Le mystère du vase de Sèvres

Parmi les monuments qui agrémentent çà et là le beau jardin, alias le Parc de Barbieux, se trouvait autrefois un imposant vase de Sèvres en grès céramique. L’auteur de cette œuvre était le sculpteur Gauvenet, entré à la Manufacture nationale de Sèvres en mai 1908, pour y être sculpteur de 1912 à 1925, puis artiste-sculpteur de 1925 à 1943. Il est l’auteur de nombreuses sculptures et formes, et notamment des vases.

Le pavillon des deux villes à l'exposition des arts décoratifs de 1925 Coll. Particulière

Le pavillon des deux villes à l’exposition des arts décoratifs de 1925 Coll. Particulière

Ce vase de couleur blanc crème provenait de l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, à laquelle participèrent conjointement les villes de Roubaix et Tourcoing. Ses dimensions étaient considérables : 7 mètres 30 de hauteur, trois mètres de diamètre, à sa partie le plus ventrue. C’est une délibération du conseil municipal du 18 juin 1926 qui nous donne l’origine de la présence de cette urne monumentale. Il s’agit d’un don de l’Etat à la ville de Roubaix.

Le vase de Sèvres du Beau Jardin CP Méd Rx

Le vase de Sèvres du Beau Jardin CP Méd Rx

Nos édiles ne souhaitèrent pas le placer à l’intérieur du parc, dont il aurait immanquablement obstrué la vue. Ils préférèrent lui donner comme emplacement un rond-point situé en bordure de l’avenue Jean Jaurès, situé à égale distance de la Laiterie et de l’extrémité du parc côté Croix. C’était un des points les plus hauts du parc, qui conviendrait parfaitement à sa mise en valeur, sans gêner pour autant la perspective d’ensemble du parc. Il en coûta 12.200 francs pour installer ce monumental vase.

Victor Provo inaugurant le golf miniature Photo Nord Matin

Victor Provo inaugurant le golf miniature Photo Nord Matin

Il disparaîtra en février 1962, à cause de son mauvais état. Les concessionnaires du Bol d’Air utilisèrent son emplacement pour des pistes de pétanque plus prosaïques, la pelouse comprise entre le Bol d’Air et le vase étant reconvertie en un golf miniature. C’est un véritable centre de délassement, pour reprendre les termes de l’époque, que Victor Provo, maire de Roubaix,  inaugura début juillet de la même année. Le golf miniature et les cinq pistes de pétanque faisaient partie d’un ensemble de travaux comprenant également les nouvelles terrasses du Bol d’Air.

Le golf miniature Coll. Particulière

Le golf miniature Coll. Particulière

Quand les loisirs prenaient le pas sur les commémorations symboliques…

Un bol d’air dans le Beau Jardin

Près de dix ans après la démolition du cabaret de la Laiterie, le parc Barbieux manque d’animation. On évoque en conseil municipal l’installation d’une brasserie en novembre 1960, la création d’un centre de délassement en avril 1961. M. Horrent, rapporteur de la commission nommée à cet effet, remarque que « …la promenade pure et simple n’a plus l’attrait de jadis… » et déplore que le parc n’offre pas d’autres distractions. Il propose de créer des jeux pour enfants et adultes, ainsi qu’un établissement « attrayant et reposant » pour y « consommer en toute quiétude », et fait alors état de contacts avec la société anonyme « Loisirs et Sports », spécialisée dans ce domaine.

Cette société obtiendrait une concession de longue durée en échange de la construction des installations. La ville accorde cette concession pour une durée de quinze ans, et les travaux commencent très vite. Le maire de Roubaix inaugure les installations en juillet.

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Une première phase prévoit l’installation d’un embarcadère pour le canotage, des promenades en petit train et à dos d’animaux, et un établissement de consommation « pour l’attente et le repos ». On aménage les voies d’accès et les bords de l’étang, et on construit deux corps de bâtiments présentant un décrochement. Les barques sont installées et n’attendent plus que les plaisanciers. Une terrasse plantée de parasols prolonge les bâtiments.

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Cette première phase doit être complétée par deux autres, comprenant un golf miniature, une ou plusieurs salles de restaurant et de banquets, et des pistes de bowling.

Dans une édition de février 1962, la Voix du Nord salue le succès de l’établissement et annonce l’installation du golf miniature, l’extension des cuisines, et l’aménagement d’un sous-sol dans le bâtiment actuel. Le journal évoque par ailleurs la possibilité de construction d’un restaurant par la même société dans le centre du parc, près du kiosque à musique. Un bâtiment supplémentaire, présentant un deuxième décrochement est bâti dans l’alignement du précédent pour la saison 1962. Le golf miniature est installé près de l’embarcadère ; mais il n’est terminé qu’en fin de saison.

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En novembre de cette même année, on utilise le site pour des opérations de promotions : un défilé de modes, la présentation de la gamme Renault, avec, en vedette, la Floride…

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Les choses restent en l’état jusqu’en 1969, où on complète le centre avec une salle brasserie de 400 places. Le nouveau bâtiment est détaché du précédent. Placé le long de l’embarcadère, il en épouse la forme. Son ouverture a lieu fin juin, à temps pour la belle saison.

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Les documents proviennent d’une collection particulière, les journaux et délibérations des archives municipales.

 

 

 

La fin de la Laiterie

En 1907, la commission municipale du 8 février décide de la démolition de l’ancien cabaret des mille colonnes, placé au milieu du parc, et devenu trop vétuste. Dans son édition du 14 avril, le Journal de Roubaix explique qu’on déplacera le cabaret pour préserver « la superbe perspective ». Le nouvel établissement sera construit dans le massif de ceinture du parc avec sa façade sur l’avenue de Jussieu, presque en face du kiosque.

La Laiterie - document médiathèque de Roubaix

La Laiterie – document médiathèque de Roubaix

Cette situation excentrée devient cependant un inconvénient après la 1ere guerre lors du percement de l’avenue Jean Jaurès et le déplacement des voies du Mongy qui passent de l’avenue Le Nôtre à cette nouvelle artère. En effet, pour conserver un tracé rectiligne à celle-ci, on est contraint de la faire passer très près de l’arrière du débit de boissons, à tel point que la double voie du tram est obligée de faire un détour pour éviter la brasserie en empruntant la chaussée.

Photo IGN - 1950

Photo IGN – 1950

Au fur et à mesure que la circulation augmente, ce tracé présente des dangers d’accidents de plus en plus grands et oblige les wattmen à redoubler de vigilance en abordant cet endroit. Une carte postale nous montre les voies faisant une courbe pour éviter le café. Les poteaux supportant la caténaire indiquent bien leur position sur l’emprise de la route  :

Document coll. Particulière

Document coll. Particulière

En 1950, Nord Matin fait état de nombreux accidents, dont certains mortels, et nous apprend que la municipalité a décidé de supprimer l’établissement, envisageant de le remplacer plus tard par une nouvelle brasserie-restaurant, mieux placée pour attirer les roubaisiens et animer le parc.

Nord Matin 1950

Nord Matin 1950

La démolition a lieu, et une photo aérienne datée de fin mai 1951 nous montre l’ancien emplacement de la brasserie disparue. On y voit également que les voies ferrées contournent toujours la zone :

 

document IGN

document IGN

Très vite, on modifie le tracé des voies : pour les redresser, on les fait passer là où se trouvait la Laiterie.

Photo Nord Eclair

Photo Nord Eclair

On modifie également le carrefour, doté maintenant de deux branches en Y, et on installe près des rails, au milieu d’un massif, l’aubette en béton qui était placée un peu plus loin vers Roubaix.

documents Nord Eclair 1951 et Archives municipales 1953

documents Nord Eclair 1951 et Archives municipales 1953

Pourtant, ce nouveau carrefour s’avérera, lui aussi, très vite dangereux et, en 1957, on le modifie pour le simplifier. Il perd l’une de ses branches, qui sera transformée en parking, très vite réclamé par les utilisateurs du parc. Pour cela, il faut diminuer la largeur du massif de fleurs qui entoure l’aubette.

Photo IGN 1962

Photo IGN 1962

La situation va rester sans changement jusque dans les années 2000. L’aubette, supprimée, est remplacée par deux abris placés l’un côté Roubaix, l’autre côté Lille du carrefour.

 

L'ancien emplacement de l'aubette, et les deux abris – photos Google

L’ancien emplacement de l’aubette, et les deux abris – photos Google

 

 

Une ferme au Huchon

La cense du Huchon, qui a donné son nom au quartier, est très ancienne : en 1520 elle est tenue par Binet des Huçons. Elle est située près du chemin des Loups (dont la première partie conserve aujourd’hui le nom de la rue des Loups) non loin du chemin de Barbieux.

Plan cadastral 1805

Plan cadastral 1805

Au 18e siècle, la famille Lepers exploite la ferme, sans en être encore propriétaire. En effet, durant la révolution, celle-ci appartient au sieur Van der Cruisse émigré à l’étranger. Elle est alors rachetée par le censier Lepers qui la revend à son ancien maître à son retour de l’étranger. Celui-ci, pour le remercier, lui laisse la ferme et un verger, tout en gardant les terres. Les Lepers conservent la ferme tout au long du 19ème siècle, et finissent par acheter l’ensemble de la propriété. On trouve là successivement trois générations de cultivateurs du nom de Pierre Joseph Lepers, le dernier décédant en 1865.

Mais de profondes bouleversements menacent ce coin tranquille : il est question de tracer un canal entre la Deule et l’Escaut. Celui-ci s’arrête encore dans les années 1840 à la barque d’or, au bas de la rue du Moulin. Son prolongement vers Croix nécessite le creusement d’un souterrain sur le site de la ferme Le canal traversera ensuite l’actuel parc Barbieux.

Plan cadastral 1845

Plan cadastral 1845

Ce projet bouleverse une première fois l’existence de la ferme, dont une partie des terres doit être expropriée. Finalement les travaux de terrassement du tunnel sont arrêtés pour cause d’éboulements répétés, et le chantier reste « en plan » quelques années. Le projet est enfin abandonné en faveur d’un autre tracé et on décide, dans les années 1860, de la création du parc et d’une large voie, l’avenue de l’Impératrice, y conduisant. Cette avenue est rebaptisé boulevard de Paris après la fin de l’Empire. Plus tard, à la fin du siècle, est conçu également le projet de percement du boulevard de ceinture sur le site (boulevards de Cambrai et de Douai). Le tracé de ce dernier boulevard doit passer pratiquement sur la ferme, qui va connaître une deuxième expropriation et la cession d’une autre partie du terrain.

Projet de 1886  et ses deux options

Projet de 1886 et ses deux options

La propriété appartient alors à Marie Madeleine Villers, veuve de Pierre Joseph Lepers, cultivateur et dernier du nom. Ils ont eu quatre enfants, une fille et trois garçons. La veuve a quitté la ferme et habite en 1885 au 53, plus bas sur le boulevard. Les pourparlers pour les expropriations se poursuivent de 1889 jusqu’en 1893. Le boulevard de Douai est finalement tracé de façon rectiligne dans l’alignement de l’entrée principale du nouvel hospice : Il ne fait pas face au boulevard de Cambrai et épargne les bâtiments la ferme qui restent en place pour un peu de temps encore.

La situation en 1896

La situation en 1896

Le quartier prend à cette époque un caractère résidentiel et de beaux hôtels particuliers s’y construisent. Sur le coin, à l’emplacement de notre ferme s’installe la famille d’Ernest Roussel-Masurel avant 1900. En 1953, on y trouvera encore les familles Roussel-Masurel et Lefebvre-Masurel. La propriété étend son parc le long du boulevard de Douai jusqu’à la rue de Barbieux. L’occupation des locaux semble cesser entre 1960 et 1963.

 

La demeure Roussel-Masurel au 139 - Document P.Vanhove

La demeure Roussel-Masurel au 139 – Document P.Vanhove

En effet, le bâtiment ne survivra pas. Comme beaucoup d’autres boulevard de Paris, il est victime dans les années 60 d’une vague de démolitions liée à une aspiration au modernisme. Dès les années 50, un groupement, la « société immobilière de constructions du boulevard de Paris », se donne pour but de « remplacer les immeubles existants par des bâtiments modernes, implantés de façon rationnelle… » (La Voix du Nord du 25 février 1955). La première réalisation sur le site est la résidence d’Armenonville, qui va être suivie de plusieurs autres. Une photo aérienne de 1960 nous montre l’état des transformations. On y voit quelques hôtels particuliers survivants dominés par les nouveaux immeubles.

 

Photo La Voix du Nord - 1960

Photo La Voix du Nord – 1960

 Puis, on procède à la démolition du numéro 139, ce qui permet d’incurver le boulevard de Douai pour le faire déboucher en face de celui de Cambrai : il reprend le plan d’origine qui passe sur l’emplacement de l’ancienne ferme. Celle-ci continue pourtant à faire parler d’elle, puisque, en 1980, lors de travaux de réparation de la chaussée boulevard de Paris est mis au jour le puits de la la cense. On le comble alors, sans même entreprendre de fouilles. Aujourd’hui, à cet emplacement s’étend un espace vert.

 

La ferme et de son chemin d'accès replacés dans le quartier actuel. Photos Google et Jpm

La ferme et de son chemin d’accès replacés dans le quartier actuel. Photos Google et Jpm

Les autres documents proviennent des archives municipales.

 

 

Le 50 boulevard de Paris

Albert-Félix Prouvost fait construire sur les plans d’Achille Liagre une maison au 50 du boulevard de Paris, au coin de la rue Charles Quint. Elle sera terminée en 1889. Il l’habitera avec sa femme Marthe et ses enfants jusqu’à son décès. Selon Thierry Prouvost(1), le rez de chaussée était consacré aux enfants, les pièces où se tenaient les fréquentes et brillantes réceptions étaient au premier, et les chambres au second. Le grenier avait été reconverti en théâtre d’amateurs.

Document médiathèque de Roubaix

Document médiathèque de Roubaix

A partir de 1930, l’hôtel appartient à Bernard Dhalluin-Lorthiois qui y réside jusqu’à la guerre. Après celle-ci, la maison est rachetée par un entrepreneur en menuiserie qui y installe son dépôt, mais qui, surtout, la dépèce pour en récupérer les richesses et les revendre morceau par morceau. La presse se fait l’écho de l’évènement.

Photos La Voix du Nord - 1960

Photos La Voix du Nord – 1960

 Pourtant l’immeuble, amputé de son clocheton, reste en place au milieu d’un parc en friche ; les photos aériennes successives nous le montrent encore au moins jusqu’en 1969.

Photo IGN 1965

Photo IGN 1965

Mais tout a une fin, la photo aérienne de 1971 nous permet de constater la démolition de notre hôtel particulier. En 1979, la société Le Toit Familial dépose une demande de permis de construire pour un immeuble qui sera situé du 44 au 48, c’est à dire jusqu’à la rue Charles Quint.

Le projet de 1979 – document archives municipales

Le projet de 1979 – document archives municipales

La construction a lieu, et c’est cet ensemble que nous trouvons aujourd’hui en face du Lycée Jean Moulin, à l’emplacement où Albert Prouvost s’installa presque un siècle plus tôt…

Photo Google

Photo Google

 

(1) le site de Thierry Prouvost (http://www.thierryprouvost.com/Boulevard-de-Paris-Roubaix-1912.html)

Après le café, la Presse du Parc

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Quelques nouvelles informations et découvertes nous amènent à évoquer de nouveau le café du Parc. Il se trouvait à l’angle du boulevard de Paris (aujourd’hui du Général de Gaulle) et du boulevard de Cambrai, à deux pas de l’entrée du Parc de Barbieux. Construit avant 1900, c’était un café de « bonne renommée », idéalement placé pour les promeneurs. Il dut faire d’excellentes affaires en 1911, car il était proche de l’entrée de l’exposition internationale et du terminus des tramways. Il disposait d’une terrasse vers le parc, et d’une salle de concert, dont la station service reprendra la surface. Cette petite scène accueillit nombre d’artistes : chanteurs, musiciens, acrobates, comiques. Maurice Chevalier en personne y aurait fait plusieurs apparitions ! Pour donner une importance de la clientèle, l’ancien propriétaire, M. Gaston Dutilleul, disait qu’il avait employé dans son café plus d’une vingtaine de garçons !

Démolition du café en 1964 Photo NE

Démolition du café en 1964 Photo NE

Le café du parc fut démoli début 1964, alors qu’il ne fonctionnait plus depuis quelques années. A sa place fut bientôt construit un ensemble comprenant un immeuble d’appartements et une station service.

Construction de l'immeuble et de la station service Photo NE

Construction de l’immeuble et de la station service Photo NE

Nous avons parlé de l’évolution de la station service aujourd’hui devenue une célèbre enseigne de boulangerie et de pâtisserie. Mais l’endroit est aussi bien connu des roubaisiens par sa maison de la presse, toujours bien achalandée. A l’occasion de son inauguration de la Presse du Parc, en août 1966, sa propriétaire de l’époque, Mme Cattoire, organisa un cocktail de bienvenue. On y trouve toujours la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, des articles de papeterie, mais c’est aussi une véritable librairie, où l’on est toujours très bien accueilli.

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

Le café du Parc

Dans les dernières années du 19ème siècle, au coin des boulevards de Paris et de Cambrai, face à l’ hôtel particulier Masurel-Leclercq, on remarque sur les plans deux parcelles libres. L’emplacement est favorable, juste à l’entrée du « beau jardin », et on pense à y édifier un café. C’est chose faite sur le plan de 1899. Le débit de boissons est prolongé le long de l’avenue Jean Jaurès par une véranda et une cour ombragée où seront disposées tables et chaises pour accueillir les consommateurs les jours de beau temps. La Voix du Nord le dépeint en 1961 comme une guinguette, lieu de rendez-vous des promeneurs dominicaux avant implantation du bol d’air. En ouvrant le Ravet-Anceau, on trouve mention de ce commerce au numéro 116 boulevard de Paris à partir de 1900.

Le café avant la première guerre – document Médiathèque de Roubaix

Le café avant la première guerre – document Médiathèque de Roubaix

Cinq propriétaires s’y succèdent jusqu’en 1935, année où il prend le nom de « Café du Parc ». A partir du début des années 50, son propriétaire est M. Duthilleul et on parlera ensuite aussi bien du café Duthilleul que du café du Parc. Le voici après la deuxième guerre :

Document Médiathèque de Roubaix

Document Médiathèque de Roubaix

Cependant, les délibérations du conseil municipal nous indiquent qu’à partir de 1957, on envisage la création d’un café restaurant dans le parc. Ce sujet revient également dans les délibérations de 1960. C’est l’origine de la création du Bol d’Air.

Parallèlement, et peut-être conséquemment, le café, abandonné, est vendu en 1959 à la société française de raffinage. Celle-ci, désireuse d’implanter une station service à cet emplacement très favorable sur la route de Lille, choisit d’intégrer la station à un immeuble à usage d’habitation de 6 étages. Sur le coin même est prévu un autre commerce ; c’est là que s’installera la presse du Parc.

Mais  l’espace est trop réduit pour ce projet. La société guigne un terrain mitoyen de 205 mètres carrés, appartenant à la ville, et faisant partie du parc Barbieux, dont il est séparé par l’avenue Jean Jaurès. Sur cette parcelle est disposée la statue du commandant Bossut, inaugurée en 1925 à la mémoire d’un héros de la première guerre. Le conseil municipal, lors de sa séance du 26 octobre 1959 demande au préfet la désaffection de la parcelle et son passage dans le domaine privé communal, préalable à l’aliénation du terrain pour permettre « la construction de nombreux appartements afin de lutter contre la crise du logement… » Il va falloir également libérer l’espace rendu disponible, c’est à dire déplacer la statue du commandant Bossut. On décide de la rapatrier de l’autre côté de l’avenue Jean Jaurès dans le parc proprement dit. Le déplacement se déroule en 1963. La statue n’a plus bougé depuis lors.

Documents collection particulière et Nord Matin 1962

Documents collection particulière et Nord Matin 1962

Le bâtiment est finalement construit. Il comprend de beaux appartements de standing avec des balcons en façade. Un parking est installé sur le vaste trottoir.

Photo Jpm

Photo Jpm

La station ouvre sous la marque Total et prend en 1975 le nom « station Relais du commandant Bossut » au n°118. On l’y retrouve jusqu’en 1986 sous la Résidence Barbieux. La station est vraiment placée sous l’immeuble, ouvert au rez de chaussée : les pompes sont disposées au fond, dans l’angle formé par les deux murs. Les automobilistes y sont à l’abri des intempéries pour effectuer le plein. Des piliers, entre lesquels sont disposés des présentoirs, supportent l’immeuble en façade. La station ne survivra pas à la distribution des carburants en supermarché, et elle est aujourd’hui remplacée par une pâtisserie-salon de thé.

L'emplacement de la station – photo Jpm

L’emplacement de la station – photo Jpm

La Duquennière

Située au bord du parc Barbieux, cette cense fait partie des dernières disparues. Le plan cadastral de 1826 la situe dans le hameau du Quesne, entre la rue de Lille et la rue Verte à Croix, puisque cette commune englobait à l’époque la moitié sud du futur parc Barbieux.

Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales

Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales

En 1876, le cadastre la place dans le hameau Duquesnie qu’il situe non loin du tracé du canal.

Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales

Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales

La cense fait donc partie de Croix à l’origine. Mais, à la suite de l’exposition de 1911, le site sera annexé à la ville de Roubaix, et la ferme deviendra roubaisienne avec toute le bas du parc en 1914.

Plan cadastral de Roubaix 1914 - archives municipales

Plan cadastral de Roubaix 1914 – archives municipales

 Le recensement fait à Croix en 1906 indique rue de la Duquennière, une cultivatrice, Rousseau Clémence, née à Wattrelos en 1839, qui tient la ferme avec l’aide de trois domestiques. Cette dame, qui atteint alors l’âge de la retraite, cultive sans doute le domaine depuis de nombreuses années. Elle cède finalement sa ferme, et le Ravet Anceau cite au sentier de la Duquennière un autre cultivateur, Bonte H., à partir des années 1920 et cela jusqu’à 1955. L’Echo du Nord précise dans un article de 1925 qu’il est père de 4 garçons, et qu’il déplore la disparition dune grande partie du verger de la ferme, victime de la proximité de l’avenue Jean Jaurès, récemment ouverte.

La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et  IGN 1962

La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et IGN 1962

Les bâtiments de la ferme entourent une cour rectangulaire. Le logement, peint en blanc sur la photo, est situé le long de la rue de la Duquennière, précédant le portail d’entrée couvert d’un toit à deux pentes. La photo aérienne nous montre la cense encore dans son intégralité. Elle est prolongée vers le parc par un potager, et entourée d’un terrain herbeux planté d’arbres, reste du verger sacrifié avant guerre.

Mais ses jours sont comptés : une photo aérienne de 1964 nous montre un premier bâtiment abattu, tandis qu’une autre de 1965 nous montre un nouvel immeuble en construction à la place de l’ancienne cense. Cet ensemble collectif est encore visible aujourd’hui.

Photos IGN

Photos IGN

Face au parc de Barbieux

Dans les années 1890, alors que le boulevard de Paris connaît relativement peu de constructions, l’industriel Georges Charles Masurel-Leclercq fait construire un hôtel particulier sur un terrain allant de la rue Vauban au boulevard de Cambrai. L’hôtel a sans doute connu les bâtiments de la ferme Lepers qui se trouvait jusque vers 1893 de l’autre côté du boulevard. Ceux-ci seront expropriés et démolis peu après.

Le château face à la ferme

Le château face à la ferme

Georges Charles Masurel-Leclercq, né à Tourcoing en 1858, est marié avec Élise Adèle Leclercq. Il a repris l’usine Cordonnier rue de Mouvaux. Il va habiter la propriété avec ses cinq enfants, ce qui va contribuer à remplir ce grand bâtiment.

Celui-ci est bâti à l’angle d’un vaste parc . Un autre bâtiment bas fait partie de l’ensemble ; il fait l’angle de la rue Vauban et du boulevard de Paris et son architecture est identique à celle du Château principal avec ses lucarnes de combles. Il est dévolu aux communs et à la conciergerie. Ce bâtiment existe encore aujourd’hui.

La propriété du temps de sa splendeur – document Médiathèque de Roubaix

La propriété du temps de sa splendeur – document Médiathèque de Roubaix

La famille habite la propriété jusqu’avant la dernière guerre : Le Ravet-Anceau de 1939 n’indique plus d’habitants au 114. C’est une opportunité pour les allemands qui l’occupent et y entreposent des munitions. Il est incendié en Août 44 au départ des occupants et complètement détruit. Seul est épargné le bâtiment de la conciergerie. L’endroit reste en friches plusieurs années, et une photo aérienne de 1950 montre le site à l’abandon :

 

Document IGN

Document IGN

Mais un tel emplacement ne restera pas inexploité très longtemps : on y construit en 1951 un immeuble sur les plans de l’architecte Porte, habitant avenue Jean Lebas. C’est un ensemble de standing, construit en briques, qui forme un quart de cercle face au parc Barbieux.

 

Nord Matin -1951

Nord Matin -1951

Il abrite six appartements de 7 pièces, des garages, et offre aussi la possibilité de ranger vélos et voitures d’enfants. Innovation pour l’époque : l’immeuble comporte une installation de douches réservée au personnel domestique ! Il présente une hauteur de trois étages, le dernier disposant de terrasses en façade. Le bâtiment est clôturé d’un mur bas, coupé dans l’axe d’une grille donnant accès à une entrée relativement discrète. L’accès des voitures se fait côté boulevard de Cambrai.

Photos collection particulière

Photos collection particulière

L’ancien bâtiment de la conciergerie, lui, n’a été ni incendié, ni abattu ; il est toujours présent à côté de l’immeuble, la grille de l’ancien hôtel particulier ayant été remplacée par une large porte d’accès au garage. Il reste le seul témoin de l’existence passée de cet ancien hôtel particulier.

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Les photos proviennent d’une collection particulière, les autres documents des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

 

 

 

 

 

 

 

Nouvel espace d’apprentissage pour le bâtiment

L’enseignement technique des métiers du bâtiment se fait avant la deuxième guerre à l’Institut Turgot. On y trouve en 1935 des sections de maçonnerie, carrelage, menuiserie, charpente, plomberie et zinguerie, peinture, serrurerie, ébénisterie, sculpture sur bois et tapisserie. Durant la guerre, la place vient à manquer rue du Collège, et un centre d’apprentissage de garçons, préparant aux emplois dans le bâtiment est alors créé au 112 rue des Arts, dans un immeuble qui abritait en 1939 l’atelier de mécanique J. Martel.

Le 112 rue des Arts – Photo coll. particulière

Mais les locaux s’avèrent vite insuffisants pour accueillir les élèves, et le centre est amené à ouvrir des annexes. D’après le Ravet Anceau de 1955, il y en a deux, la première située 168 rue de Lille, et une autre 8 boulevard de Lyon. Cette dernière adresse correspond à une propriété entourée d’un parc, laissée à l’abandon, qui appartenait à la fin du 19ème siècle à la famille Scrépel. Elle est constituée d’un château avec d’autres bâtiments, situés à l’entrée du parc, dans l’alignement de l’ancienne rue Lacordaire, qui seront démolis lors du percement du boulevard de Lyon. Les terrains situés au coin du boulevard de Lyon et de la rue de Beaumont (aujourd’hui rue Edouard Vaillant) appartiennent aux familles Destombes et Bonami-Wibaux, ils seront coupés en deux lors de l’ouverture de ce même boulevard.

Le site d’après le plan parcellaire de 1889 – Document archives municipales

En 1907, c’est le nom de M. Léon Motte qui figure sur le plan cadastral pour le parc, alors que la zone près de la rue de Beaumont reste aux familles de Pierre Destombes et Bonami-Vibaux(sans doute Wibaux). Ces deux terrains désormais coupés en deux ont perdu de leur intérêt pour les propriétaires, et la partie formant le croisement du boulevard de Lyon et de la rue de Beaumont est finalement vendue vers 1922 sous forme de parcelles. Les nouveaux propriétaires y construisent les maisons qu’on voit encore aujourd’hui. D’après le Ravet Anceau de 1928, le parc et le château restent la propriété de Léon Motte-Scrépel au 16 rue Edouard Vaillant (renuméroté 26 en 1939), alors que Mme Veuve Willot Scrépel habite le 2 boulevard de Lyon. Il semble que ces deux adresses concernent un seul et même bâtiment, en l’occurrence notre château. En 1939, on retrouve la même famille rue Edouard Vaillant, puis le domaine est racheté par l’État en 1951. En 1955,  le domaine est inhabité et c’est là qu’on  va bâtir le nouveau centre d’apprentissage, transfuge de la rue des Arts.

Photo aérienne 1953- archives municipales

En 1956 aboutit le projet d’ouverture d’un centre d’apprentissage de 400 places, pour succéder à celui de la rue des Arts devenu beaucoup trop petit et incapable d’accueillir des effectifs en pleine progression. Les architectes choisis sont MM. Baselis et Deletang. La première pierre est posée en Juin. A cette époque, Le directeur du centre est M. Degryse, l’économe est Albert Andès, et le chef des travaux M. Simoëns. On conserve le château durant les travaux : il permet d’abriter les réunions de chantier, et M. Degryse l’utilise pour les visites qu’il organise, telle celle de l’association des parents d’élèves au mois de Juin 1958, alors que la construction approche de son terme. Sur la photo qui suit, on voit nettement que les premiers bâtiments sortent de terre, mais que le château est toujours présent :

Photos IGN et Nord Éclair

La première rentrée scolaire a lieu en septembre 1959, et les parents d’élèves y font leur première assemblée générale en octobre. A la rentrée 1961, on compte 145 élèves en première année, alors que le total des effectifs est de 322. L’établissement a donc presque fait le plein dès sa deuxième année. Il lui faudra également recourir à des annexes pour faire face aux demandes d’inscription.

Le site en 1962 – Photo IGN