Un orchestre des années 60

Les années 60 ont connu un phénomène particulier dont on n’a pas eu l’exemple dans les périodes antérieures, l’apparition d’une quantité impressionnante – on en compte plusieurs dizaines à Roubaix et environs – de petits orchestres de jeunes amateurs, nés de la vague musicale venue des États-Unis et répandue en France par les radios, en particulier Europe I, toute jeune station alors, qu’on écoute sur la nouvelle merveille, le transistor.

Ces groupes sont tous plus ou moins constitués de la même façon, trois guitares électriques, récemment commercialisées, et une batterie – et souvent un chanteur. Ils se forment par une volonté propre, au gré des connaissances et des circonstances, avec un désir commun de reproduire la musique qui envahit les ondes à destination des jeunes, qu’on appelle à l’époque les teenagers.

Nous allons évoquer cette période à travers les souvenirs d’un membre – appelons-le Robert – d’un de ces orchestres.

Guitares Eko et Norma – documents FetishGuitar.com

Le père de Robert avait joué du violon dans sa jeunesse. Il poussa donc tout naturellement son fils vers la musique et c’est ainsi que Robert apprit à jouer du violon, vers 11 ans, à l’école de musique de Mouvaux. A ce moment apparaissent sur les ondes tout une série de chanteurs et d’orchestres instrumentaux émules d’un nouveau rythme et de sonorités nouvelles permises par l’utilisation de ces nouveaux instruments.

C’est un choc pour toute une génération, et, en particulier, pour Robert, qui rêve à 15-16 ans de jouer cette musique. La guitare devient le sujet favoris des conversations à l’école et petit à petit, il abandonne l’archer de son violon pour en gratter les cordes comme il le ferait avec une guitare. Voyant cela, son père se décide à aller lui acheter l’instrument rêvé dans un petit magasin à Tourcoing où Robert avait repéré un petite guitare rouge, pas trop chère, une guitare sèche comme on dit à l’époque pour les instruments dont le son n’est pas amplifié électroniquement. C’est une Egmond, qu’on peut équiper de micros.

La première guitare de Robert – photo Jpm

Il faut maintenant apprendre à en jouer. Le père de Robert connaît dans son entreprise quelqu’un qui joue de la guitare. Il lui propose d’accompagner son fils dans cet apprentissage. C’est ainsi que Robert s’initie aux accords et aux arpèges et jouant des chansons de Brassens.

Cette base acquise, et désireux de jouer des morceaux plus modernes, il se tourne vers la Maison des Jeunes et de la Culture de Tourcoing où il rencontre d’autres jeunes partageant la même passion, encadrés par un adulte qui les guide dans leur approfondissement et les aide à faire progresser leur technique.

Robert commence ainsi à jouer de la guitare rythmique, mais aussi les solos : en effet, en dehors des morceaux purement instrumentaux, chaque chanson à l’époque comporte un « pont » entre deux refrains où le guitariste du groupe joue en solo une variante de la mélodie.

Guitares Meazzi – documents FetishGuitar.com

Plus tard, la MJC oriente Robert vers un orchestre qui démarre à Roubaix, près du boulevard Descat. Il intègre ce groupe avec lequel il répète tous les jeudis, alors jour de congé scolaire. Ne pouvant pas stocker sur place leur matériel, ils répètent sans batterie, impossible à transporter chaque semaine. Ils la remplacent par une seule caisse à qui revient la tache de marquer le rythme. Robert, lui, doit transporter sur sa mobylette l’ampli qu’il a acheté d’occasion…

Le groupe comprend trois musiciens et ne comporte pas de basse. Robert y dispose d’une guitare électrique, prêtée. En effet, l’initiateur du groupe dispose, après la dissolution d’un précédent orchestre, du matériel complet qui est entreposé dans l’arrière-salle du café paternel. Malheureusement, les répétitions ne peuvent pas se dérouler sur place à cause du bruit que génère ce type d’ensemble, et il faut répéter dans un endroit plus isolé, ce qui explique ces allées et venues de matériel.

Mais Robert ne reste pas très longtemps dans le groupe. En effet, il entend parler à la MJC d’un autre orchestre, dont le soliste vient de partir à l’armée, et qui cherche à le remplacer. Il se présente au Nouveau Roubaix, où répète le groupe, et celui-ci l’accueille dans ses rangs. Le voici soliste. Privé de chanteur, parti sous les drapeaux, le groupe se spécialise dans l’instrumental, dont la tête de file est représentée à l’époque par les Shadows, un groupe anglais. Robert rachète à l’ancien soliste, qui vient de s’acheter une Fender (le nec plus ultra à l’époque), sa guitare, une Kent. Elle possède quatre micros et, merveille, un vibrato qui lui permet de reproduire les effets sonores des groupes connus.

La Kent de Robert – photo Jpm

C’est l’époque où le Carioca, cinéma de Lys lez Lannoy, situé près de la Justice, offre à sa jeune clientèle une salle de dancing et prend le risque de proposer à certains jeunes orchestres qui se constituent la possibilité de jouer une ou deux chansons pour se faire connaître du public local. L’orchestre saisit l’occasion aux cheveux, et se produit sur scène pour faire ses preuves.

Documents provenant du Blog de Juluis59

Ils obtiennent ensuite quelques engagements, notamment à la braderie de la rue de l’Hommelet, où ils sont financés par la municipalité, mais aussi dans des salles familiales où ils jouent deux ou trois morceaux entre les prestations d’un orchestre au style plus « traditionnel ». Les cachets se montent à peu de chose, d’autant que les concerts ne sont ni nombreux, ni réguliers : inutile d’espérer acheter du matériel avec ces ressources ! Les activités de l’orchestre se résument donc le plus souvent aux répétitions.

Nouveau venu dans l’orchestre, Il faut à Robert apprendre tous les morceaux joués par le groupe. Au début, il joue la basse, laissant à un autre le soin d’assurer le solo des titres qu’il ne connaît pas encore bien. A l’époque, on ne trouve pas ou très peu de partitions (qu’on achète rue de Lannoy) pour les groupes instrumentaux. Il faut se débrouiller et acheter les 45 tours des morceaux qu’on veut jouer puis les passer et repasser mesure par mesure sur un électrophone pour les jouer à l’oreille et les apprendre par cœur. Chacun travaille ainsi sa partie chez soi, et on met le tout en commun lors des répétitions. Le répertoire de l’orchestre se monte à une quinzaine de morceaux.

Un Teppaz de l’époque – Photo site hubert.frappier.free.fr

Mais, au bout des 18 mois fatidiques, le guitariste solo en titre revient, ses obligations militaires accomplies, et Robert quitte le groupe. Il a alors 18-19 ans. Les sorties avec les copains au Colisée, puis la rencontre de sa future épouse mettent un terme à ses envies de se produire sur scène. Là s’arrête donc son expérience de musicien et son témoignage. Merci à lui.

Les Shadows – Photo Rolling Stones Stories – Overblog

La place de la Liberté

Au 15ème siècle, Pierre de Roubaix fait édifier une chapelle dédiée au St Sepulchre le long du chemin de Wattrelos, à ce qui était alors l’extrémité de la grand-rue, dans l’alignement de la rue Pauvrée. Un hospice pour les vieillards la jouxte. Le jardin s’étend jusqu’au Trichon. À la fin du 17ème siècle l’édifice brûle dans l’incendie du centre ville, mais il est reconstruit. Lors de la révolution, il est vendu comme bien national, et on le retrouve ensuite propriété des hospices de Roubaix qui le cèdent finalement à la municipalité.

Plan cadastral 1804 et Journal de Roubaix 1933

En 1815 on installe les services de la douane dans l’ancienne chapelle. Sur les jardins, côté Trichon, est édifiée une caserne de gendarmerie. Le reste de l’espace accueille le marché aux charbons. Un numéro du Journal de Roubaix de 1909 nous retrace ainsi cette époque : Les chariots, appelés « carabeux » apportaient le charbon de bois depuis la forêt de Mormal. Celui-ci était utilisé par l’industrie pour la préparation des laines. Ils se dirigeaient vers un terrain vague devant la chapelle… La place va garder le nom de marché aux charbons jusqu’en 1848. La rue qui longe les habitations est baptisée rue du Sépulchre.

Plan cadastral 1826

Peu de temps après, un plan de 1832 nous montre que les bâtiments de l’Hospice ont disparu et qu’on a ajouté un corps de bâtiment à la gendarmerie, qui forme maintenant un « U ». Celle-ci, servant de caserne a sans doute vu ses effectifs augmenter entre-temps.

La gendarmerie est située face au canal, creusé récemment. La rue de Lannoy le traverse sur le pont dit « de la gendarmerie ». Entre le canal et la gendarmerie, le terrain appartient au fabricant Bulteau-Prouvost, dont l’usine borde la rue du Galon d’eau.

Plan 1832

Mais le bâtiment de la chapelle se dégrade et les douaniers le quittent. L’ensemble est rasé. La place ainsi dégagée prend le nom de place du Sépulchre pour peu de temps, car on y plantera lors de la révolution de 1848 un peuplier, l’arbre de la Liberté au milieu du marché et la place prendra ainsi son nom définitif.

Eugène Grimonprez-Delaoutre, fils de Pierre Grimonprez et d’Hyacinthe Bulteau va ériger une filature sur le terrain situé entre la gendarmerie et le chemin de halage du canal.

Plan cadastral 1845

Même si les bâtiments de la gendarmerie brûlent en 1877, amenant les gendarmes à partir s’installer rue des Arts, et que la ville devient propriétaire de l’ancienne caserne qui appartenait au département, l’issue de la place vers le canal reste toujours étranglé. L’usine Grimonprez empêche encore le débouché de la place vers le boulevard Gambetta.

Les photos suivantes nous montrent, la première, les bâtiments de l’usine face au boulevard Gambetta, qu’arpentent les promeneurs, avec, à gauche la silhouette du café du Broutteux, et, la suivante, les constructions situées le long de la place jusqu’au coin de la grand rue.

Photos Nord Matin 1952

En 1889, la filature a cessé ses activités, et les bâtiments qui empiètent sur la place appartiennent à Léontine Grimonprez, veuve d’Alfred Philippe Motte. Les autres, le long de la place, sont à sa belle-mère, la veuve Liévine Grimonprez-Delaoutre, veuve du filateur Eugène Grimonprez. En outre, le coin situé en face du Broutteux, est loué au brasseur Desurmont qui y a installé un cabaret.

La municipalité, après maintes discussions, frappe d’alignement le bâtiment en mauvais état, pour empêcher les travaux de réparation et forcer ainsi sa démolition. Elle a l’idée d’y construire un théâtre puis, cette idée étant abandonnée, elle veut simplement élargir la place. Une délibération municipale de 1890 souligne que le passage entre la place et le boulevard est trop étroit pour laisser le passage aux tramways. La mairie cherche donc à acheter l’immeuble pour le démolir. Il est à noter sur le plan suivant que le passage entre l’ancienne filature et les autres bâtiments a pris le nom de rue de Lannoy, dont il est le prolongement.

Le bâtiment à démolir

Des pourparlers ont lieu avec la municipalité pour l’immeuble débordant sur la place, que Mme Grimonprez a vendu à la veuve Motte, venant elle-même de décéder en 1899. Pour ce qui est des bâtiments longeant la place et comportant des écuries et remises, les contacts sont pris avec la banque de France, qui cherche à s’implanter dans le centre-ville. Les interlocuteurs sont donc les héritiers, représentés par Albert Motte. Entre-temps, le bâtiment qui fait obstacle à l’ouverture de la place menace ruine aux dires des services de la voirie, ce qui permet à la ville, soucieuse des deniers publics, de marchander le prix d’achat. On finit en 1900 par tomber d’accord sur la vente, et la mairie va s’empresser de démolir une partie des bâtiments, tout en conservant la partie louée par M.Desurmont jusqu’à expiration de son bail en 1905. La photo suivante nous montre l’ancienne filature partiellement démolie entre 1901 et 1906. A gauche le café du Broutteux, et au fond, la grand rue.

Photo Nord Matin 1952

En 1906, la dernière partie de l’usine disparaît finalement. La ville va maintenant pouvoir aménager la place notablement agrandie, le marché aux charbons gagner un surcroît de superficie, et la banque de France ériger son agence.

Document collection particulière

A suivre…

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Quatre maisons à l’Entrepont

Le carrefour de la grand rue et de la rue d’Alger s’orne dès la fin du 19ème siècle de quatre belles maisons de maître, dont trois aujourd’hui disparues, assorties de parcs imposants. Au vu des photos anciennes, on ne peut s’empêcher de s’intéresser à ces propriétés. Quelle est leur histoire, pour qui ont-elles été construites, qui les a habitées ?

Les quatre propriétés – Photo IGN 1947

Cette histoire remonte à 1868, lors que Alfred Motte choisit de s’associer avec les frères Meillassoux pour fonder la teinturerie Motte et Meillassoux frères, installée rue du Coq Français. Venus de Suresnes, les Meillassoux s’installent alors à Roubaix.

La proximité des deux familles est affirmée en 1883 par le mariage d’Étienne Motte avec Louise Meillassoux, Le père d’Étienne, qui porte le même prénom, est le frère d’Alfred Motte ; sa mère est Catherine Desurmont. Louise est fille d’André, un des frères Meillassoux et de Léontine Duval. Son frère, Edouard Meillassoux, est marié à Germaine Desmazières.

Étienne Motte fonde une filature de coton à l’angle de la rue d’Alger et de la grand rue. Il fait construire au coin de ces deux rues, dans une enclave de l’usine, une maison entourée d’un parc. Le document ci-dessous montre l’usine ; le parc et la maison sont visibles en bas à droite.

Le recensement de 1906 nous indique qu’Étienne Motte, né en 1852 et filateur de coton habite la maison sise au 393 grand rue. A cette époque, sa femme Louise est malheureusement déjà décédée à l’âge de 27 ans. Leurs enfants Étienne, Jacques, Marie, Jean Marie, Ursule et Catherine vivent avec leur père. Une photo ancienne montre, à gauche, la maison, qui présente, sur le coin, un curieux angle rentrant et une vaste façade sur la grand-rue. Un bâtiment bas la prolonge côté rue d’Alger. Un mur de clôture ferme le parc côté grand rue. Il s’étend jusqu’au dépôt des tramways.

Étienne Motte décède à son tour en 1919. Son fils Étienne, troisième du nom, époux depuis 1907 de Germaine Pollet habite la maison avec sa famille. Après la guerre, on retrouve à cette adresse dans le Ravet-Anceau jusqu’aux années 60 Motte-Lepoutre, industriel.

Mais l’usine ferme et, en Juin 1970 la communauté urbaine achète l’ensemble du terrain aux établissements Motte. On prévoit d’y construire deux établissements scolaires. Les constructions ne traînent pas et on ouvre le collège Samain en 1972. Le Lycée Rostand le suit de près, qui ouvre en 1977.

Sur l’emplacement de la maison d’Étienne Motte s’étend une pelouse située devant le bâtiment des logements des personnels administratifs du Lycée.

Pratiquement en face, la société Motte et Cie possède dès 1884 une propriété côté pair de la grand rue, comprenant une maison prolongée par des bâtiments annexes sur le jardin, qui s’étend jusqu’à la rue d’Avelghem. Cette maison prendra plus tard le numéro 308.

 

Plan cadastral 1884

En 1886 s’y installe André Meillassoux, le beau-père d’Étienne Motte. Cette installation est provisoire, car, dès 1903 il s’installe au 349, de l’autre côté de la rue, laissant la maison à Edouard Meillassoux, son fils, né en 1873, et peigneur sur laines. Il y vit avec sa femme Germaine Desmazieres et ses jeunes enfants Jacques et Pierre. La famille séjourne au 308 jusqu’à la deuxième guerre.

Photo IGN 1965

En 1953 c’est la famille d’Henri Meillassoux et de Marie-Louise Wattel, qu’on retrouve dans la maison jusque dans les années 60. Henri est fils d’Emile Meillassoux et Marguerite Wibaux, petit fils d’Edouard Meillassoux-Desmazieres.

La propriété existe encore aujourd’hui et semble bien entretenue. La grande fenêtre de droite au rez de chaussée a remplacé en 1924 les deux fenêtres originalement séparées par un trumeau.

Photo Google

Revenons à André Meillassoux, l’associé des Motte qui traverse la grand rue en 1903 pour venir habiter au 349, au coin même de la rue d’Alger où il a fait construire une demeure dont la demande de permis de construire date d’octobre 1898. Le recensement de 1906 l’y trouve, avec sa femme Léontine Duval et ses enfants Cécile et Emile ; on y mentionne la profession de peigneur sur laines.

La maison, carrée et de belle apparence, possède sur l’arrière une partie plus basse et une extension vitrée semi-circulaire sur le parc, surmontée d’un balcon.

Nord Eclair nous en livre en 1964 une vue prise depuis le jardin.

André Meillassoux décède en 1917, sa veuve reste dans la maison. En 1939, la propriété est vide selon le Ravet-Anceau. Après guerre, s’y installe le foyer de jeunes filles du peignage Alfred Motte, ainsi que le terrain d’activités physiques inter-entreprises de Roubaix-Tourcoing. Plus tard, la mairie achète la propriété de 10 000 mètres carrés en 1964, pour en faire don aux HLM dans le but d’y construire un foyer des jeunes travailleurs. Celui-ci est construit en 1968 et inauguré en 1969. Il est aujourd’hui transféré place Chaptal et l’ancienne propriété est à l’abandon.

La dernière de nos quatre maisons se situe à quelques mètres de là, au numéro 296. Elle est construite à la fin des années 1880 et abrite à partir de 1891 la famille Browaeys. Le brasseur Jean baptiste Browaeys est né en 1866, en Belgique. Il a épousé cette même année Jeanne Tiers née en 1872.

Le 296 dans les années Le 296 dans les années 80

Vue de la rue, la maison, régulière en apparence, cache un plan de toiture très curieux qu’on découvre grâce aux photos aériennes. Le parc, assez vaste, s’étend jusqu’à la rue d’Avelghem.

Photo IGN 1965

Jean Baptiste décède en 1901 et sa veuve continue d’habiter la maison avec ses filles Jeanne, Antoinette, et Madeleine, ainsi que son fils Jean. Elle héberge également sa belle-mère Colette Verbrugghe et son beau-frère Pierre, employé par Jean-Baptiste. La famille vient du quartier du Fresnoy, puisqu’en 1896, Colette, veuve, habitait 87 rue de Rome avec son fils Pierre, employé brasseur, alors que son autre fils, Jean Baptiste, et sa femme Jeanne habitent le 81 de la même rue. Quittant le 296, la famille va ensuite s’installer non loin de là au 77 rue de la Conférence en 1913. Elle y est toujours en 1920.

La maison est habité ensuite par diverses personnes, dont, dans les années 50 par l’ industriel L. Blanchot-Baumann.

Dans les années 80, le parc est réduit par la construction rue d’Avelghem d’un immeuble qui a abrité un temps les élèves policiers dans l’attente de l’ouverture de l’école d’Hem. Le reste de la propriété disparaît plus tard, ainsi que la maison, dont on conserve pourtant la façade. Celle-ci sert plusieurs années, persiennes fermées, conjointement au mur d’enceinte, à interdire l’accès au terrain. Sur l’ancien jardin on construit enfin l’ensemble de logements collectifs l’Echo dont l’architecte a daigné préserver la partie basse de la façade de l’ancienne maison.

Photo Google

Ce reste de façade et la maison du 308 restent les seuls témoins des demeures de maître qui existaient à cet endroit, ornements d’un quartier par ailleurs populaire.

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

L’avenue Motte au fil du temps (suite)

Après la vague importante de constructions individuelles au début des années 50, la décennie suivante va apporter son lot de transformations. Les années 60 vont voir l’installation d’ Auchan dans l’ancienne usine Frasez. Les déplacements du matin et du soir des ouvriers vont faire place aux allées et venues ininterrompues de familles issues des classes moyennes venues faire, en voiture, le plein de bonnes affaires. Cet afflux régulier va désormais animer toute cette partie de l’avenue.

La vue du parking reflète le niveau social des clients du supermarché : mises à part l’antique Citroën 11 familiale et et la 403, alors haut de gamme chez Peugeot, les voitures en stationnement reflètent plutôt les gammes basses et moyennes des constructeurs.

Photo Nord Matin 1961

Le commerçants ne s’y trompent pas et se montrent attirés par cette clientèle potentielle. C’est ainsi qu’on expose sur le parking du matériel de camping, le loisir de masse de l’époque, bien propre à intéresser la clientèle du supermarché.

Photo la voix du Nord 1963

Dans le même temps, les dernières zones de jardins bordant l’avenue entre l’église et l’usine Motte-Bossut vont disparaître pour laisser place à un ensemble de collectifs formant la cité des Hauts Champs. Ces constructions environnées d’espaces paysagés constituent une zone plutôt agréable à vivre, habitée à l’origine dans une large mesure par des jeunes ménages modestes en attente de pouvoir s’offrir un pavillon individuel.

Conjointement à ceux des collectifs du Chemin neuf qui viennent de s’élever derrière Auchan, les nouveaux habitants de ce nouveau quartier à l’architecture bien dans le ton de l’époque vont contribuer, par leurs déplacements, à animer cette zone,.

Photo la voix du Nord 1966

Avec les années, la végétation implantée va ajouter, ainsi que les platanes qui poussent tout le long de la bande centrale, à l’agrément de notre avenue.

Photo Jpm

Au milieu des années 70, signe des temps, et témoin de l’affluence des autos, vient s’installer, tout à côté de l’église, et profitant d’un des derniers terrains libres, une station service à l’enseigne de la Shell.

Photo Lucien Delvarre

Cette station arrive en terrain déjà occupé : elle s’ajoute à la pompe installée quelques années plus tôt sur le parking même d’Auchan, ainsi qu’au garage des sports, situé au coin de la rue de Lannoy depuis le début des années 1950 et reconverti en station-service.

De fait, les véhicules affluent dans cette voie. Pour mettre un peu d’ordre dans cet masse de véhicules, on voit apparaître, dans les années 70, une série de feux rouges, aux carrefours importants de l’avenue, signe de l’importance de la circulation à cette époque. En 1980 Nord Éclair en compte huit sur 2500 mètres, y incluant ceux de l’avenue Roger Salengro, et espère que la mise en service de la future antenne sud va contribuer à diminuer les embouteillages,

Photo Nord-Eclair

Le paysage évolue au gré des apparitions et disparitions de commerces qui suivent les lois économiques. Au milieu des années 80, Auchan émigre sous d’autres cieux, remplacé d’abord par AS-Eco, puis par Intermarché qui finit par démolir la vieille filature pour construire un magasin neuf.

A la même époque, l’usine Motte-Bossut cesse ses activités. Les bâtiments sont transformés en « première galerie commerciale de magasins d’usine d’Europe » (La Voix du Nord 1984).

Autre évolution au début des années 90, la démolition de l’église Sainte Bernadette. Devenue trop grande pour les besoins du culte, elle va être remplacée par une neuve, plus petite, située en face, près de la salle des fêtes de l’école.

L’ancienne et la nouvelle – Photos Lucien Delvarre

L’espace ainsi libéré va être utilisé pour l’implantation du siège de la société Camaïeu, alors en pleine expansion. Les trajetAujourd’hui, cette avenue, toute en contrastes, autant par l’ambiance qu’elle dégage, différente selon les tronçons, qu’à son animation, désordonnée aux heures de pointe, mais incitant à la promenade à d’autres moments, reste un bel ornement des quartiers sud.s des employés vont accroître la circulation et les espaces verts prévus autour des bâtiments la végétalisation de l’endroit.

Document La voix du Nord 1990

Enfin, les années 90 verront la remise en état et le réaménagement paysager du terre-plein central qui va faire alternativement cohabiter zones de promenade et parkings. Cet aménagement aboutit en 1996 à l’inauguration de l’allée Crupelandt, dont les pavés mènent au vélodrome.

Photo Jpm

Aujourd’hui, cette avenue, toute en contrastes, autant par l’ambiance qu’elle dégage, différente selon les tronçons, qu’à son animation, désordonnée aux heures de pointe, mais incitant à la promenade à d’autres moments, reste un bel ornement des quartiers sud.

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

L’avenue Motte au fil du temps

Au tout début du vingtième siècle, est tracée l’avenue des villas, pour former une nouvelle ceinture au sud de Roubaix. C’est une voie constituée de deux alignements formant un angle droit. La partie sud de cette avenue, entre le boulevard Clemenceau qui mène au centre d’Hem et la rue de Lannoy, sera rebaptisée en 1908 avenue Alfred Motte, du nom de l’industriel roubaisien décédé 20 ans plus tôt. C’est alors une chaussée recouverte de scories, bordée de deux larges trottoirs herbeux plantés d’arbres, qui traverse les champs.

Photo collection Lucien Delvarre

Les constructions ne borderont l’avenue que très progressivement. La première est l’usine de velours Motte-Bossut, dont un bâtiment arbore la date de 1903. La photo suivante montre cette usine dans son état actuel, après les travaux de surélévation du bâtiment à étages.

Photo l’Usine

Les déplacements des ouvriers aux heures des changements de postes constituera la première animation de cette voie tracée dans la nature. Ces déplacements se font d’abord à pied puis , au fil du temps, il faut chercher la main-d’œuvre de plus en plus loin et, dans les dernières années, arrivées et départs se feront en car.

Document l’Usine

Mais n’anticipons pas et revenons aux premiers moments de l’avenue…

Il faut attendre la première guerre pour voir apparaître dans cet environnement campagnard, à la limite d’Hem, près de l’actuel rond-point, une série de baraques construite à usage de casernement pour les troupes anglaises. Ces baraquements ne disparaîtront que pendant la deuxième guerre.

Photo collection B.Thiebaut

Ce n’est vraiment que dans les années 25 et suivantes que, peu à peu, la deuxième partie de la voie commence à prendre une allure résidentielle, justifiant son appellation première. C’est, côté impair, la rangée entre la rue Marlot et la rue Louis Braille, ainsi que, les maisons situées entre cette même rue et la rue Leconte-Baillon. Côté pair on ne rencontre que la belle maison de M. Craye près la rue de Lannoy.

Photos Jpm

Pratiquement au même moment, la construction de collectifs, les Habitations à Bon Marché, va apporter une tonalité plus populaire à l’avenue, alors que son caractère industriel va se renforcer par l’édification du tissage Léon Frasez en face de l’usine Motte-Bossut ainsi que l’installation d’une voie ferrée et d’une gare de débord. A cette occasion, des travaux d’aménagement modifient profondément l’aspect de cette artère. On arrache les arbres, et on pose la voie sur un large terre-plein central séparant deux chaussées.

La photo suivante reflète l’aspect un peu « banlieue industrielle »  du début de l’avenue de cette époque.

La construction de l’église Sainte Bernadette en 1935 va encore diversifier cet ensemble composite ponctué encore de nombreuses zones vertes investies par d’innombrables jardins ouvriers.

En mai 1940 est établi un sens unique qui met un terme à une circulation anarchique : désormais, les usagers doivent obligatoirement emprunter la chaussée située à droite dans le sens de la marche à l’exclusion de l’autre, et stationner sur le côté droit de la chaussée. Pour le reste, la guerre suspend provisoirement l’évolution des aménagements.

Photo Lucien Delvarre 1942

Mais, dès le début des années 50, l’aspect de la voirie change considérablement. Rendue quasiment inutile par la maigre implantation des usines dans ce qu’on avait voulu boulevard industriel, la voie ferrée est supprimée et on lotit l’emplacement de la gare de débord. A cet emplacement s’élèvent alors des maisons construites toutes sur le même modèle, bientôt suivies par d’autres, bâties en face, dans l’angle des avenues Motte et Delory. Dans le même temps, on aménage le terre-plein central pour en faire une promenade plantée de platanes.

Photo Nord Eclair 1955

Ces constructions qui s’ajoutent aux collectifs et cette promenade un peu sommairement aménagée donne au début de l’avenue entre le rond-point et l’église l’aspect populaire simple, clair et net qu’il a gardé aujourd’hui.

Photo coll. Particulière

A suivre …

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Les autres estaminets de la Fraternité

Nous avons vu, dans un article précédent, que six cafetiers pétitionnaires situés près de la place de la Fraternité demandaient en 1908 des envols de ballons depuis cette place. Poussés par la curiosité, nous avons recherché les détails sur les trois premiers de ces signataires. Voyons maintenant ce que nous avons pu découvrir à propos des autres.

Louis Lemaire, le pétitionnaire venant en quatrième position dans la liste, est déjà propriétaire du n°395 en 1907, alors que les champs bordent son immeuble, bien que ne figurant pas encore dans le Ravet-Anceau. Des carte postales nous montrent la façade arborant fièrement entre les fenêtres du premier une magnifique moitié de muid. Le commerce est à l’enseigne de la distillerie roubaisienne.

Le commerce prendra le n°371 à partir de 1913 après remise à jour de la numérotation. Cette même année, l’estaminet passe dans les mains de Laurent-Barenne. L’année suivante, il est dirigé par A. Leroy, puis, en 1922 par G. Fiévet-Dupire, en 1924-25 par Raymond Baisier. On trouve ensuite derrière le comptoir en 1930 L.Namur, de 1935 à 1939 E. Vandemaele.

Le 371 à l’époque de Raymond Baisier

La photo suivante nous présente trois estaminets voisins avant la première guerre : ce sont ceux de Laurent-Barenne avec le demi-tonneau au 371, de M. Vanderplanken au 373-375 et de D. Carlier au 377.

Après la guerre, le commerce change de destination : F. Vanderdonckt y vend des cycles en 1953 et 1955, puis on y trouve un lavoir, dont la première vivandière est en 1958 Mme Orzechowski dont l’activité se poursuivra après 1973. En 1984 l’immeuble abrite finalement le Crédit Mutuel qu’on retrouve encore aujourd’hui. La forme des fenêtres a changé et le tonneau a disparu.

Photo Jpm

Désiré Carlier tient son commerce au 458, au coin même de la rue Cordonnier. L’immeuble a déjà plus de vingt ans car on y trouve en 1886 L. Desmettre, un maréchal ferrant. Ça devient un estaminet à partir de 1891, sans que nom de l’exploitant figure au Ravet-Anceau, alors que L.Desmettre, le maréchal, est allé s’installer un peu plus loin, au 506. Le débit de boissons est repris en 1897 par R. Vanhaezebrouck, puis, en 1899 par la veuve Fourcy. Vient ensuite en 1903 V. Desmettre, puis en 1908 Désiré Carlier, qui va s’installer ensuite au 377. Le commerce devient une épicerie peut-être également un débit de boissons) avec, en 1913, J. Herreng, un autre des signataires, précédemment situé à côté, au 460.

Après la première guerre, c’est une habitation. Elle le restera jusqu’à la fin des années 50. En 1963 vient s’installer dans le quartier la caisse d’épargne. Celle-ci fait démolir la maison pour y construire ses nouveaux locaux.

Photo du haut : Nord Matin

La photo suivante montre que la façade a été modifiée ultérieurement : le nombre de fenêtres est différent et le revêtement a été refait avec des briques de parement. Ces modifications datent sans doute du moment des travaux d’extension qui signent la fin du 460. Cette nouvelle façade est celle qu’on peut encore voir aujourd’hui.

En 1913, Désiré Carlier, venant comme nous l’avons vu du numéro 458, vient s’installer au 377 pour y reprendre l’estaminet tenu alors par F. Delfosse. L’emplacement est bien situé au coin de la place et de l’avenue Julien Lagache, en plein sur le trajet de ceux qui, descendant du tramway, se rendent à l’hôpital. Ce monsieur Delfosse était déjà cabaretier en 1908, mais ne figure pas dans la liste des signataires de la pétition. Le bâtiment date du début des années 1900 ; il a été construit sur un terrain qui appartenait en 1897 à Alphonse Dubar.

En 1914 l’établissement devient débit de tabacs. Monsieur Carlier décède et on retrouve sa veuve à la tête du café en 1924. Elle l’exploite jusque dans la première moitié des années 30. En 1935, et jusqu’en 1939 le tabac est au nom de G. Buyssens. Puis, après la guerre , c’est sa veuve qui en prend la direction.

L’établissement après la deuxième guerre

Elle cède le commerce en 1962 à H. Vankeunebroucke. Les propriétaires se succèdent : ce dernier est remplacé en 1968 par P. Bonvin et, en 1973, par Mme Billon-Brutin. Aujourd’hui, le café-tabacs arbore désormais l’enseigne du Renouveau, est sous la férule de Bhiri Adel.

Photo Jpm

Le dernier des signataires, Demoucron habite déjà au numéro 397 en 1907. Le Ravet-Anceau de 1908 indique Demoucron-Baudart, estaminet. Les bizarreries de la numérotation font que, au fil des années, on retrouvera ce commerce sous les numéros 373, puis 373-375 après la première guerre, puis de nouveau 373, alors que le 375 a disparu dans la rue, puisque que le numéro suivant est le 377, placé au coin. L’établissement présente une façade relativement large avec trois fenêtres, dont une aveugle, au premier étage. Les photos d’époque nous montrent que les vitrines indiquent « Epicerie-Buvette » aux chalands.

En 1913 donc, c’est un estaminet. M.Vanderplanken son débitant, devient boucher en 1922 et le reste jusqu’au début des années 30. En 1935 le commerce redevient un café, tenu par Ernest Chuin jusqu’à la guerre. Ensuite, le café ferme remplacé en 1953 par la pâtisserie Gérard, gérée par G. Boussemart, puis M. Halland en 1955, qui la rebaptise Pâtisserie de la Fraternité en 1968. Il poursuivra son commerce jusqu’en 1988. C’est, aujourd’hui encore, une boulangerie.

Photo Jpm

On peut remarquer que, à l’instar des mousquetaires, les six estaminets deviennent en fait sept, à la suite des déplacements de certains de nos signataires et que seuls les deux du coin de l’avenue Lagache sont restés des cafés jusqu’à nos jours. On remarque également que les carrières de cafetier autour de la place sont brèves : aucun des pétitionnaires ne poursuivra sa carrière au delà de la guerre. Ont-ils eu le temps de faire fructifier leurs affaires grâce aux lâchers de ballon qui ont ensuite pris place sur la place de la Fraternité ?

Photo collection B.Thiebaut

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.

Les estaminets de la Fraternité

Une pétition datée du 19 juin 1908 réunit six signataires, déclarant tous être cabaretiers patentés place de la Justice, qui vient d’être rebaptisée le 22 avril pour prendre le nom de place de la Fraternité. Ils ont pour nom Louis Foelix, Veuve Equinet, Isidore Herreng, Lemaire, Désiré Carlier, et Demoucron, et demandent « s’il ne serait pas possible de faire monter le ballon, le 14 juillet, sur la place désignée plus haut ». Ils se plaignent que « les fêtes locales nous font perdre tous leurs clients, qui se rendent dans le centre ».

La pétition

Six cabarets, cela semble beaucoup pour une place qui ne comprend que très peu de commerces. L’envie nous vient de les localiser et de voir ce qu’ils sont devenus.

Au moment de la pétition, la place est récente : elle est tracée dans les champs depuis le milieu des années 1890 ; l’avenue Julien Lagache l’est au début des années 1900 de même que l’avenue Linne. Les constructions n’ont pas encore émergé autour de la place. Seuls quelques rares bâtiments s’élèvent le long de la rue de Lannoy près de l’intersection avec l’avenue Lagache. D’autres, plus nombreux et construits de manière pratiquement continue, sont édifiés entre l’avenue Cordonnier et la rue du Chemin Neuf. C’est là qu’il faudra rechercher nos signataires et non autour de la place proprement dite.

Les constructions vers 1908

Reprenons la liste des signataires dans l’ordre.

Louis Foelix occupe en 1908 l’immeuble faisant le coin de l’avenue Julien Lagache, celui qu’on voit à droite sur la photo. Il porte à l’époque le numéro 401, mais, à la suite d’une renumérotation, il portera en 1913 le numéro 379, qui ne changera plus ensuite jusqu’à aujourd’hui. On remarque l’estaminet en liesse sur la photo d’inauguration de l’hôpital. Assurément, le cabaret a été construit dès l’ouverture de l’avenue.

Louis Foelix reprend l’estaminet à un monsieur Loridan, propriétaire avant 1907. Sur une photo d’avant la construction de l’abri du tramway affiche, on peut lire en grand son nom sur la façade. En 1913, la veuve Carlier y officie pour quelques années. Celle-ci a-t-elle un rapport de famille avec le Désiré Carlier du 377 ? En 1924, c’est L. Carlier (C.Carlier, sans doute son frère, y habite, alors qu’il exerce la profession d’infirmier).

De 1935 à 1955, la débitante est Mme Vandenbulcke, puis Mme Dupriez préside en 1958 aux destinées de l’établissement qui a pris le nom de café de la Fraternité. On trouve ensuite en 1962 Mme Pleyou, en 1964 L.Demey. Mme Raux en 1973, alors qu’en en 1978, M. Raux dirige une entreprise de taxis parallèlement au café tenu par Mme.

Aujourd’hui, le café est toujours en activité ; il est animé par Jean Claude Galand.

Photo Jpm

La veuve Equinet, deuxième signataire de la pétition, qui tenait commerce d’allume-feux dès 1903 au numéro 423, face à l’avenue Cordonnier, s’est donc recyclée dans le débit de boissons sans changer d’adresse. En 1913 son estaminet est repris par A. Spriet, jusqu’à la fin des années 1920. En 1930 celui-ci devient épicier, toujours à la même adresse, alors qu’un L. Spriet, peut-être son fils, électricien, habite également la maison. En 1935, le commerce redevient un estaminet, conduit par G.Planque jusqu’à la guerre. En 1953, c’est un magasin d’électricité générale, Leng-Picard, qu’on retrouve jusqu’en 1958 alors que, à partir de 1955, un garage automobile au nom de F.Vanderdonckt figure quelques années à la même adresse que le café. En 1962 les électriciens se spécialisent dans la radio-télévision, alors que le garage devient garage de la Fraternité jusqu’en 1978.

En 1983 M. Senkiwski a repris le commerce de radio-télé et le garage, lui, disparaît en 1984.

Quatre ans plus tard, les locaux du 423 abritent un commerce de matériels de collectivités au nom de Carosello diffusion, qui vient de déménager en traversant la rue depuis le numéro 460.

C’est aujourd’hui une maison d’habitation dont l’étroitesse laisse imaginer les dimensions de l’estaminet d’origine. La vitrine du commerce a disparu, mais la grille du garage est inchangée.

Photo Jpm

Le troisième signataire, Isidore Herreng tient son activité de cafetier en face du précédent, au 460, la deuxième maison après la rue Cordonnier. On le retrouve à cette adresse grâce au recensement de 1906 où il est indiqué qu’il est tisserand, mais que son épouse, Angèle-Marie, est épicière.

Le Ravet-Anceau de 1908, lui, nous indique J.Herreng, épicier. Il passe ensuite au 458, mieux situé, où on le retrouve en 1913 et 1914, toujours comme épicier selon le Ravet-Anceau. Il est permis de penser que l’épicerie débitait également des boissons comme souvent à l’époque. Par ailleurs, on peut raisonnablement imaginer que le J du prénom est indiqué par erreur, et qu’il s’agit bien d’Isidore Herreng, notre signataire.

Au 460 s’installe alors V. Seigneur, mercier jusqu’en 1939, année où il cesse ses activités commerciales. On verra en 1953 dans l’immeuble s’installer la poissonnerie de Mme Decroix., qui cède son commerce en 1964 à Mme R. Delbarre, remplacée elle-même par Mme Sauvage en 1968, puis par A. Bourlet en 1973. Ce commerce disparaît enfin en 1978, et c’est, en 1983, Carosello diffusion, matériels pour collectivités, qui reprend les locaux pour quelques années avant de traverser la rue pour s’installer en face, où on le retrouve au 423 en 1988.

Finalement, la caisse d’épargne sise au 458 s’agrandit au détriment du 460, qui disparaît alors.

Le 460 entre 1983 et 1988

Nous découvrirons dans un prochain article ce que sont devenus les autres estaminets de la Fraternité.

Les documents présentés proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives départementales.

L’éphémère café du Pont d’Avignon

Le 27 décembre 1895, les conseillers municipaux roubaisiens ont à débattre d’une demande faite par un dénommé Édouard Catteau, qui propose de louer pour dix ans un terrain situé à l’entrée du parc Barbieux pour y construire un café-restaurant. A côté de ce terrain, au coin des boulevards de Paris et de Cambrai, s’implantera deux ans plus tard le café du Parc, don il a été question dans un autre article. De forme semi circulaire (18 mètres de large sur 25 de profondeur), il est placé dans un coin extrême du parc, à l’extrémité de l’avenue de Jussieu, bien que portant le numéro 120 boulevard de Paris, dont il constitue le dernier numéro pair.

Après délibération, la municipalité accorde pour dix ans un bail de location contre un loyer de 100 francs par trimestre à ce monsieur Catteau. Celui-ci est cabaretier ; il tient un débit de boissons au 78 rue des Arts. Dès le mois de février de l’année suivante, il propose à l’agrément du conseil municipal un plan pour sa construction, dans le style orné de l’époque. Le café prendra le nom du Pont d’Avignon ; la ville doit en devenir propriétaire au terme du bail dont la durée est de 10 ans.

Plan 1896

Le café, qui figure en 1900 au Ravet-Anceau sous le nom d’estaminet Catteau, voisine avec le monument Nadaud, dont l’érection date également de 1896.

En Janvier 1905 un pavillon construit en bois dans la cour de l’établissement subit un incendie qui le détruit. Cet édicule abritait du mobilier de jardin. Heureusement, le café lui-même n’a pas subi de dégâts. Comme le bail expire le 6 mars prochain, Edouard Catteau a déménagé fin octobre précédent et a vendu son matériel en fin de saison. Une enquête concernant l’incendie est ouverte par le commissaire de police.

A la fin du bail, en 1906, le bâtiment revient à la ville. On envisage de réutiliser l’ancien café pour y loger le jardinier-chef de la ville. L’architecte planche sur le projet d’aménagement, dont le prix est évalué à 3000 francs. Ce logement figure en 1910 dans la liste des bâtiments communaux. La photo suivante, de la même époque, montre un bâtiment bas situé à gauche, après le chalet construit au bout du jardin du café de Parc. Il s’agit probablement d’un local lié à l’entretien construit près du logement du jardinier-chef, ce logement étant en retrait et caché sur la photo par le pavillon.

La construction de l’avenue Jean Jaurès inaugurée en 1921 isole cette partie du reste du parc. Le public la fréquente d’autant moins que le café a été fermé. Cet isolement explique la vente du terrain, considéré comme inutile, qui interviendra beaucoup plus tard. Le bâtiment figure encore sur un plan de 1919, mais son destin est scellé.

A cette époque, le jardinier chef va habiter un très petit logement en face, boulevard de Douai, près des serres municipales. La municipalité, donnant suite à ses demandes, décide en 1922 d’effectuer des travaux d’agrandissement de son habitation.

L’ancien pont d’Avignon va, lui, disparaître. A son emplacement, on érige en 1925 une statue commémorant la bravoure du commandant Bossut. Les deux monuments, celui de Gustave Nadaud et celui de Louis Bossut, vont alors voisiner à l’entrée du parc pour quelques décennies.

Photo IGN 1962

La cohabitation va s’achever au début des années 60. En effet, la parcelle où est disposée la statue du commandant Bossut va être incluse dans un projet de construction d’appartements surmontant une station service, le tout à l’emplacement du café de Parc qui va disparaître à cette occasion. Le conseil municipal demande en 1959 la désaffection de la parcelle et son passage dans le domaine privé communal. La statue sera déplacée en 1963 de l’autre côté de l’avenue Jean Jaurès dans le parc proprement dit. Un article du blog relate cet événement.

Le monument de Gustave Nadaud sera, lui aussi, déplacé en 1987 (voir également dans le blog l’article correspondant), pour être réimplanté sur un emplacement plus central dans le parc. Ce déplacement sera aussi motivé par la construction d’un immeuble,cette fois-ci celui de la caisse d’Épargne.

La statue du commandant Bossut avant déplacement – Photo la Voix du Nord 1961

En effet, la Caisse d’Épargne construit en 1987 un bâtiment courbe sur le terrain vendu par la municipalité. Les bureaux ouvrent l’année suivante. La même année, IBM s’implante à Croix sur un domaine appartenant à la famille Motte et dont l’adresse est à Roubaix, avenue Delory. Il élève au milieu du parc un bâtiment semi-circulaire qu’il n’occupera pourtant qu’une dizaine d’années. En effet, la société échange en 1997 avec la Caisse d’Épargne leurs emplacements respectifs. Cette même caisse d’ Épargne cédera la place en 2011 à l’Edhec qui y implante son campus. IBM, lui, au bord de l’avenue Jean Jaurès, continue à faire face au parc Barbieux.

L’immeuble de la Caisse d’Épargne en 1989

Le terrain où se dressait le Pont d’Avignon est aujourd’hui occupé pour une part par l’extrémité de de bâtiment, et pour le reste par la pâtisserie Paul qui a remplacé boulevard de Paris la station service au bas de l’immeuble d’habitation.

Photo Jpm

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.

Le château des prés

Le domaine des Prés s’étendait au chemin neuf, près de la ferme de Maufait, et entre les futurs boulevard de Reims et avenue Motte, les futures rues Jouffroy et Louis Braille. Il était traversé par le chemin numéro 9 qui le coupait en deux. Depuis la rue de Lannoy une large avenue plantée d’arbres menait au domaine, sur lequel était implanté un château. A l’extrémité de cette avenue et dans son alignement, se dressaient d’importants bâtiments réservés aux communs, le long du vieux sentier dit de la Potennerie. Le cadastre de 1884 donne le détail de ces communs qui consistaient, pour la parcelle 546, en remise, écuries et chambres de domestiques, des serres pour la parcelle 547, et une maison de concierge pour la parcelle 549. Ces bâtiments commandaient l’entrée d’un vaste parc d’agrément au centre duquel s’élevait l’habitation du propriétaire. Ce domaine était si important que le tracé du boulevard de Reims l’a évité en formant un coude pour passer entre les cette propriété et celle de la Potennerie, quasiment voisines par leurs extrémités.

Ce domaine appartenait à un industriel, qui avait fondé avec son frère Eugène la filature Cordonnier, située au 9 rue de Mouvaux. Louis Cordonnier vivait au château avec sa femme Jeanne, son frère Eugène, et ses filles Julie et Louise.

Avant que l’ouverture de la rue Jouffroy ne lui offre une adresse définitive, Louis Cordonnier a été recensé dans les voies les plus proches : domicilié pavé d’Hem (où débouche le sentier de la Potennerie) pour le cadastre en 1884, au 398 rue de Lannoy dans le Ravet-Anceau de 1886, (endroit où s’ouvre l’avenue Cordonnier), puis au 456 dans la même rue après renumérotation dans le recensement de 1891, on le retrouve au chemin n°9, qui traverse le domaine pour le recensement de 1896. Enfin l’adresse du château est fixée au 256 rue Jouffroy dès le percement de cette voie.

Plan Cadastral 1884

1899 voit Louis Cordonnier vendre les divers terrains constituant le domaine pour qu’on puisse ériger des constructions « sur un des points les plus salubres de Roubaix ». Pour attirer les acheteurs, il faut des rues le long desquelles construire : il fait don à la ville du sol de l’avenue Cordonnier, ainsi que les arbres qui s’y trouvent. Il fait également don des terrains nécessaires pour tracer l’avenue Linné et la rue Jouffroy.

A cette occasion, Jules D’Halluin-Lepers achète une partie de la propriété Cordonnier, comprenant la résidence principale et les bâtiments des communs. Sur le reste du domaine s’installera le jardin Ma Tante (voir l’article qui y est consacré), remplacé ensuite par le stade Dubrulle-Verriest après la première guerre. Le recensement de 1901 nous énumère les membres de la famille : Jules D’Halluin, né en 1850, Camille Lepers née en 1857, et leurs nombreux enfants Pauline, Jules, Maurice, André, Marthe, Marie, Madeleine. De quoi remplir les pièces du château !

Le château, vu côté Linné – document site Thierry Prouvost

Le nouveau propriétaire fait réaliser des travaux pour édifier un mur de clôture d’enceinte à la limite de la nouvelle avenue Linné et la famille s’installe. Le château semble fait pour les réceptions : au rez de chaussée, auquel on accède par le grand perron, se trouvent deux salles à manger, plusieurs salons, des boudoirs et des vestiaires. Les chambres sont en haut du grand escalier.

En 1924 Jules D’Halluin demande un permis de construire pour une maison d’habitation 256 rue Jouffroy. Cette maison va prendre la place des anciens communs. Elle est vaste et peut-être destinée à abriter la famille. Le corps principal est perpendiculaire à la rue Jouffroy ; le pignon se prolonge latéralement par un bâtiment bas coiffé d’une terrasse et abritant un atrium vers lequel mène la porte d’entrée et un vestiaire. Derrière l’atrium, un vestibule desservant les salons et la cuisine. Au fond, la salle à manger et un studio. Cette fois encore, c’est une maison faite pour recevoir ! A l’étage, une chapelle voisine avec les chambres. A l’extérieur, une grand porte surmontée d’une tour, elle-même couronnée d’un bulbe sphérique ouvre sur la cour d’honneur.

La nouvelle construction, vue depuis le coin de l’avenue Cordonnier – photo site Thierry Prouvost

L’année suivante, les travaux se poursuivent avec des aménagements dans le château et la construction de deux maisons de concierges accolées abritant de vastes garages le long de l’avenue Linné. De chaque côté de cet ensemble, des grilles d’accès à la propriété percent le mur de clôture.

Les maisons de concierges avenue Linné

En 1945 Clarisse D’Halluin-Lepers, veuve depuis avant la guerre, fait une demande de démolition pour le château. L’immeuble est vétuste, la toiture abîmée, et la charpente est attaquée par des champignons. De plus, il a été occupé par les allemands pendant la guerre ce qui a causé nombre de dégradations et l’a rendu inhabitable. Cette dame a abandonné le domaine : elle habite désormais à Tourcoing. Une photo aérienne nous montre en 1947 que le château a été démoli.

Depuis un collège privé et des immeubles collectifs ont été construits à l’emplacement du parc. Il ne reste aujourd’hui que la maison de 1925 qui a pourtant, au fil des ans, perdu sa tour et semble inhabitée aux chalands qui empruntent la rue Jouffroy.

Ces mêmes chalands, s’ils sont attentifs, peuvent encore apercevoir sur le mur de la maison une date et des blasons, et, s’ils prennent à gauche le long de l’avenue Linné, longer un tronçon du vieux mur de clôture de 1901 dont l’extrémité reste couronnée de sa grille d’origine.

Photos Jpm

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Les mille Colonnes

Ce cabaret, antérieur au parc Barbieux, a une origine ancienne, et son histoire s’est trouvé mêlée de près à celle de la création du parc. En 1826 le plan cadastral de Croix nous montre une ferme au hameau de Barbieux, située très près de l’axe du canal projeté, dont le tracé en souterrain doit relier les deux parties déjà en eau entre la barque d’Or au pont d’Hem à Croix. Cette ferme est placée à peu près à égale distance entre celle de la Duquennière, sujet d’un autre article de notre blog, et la ferme Lezaire, éloignées de quelques dizaines de mètres à peine.

Document de gauche archives départementales

Mais les travaux de creusement du tunnel n’avancent pas : les sols étant trop meubles, les tentatives successives de forage échouent. En 1855, le concessionnaire, M. Messen étant incapable de terminer le canal, la ville se substitue à lui pour tenter de faire terminer les travaux aux frais de l’État. Le concessionnaire cède à la ville le canal contre une annuité de 25 000f valable jusqu’à la fin de la concession. L’acte est passé devant notaire en 1857. L’année suivante, on abandonne le tracé primitif par Barbieux et la ville offre à l’état la propriété du canal, à charge pour lui de le terminer avec un nouveau tracé passant entre Roubaix et Tourcoing.

En 1864, constatant l’inutilité des terrains situés à Barbieux par suite du détournement du canal et estimant le coût de leur nivellement pour une remise en culture, la ville envisage d’y installer un jardin public. Elle demande le 1er octobre la rétrocession par l’état de l’emprise du canal, et, cette zone ne mesurant que 20 mètres de large par endroits, prévoit de racheter les terrains situés à droite et à gauche pour donner une largeur suffisante au parc. Un décret impérial de 1866 déclare d’utilité publique la création d’une promenade publique et prononce l’expropriation des terrains proches du tracé du canal au premier mars 1867.

Parmi ces terrains figure celui de l’ancienne ferme, située à Croix, et appartenant à la veuve Michel Gons, prénommée Marie. A cette époque, une partie des bâtiments de la ferme ont disparu. On constate en effet que la disposition des lieux a beaucoup évolué avec le temps ; les plans officiels successifs en présentent les différents aspects entre 1826 et le début des années 1900.

Le cabaret semble reprendre la partie supérieure des bâtiments de la ferme, puis, avec le temps, d’autres bâtiments et annexes sont ajoutés au noyau d’origine. Il prend finalement la forme d’un T, autour duquel un espace circulaire est aménagé. En 1902 un plan du parc nous montre le bâtiment en T accompagné d’un petit bâtiment annexe non loin de l’avenue de Jussieu, dont on vient d’effectuer le percement.

Malheureusement, il est difficile de préciser d’où lui vient son nom, ou d’avancer une date précise pour le moment où il lui a été attribué. Ce qu’on sait, c’est que les terrains expropriés en 1867 sont aussitôt mis en location par la municipalité roubaisienne. Par ailleurs un document non daté, mais très probablement des années 1860, nous indique qu’Auguste Russert (orthographe incertaine) loue à la ville de Roubaix deux maisons (parcelles 1013 et 1014, qui forment les deux parties du T), et qu’il y a installé le cabaret des mille colonnes.

Le document précise aussi que, comme les travaux de la promenade ne touchent pas l’estaminet, il n’y a pas lieu de rien changer à ce bail. Sur un plan de cette même époque, on voit accessoirement que la parcelle 198 a toujours un propriétaire du nom de Gons.

En 1874, on passe cette fois par une adjudication pour louer les terrains. Le locataire est alors François Lefebvre, de Roubaix.

En 1881, le cahier des charges de location fait mention du clos dit de l’estaminet des mille colonnes. Il comprend une maison d’habitation et des dépendances. Un bail d’un an est conclu, reconductible d’année en année. L’adjudication est remportée par Jules Cau, habitant rue d’Hem à Roubaix. M. Lefebvre, l’ancien cabaretier, a perdu les enchères.

Nous sommes à l’époque du début des gros travaux d’aménagement du parc, qui démarrent en 1878.

Les terrassements du parc

En 1885, la brasserie du Moulin, Quint frères propose de remettre le cabaret en adjudication et offre plus que le locataire actuel. C’est Emile Legrand qui remporte l’adjudication. Le nouveau bail aura une durée de neuf ans.

Six ans plus tard, le conseil municipal constate l’état de vétusté de l’immeuble communal « les mille colonnes ». Il « tombe en ruines », nous dit-on. Ceci semble bien confirmer que le bâtiment est ancien, antérieur au parc lui-même, et qu’il pourrait donc bien être constitué d’un des corps de l’ancienne ferme.

Les conseillers municipaux se demandent s’il vaut la peine d’être réparé alors qu’il devrait être supprimé « dans un temps prochain » ? Il vaudrait peut être mieux le démolir directement. Mais on craint une demande d’indemnité de la part du locataire si on décide sa suppression. Comme le bail court encore pour trois ans, on choisit d’effectuer les réparations les plus urgentes.

A la fin du bail, en 1894, M. Breuvart-Despret, brasseur à Armentières, obtient la concession pour neuf an du cabaret et de l’enclos. Cette concession expire le 30 septembre 1903. M. L.Geindrie-Legrand est alors l’occupant effectif de la brasserie.

1903 voit donc la fin de la concession de la brasserie Breuvart. Son mandataire est Charles Beghin, de Lys lez Lannoy. La reconduction du bail n’est pas prévue : le cabaret ne fait pas partie du projet d’ensemble du jardin. L’idée avancée est de le reconduire, en attendant, par périodes d’un an. C’est ce qui est proposé à la société Breuvart qui refuse. On fait donc la même proposition à M. L.Geindrie-Legrand, l’occupant du cabaret, qui, lui, accepte. L’enclos, bien qu’appartenant à la ville de Roubaix, est toujours sur le territoire de Croix. A cette même époque, on démarre des travaux d’aménagement dans le bout du parc jusqu’à la rue Holden à Croix.

A la suite des travaux effectués autour de l’établissement, l’eau envahit la cave de l’estaminet en 1905. Le locataire demande alors qu’on procède d’urgence aux travaux nécessaires.

Plan 1902

Ayant entendu dire que le cabaret doit disparaître, M. Alexandre Renars propose de reconstruire à l’emplacement de l’établissement un nouveau café qui reviendrait à la ville au bout d’une certaine période. M. Geindrie fait la même proposition, valable pour 15 ans. Une commission municipale se saisit de l’affaire. Elle propose de refuser cette proposition, l’architecture du nouvel immeuble n’étant pas compatible avec le parc. Le locataire abandonne son projet et déménage.

Le café prend un aspect « lamentable ». Il tombe en ruines et est vandalisé. La décision de démolition est prise en 1907 lors du conseil du 8 février sous la présidence d’Eugène Motte

On achève la construction du parc, qu’on va doter d’un nouveau débit de boisson : Pierre Destombes, ancien adjoint au maire, offre 32000 f à la ville pour la construction d’un café-Laiterie. Celui-ci sera placé non loin de là, il portera le nom de café de la Laiterie, et a fait l’objet d’un autre article dans le blog. La démolition de l’ancien cabaret sera terminée en mai.

Un plan du parc daté de 1911 montre un espace circulaire bordé d’arbres : le clos des mille colonnes.

Alors que les constructions alentour évoluent et se modernisent, le rond-point va rester quasiment inchangé une centaine d’années face au pont jeté sur la pièce d’eau. On le retrouve sur les photos aériennes, entouré d’arbres plus ou moins denses selon les époques.

Photos IGN

Il faut attendre le 21ème siècle pour voir se transformer le site. Aujourd’hui, après les travaux de rénovation du parc, le clos des mille colonnes est devenu un parvis ceint de gradins formant un amphithéâtre.

Photo Jpm 2019

Remercions l’Institut géographique national, les archives départementales, la médiathèque de Roubaix et les archives municipales roubaisiennes, qui nous ont fourni la matière de nos illustrations.