. Il est annoncé que le bureau de la Fosse aux Chênes ne fait pas de distributions ni de levées de boîtes. Après la première guerre, le bureau sera dirigé par une receveuse, Mme Mangin, avec cinq dames employées et un aide. Son successeur, Monsieur Deprecq gardera la même équipe. Après plus d’un demi-siècle d’existence, on décide de remplacer ce bureau, qui présentait des évidents signes de vétusté, n’offrant aucun confort ni pour les usagers, ni pour le personnel, par un nouvel équipement 2.

L’ancienne poste vue contemporaine Coll Méd Rx

La construction avait été décidée en 1967 par le conseil municipal. Mais il n’ouvrira qu’en janvier 1974. Situé à deux pas de l’ancienne poste, le nouveau bureau se trouve à l’angle des rues Daubenton et des Sept Ponts, là où il se trouve encore de nos jours. La ville a acheté le terrain, et a fait construire le bureau de poste, l’administration postale refusant d’intervenir dans l’opération, étant déjà engagée dans les chantiers de la nouvelle grand-poste à l’emplacement du Lido et du centre postal du Carihem. Le bâtiment est gai, la salle des guichets est vaste, claire et aérée. Derrière se trouve un grand local réservé aux facteurs 3. Il est vrai que les locaux sont passés de 50 m2 à 250 m². On apprend que le receveur, M. Chalon, a son bureau au rez-de-chaussée et qu’il habite un appartement à l’étage.

Le nouveau bureau de poste de 1974 Photo NE

Le nouveau bureau est inauguré le samedi 12 janvier 1974 par Victor Provo maire de Roubaix entouré d’un certain nombre de personnalités locales. L’édile roubaisien rappelle que la ville n’est pas suffisamment riche en bureaux de postes, il en manque dans des quartiers comme l’épeule et les trois ponts. Il s’étonne que l’administration postale ne puisse pas prendre en charge la construction de tels bureaux, souhaite que le nouvel hôtel des Postes soit terminé en 1975 et regrette que le centre du Carihem ne soit pas affecté au tri. En effet, il s’agit simplement d’un centre d’expédition de colis. Prudemment, le ministre des Postes de l’époque a envoyé un télégramme de félicitations au maire de Roubaix, qui sera lu en préambule du traditionnel vin d’honneur.

1Il est député radical socialiste de la 5e circonscription de Lille de 1889 à 1893.

2D’après l’article de Nord Éclair

3D’après l’article de Nord Éclair

D’après les rapports du maire de la ville de Roubaix

 

 

 

Une héroïque ouvrière

Marie Bettremieux, née Marie Buisine, habite avec son mari, Henri, au 96 rue de la Balance. Ils ont 3 enfants : Henri, Marie et Simone. A l’âge de 55 ans, en 1924, elle est ouvrière à l’usine Demarcq, fabricant de toiles, sacs et tapis, au 1 quai du Sartel. Elle travaille dans la pouponnière de l’usine, où sont gardés les enfants des ouvrières, pendant les heures de travail. Elle est responsable de cette garderie depuis 1921.

( Document coll. priv. )

Le 24 Octobre 1924, le feu se déclare au milieu de l’après-midi au sous sol de l’usine, où sont stockées les matières premières et en particulier la toile de jute qui sert à la fabrication des sacs. Le feu se propage à une rapidité foudroyante et atteint très vite l’escalier qui conduit à la garderie.

( Document Le Pèlerin )

Une dizaine de bébés se trouvent dans le dortoir. Marie Bettremieux s’y précipite et sort plusieurs enfants en deux ou trois fois ; ils sont sains et saufs mais il reste deux poupons. Marie, n’écoutant que son courage, retourne dans le fond du dortoir où se trouvent les berceaux des derniers enfants : un garçonnet de 3 ans et une fillette de 18 mois. Mais le brasier est épouvantable et l’héroïque gardienne ne revient pas.

( Document coll. priv. )

C’est seulement à la nuit tombée que les pompiers peuvent sortir les corps carbonisés des deux enfants ainsi que celui de Marie, morte pour avoir essayer de les sauver. Ce drame provoque dans toute la ville une émotion intense et incommensurable. Jean Lebas, maire de Roubaix, décide alors d’organiser des funérailles solennelles pour ces trois victimes.

( Document coll. priv. )

«  Désirant perpétuer le souvenir de cette humble femme du peuple qui n’hésita pas à sacrifier sa vie pour sauver celle des autres, votre administration a décidé, à titre d’hommage public, de donner son nom à une rue de la Ville.  » C’est en ces mots élogieux que, le 5 Décembre 1924, le maire de Roubaix, Jean Lebas, parle de la femme qui a donné son nom à l’ex-rue de la Balance, Marie Buisine.

( Document coll. priv. )

Sur la plaque de la rue portant son nom, figure l’inscription « Victime du Devoir au cours de l’incendie du 24 octobre 1924 ».

Marie Bettremieux, née Marie Buisine, a été décorée de la croix de la Légion d’honneur à titre posthume, sur la proposition de M. Chautemps, ministre de l’Intérieur. Son mari Henri, déjà durement éprouvé par la mort de son fils en 1918, ne se remet pas de la disparition brutale de sa femme et décide de mettre fin à ses jours en 1925. Le sublime dévouement de cette humble ouvrière, morte pour sauver « ses chers enfants », sera souvent cité en exemple dans les leçons d’éducation morale.

La crèche en 1894 ( Document Archives Municipales )

Au début des années 1960, la crèche municipale, située au 57 rue Marie Buisine (construite en 1894), est rasée pour cause de vétusté. En 1964, la nouvelle crèche Marie Buisine est construite sur le même emplacement. Elle est plus vaste, plus spacieuse, capable de recevoir une quarantaine d’enfants, et surtout avec une orientation différente.

( Document Archives Municipales et Photo BT )

Cette crèche est toujours en fonction et sera transférée, en 2020, à deux pas, rue Lannes, dans un immense centre social multi-accueil, comprenant une crèche, un CCAS ( centre communal d’action sociale ), une PMI ( protection maternelle et infantile ). Les travaux devraient démarrer en 2019 ; l’inauguration est prévue en 2020.

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Remerciements aux Archives Municipales et au personnel de la crèche Marie Buisine.

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Bébés échangés

Jeanine Piesset habite à Wattrelos, au Clair Logis, 2 Boulevard de la Liberté ; son mari est contremaître à la Lainière, juste en face de leur domicile.

Jeanine Piesset ( Document INA )

Dans la nuit du 27 au 28 Août 1950, Jeanine Piesset est à la maternité de l’hôpital de la Fraternité à Roubaix, au 1er étage, pour accoucher. A 3h30 du matin, bébé arrive. La sage-femme, Mme Huyghe, lui annonce : c’est un garçon. Jeanine est déçue car elle a déjà un garçon et souhaitait tant avoir une fille.

Mme Scoropad, l’assistante de la sage-femme, procède à la toilette du bébé.

– Comment souhaitez-vous l’appeler ?

– Guy, et en deuxième prénom, Roger.

Mme Huyghe remplit les papiers nécessaires. On installe la jeune femme dans une pièce attenante et l’assistante de la sage femme dépose Guy Roger, le nouveau-né, au pied du lit.

Jeanne Wahl, soigneuse, née en 1921, habite 80/25 cour Vroman, rue Edouard Anseele, avec son concubin, Jean Baptiste Deroch, forgeron .

Jeanne Wahl ( Document INA )

Jeanne Wahl accouche vers 5h30. La sage-femme, Mme Huyghe, assistée de Mme Herbeaux lui annonce ;

– C’est une fille.

– Oh mon Dieu, encore une fille ! répond l’accouchée qui a déjà une fille.

– Comment souhaitez vous l’appeler ?

– Jeanne, comme moi, et en deuxième prénom : Louise.

Mme Huyghe remplit les fiches pour l’état civil et annonce à Jeanne Wahl qu’elle va devoir attendre dans la salle commune que le jour se lève. Vers 8h30, les filles de salle descendent les deux mères et leurs bébés au rez de chaussée dans les lits 15 et 16.

Le 1er Septembre, les 2 mères s’apprêtent à quitter la maternité. Jeanine Piesset assiste pour la première fois à la toilette du bébé.

– Mais c’est une fille !

– Oui et alors ?

– On m’a dit que c’était un garçon !

En quelques minutes, la maternité est sans dessus dessous. Il faut vérifier le sexe de l’enfant de Jeanne Wahl qui a accouché pratiquement au même moment. Les bébés ont peut-être été inter changés. On vérifie : le bébé de Jeanne Wahl est un garçon !

Le docteur Geller, médecin accoucheur de la maternité, décide :

– Il y a eu erreur, Mesdames, veuillez échanger vos enfants !

Dans le bureau de M. Vaneyck, le directeur de l’hôpital, Jeanne Wahl tend son bébé à Jeanine Piesset pour l’échanger mais celle-ci refuse et s’enfuit.

– C’est ma fille ! C’est l’enfant que j’ai mis au monde. Plutôt mourir que de le rendre !

Une enquête administrative est ouverte à l’hôpital, et un casse-tête se pose alors pour l’état civil :

– un garçon de sexe féminin qui s’appelle Jeanne Louise que l’on surnomme Henri

– une fille de sexe masculin qui se prénomme Guy Robert et qu’on appelle Viviane

Les avocats Brochen et Diligent ( document coll. priv. )

Maître Yves Brochen, avocat des époux Piesset, et Maître André Diligent, avocat des époux Deroch, sont chargés de l’affaire qui va durer des années ! Au Tribunal de Lille, le professeur Muller va présenter ses études d’hématologie ; puis des expertises sont réalisées et des contre-expertises se succèdent. Le Docteur Semaille, de l’Institut Pasteur, reprend le dossier. Les experts tâtonnent : On ne connaît pas l’analyse ADN et le petit bracelet au poignet n’existe pas encore ! On fait appel au Docteur Race, de l’institut Lister, de Londres.

La justice conclut, en Mars 1956, qu’il y a bien eu substitution à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix, il y a 6 ans, mais sans, pour autant, désigner de responsables. Les enfants sont accueillis alternativement dans leur famille de cœur et leur famille de sang, avec des droits de visite, comme pour les divorcés. C’est un psychodrame permanent sous l’œil des médias du monde entier.

( document coll. priv. )

En 1960, les enfants ont 10 ans. Jeanine Piesset refuse d’accueillir Henri qui continue d’être élevé par Jeanne Wahl Deroch. Celle-ci obtient la garde définitive de Viviane qui a grandi au foyer des Piesset.

Les enfants en 1960 ( document INA )

On ignore ce que sont devenus ces enfants, élevés comme frère et sœur, et qui ont 67 ans à ce jour ; chacun défend sa thèse sur les raisons de leur échange. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que cette histoire a été source d’inspiration pour le réalisateur roubaisien, Étienne Chatiliez, quand il a écrit le scénario de son film « La vie est un long fleuve tranquille » en 1988, lequel a connu un énorme succès.

André Diligent qu’on surnommait « l’avocat des pauvres », et qui est, par la suite, devenu maire de Roubaix, est décédé en 2002.

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La Caisse d’Epargne

La Caisse d’épargne de Roubaix, créée en 1842, est un établissement autonome, contrôlé par l’État, autorisé par une ordonnance royale. La caisse d’épargne se limite à la gestion de comptes d’épargne et de prêts simples pour les particuliers. Les bureaux, en 1847, sont d’abord installés dans la salle de Justice de Paix de l’hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

Le siège social de la Caisse d’Épargne de Roubaix est construit, en 1890, au 5 de la rue du Château, avec une magnifique façade de style néogothique. A l’intérieur, les murs sont en pierre de taille, les guichets en chêne massif ; le personnel est protégé de toute agression par des vitres et des hygiaphones.

( Document coll. priv. )

( Document coll. priv. )

Pour les clients, le livret de Caisse d’Épargne permet de conserver la trace des versements et des intérêts perçus. La Caisse d’épargne ne rencontre pas un succès immédiat du fait de la faible capacité d’épargne des classes populaires mais aussi d’une confiance faible envers l’institution. Il faut attendre les années 1920 pour constater un développement conséquent.

( Document coll. priv. )

Dans les années 1930, la croissance se confirme et on trouve des agences de Caisse d’Épargne et de prévoyance dans les villes en périphérie : Croix, Wasquehal, Leers, Wattrelos, Hem et Lannoy.

( Document coll. priv. )

Pendant la deuxième guerre mondiale, le bâtiment abrite la Croix rouge qui y soigne les blessés. Dans les années 50, l’amélioration des conditions économiques relance l’épargne. Le célèbre Livret de Caisse d’Épargne est offert, avec une petite somme d’argent, à chaque enfant à la naissance. Nous sommes en pleine explosion démographique (le baby-boom d’après guerre) et le bâtiment de la rue du Château devient rapidement trop petit.

( Document IGN )

En 1958, Félix Watine, président de la Caisse d’Épargne, décide de construire un nouveau siège social sur le trottoir d’en face, à l’angle de la rue du château et de la rue de l’Hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

C’est un projet ambitieux de 277 millions de Francs qui est confié à l’architecte Omer Lecroart, dont l’étude se trouve au 72 avenue Jean Lebas.

( Document Archives Municipales )

Au rez de chaussée on trouve un vaste hall de réception du public, la loge du concierge G Dutertre, les bureaux de la direction, la comptabilité. Au sous sol, on trouve la salle des coffres-forts, la chaufferie, les archives, les vestiaires et sanitaires pour le personnel. A chaque étage, des appartements immenses sont vendus à des particuliers ; au total 6 appartements de 7 pièces, et 3 appartements de 4 pièces. L’architecte Omer Lecroart fait d’ailleurs l’acquisition d’un appartement au dernier niveau. L’entrée des clients se fait par la rue de l’Hôtel de ville, l’entrée des résidents par la rue du Château.

( Document Nord Éclair )

Le 25 Septembre 1961, la nouvelle Caisse d’Épargne est inaugurée par M. Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’état aux finances. M Henri Eecklan, vice président de la Caisse d’Épargne, remplace M Félix Watine souffrant. Il accueille les différentes personnalités : Mrs Hirsch, préfet, Lepargneur, chef de cabinet, Poniatowski, directeur de cabinet du ministre, Provo, maire de Roubaix . . .

( Document Nord Eclair )

M Giscard d’Estaing fait une brillante allocution. Nul doute que cette personnalité ambitieuse est promise à un bel avenir. Les discours se succèdent et, après la cérémonie, les 500 personnes sont invitées à un banquet à la salle Watremez qui vient d’être rénovée. Une superbe plaque commémorative en métal est offerte à chaque convive.

( Document coll. priv. )

En 1963, l’ancien bâtiment de la Caisse d’épargne, rue du château, est rasé pour construire, à la place, une partie du centre commercial : Le Lido.

( Document coll. priv. )

L’écureuil devient l’emblème des Caisses d’épargne. L’image de ce petit animal n’est pas anodine pour la banque ; il garde ses petites noisettes et les fait fructifier pour sa petite famille. En 2010, la Caisse d’Épargne quitte les locaux de la rue du Château, pour s’installer Grande Rue.

Aujourd’hui, les services municipaux occupent une très grosse partie du bâtiment. La façade est inchangée ; en revanche, à l’intérieur, le hall d’accueil a été complètement aménagé ; la salle des coffres a disparu ; les appartements à l’étage ont été transformés en bureaux.

( Photos BT )

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Remerciements aux Archives Municipales.

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