L’avenue Motte au fil du temps (suite)

Après la vague importante de constructions individuelles au début des années 50, la décennie suivante va apporter son lot de transformations. Les années 60 vont voir l’installation d’ Auchan dans l’ancienne usine Frasez. Les déplacements du matin et du soir des ouvriers vont faire place aux allées et venues ininterrompues de familles issues des classes moyennes venues faire, en voiture, le plein de bonnes affaires. Cet afflux régulier va désormais animer toute cette partie de l’avenue.

La vue du parking reflète le niveau social des clients du supermarché : mises à part l’antique Citroën 11 familiale et et la 403, alors haut de gamme chez Peugeot, les voitures en stationnement reflètent plutôt les gammes basses et moyennes des constructeurs.

Photo Nord Matin 1961

Le commerçants ne s’y trompent pas et se montrent attirés par cette clientèle potentielle. C’est ainsi qu’on expose sur le parking du matériel de camping, le loisir de masse de l’époque, bien propre à intéresser la clientèle du supermarché.

Photo la voix du Nord 1963

Dans le même temps, les dernières zones de jardins bordant l’avenue entre l’église et l’usine Motte-Bossut vont disparaître pour laisser place à un ensemble de collectifs formant la cité des Hauts Champs. Ces constructions environnées d’espaces paysagés constituent une zone plutôt agréable à vivre, habitée à l’origine dans une large mesure par des jeunes ménages modestes en attente de pouvoir s’offrir un pavillon individuel.

Conjointement à ceux des collectifs du Chemin neuf qui viennent de s’élever derrière Auchan, les nouveaux habitants de ce nouveau quartier à l’architecture bien dans le ton de l’époque vont contribuer, par leurs déplacements, à animer cette zone,.

Photo la voix du Nord 1966

Avec les années, la végétation implantée va ajouter, ainsi que les platanes qui poussent tout le long de la bande centrale, à l’agrément de notre avenue.

Photo Jpm

Au milieu des années 70, signe des temps, et témoin de l’affluence des autos, vient s’installer, tout à côté de l’église, et profitant d’un des derniers terrains libres, une station service à l’enseigne de la Shell.

Photo Lucien Delvarre

Cette station arrive en terrain déjà occupé : elle s’ajoute à la pompe installée quelques années plus tôt sur le parking même d’Auchan, ainsi qu’au garage des sports, situé au coin de la rue de Lannoy depuis le début des années 1950 et reconverti en station-service.

De fait, les véhicules affluent dans cette voie. Pour mettre un peu d’ordre dans cet masse de véhicules, on voit apparaître, dans les années 70, une série de feux rouges, aux carrefours importants de l’avenue, signe de l’importance de la circulation à cette époque. En 1980 Nord Éclair en compte huit sur 2500 mètres, y incluant ceux de l’avenue Roger Salengro, et espère que la mise en service de la future antenne sud va contribuer à diminuer les embouteillages,

Photo Nord-Eclair

Le paysage évolue au gré des apparitions et disparitions de commerces qui suivent les lois économiques. Au milieu des années 80, Auchan émigre sous d’autres cieux, remplacé d’abord par AS-Eco, puis par Intermarché qui finit par démolir la vieille filature pour construire un magasin neuf.

A la même époque, l’usine Motte-Bossut cesse ses activités. Les bâtiments sont transformés en « première galerie commerciale de magasins d’usine d’Europe » (La Voix du Nord 1984).

Autre évolution au début des années 90, la démolition de l’église Sainte Bernadette. Devenue trop grande pour les besoins du culte, elle va être remplacée par une neuve, plus petite, située en face, près de la salle des fêtes de l’école.

L’ancienne et la nouvelle – Photos Lucien Delvarre

L’espace ainsi libéré va être utilisé pour l’implantation du siège de la société Camaïeu, alors en pleine expansion. Les trajetAujourd’hui, cette avenue, toute en contrastes, autant par l’ambiance qu’elle dégage, différente selon les tronçons, qu’à son animation, désordonnée aux heures de pointe, mais incitant à la promenade à d’autres moments, reste un bel ornement des quartiers sud.s des employés vont accroître la circulation et les espaces verts prévus autour des bâtiments la végétalisation de l’endroit.

Document La voix du Nord 1990

Enfin, les années 90 verront la remise en état et le réaménagement paysager du terre-plein central qui va faire alternativement cohabiter zones de promenade et parkings. Cet aménagement aboutit en 1996 à l’inauguration de l’allée Crupelandt, dont les pavés mènent au vélodrome.

Photo Jpm

Aujourd’hui, cette avenue, toute en contrastes, autant par l’ambiance qu’elle dégage, différente selon les tronçons, qu’à son animation, désordonnée aux heures de pointe, mais incitant à la promenade à d’autres moments, reste un bel ornement des quartiers sud.

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

L’avenue Motte au fil du temps

Au tout début du vingtième siècle, est tracée l’avenue des villas, pour former une nouvelle ceinture au sud de Roubaix. C’est une voie constituée de deux alignements formant un angle droit. La partie sud de cette avenue, entre le boulevard Clemenceau qui mène au centre d’Hem et la rue de Lannoy, sera rebaptisée en 1908 avenue Alfred Motte, du nom de l’industriel roubaisien décédé 20 ans plus tôt. C’est alors une chaussée recouverte de scories, bordée de deux larges trottoirs herbeux plantés d’arbres, qui traverse les champs.

Photo collection Lucien Delvarre

Les constructions ne borderont l’avenue que très progressivement. La première est l’usine de velours Motte-Bossut, dont un bâtiment arbore la date de 1903. La photo suivante montre cette usine dans son état actuel, après les travaux de surélévation du bâtiment à étages.

Photo l’Usine

Les déplacements des ouvriers aux heures des changements de postes constituera la première animation de cette voie tracée dans la nature. Ces déplacements se font d’abord à pied puis , au fil du temps, il faut chercher la main-d’œuvre de plus en plus loin et, dans les dernières années, arrivées et départs se feront en car.

Document l’Usine

Mais n’anticipons pas et revenons aux premiers moments de l’avenue…

Il faut attendre la première guerre pour voir apparaître dans cet environnement campagnard, à la limite d’Hem, près de l’actuel rond-point, une série de baraques construite à usage de casernement pour les troupes anglaises. Ces baraquements ne disparaîtront que pendant la deuxième guerre.

Photo collection B.Thiebaut

Ce n’est vraiment que dans les années 25 et suivantes que, peu à peu, la deuxième partie de la voie commence à prendre une allure résidentielle, justifiant son appellation première. C’est, côté impair, la rangée entre la rue Marlot et la rue Louis Braille, ainsi que, les maisons situées entre cette même rue et la rue Leconte-Baillon. Côté pair on ne rencontre que la belle maison de M. Craye près la rue de Lannoy.

Photos Jpm

Pratiquement au même moment, la construction de collectifs, les Habitations à Bon Marché, va apporter une tonalité plus populaire à l’avenue, alors que son caractère industriel va se renforcer par l’édification du tissage Léon Frasez en face de l’usine Motte-Bossut ainsi que l’installation d’une voie ferrée et d’une gare de débord. A cette occasion, des travaux d’aménagement modifient profondément l’aspect de cette artère. On arrache les arbres, et on pose la voie sur un large terre-plein central séparant deux chaussées.

La photo suivante reflète l’aspect un peu « banlieue industrielle »  du début de l’avenue de cette époque.

La construction de l’église Sainte Bernadette en 1935 va encore diversifier cet ensemble composite ponctué encore de nombreuses zones vertes investies par d’innombrables jardins ouvriers.

En mai 1940 est établi un sens unique qui met un terme à une circulation anarchique : désormais, les usagers doivent obligatoirement emprunter la chaussée située à droite dans le sens de la marche à l’exclusion de l’autre, et stationner sur le côté droit de la chaussée. Pour le reste, la guerre suspend provisoirement l’évolution des aménagements.

Photo Lucien Delvarre 1942

Mais, dès le début des années 50, l’aspect de la voirie change considérablement. Rendue quasiment inutile par la maigre implantation des usines dans ce qu’on avait voulu boulevard industriel, la voie ferrée est supprimée et on lotit l’emplacement de la gare de débord. A cet emplacement s’élèvent alors des maisons construites toutes sur le même modèle, bientôt suivies par d’autres, bâties en face, dans l’angle des avenues Motte et Delory. Dans le même temps, on aménage le terre-plein central pour en faire une promenade plantée de platanes.

Photo Nord Eclair 1955

Ces constructions qui s’ajoutent aux collectifs et cette promenade un peu sommairement aménagée donne au début de l’avenue entre le rond-point et l’église l’aspect populaire simple, clair et net qu’il a gardé aujourd’hui.

Photo coll. Particulière

A suivre …

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Les autres estaminets de la Fraternité

Nous avons vu, dans un article précédent, que six cafetiers pétitionnaires situés près de la place de la Fraternité demandaient en 1908 des envols de ballons depuis cette place. Poussés par la curiosité, nous avons recherché les détails sur les trois premiers de ces signataires. Voyons maintenant ce que nous avons pu découvrir à propos des autres.

Louis Lemaire, le pétitionnaire venant en quatrième position dans la liste, est déjà propriétaire du n°395 en 1907, alors que les champs bordent son immeuble, bien que ne figurant pas encore dans le Ravet-Anceau. Des carte postales nous montrent la façade arborant fièrement entre les fenêtres du premier une magnifique moitié de muid. Le commerce est à l’enseigne de la distillerie roubaisienne.

Le commerce prendra le n°371 à partir de 1913 après remise à jour de la numérotation. Cette même année, l’estaminet passe dans les mains de Laurent-Barenne. L’année suivante, il est dirigé par A. Leroy, puis, en 1922 par G. Fiévet-Dupire, en 1924-25 par Raymond Baisier. On trouve ensuite derrière le comptoir en 1930 L.Namur, de 1935 à 1939 E. Vandemaele.

Le 371 à l’époque de Raymond Baisier

La photo suivante nous présente trois estaminets voisins avant la première guerre : ce sont ceux de Laurent-Barenne avec le demi-tonneau au 371, de M. Vanderplanken au 373-375 et de D. Carlier au 377.

Après la guerre, le commerce change de destination : F. Vanderdonckt y vend des cycles en 1953 et 1955, puis on y trouve un lavoir, dont la première vivandière est en 1958 Mme Orzechowski dont l’activité se poursuivra après 1973. En 1984 l’immeuble abrite finalement le Crédit Mutuel qu’on retrouve encore aujourd’hui. La forme des fenêtres a changé et le tonneau a disparu.

Photo Jpm

Désiré Carlier tient son commerce au 458, au coin même de la rue Cordonnier. L’immeuble a déjà plus de vingt ans car on y trouve en 1886 L. Desmettre, un maréchal ferrant. Ça devient un estaminet à partir de 1891, sans que nom de l’exploitant figure au Ravet-Anceau, alors que L.Desmettre, le maréchal, est allé s’installer un peu plus loin, au 506. Le débit de boissons est repris en 1897 par R. Vanhaezebrouck, puis, en 1899 par la veuve Fourcy. Vient ensuite en 1903 V. Desmettre, puis en 1908 Désiré Carlier, qui va s’installer ensuite au 377. Le commerce devient une épicerie peut-être également un débit de boissons) avec, en 1913, J. Herreng, un autre des signataires, précédemment situé à côté, au 460.

Après la première guerre, c’est une habitation. Elle le restera jusqu’à la fin des années 50. En 1963 vient s’installer dans le quartier la caisse d’épargne. Celle-ci fait démolir la maison pour y construire ses nouveaux locaux.

Photo du haut : Nord Matin

La photo suivante montre que la façade a été modifiée ultérieurement : le nombre de fenêtres est différent et le revêtement a été refait avec des briques de parement. Ces modifications datent sans doute du moment des travaux d’extension qui signent la fin du 460. Cette nouvelle façade est celle qu’on peut encore voir aujourd’hui.

En 1913, Désiré Carlier, venant comme nous l’avons vu du numéro 458, vient s’installer au 377 pour y reprendre l’estaminet tenu alors par F. Delfosse. L’emplacement est bien situé au coin de la place et de l’avenue Julien Lagache, en plein sur le trajet de ceux qui, descendant du tramway, se rendent à l’hôpital. Ce monsieur Delfosse était déjà cabaretier en 1908, mais ne figure pas dans la liste des signataires de la pétition. Le bâtiment date du début des années 1900 ; il a été construit sur un terrain qui appartenait en 1897 à Alphonse Dubar.

En 1914 l’établissement devient débit de tabacs. Monsieur Carlier décède et on retrouve sa veuve à la tête du café en 1924. Elle l’exploite jusque dans la première moitié des années 30. En 1935, et jusqu’en 1939 le tabac est au nom de G. Buyssens. Puis, après la guerre , c’est sa veuve qui en prend la direction.

L’établissement après la deuxième guerre

Elle cède le commerce en 1962 à H. Vankeunebroucke. Les propriétaires se succèdent : ce dernier est remplacé en 1968 par P. Bonvin et, en 1973, par Mme Billon-Brutin. Aujourd’hui, le café-tabacs arbore désormais l’enseigne du Renouveau, est sous la férule de Bhiri Adel.

Photo Jpm

Le dernier des signataires, Demoucron habite déjà au numéro 397 en 1907. Le Ravet-Anceau de 1908 indique Demoucron-Baudart, estaminet. Les bizarreries de la numérotation font que, au fil des années, on retrouvera ce commerce sous les numéros 373, puis 373-375 après la première guerre, puis de nouveau 373, alors que le 375 a disparu dans la rue, puisque que le numéro suivant est le 377, placé au coin. L’établissement présente une façade relativement large avec trois fenêtres, dont une aveugle, au premier étage. Les photos d’époque nous montrent que les vitrines indiquent « Epicerie-Buvette » aux chalands.

En 1913 donc, c’est un estaminet. M.Vanderplanken son débitant, devient boucher en 1922 et le reste jusqu’au début des années 30. En 1935 le commerce redevient un café, tenu par Ernest Chuin jusqu’à la guerre. Ensuite, le café ferme remplacé en 1953 par la pâtisserie Gérard, gérée par G. Boussemart, puis M. Halland en 1955, qui la rebaptise Pâtisserie de la Fraternité en 1968. Il poursuivra son commerce jusqu’en 1988. C’est, aujourd’hui encore, une boulangerie.

Photo Jpm

On peut remarquer que, à l’instar des mousquetaires, les six estaminets deviennent en fait sept, à la suite des déplacements de certains de nos signataires et que seuls les deux du coin de l’avenue Lagache sont restés des cafés jusqu’à nos jours. On remarque également que les carrières de cafetier autour de la place sont brèves : aucun des pétitionnaires ne poursuivra sa carrière au delà de la guerre. Ont-ils eu le temps de faire fructifier leurs affaires grâce aux lâchers de ballon qui ont ensuite pris place sur la place de la Fraternité ?

Photo collection B.Thiebaut

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.

Les estaminets de la Fraternité

Une pétition datée du 19 juin 1908 réunit six signataires, déclarant tous être cabaretiers patentés place de la Justice, qui vient d’être rebaptisée le 22 avril pour prendre le nom de place de la Fraternité. Ils ont pour nom Louis Foelix, Veuve Equinet, Isidore Herreng, Lemaire, Désiré Carlier, et Demoucron, et demandent « s’il ne serait pas possible de faire monter le ballon, le 14 juillet, sur la place désignée plus haut ». Ils se plaignent que « les fêtes locales nous font perdre tous leurs clients, qui se rendent dans le centre ».

La pétition

Six cabarets, cela semble beaucoup pour une place qui ne comprend que très peu de commerces. L’envie nous vient de les localiser et de voir ce qu’ils sont devenus.

Au moment de la pétition, la place est récente : elle est tracée dans les champs depuis le milieu des années 1890 ; l’avenue Julien Lagache l’est au début des années 1900 de même que l’avenue Linne. Les constructions n’ont pas encore émergé autour de la place. Seuls quelques rares bâtiments s’élèvent le long de la rue de Lannoy près de l’intersection avec l’avenue Lagache. D’autres, plus nombreux et construits de manière pratiquement continue, sont édifiés entre l’avenue Cordonnier et la rue du Chemin Neuf. C’est là qu’il faudra rechercher nos signataires et non autour de la place proprement dite.

Les constructions vers 1908

Reprenons la liste des signataires dans l’ordre.

Louis Foelix occupe en 1908 l’immeuble faisant le coin de l’avenue Julien Lagache, celui qu’on voit à droite sur la photo. Il porte à l’époque le numéro 401, mais, à la suite d’une renumérotation, il portera en 1913 le numéro 379, qui ne changera plus ensuite jusqu’à aujourd’hui. On remarque l’estaminet en liesse sur la photo d’inauguration de l’hôpital. Assurément, le cabaret a été construit dès l’ouverture de l’avenue.

Louis Foelix reprend l’estaminet à un monsieur Loridan, propriétaire avant 1907. Sur une photo d’avant la construction de l’abri du tramway affiche, on peut lire en grand son nom sur la façade. En 1913, la veuve Carlier y officie pour quelques années. Celle-ci a-t-elle un rapport de famille avec le Désiré Carlier du 377 ? En 1924, c’est L. Carlier (C.Carlier, sans doute son frère, y habite, alors qu’il exerce la profession d’infirmier).

De 1935 à 1955, la débitante est Mme Vandenbulcke, puis Mme Dupriez préside en 1958 aux destinées de l’établissement qui a pris le nom de café de la Fraternité. On trouve ensuite en 1962 Mme Pleyou, en 1964 L.Demey. Mme Raux en 1973, alors qu’en en 1978, M. Raux dirige une entreprise de taxis parallèlement au café tenu par Mme.

Aujourd’hui, le café est toujours en activité ; il est animé par Jean Claude Galand.

Photo Jpm

La veuve Equinet, deuxième signataire de la pétition, qui tenait commerce d’allume-feux dès 1903 au numéro 423, face à l’avenue Cordonnier, s’est donc recyclée dans le débit de boissons sans changer d’adresse. En 1913 son estaminet est repris par A. Spriet, jusqu’à la fin des années 1920. En 1930 celui-ci devient épicier, toujours à la même adresse, alors qu’un L. Spriet, peut-être son fils, électricien, habite également la maison. En 1935, le commerce redevient un estaminet, conduit par G.Planque jusqu’à la guerre. En 1953, c’est un magasin d’électricité générale, Leng-Picard, qu’on retrouve jusqu’en 1958 alors que, à partir de 1955, un garage automobile au nom de F.Vanderdonckt figure quelques années à la même adresse que le café. En 1962 les électriciens se spécialisent dans la radio-télévision, alors que le garage devient garage de la Fraternité jusqu’en 1978.

En 1983 M. Senkiwski a repris le commerce de radio-télé et le garage, lui, disparaît en 1984.

Quatre ans plus tard, les locaux du 423 abritent un commerce de matériels de collectivités au nom de Carosello diffusion, qui vient de déménager en traversant la rue depuis le numéro 460.

C’est aujourd’hui une maison d’habitation dont l’étroitesse laisse imaginer les dimensions de l’estaminet d’origine. La vitrine du commerce a disparu, mais la grille du garage est inchangée.

Photo Jpm

Le troisième signataire, Isidore Herreng tient son activité de cafetier en face du précédent, au 460, la deuxième maison après la rue Cordonnier. On le retrouve à cette adresse grâce au recensement de 1906 où il est indiqué qu’il est tisserand, mais que son épouse, Angèle-Marie, est épicière.

Le Ravet-Anceau de 1908, lui, nous indique J.Herreng, épicier. Il passe ensuite au 458, mieux situé, où on le retrouve en 1913 et 1914, toujours comme épicier selon le Ravet-Anceau. Il est permis de penser que l’épicerie débitait également des boissons comme souvent à l’époque. Par ailleurs, on peut raisonnablement imaginer que le J du prénom est indiqué par erreur, et qu’il s’agit bien d’Isidore Herreng, notre signataire.

Au 460 s’installe alors V. Seigneur, mercier jusqu’en 1939, année où il cesse ses activités commerciales. On verra en 1953 dans l’immeuble s’installer la poissonnerie de Mme Decroix., qui cède son commerce en 1964 à Mme R. Delbarre, remplacée elle-même par Mme Sauvage en 1968, puis par A. Bourlet en 1973. Ce commerce disparaît enfin en 1978, et c’est, en 1983, Carosello diffusion, matériels pour collectivités, qui reprend les locaux pour quelques années avant de traverser la rue pour s’installer en face, où on le retrouve au 423 en 1988.

Finalement, la caisse d’épargne sise au 458 s’agrandit au détriment du 460, qui disparaît alors.

Le 460 entre 1983 et 1988

Nous découvrirons dans un prochain article ce que sont devenus les autres estaminets de la Fraternité.

Les documents présentés proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives départementales.

L’éphémère café du Pont d’Avignon

Le 27 décembre 1895, les conseillers municipaux roubaisiens ont à débattre d’une demande faite par un dénommé Édouard Catteau, qui propose de louer pour dix ans un terrain situé à l’entrée du parc Barbieux pour y construire un café-restaurant. A côté de ce terrain, au coin des boulevards de Paris et de Cambrai, s’implantera deux ans plus tard le café du Parc, don il a été question dans un autre article. De forme semi circulaire (18 mètres de large sur 25 de profondeur), il est placé dans un coin extrême du parc, à l’extrémité de l’avenue de Jussieu, bien que portant le numéro 120 boulevard de Paris, dont il constitue le dernier numéro pair.

Après délibération, la municipalité accorde pour dix ans un bail de location contre un loyer de 100 francs par trimestre à ce monsieur Catteau. Celui-ci est cabaretier ; il tient un débit de boissons au 78 rue des Arts. Dès le mois de février de l’année suivante, il propose à l’agrément du conseil municipal un plan pour sa construction, dans le style orné de l’époque. Le café prendra le nom du Pont d’Avignon ; la ville doit en devenir propriétaire au terme du bail dont la durée est de 10 ans.

Plan 1896

Le café, qui figure en 1900 au Ravet-Anceau sous le nom d’estaminet Catteau, voisine avec le monument Nadaud, dont l’érection date également de 1896.

En Janvier 1905 un pavillon construit en bois dans la cour de l’établissement subit un incendie qui le détruit. Cet édicule abritait du mobilier de jardin. Heureusement, le café lui-même n’a pas subi de dégâts. Comme le bail expire le 6 mars prochain, Edouard Catteau a déménagé fin octobre précédent et a vendu son matériel en fin de saison. Une enquête concernant l’incendie est ouverte par le commissaire de police.

A la fin du bail, en 1906, le bâtiment revient à la ville. On envisage de réutiliser l’ancien café pour y loger le jardinier-chef de la ville. L’architecte planche sur le projet d’aménagement, dont le prix est évalué à 3000 francs. Ce logement figure en 1910 dans la liste des bâtiments communaux. La photo suivante, de la même époque, montre un bâtiment bas situé à gauche, après le chalet construit au bout du jardin du café de Parc. Il s’agit probablement d’un local lié à l’entretien construit près du logement du jardinier-chef, ce logement étant en retrait et caché sur la photo par le pavillon.

La construction de l’avenue Jean Jaurès inaugurée en 1921 isole cette partie du reste du parc. Le public la fréquente d’autant moins que le café a été fermé. Cet isolement explique la vente du terrain, considéré comme inutile, qui interviendra beaucoup plus tard. Le bâtiment figure encore sur un plan de 1919, mais son destin est scellé.

A cette époque, le jardinier chef va habiter un très petit logement en face, boulevard de Douai, près des serres municipales. La municipalité, donnant suite à ses demandes, décide en 1922 d’effectuer des travaux d’agrandissement de son habitation.

L’ancien pont d’Avignon va, lui, disparaître. A son emplacement, on érige en 1925 une statue commémorant la bravoure du commandant Bossut. Les deux monuments, celui de Gustave Nadaud et celui de Louis Bossut, vont alors voisiner à l’entrée du parc pour quelques décennies.

Photo IGN 1962

La cohabitation va s’achever au début des années 60. En effet, la parcelle où est disposée la statue du commandant Bossut va être incluse dans un projet de construction d’appartements surmontant une station service, le tout à l’emplacement du café de Parc qui va disparaître à cette occasion. Le conseil municipal demande en 1959 la désaffection de la parcelle et son passage dans le domaine privé communal. La statue sera déplacée en 1963 de l’autre côté de l’avenue Jean Jaurès dans le parc proprement dit. Un article du blog relate cet événement.

Le monument de Gustave Nadaud sera, lui aussi, déplacé en 1987 (voir également dans le blog l’article correspondant), pour être réimplanté sur un emplacement plus central dans le parc. Ce déplacement sera aussi motivé par la construction d’un immeuble,cette fois-ci celui de la caisse d’Épargne.

La statue du commandant Bossut avant déplacement – Photo la Voix du Nord 1961

En effet, la Caisse d’Épargne construit en 1987 un bâtiment courbe sur le terrain vendu par la municipalité. Les bureaux ouvrent l’année suivante. La même année, IBM s’implante à Croix sur un domaine appartenant à la famille Motte et dont l’adresse est à Roubaix, avenue Delory. Il élève au milieu du parc un bâtiment semi-circulaire qu’il n’occupera pourtant qu’une dizaine d’années. En effet, la société échange en 1997 avec la Caisse d’Épargne leurs emplacements respectifs. Cette même caisse d’ Épargne cédera la place en 2011 à l’Edhec qui y implante son campus. IBM, lui, au bord de l’avenue Jean Jaurès, continue à faire face au parc Barbieux.

L’immeuble de la Caisse d’Épargne en 1989

Le terrain où se dressait le Pont d’Avignon est aujourd’hui occupé pour une part par l’extrémité de de bâtiment, et pour le reste par la pâtisserie Paul qui a remplacé boulevard de Paris la station service au bas de l’immeuble d’habitation.

Photo Jpm

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.

Le château des prés

Le domaine des Prés s’étendait au chemin neuf, près de la ferme de Maufait, et entre les futurs boulevard de Reims et avenue Motte, les futures rues Jouffroy et Louis Braille. Il était traversé par le chemin numéro 9 qui le coupait en deux. Depuis la rue de Lannoy une large avenue plantée d’arbres menait au domaine, sur lequel était implanté un château. A l’extrémité de cette avenue et dans son alignement, se dressaient d’importants bâtiments réservés aux communs, le long du vieux sentier dit de la Potennerie. Le cadastre de 1884 donne le détail de ces communs qui consistaient, pour la parcelle 546, en remise, écuries et chambres de domestiques, des serres pour la parcelle 547, et une maison de concierge pour la parcelle 549. Ces bâtiments commandaient l’entrée d’un vaste parc d’agrément au centre duquel s’élevait l’habitation du propriétaire. Ce domaine était si important que le tracé du boulevard de Reims l’a évité en formant un coude pour passer entre les cette propriété et celle de la Potennerie, quasiment voisines par leurs extrémités.

Ce domaine appartenait à un industriel, qui avait fondé avec son frère Eugène la filature Cordonnier, située au 9 rue de Mouvaux. Louis Cordonnier vivait au château avec sa femme Jeanne, son frère Eugène, et ses filles Julie et Louise.

Avant que l’ouverture de la rue Jouffroy ne lui offre une adresse définitive, Louis Cordonnier a été recensé dans les voies les plus proches : domicilié pavé d’Hem (où débouche le sentier de la Potennerie) pour le cadastre en 1884, au 398 rue de Lannoy dans le Ravet-Anceau de 1886, (endroit où s’ouvre l’avenue Cordonnier), puis au 456 dans la même rue après renumérotation dans le recensement de 1891, on le retrouve au chemin n°9, qui traverse le domaine pour le recensement de 1896. Enfin l’adresse du château est fixée au 256 rue Jouffroy dès le percement de cette voie.

Plan Cadastral 1884

1899 voit Louis Cordonnier vendre les divers terrains constituant le domaine pour qu’on puisse ériger des constructions « sur un des points les plus salubres de Roubaix ». Pour attirer les acheteurs, il faut des rues le long desquelles construire : il fait don à la ville du sol de l’avenue Cordonnier, ainsi que les arbres qui s’y trouvent. Il fait également don des terrains nécessaires pour tracer l’avenue Linné et la rue Jouffroy.

A cette occasion, Jules D’Halluin-Lepers achète une partie de la propriété Cordonnier, comprenant la résidence principale et les bâtiments des communs. Sur le reste du domaine s’installera le jardin Ma Tante (voir l’article qui y est consacré), remplacé ensuite par le stade Dubrulle-Verriest après la première guerre. Le recensement de 1901 nous énumère les membres de la famille : Jules D’Halluin, né en 1850, Camille Lepers née en 1857, et leurs nombreux enfants Pauline, Jules, Maurice, André, Marthe, Marie, Madeleine. De quoi remplir les pièces du château !

Le château, vu côté Linné – document site Thierry Prouvost

Le nouveau propriétaire fait réaliser des travaux pour édifier un mur de clôture d’enceinte à la limite de la nouvelle avenue Linné et la famille s’installe. Le château semble fait pour les réceptions : au rez de chaussée, auquel on accède par le grand perron, se trouvent deux salles à manger, plusieurs salons, des boudoirs et des vestiaires. Les chambres sont en haut du grand escalier.

En 1924 Jules D’Halluin demande un permis de construire pour une maison d’habitation 256 rue Jouffroy. Cette maison va prendre la place des anciens communs. Elle est vaste et peut-être destinée à abriter la famille. Le corps principal est perpendiculaire à la rue Jouffroy ; le pignon se prolonge latéralement par un bâtiment bas coiffé d’une terrasse et abritant un atrium vers lequel mène la porte d’entrée et un vestiaire. Derrière l’atrium, un vestibule desservant les salons et la cuisine. Au fond, la salle à manger et un studio. Cette fois encore, c’est une maison faite pour recevoir ! A l’étage, une chapelle voisine avec les chambres. A l’extérieur, une grand porte surmontée d’une tour, elle-même couronnée d’un bulbe sphérique ouvre sur la cour d’honneur.

La nouvelle construction, vue depuis le coin de l’avenue Cordonnier – photo site Thierry Prouvost

L’année suivante, les travaux se poursuivent avec des aménagements dans le château et la construction de deux maisons de concierges accolées abritant de vastes garages le long de l’avenue Linné. De chaque côté de cet ensemble, des grilles d’accès à la propriété percent le mur de clôture.

Les maisons de concierges avenue Linné

En 1945 Clarisse D’Halluin-Lepers, veuve depuis avant la guerre, fait une demande de démolition pour le château. L’immeuble est vétuste, la toiture abîmée, et la charpente est attaquée par des champignons. De plus, il a été occupé par les allemands pendant la guerre ce qui a causé nombre de dégradations et l’a rendu inhabitable. Cette dame a abandonné le domaine : elle habite désormais à Tourcoing. Une photo aérienne nous montre en 1947 que le château a été démoli.

Depuis un collège privé et des immeubles collectifs ont été construits à l’emplacement du parc. Il ne reste aujourd’hui que la maison de 1925 qui a pourtant, au fil des ans, perdu sa tour et semble inhabitée aux chalands qui empruntent la rue Jouffroy.

Ces mêmes chalands, s’ils sont attentifs, peuvent encore apercevoir sur le mur de la maison une date et des blasons, et, s’ils prennent à gauche le long de l’avenue Linné, longer un tronçon du vieux mur de clôture de 1901 dont l’extrémité reste couronnée de sa grille d’origine.

Photos Jpm

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Les mille Colonnes

Ce cabaret, antérieur au parc Barbieux, a une origine ancienne, et son histoire s’est trouvé mêlée de près à celle de la création du parc. En 1826 le plan cadastral de Croix nous montre une ferme au hameau de Barbieux, située très près de l’axe du canal projeté, dont le tracé en souterrain doit relier les deux parties déjà en eau entre la barque d’Or au pont d’Hem à Croix. Cette ferme est placée à peu près à égale distance entre celle de la Duquennière, sujet d’un autre article de notre blog, et la ferme Lezaire, éloignées de quelques dizaines de mètres à peine.

Document de gauche archives départementales

Mais les travaux de creusement du tunnel n’avancent pas : les sols étant trop meubles, les tentatives successives de forage échouent. En 1855, le concessionnaire, M. Messen étant incapable de terminer le canal, la ville se substitue à lui pour tenter de faire terminer les travaux aux frais de l’État. Le concessionnaire cède à la ville le canal contre une annuité de 25 000f valable jusqu’à la fin de la concession. L’acte est passé devant notaire en 1857. L’année suivante, on abandonne le tracé primitif par Barbieux et la ville offre à l’état la propriété du canal, à charge pour lui de le terminer avec un nouveau tracé passant entre Roubaix et Tourcoing.

En 1864, constatant l’inutilité des terrains situés à Barbieux par suite du détournement du canal et estimant le coût de leur nivellement pour une remise en culture, la ville envisage d’y installer un jardin public. Elle demande le 1er octobre la rétrocession par l’état de l’emprise du canal, et, cette zone ne mesurant que 20 mètres de large par endroits, prévoit de racheter les terrains situés à droite et à gauche pour donner une largeur suffisante au parc. Un décret impérial de 1866 déclare d’utilité publique la création d’une promenade publique et prononce l’expropriation des terrains proches du tracé du canal au premier mars 1867.

Parmi ces terrains figure celui de l’ancienne ferme, située à Croix, et appartenant à la veuve Michel Gons, prénommée Marie. A cette époque, une partie des bâtiments de la ferme ont disparu. On constate en effet que la disposition des lieux a beaucoup évolué avec le temps ; les plans officiels successifs en présentent les différents aspects entre 1826 et le début des années 1900.

Le cabaret semble reprendre la partie supérieure des bâtiments de la ferme, puis, avec le temps, d’autres bâtiments et annexes sont ajoutés au noyau d’origine. Il prend finalement la forme d’un T, autour duquel un espace circulaire est aménagé. En 1902 un plan du parc nous montre le bâtiment en T accompagné d’un petit bâtiment annexe non loin de l’avenue de Jussieu, dont on vient d’effectuer le percement.

Malheureusement, il est difficile de préciser d’où lui vient son nom, ou d’avancer une date précise pour le moment où il lui a été attribué. Ce qu’on sait, c’est que les terrains expropriés en 1867 sont aussitôt mis en location par la municipalité roubaisienne. Par ailleurs un document non daté, mais très probablement des années 1860, nous indique qu’Auguste Russert (orthographe incertaine) loue à la ville de Roubaix deux maisons (parcelles 1013 et 1014, qui forment les deux parties du T), et qu’il y a installé le cabaret des mille colonnes.

Le document précise aussi que, comme les travaux de la promenade ne touchent pas l’estaminet, il n’y a pas lieu de rien changer à ce bail. Sur un plan de cette même époque, on voit accessoirement que la parcelle 198 a toujours un propriétaire du nom de Gons.

En 1874, on passe cette fois par une adjudication pour louer les terrains. Le locataire est alors François Lefebvre, de Roubaix.

En 1881, le cahier des charges de location fait mention du clos dit de l’estaminet des mille colonnes. Il comprend une maison d’habitation et des dépendances. Un bail d’un an est conclu, reconductible d’année en année. L’adjudication est remportée par Jules Cau, habitant rue d’Hem à Roubaix. M. Lefebvre, l’ancien cabaretier, a perdu les enchères.

Nous sommes à l’époque du début des gros travaux d’aménagement du parc, qui démarrent en 1878.

Les terrassements du parc

En 1885, la brasserie du Moulin, Quint frères propose de remettre le cabaret en adjudication et offre plus que le locataire actuel. C’est Emile Legrand qui remporte l’adjudication. Le nouveau bail aura une durée de neuf ans.

Six ans plus tard, le conseil municipal constate l’état de vétusté de l’immeuble communal « les mille colonnes ». Il « tombe en ruines », nous dit-on. Ceci semble bien confirmer que le bâtiment est ancien, antérieur au parc lui-même, et qu’il pourrait donc bien être constitué d’un des corps de l’ancienne ferme.

Les conseillers municipaux se demandent s’il vaut la peine d’être réparé alors qu’il devrait être supprimé « dans un temps prochain » ? Il vaudrait peut être mieux le démolir directement. Mais on craint une demande d’indemnité de la part du locataire si on décide sa suppression. Comme le bail court encore pour trois ans, on choisit d’effectuer les réparations les plus urgentes.

A la fin du bail, en 1894, M. Breuvart-Despret, brasseur à Armentières, obtient la concession pour neuf an du cabaret et de l’enclos. Cette concession expire le 30 septembre 1903. M. L.Geindrie-Legrand est alors l’occupant effectif de la brasserie.

1903 voit donc la fin de la concession de la brasserie Breuvart. Son mandataire est Charles Beghin, de Lys lez Lannoy. La reconduction du bail n’est pas prévue : le cabaret ne fait pas partie du projet d’ensemble du jardin. L’idée avancée est de le reconduire, en attendant, par périodes d’un an. C’est ce qui est proposé à la société Breuvart qui refuse. On fait donc la même proposition à M. L.Geindrie-Legrand, l’occupant du cabaret, qui, lui, accepte. L’enclos, bien qu’appartenant à la ville de Roubaix, est toujours sur le territoire de Croix. A cette même époque, on démarre des travaux d’aménagement dans le bout du parc jusqu’à la rue Holden à Croix.

A la suite des travaux effectués autour de l’établissement, l’eau envahit la cave de l’estaminet en 1905. Le locataire demande alors qu’on procède d’urgence aux travaux nécessaires.

Plan 1902

Ayant entendu dire que le cabaret doit disparaître, M. Alexandre Renars propose de reconstruire à l’emplacement de l’établissement un nouveau café qui reviendrait à la ville au bout d’une certaine période. M. Geindrie fait la même proposition, valable pour 15 ans. Une commission municipale se saisit de l’affaire. Elle propose de refuser cette proposition, l’architecture du nouvel immeuble n’étant pas compatible avec le parc. Le locataire abandonne son projet et déménage.

Le café prend un aspect « lamentable ». Il tombe en ruines et est vandalisé. La décision de démolition est prise en 1907 lors du conseil du 8 février sous la présidence d’Eugène Motte

On achève la construction du parc, qu’on va doter d’un nouveau débit de boisson : Pierre Destombes, ancien adjoint au maire, offre 32000 f à la ville pour la construction d’un café-Laiterie. Celui-ci sera placé non loin de là, il portera le nom de café de la Laiterie, et a fait l’objet d’un autre article dans le blog. La démolition de l’ancien cabaret sera terminée en mai.

Un plan du parc daté de 1911 montre un espace circulaire bordé d’arbres : le clos des mille colonnes.

Alors que les constructions alentour évoluent et se modernisent, le rond-point va rester quasiment inchangé une centaine d’années face au pont jeté sur la pièce d’eau. On le retrouve sur les photos aériennes, entouré d’arbres plus ou moins denses selon les époques.

Photos IGN

Il faut attendre le 21ème siècle pour voir se transformer le site. Aujourd’hui, après les travaux de rénovation du parc, le clos des mille colonnes est devenu un parvis ceint de gradins formant un amphithéâtre.

Photo Jpm 2019

Remercions l’Institut géographique national, les archives départementales, la médiathèque de Roubaix et les archives municipales roubaisiennes, qui nous ont fourni la matière de nos illustrations.

Les Arcades

Le coin de la rue neuve (rue du Maréchal Foch) et du boulevard Gambetta a été occupé dès avant 1884 par le café des Arcades, l’un des grands cafés roubaisiens. Une photo prise depuis la rue des loups le montre à l’extrémité d’une rangée de belles maisons qui lui sont antérieures et qui terminaient la rue avant sa construction. Ces maisons abritent notamment la famille Prouvost-Bénat et la veuve Motte-Bossut en 1885.

Photo collection particulière

Côté boulevard Gambetta le café voisine avec un garage automobile, ouvert après la première guerre où officie M. Dourlens en 1922, remplacé par M. Lemaire peu d’années après.

Photo collection particulière

On aperçoit sur les deux photos précédentes une haute antenne et une construction sur le toit du café : il s’agit d’un studio d’émission radio installé là au début des années 20 au bénéfice du radio-club du Nord de la France.

En 1885 le café porte le nom d’estaminet Farvaque. En 1900 c’est J. Lecreux qui le tient. En 1922 J. Molin. le remplace, qui accueille et abrite le radio-club. Puis, en 1926 c’est J. Molin, qui lui donne le nom de café des arcades. Les belles maisons et le garage disparaissent en 1930 pour laisser place à la société des automobiles Renault qui vient y installer ses ateliers. Notre café est maintenant enserré entre les constructions de la société automobile.

Photo Nord Eclair

Les propriétaires du commerce continuent à se succéder : monsieur Lemoine reprend le fonds en 1935, puis le café passe finalement dans le mains de Mme Anne-Marie Aubanton en 1942. Cette dame présidera à sa destinée jusqu’à sa démolition. Nord Matin annonce la mort du débit de boissons en 1951 dans un article où il décrit sa vie tranquille, fréquenté par des habitués, joueurs de cartes – fidèles depuis plusieurs décennies – et amateurs de billard. Il est le siège de plusieurs sociétés roubaisiennes. Le bâtiment, racheté par Renault, sera démoli en 1952.

Photo Nord Matin

Sur son emplacement, la régie va s’agrandir et édifier une extension, complétant sa succursale. Le nouveau bâtiment reprendra le style de ceux existants pour constituer un ensemble homogène.

Anne-Marie Aubanton, elle, reprend un autre café qui existe depuis avant la 1ere guerre au 5 rue du Moulin à l’enseigne de la Citerne. Elle l’exploite quelques années, puis cet autre café va disparaître dans la première moitié des années 60 avec tout le côté gauche du bas de la rue Jean Moulin. Ironie du sort, le terrain ainsi libéré est maintenant occupé par la succursale Renault !

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.

Total à Gambetta

En 1962 sont entrepris des travaux de construction sur un terrain libre entouré de murs du boulevard Gambetta, situé au coin de la rue Catrice, aux numéros105 à 113. A cet endroit, les roubaisiens n’avaient jamais connu que de la végétation. Le terrain de la future construction a visiblement été séparé de la partie grand rue par un mur.

Photos IGN

Ce parc dépendait d’une belle maison de maître sise au 102 de la grand rue, construite pour la famille du distillateur Charles Droulers-Prouvost, dont l’entreprise se trouvait située le long du Canal, au quai de Wattrelos.

La distillerie

Cet industriel demande en 1898 à la mairie l’autorisation de construire sur le coin de sa propriété boulevard Gambetta une maison de concierge, ainsi qu’une porte cochère ouvrant sur sa propriété. En 1922, le concierge sera H.Calonne. Cette maison sera respectée par les travaux de construction menés. Elle existe encore aujourd’hui.

La construction qu’on érige sur le terrain est, pour sacrifier à l’époque, une station-service. Elle défendra la marque Total sur le boulevard,jusque là apanage de la concurrence. Le bâtiment comporte un bureau au centre, encadré de deux aires consacrées aux interventions. Un abri en forme de trèfle abrite les pompes et, la place ne manquant pas sur le terrain, on a pu y aménager un parking confortable pour les véhicules en attente et une pelouse autour de l’ancienne maison du concierge.

Photo IGN 1969

En 1968, le gérant est G. Wambeke. L’année suivante, la société lance une campagne de promotion : la station, pavoisée, dont les gérants sont maintenant M. et Mme Augier, offre des cadeaux aux automobilistes clients ; ce sont sans doute les engins de plage qu’on voit disséminés sur la pelouse attenante, alors qu’une ami 6 Citroën est ravitaillée en essence.

Photo Nord Matin

En 1975, une photo nous montre que l’auvent en forme de trèfle a été démonté. Pour quelle raison ? Une autre de 1981 nous présente un autre abri,cette fois de forme rectangulaire.

Photos IGN

La station disparaît sans doute dans la première moitié des années 90, victime, comme beaucoup de la désaffection des automobilistes. La station est aujourd’hui remplacée par un commerce de restauration rapide et le bâtiment repeint. L’abri, lui, a disparu.

Photos Nord Eclair et Google

Les documents proviennent de la médiathèque et des archives municipales. Merci à eux

Les derniers rails sur la grand place


La compagnie lilloise, qui vient de prendre le nom de TELB (compagnie des tramways électriques de Lille et de sa banlieue), demande depuis 1903 de substituer à son terminus peu pratique placé devant la mairie un « terminus circulaire » constitué de deux voies et formant une raquette. En effet, les rames n’étant pas réversibles, parce que constituées d’une motrice et d’une remorque simple, il faut procéder à des manœuvres longues et gênantes pour la circulation au terminus de la grand place lors de la remise en tête de la motrice avant de repartir vers de Lille.

Cette demande fait durant plusieurs années l’objet de discussions et d’échanges de correspondances concernant l’itinéraire à emprunter entre la barque d’or et la grand place.


La municipalité accepte finalement cette demande en 1908 moyennant une augmentation de la redevance. La ligne F va donc changer d’itinéraire et, abandonnant la rue neuve qui sera réservée à la voie TRT vers la rue du Moulin, va emprunter le boulevard Gambetta à la barque d’Or. Elle prendra ensuite la rue de la Halle et la rue Pierre Motte où elle côtoiera la ligne de Lannoy pour parvenir à la grand place. Elle contournera alors la zone réservée au marché par une raquette qui la ramènera rue Pierre Motte. Il n’y aura ainsi plus aucune manœuvre à faire.

 La ligne de Lannoy, elle, rejoindra directement les voies TRT situées devant l’église, abandonnant son ancien tracé côté mairie, cette partie de la place sera alors débarrassée de toutes les voies de tramway.


La première photo ( collection particulière) nous montre, à gauche,une rame TRT à l’arrêt devant St Martin et, à droite, deux rames des TELB au terminus circulaire. La seconde permet de distinguer les voies empruntant la rue Pierre Motte. A gauche, la ligne TRT de Lannoy qui se dirige vers le boulevard Gambetta, et à droite les deux voies TELB formant la raquette sur la grand place et qui empruntent la rue de la Halle.

Dans les années 20 des changements interviennent. D’abord, les voies sont doublées le long de la façade située entre la grand rue et la rue Pierre Motte. On y reporte les arrêts des lignes A (ligne de Tourcoing) et B (ligne de Wattrelos). Également, on modifie la raquette formée par la ligne F de Lille. On diminue ses dimensions,elle perd une voie de garage, et les trams ne s’arrêtent plus maintenant au milieu de la place, mais le long du trottoir du début de la rue Pierre Motte, sur le côté de la mairie.

Document translille

On voit sur la photo à gauche une voiture de la ligne F des tramways de Lille en train d’accomplir son demi-tour avant de s’arrêter à son  terminus et une motrice de la ligne A de l’ELRT en stationnement devant le trottoir. Au fond plusieurs motrices 600 de l’ELRT devant l’église.

Les deux photos suivantes montrent une motrice 600 roubaisienne, crême et une 800 lilloise, verte et crème à leur arrêt respectifs dans les années 50.

L’acte suivant est la suppression des tramways qui a lieu en 1956. La ligne F disparaît avec l’ensemble des lignes de Roubaix-Tourcoing. On s’empresse alors de déposer les voies, dans une espèce de frénésie.

Photo la Voix du Nord 1959

A la même époque, on décide de supprimer le terminus du Mongy place de la Liberté. On installe à la place une vaste raquette qui mène le tram par la place de la liberté, la grand rue, la grand place où l’on installe le terminus devant l’église St Martin, et la rue du Maréchal Foch pour le ramener enfin au boulevard de Paris. L’arrêt sera situé au même endroit que celui des anciens tramways. Les voies seront séparées de la circulation automobile par les quais d’arrêt des bus, qui stationneront en épis face à l’église. Les motrices 500, puis Duwag viendront y attendre et y déposer les voyageurs pendant quelques années.

Photos coll. particulière

Les rails ne disparaîtront définitivement de la grand-place que dans les années 90, lorsque le terminus des tramways sera reporté boulevard Gambetta. De nouveau on va déferrer, avant d’attaquer d’autres travaux, ceux de la construction de la station de métro.Les rails de la grand place seront désormais souterrains …