Ah, l’Hippodrome Théâtre !

Le 5 novembre 1882, un nouveau théâtre, d’initiative privée, est inauguré, il s’agit de l’Hippodrome Théâtre. Il se trouvait non loin de l’emplacement occupé par l’actuelle tour du Théâtre, à côté de l’Usine Motte Bossut et des bureaux de cette société.

L’Hippodrome Théâtre Collection Médiathèque de Roubaix

Cette salle de spectacle contenait de 1500 à 1800 personnes, avec une scène d’une longueur de 25 mètres. En prolongement de la scène et séparé de cette dernière par un rideau métallique, se trouvait un grand foyer d’artistes utilisable dans les pièces à grand spectacle et au besoin comme salle de concert. Dans la partie des bâtiments affectés à l’Administration, il y avait des magasins de meubles, les bureaux de la Direction et la bibliothèque, les cabinets de coiffure, tailleurs, médecins, machinistes, foyer d’artistes, de choristes, de comparses et les loges d’artistes. Le magasin des décors comprenait un atelier de peinture, situé en dehors du théâtre et relié avec la scène par une galerie. Selon un témoin, la salle possédait sept sorties : trois en façade, deux sur les côtés, et deux à l’arrière qui donnaient dans l’ancienne rue des Longues Haies. La façade, construite quelques années après l’inauguration, était digne de celle de la Scala de Milan : colonnes en onyx du Maroc, statues représentant une danseuse et une jongleuse.

Plan de l’Hippodrome Collection Privée

L’Hippodrome Théâtre, qui avait coûté un million deux cent mille francs de l’époque, était admirablement situé sur un grand boulevard récemment créé et très passant, à deux pas de la Grand Place et de la Place de la Liberté. En effet, en 1882, on vient tout juste de reboucher l’ancienne partie du canal, ce qui procure à la ville une grande voie pénétrante, à la suite du magnifique boulevard de Paris, et du parc de Barbieux en cours de réalisation. L’Hippodrome n’aura d’égal qu’à Paris. Son architecture est remarquable, la disposition de la salle est ingénieuse moitié cirque, moitié théâtre. Ses représentations seront diversifiées, entre opérette et opéra, théâtre dramatique et comédies, vaudevilles et grands drames. Le cirque franco-belge viendra y séjourner au moment de la grande foire. Des meetings politiques, conférences, débats électoraux, s’y dérouleront aussi, devant une salle comble : Marc Sangnier, Jules Guesde, Jean Jaurès, parmi tant d’autres, viendront y prendre la parole. Les roubaisiens étaient un public de mélomanes, et ils  étaient férus de bel canto et d’art lyrique. L’Hippodrome théâtre devint donc une scène d’audience nationale, qui recevait des artistes comme Sarah Bernhardt, Cécile Sorel, Sacha Guitry. De grands musiciens vinrent y conduire des concerts, comme Camille Saint-Saens, Charles Gounod.

Programme Collection Privée

Après la seconde guerre, on tenta de le moderniser, un écran de cinéma y fut installé et l’Hippodrome théâtre devint le Capitole. On y organisa même des combats de catch ! Un dimanche de mai 1957, le rideau du Capitole théâtre tomba définitivement sur les dernières notes des Mousquetaires au Couvent. Dernière représentation, dernier spectacle. L’évolution des mœurs, le tourisme, la télévision, le cinéma ont été cités comme responsables de cette fermeture. Après une carrière longue de 80 ans, était-il impossible de poursuivre, en aménageant ?

Le Capitole Collection Privée

La société Le Capitole est dissoute le 16 avril 1964. Une compagnie d’investissements immobiliers reprend les bâtiments ainsi que le café voisin et cette surface de 2700 m² servira à la construction d’un vaste immeuble, et d’une station service au rez-de-chaussée. Ainsi disparut à jamais un des grands lieux culturels et historiques de Roubaix.

Roubaix 2000 et les quinquennales

En 1978, c’est dans le secteur Anseele, Sainte Élisabeth, Fraternité et Roubaix 2000 que vont se dérouler les fêtes quinquennales de Roubaix. Cet événement est organisé par le comité des fêtes du secteur, sous les auspices de l’administration municipale roubaisienne.

Ce secteur regroupe de longue date plusieurs quartiers, dont la rue de Lannoy constitue la colonne vertébrale : le quartier des longues haies devenu Edouard Anseele Roubaix 2000, à présent rénové, le quartier Sainte Élisabeth autour de l’église du même nom, le quartier du Tilleul, du nom de l’arbre qui se tenait autrefois au carrefour de la rue de Lannoy et de la rue Jules Guesde (ancienne rue du Tilleul), le quartier du Cheval Blanc, lequel tient son nom d’une ancienne auberge située nom loin du carrefour formé par la rue de Lannoy et les boulevards de Mulhouse et Reims, et le quartier de la Fraternité, qui tient son nom de l’hôpital tout proche.

Le président du comité des fêtes, M. Van Den Bossche, rappelle l’historique récent des difficultés du secteur, dues à la coupure avec le centre ville, aux travaux qui durèrent plus d’une décennie. Pour lui, ce secteur, à présent rénové, est redevenu l’un des attraits de Roubaix. Il rappelle le rôle du comité des fêtes, qui est d’assurer le maximum de manifestations et de festivités capables d’attirer et de drainer de plus en plus la population roubaisienne, mais aussi celle de nos villes et communes voisines.

Le parvis de Roubaix 2000 en 1978 Collection SER

Le groupement des commerçants de Roubaix 2000 sort son premier journal intitulé Shopping Roubaix 2000, et son président, Roger Fruit, qui vient d’être réélu en mars, en profite pour faire le point. Roubaix 2000, c’est à présent 52 boutiques aux activités variées, plus le super marché Auchan. Ce petit journal, d’une vingtaine de pages, présente les publicités de tous les magasins du centre commercial, accueille le mot du maire Pierre Prouvost, qui rappelle les enjeux du développement du centre de la ville. Il relaye également l’information sur les fêtes quinquennales. Quel sera le programme des quatre journées de juin consacrées à cet événement ?
Le vendredi 2 juin, il y aura la retransmission en couleur du Match de football de la coupe du monde France Italie, au foyer bar du théâtre Pierre de Roubaix, boulevard de Belfort.
Le samedi 3 juin, un cortège folklorique et musical de plus de cinq cents participants défilera dans le quartier, à partir de 16 heures. L’itinéraire part de la rue Montgolfier, emprunte la rue Jouffroy, puis la rue Jules Guesde, rejoint la rue de Lannoy, le boulevard de Belfort, rue Henri Dunant. Il prend ensuite le boulevard Gambetta, rejoint le parvis de Roubaix 2000 sur lequel les sociétés vont parader, puis elles reprennent la rue de Lannoy jusqu’à la Place de la Fraternité.  A 18 heures, on attend l’arrivée de l’Harmonie Communale de Tournai qui défilera avec sa clique dans le quartier. Le soir, l’Harmonie Royale d’Estaimpuis et l’Harmonie Communale des Pompiers de Tournai donneront un concert au théâtre Pierre de Roubaix.
Le dimanche 4 juin en matinée, ce sera la réception des sociétés participantes par le comité organisateur de Monsieur le Maire, des adjoints et conseillers municipaux, du comité directeur des festivités et des présidents et membres des sociétés participantes. L’Original groupe de Wattignies animera une promenade musicale dans le quartier avant de rejoindre le lieu de la réception.

Une société en pleine action pendant le défilé Photo Nord Éclair

Le soleil sera de la partie, ce sera une grande journée d’animation populaire, et l’on peut penser que ce fut aussi une belle journée pour le centre commercial et les commerçants des quartiers traversés.

Incendie au Chemin neuf

Dans la nuit du 28 au 29 mars 1967 un incendie ravage les entrepôts des établissements Salembier, négociant en bois, installés alors depuis une trentaine d’années au 51 rue Léon Marlot. Cette société, lancée par Jules Salembier, puis reprise par son épouse et enfin par ses enfants, alimentait les menuisiers et ébénistes, mais aussi les industriels de la région. L’entreprise employait une vingtaine de personnes. Les entrepôts, érigés à l’origine sur des terrains vagues, ont été assez vite englobés dans les constructions : celles en particulier de l’allée Henri Matisse et la cité du Chemin Neuf, construite par le CIL et propriété de la SARHO.

Salembier-96dpiLes hangars et le dépôt de bois – Photo IGN 1962

D’origine inconnue, le feu aurait pris naissance dans les entrepôts situés le long de l’allée Matisse. La Voix du Nord précise que les flammes, alimentées par ce combustible de choix, étaient visibles à plus de 20 kilomètres à la ronde. Les pompiers venus de Roubaix et Tourcoing luttent toute la nuit contre l’incendie, mais 1500 m3 de bois entreposés tant dans les hangars qu’à l’air libre, sont détruits par les flammes. Les habitants du quartier, tirés de leur lit, assistent au désastre en tenue de nuit. Nord Matin titre « nuit tragique au nouveau Roubaix ».

pompiersnuit-96dpiPhoto Nord Matin

Les habitations et les bureaux de la société sont intacts. Par contre les logements situés près du foyer de l’incendie doivent être évacués dans la précipitation : la chaleur dégagée par le brasier est telle que le zinc des toitures fond. Les familles les plus menacées doivent abandonner leur logement en n’emportant que l’indispensable. La Voix du Nord précise : Mme Paul Renault, dans sa précipitation, est partie pieds nus. « On a oublié, nous dit-elle, le chien, les poules et les canaris. Ils sont tous morts. » Les voisins font la chaîne pour essayer de sauver ce qui peut l’être.

pompiers-96dpiPhoto Nord Matin

Un mouvement de solidarité se met rapidement en place. Dès le lendemain, des tracts appellent les habitants du quartier à la générosité : 1700 francs sont collectés ce même jour. Cinq familles sont sans abri : tout le monde est hébergé pour la nuit dans le quartier, pour parer au plus pressé. Les services de la C.I.L., avec le concours de la S.A.R.H.O et du Toit Familial relogent finalement les familles sinistrées à Roubaix et à Hem, et une souscription est lancée à leur profit. Les services techniques de la ville mettent des camions à disposition pour transporter le mobilier qui a pu être préservé des flammes. Les dons s’avèrent très nombreux, les établissements Salembier n’étant pas en reste de générosité. Le secours catholique intervient également. L’association des locataires du Chemin Neuf organise et centralise les actions. La Voix du Nord parle d’un « magnifique élan de solidarité ».

soli-96dpiUne partie des dons recueillis – Photo Nord Matin

Deux mois plus tard, les travaux de remise en état des logements sont en cours. Les établissements Salembier cessent ensuite toute activité à cet endroit. Le terrain est aujourd’hui occupé par un béguinage.

Ces événements sont-ils restés dans les mémoires ? A vos témoignages !

beguinage-96dpiPhoto Jp Maerten

L’accueil des déportés

1945rapatriesmars à mai 1945 Nord Éclair

Dès le mois de janvier 1945, alors que la guerre n’est pas terminée, Roubaix, qui a été libérée en août 1944, se mobilise pour accueillir les prisonniers et déportés. Un gala de bienfaisance est ainsi organisé le 9 janvier au grand théâtre de l’Hippodrome à leur profit. En avril 1945, l’Ecole de plein air du Pont Rouge reçoit un contingent de plus de cinq cents prisonniers libérés. Un service médical composé de médecins et d’infirmières de la Croix Rouge sous la direction du docteur Carré dispense les soins aux arrivants en collaboration avec le service de désinfection de l’hôpital. Des permanences d’accueil sont organisées jour et nuit par le service des postes. Puis fin avril, ce sont 365 rapatriés de Buchenwald qui arrivent en gare de Roubaix. Les services d’accueil les transportent aux châteaux Huet et Dhalluin, rue Jules Guesde dans le quartier de la Potennerie, mais également au château Vanoutryve boulevard de la République. Les convois se succèdent pendant le mois de mai, et la presse évoque d’autres lieux d’accueil : des hôpitaux militaires auxiliaires boulevard Gambetta et rue Edouard Anseele. Une quinzaine de voitures et six ambulances transportent prisonniers, rapatriés, blessés et malades, jusqu’aux centres médicaux.

D’après les témoignages, ces personnes étaient dans un état pitoyable. C’étaient des morts vivants, épuisés par leurs années de captivité, et par leur voyage de retour interminable. Il fallait les aider pour marcher, les coucher, les nourrir…

Le château Huet remplira quelque temps cette fonction de bloc sanitaire. Au moment de sa dissolution, il sera question de le transformer en maison de repos pour les rapatriés. Mais nous n’avons pas trouvé suite du projet. Ce château sera démoli en 1951.

Petit inventaire des ducasses

ducassesdiversesDucasse du chemin neuf 1 et 2 du Nouveau Roubaix 3 Photos Nord Éclair

L’atelier mémoire a collecté dans la mémoire de ses membres le souvenir des ducasses qui animaient autrefois les quartiers sud. Où se déroulaient-elles ? A quel moment ? La liste n’est pas close et cet article se présente comme un appel à témoignages. Il faut rappeler qu’autrefois, la ducasse était une fête traditionnelle de village, en Belgique et dans le Nord de la France, qui trouvait son origine dans le mot dédicace désignant la consécration d’une église, d’un oratoire et par extension la fête annuelle commémorant cet événement. Ducasse est la forme picarde pour fête patronale, fête publique, comme kermesse, mot issu du flamand désigne une fête patronale, une fête de village. La dédicace se commémorait annuellement par une fête dont la procession était le centre. Il s’agissait de faire le tour de la paroisse selon un itinéraire immuable, à l’image de ce qui se déroule encore en Italie ou en Espagne. On accompagnait les reliques ou la statue du saint patron qui visitait ainsi ses terres et les protégeait. Après les dévotions, c’était l’heure du repas, puis venait le moment des jeux et des réjouissances populaires : attractions foraines, concert, jeu de balle, tir à l’arc, et bal pour terminer la fête.

Les ducasses contemporaines sont devenues des fêtes publiques communales, locales ou de quartiers. A Roubaix, on se souvient encore de la Foire qui se déroulait pendant quinze jours le lundi après Quasimodo, soit la deuxième quinzaine d’avril, sur l’esplanade des boulevards Leclerc et Gambetta, avant que l’automobile et les transports en commun aient raison de cet espace public. Chaque quartier avait également sa ducasse dont nous avons tenté de retrouver la trace pour les quartiers sud.

Les recherches menées auprès de la mairie des quartiers sud nous apprennent que les forains présentent des demandes d’installation individuelle ou collective à la Ville. Le Service Animation traite ces demandes, établit l’autorisation, fait le lien avec le Service des Finances pour les droits de place et avec les Services Techniques de la Ville pour l’ouverture des compteurs (eau, électricité) et éventuellement d’autres prestations (barrières, …). Actuellement, les installations ont lieu en mai et en octobre/novembre sur les places de la Fraternité et du Travail. Il existe d’autres installations plus ponctuelles dans le cadre de festivités (Fête du 1er Mai Place du Travail, brocante de la Rue Ingres en Septembre). Cette organisation met en évidence que les ducasses sont à présent plus des fêtes foraines liées à des événements publics, festifs, voire commerciaux.

Un membre de l’atelier rapporte que les forains distribuaient des tickets gratuits pour des tours de manège, mais que l’argent de poche de l’époque ne permettait pas de suivre toutes les fêtes foraines qui étaient relativement nombreuses et rapprochées dans le temps. Une liste datée de 1963 nous donne chronologiquement les ducasses suivantes : le 26 mai, ducasse du Nouveau Roubaix, 29 septembre ducasse du Moulin. On en trouve d’autres dans la presse : une ducasse des Hauts Champs du 29 avril au 7 mai en 1967, une ducasse du Chemin Neuf fin mai 1967 entre les bâtiments de la rue Braille. La ducasse du Nouveau Roubaix avait encore lieu en octobre 1972 : on la situe alors sur le terrain rouge de la rue Fragonard, mais des souvenirs plus anciens la repèrent place Charles Spriet ou en face des HBM…En 1971, la Place du Travail accueillait encore une fête foraine du 11 au 21 novembre.

Pour s’y retrouver, il faudra découvrir si la fête foraine s’associe à une manifestation particulière : c’est le cas de la ducasse de novembre de la Place du Travail, qui se déroulait en même temps que l’animation commerciale du boulevard de Fourmies en 1971. La ducasse est-elle liée à la braderie, autre événement régulier de tous les quartiers roubaisiens ? Les recherches ne font que commencer. Roubaisiens, à vos souvenirs !

ducassesdiverses2Ducasse des Hauts Champs 1 et Place du Travail 2 Photos Nord Éclair

Les commémorations de septembre

C’est en 1953, à l’initiative d’un groupe de résistants des Trois Ponts qu’un cortège se forme avenue Julien Lagache, traverse la quartier des Trois Ponts pour honorer la mémoire du jeune sergent. Depuis lors, chaque année, dans les premiers jours de septembre, Louis Bettremieux reçoit ainsi l’hommage de son quartier, mais aussi des personnalités roubaisiennes et militaires, qui viennent s’incliner, présenter les armes et les drapeaux devant la plaque commémorative de la rue Brame.

Un résistant

Louis Bettremieux est un authentique résistant qui prit part très tôt  aux actions directes contre l’ennemi. Sous le pseudonyme de « Georges Dubus », il s’engage dans la lutte clandestine et dès l’année 1942, il est enrôlé dans le 1er bataillon des FFI. Le 2 septembre 1994, il est grièvement blessé par une balle explosive dans la rue Brame à Roubaix. Transporté à l’hôpital de la Fraternité, il meurt sans avoir repris connaissance. La Croix de guerre et la Médaille militaire lui seront décernées le 2 septembre 1952. Une plaque apposée sur le mur de l’usine près de l’endroit où s’est déroulé le drame évoque le souvenir de ce valeureux soldat qui avait moins de 20 ans au moment des faits.

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Une rue à son nom

La rue du Sergent Louis Bettremieux a été constituée avec un tronçon de l’ancien sentier qui reliait la rue de Charleroi à l’ancienne rue des Palmiers. C’est au cours d’une délibération du conseil municipal en date du 22 novembre 1971 que l’on décida de donner à cette artère dont la longueur est de 100 mètres environ, le nom d’un héros roubaisien de la résistance qui fut victime des combats qui opposèrent les soldats des Forces Françaises de l’intérieur aux militaires allemands en retraite.

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Photos Nord Éclair et Collection Particulière