Les meubles De Beyne

Adolphe De Beyne est né, en 1884, à Waregem en Belgique. Il est menuisier, il crée son atelier et s’installe au 167 rue Pellart, en 1906. Il fabrique des cercueils, des malles et des valises.

Publicités 1917 et 1918 ( Documents coll. priv. )

A la fin de la première guerre mondiale, les besoins sont énormes, et les artisans menuisiers s’orientent vers la fabrication de meubles. Adolphe devient ébéniste, il se spécialise dans la production de meubles haut de gamme, de différents style : Louis XV, Empire etc. Il utilise exclusivement des bois nobles : le chêne bien sûr, mais également le merisier, l’acajou. La qualité irréprochable du mobilier qu’il fabrique, lui apporte une clientèle fidèle, et une forte notoriété.

Publicités 1920 1925 ( Documents coll. priv. )

Il se marie avec Laure Cours. Leur fils, Pierre, naît en 1922. Adolphe De Beyne est bon commerçant. Il est présent lors des salons et des foires. Il obtient des médailles et diplômes d’honneur lors d’expositions internationales à Lille, Bruxelles et Paris. Pour faire face au développement de son entreprise au début des années 20, il décide d’acquérir un nouveau local, au 44 rue de la Vigne, pour agrandir son atelier de production.

Le bâtiment de la rue des Sept Ponts 1938 ( Document coll. priv. )

Mais il se retrouve à nouveau très à l’étroit. En 1929, il déménage son atelier dans une usine ultra moderne, au 56 rue des Sept Ponts, et crée un salon d’exposition, au 86 Grande rue, avec un nouveau slogan publicitaire : « Les meubles d’art De Beyne »

( Documents coll. priv. )

Pierre Debeyne en 1955 ( Document Nord Eclair )

Après la deuxième guerre mondiale, son fils Pierre prend la relève et gère l’entreprise.

( Document A. Courtel et coll. priv. )

En 1954, Pierre décide de transformer complètement le bâtiment de la Grand Rue, en créant un hall d’exposition, grâce à 3 magnifiques vitrines en façade. Les travaux sont confiés aux Ets Rabot Dutilleul.

( Documents Archives Municipales, Google Maps, et A. Courtel )

En 1956, il demande à son architecte, Maurice Caucheteux à Croix, un projet pour agrandir son entreprise, en construisant un entrepôt de stockage et atelier de réparation de 260 m2, au bout de son terrain.

Publicités 1967 ( Documents A. Courtel et Nord Eclair )

A la fin des années 60, il diversifie son activité en important des meubles, surtout de Grande Bretagne. Les premières difficultés apparaissent dans les années 70. Les habitudes des consommateurs changent ; l’acquisition d’une salle à manger ne se fait plus pour une vie entière ; la mode est au changement de mobilier tous les 10 ou 15 ans. Des grandes surfaces, spécialisées en meubles modernes voient le jour, après la mode du « Formica », elles distribuent des meubles composés de panneaux de particules à des prix défiant toute concurrence, puis des meubles en kit.

Pierre préfère se recentrer davantage sur le négoce de meubles et réduire sa production. Le bâtiment de la rue des sept ponts devient alors un lieu de stockage. L’entreprise ferme en 1985.

( Document Auction.fr )

On trouve parfois, dans des salles de ventes, des meubles fabriqués par les Ets De Beyne, comme cette armoire en palissandre des années 1940.

Aujourd’hui, le 86 Grande rue est occupé par Alain Courtel, photographe professionnel spécialisé dans des reportages publicitaires, et le bâtiment de la rue des Sept Ponts abrite la Croix Rouge.

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Alain Courtel

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Le Blockhaus de la Mairie

A la fin des années 30, la situation internationale est tendue et chaotique. La guerre est proche. Non sans raison, on vit dans la hantise d’une brusque attaque aérienne de l’ennemi. Le Préfet prend des mesures destinées à protéger la population civile contre les bombardements ; c’est la Défense passive. La population est invitée à se réfugier dans des abris qui peuvent être des tranchées, des bunkers, des anciennes casemates, ou des protections individuelles comme des caves.

A Roubaix, on construit un abri anti-aérien dans la cour de la Mairie, rue de l’Hôtel de Ville, pour le personnel municipal, qui sert en même temps de P.C. pour la Défense passive. Il peut recevoir 30 à 40 personnes.

 L’édifice est en béton armé, de 80 cms d’épaisseur et d’un volume de 90 m3, en forme d’ogive. L’abri n’a jamais été utilisé en tant que tel. Il a servi pendant des années aux services municipaux, et en particulier aux jardiniers qui pouvaient y stocker les outils nécessaires à l’entretien des parterres de fleurs du centre ville. Les roubaisiens s’habituent, malgré tout, à la présence de ce blockhaus, car il est recouvert de lierre et entouré de rosiers grimpants.

En 1978, M le Maire décide qu’un ravalement complet de la façade de l’Hôtel de ville, noircie par le temps et la pollution, est nécessaire. Gérer le patrimoine, c’est aussi l’entretenir. Il profite de l’occasion, pour faire raser ce blockhaus, qui n’a jamais servi depuis près de 40 ans.

On ne peut pas dynamiter un bunker en centre ville, comme ceux que l’on trouve parfois sur les plages de la région, car nous sommes à quelques mètres de la Mairie, et en face de la Caisse d’épargne. L’entreprise de démolition Sodenor de Wasquehal effectue un travail préparatoire, celui de transformer l’édifice en un véritable gruyère : 300 trous sont percés dans la masse, dans lesquels sont placées des charges d’explosifs, pour un total de 15 kgs de dynamite.

Le 25 Juillet 1978, de nombreuses précautions sont prises, pour la sécurité. Des énormes ballots de paille sont appliqués autour de l’édifice ; des toiles sont tendues sur les grilles de la Mairie, et la circulation des piétons et des voitures est interdite dans la rue.

A 14h 15, l’explosion fendille le blockhaus de toutes parts, sans faire de gros dégâts, à part quelques vitres brisées à la Mairie et en face, sur le bâtiment mitoyen de la Caisse d’épargne.

Le bunker est lézardé, il ne reste plus qu’à le casser avec un engin spécial appelé brise-béton. C’est un travail de longue haleine car le béton est rempli de ferrailles qu’il faut découper au chalumeau. Les gravats sont déblayés et, fin Août, il ne reste plus rien du blockhaus de la Mairie. Le vestige historique n’est plus qu’un souvenir.

 Photo BT

A l’emplacement, on trouve aujourd’hui une quinzaine de places de parking pour le personnel communal.

Remerciements aux Archives Municipales. Toutes les photos proviennent des quotidiens Nord Éclair et La Voix du Nord de Juillet 1978.

Les gaufres Rita

Alphonse et Alfred Demeuleneire sont frères. En 1911, ils créent un atelier de fabrication de gaufres, au 80 rue du Moulin ( actuellement rue Jean Moulin ) ; ils fabriquent des gaufres sèches et des gaufres fourrées à la vanille, à la vergeoise, au miel. Ils livrent des grossistes avec leurs marques déposées : la Parisienne, la Tzarine, la Japonaise, et surtout la Mirella.

( Document coll. priv )

 Les gaufres sont découpées et fourrées à la main ; leur qualité irréprochable entraîne un succès immédiat. Rapidement, le manque de place se fait cruellement sentir et, en 1928, ils déménagent leur atelier dans des locaux beaucoup plus vastes au 49 et 51 rue Daubenton. Ils créent la marque « Succès du jour » ainsi que la marque « Rita ».

( Documents coll. priv )

La pâtisserie artisanale ne cesse de grandir et de se développer, rachetant les maisons voisines de la même rue, avant d’allonger son emprise sur l’arrière pour atteindre la rue Saint Joseph où est édifiée une superbe façade. La superficie au sol, est désormais de 1600 m2. Dans les années 30, les deux frères Demeuleneire diversifient leur production, en ajoutant une gamme de pains d’épices, de couques et de biscuits.

( Document J.J.Desprets )

La fabrication des célèbres gaufres Rita, reste artisanale. La recette reste jalousement protégée par des brevets. Les gaufres Rita sont conditionnées en sachet aluminium de 6 gaufres, et également en boites métalliques d’1 kg.

( Documents coll. priv )

Adolphe et Alfred Demeuleneire investissent ; ils achètent des machines modernes et performantes pour gagner en productivité et arriver à une quantité de 25.000 gaufres fabriquées quotidiennement.

( Documents D .Labbé )
Habillage des boîtes et chargement du fourgon Renault, par le tapis roulant, pour expédition
( Documents D. Labbé )

A la fin des années 40, Alphonse Dubrulle, le beau-frère d’Alphonse et Alfred Demeuleneire, reprend l’affaire. Il achète le 43 rue Daubenton et aménage la façade et les bureaux des 45, 47 et 49. L’entreprise livre les commerçants directement avec les célèbres véhicules publicitaires. Les camions et camionnettes Rita ( de marque Renault, exclusivement ) livrent tout le Nord de la France, mais également la Normandie et la région Parisienne.


Les véhicules rue St Joseph ( Document J.J. Desprets )
Le fourgon Renault 1000 KG, la Renault Colorale, le camion Rita ( Documents J.J. Desprets ) 

Pour l’entretien de ses nombreux véhicules, Alphonse Dubrulle installe un atelier dans les locaux de la rue Daubenton, pour le graissage vidange et même le lavage des Renault.

(Documents D. Labbé )

Après guerre, le fils d’Alphonse Dubrulle, Jacques, vient aider son père à la gestion de l’entreprise. En 1956, la société devient SA, compte 60 salariés et continue de prospérer.

( Document D. Labbé )

En 1986, Jean-Jacques Desprets, PDG de la Sté Sucrema à Tourcoing, reprend les gaufres Rita. Sucrema fait partie de la holding Lori qui fabrique en particulier la madeleine Loridan, bien connue. En 1987, toute l’entreprise Rita est transférée rue Ma Campagne à Tourcoing, pour regrouper l’ensemble de la production. C’est la fin de l’histoire roubaisienne de la gaufre Rita !

Le bâtiment de la rue Daubenton reste inoccupé quelques années et, en 1994, la friche Rita est transformée par l’architecte Jean Charles Huet de la rue Ingres, en pépinière artistique « Chez Rita ». Les 1600 m2 au sol sont transformés en 32 cellules-ateliers et 8 appartements d’artistes.

( Document « Chez Rita » et Archives Municipales )

La gaufre Rita est, à ce jour, produite et distribuée par une très grosse entreprise belge, la Société Poppies de Zonnebeke.

( Documents Sté Poppies )


Remerciements aux Archives Municipales, à Jean-Jacques Desprets et à Daniel Labbé pour leur documentation.




Le Lloyd Continental

Alfred Verspieren est le premier courtier indépendant français. En 1880, il crée à Roubaix une société de courtage à son nom. Il s’installe 8 rue Dammartin. Son cabinet d’assurances se développe rapidement, grâce à son image de sérieux et de compétence auprès des industriels de la métropole.

A. Verspieren 1901 ( Document coll. priv. )

Alfred Verspieren est également Directeur Général de la M.C.I : Mutuelle du Commerce et de l’Industrie qu’il a créée en 1904. C’est un consortium d’industriels désireux de se protéger contre des risques tels que grèves, émeutes, troubles qui ne sont pas couverts habituellement par les compagnies d’assurance

(Document coll. priv. )

En 1920, suite à des sinistres désastreux qui frappent les industriels de la laine et du coton, les compagnies deviennent méfiantes. Le fils d’Alfred, Pierre Verspieren-Dewavrin, crée la compagnie Lloyd Continental Français, spécialisée dans l’assurance des risques d’incendie de l’industrie textile.

(Document coll. priv. )

La tâche n’est pas aisée, surtout dans une région dévastée, ruinée, après la guerre de 1914-1918, mais Pierre est optimiste ; il a de l’audace, du courage et de la volonté. Peu à peu, l’activité se développe. En plus des contrats d’assurance incendie, le cabinet propose désormais des produits d’assurance auto, habitation, vol, maladie, dégât des eaux . . .

En 1929, la famille Verspieren crée la Société Auxiliaire de Crédit, qui a pour objet de financer les ventes à crédit de voitures, de matériel…

Les deux sociétés ( Verspieren et Lloyd ), étroitement unies poursuivent un développement rapide et parallèle.

(Document ANMT )

La famille Verspieren dirige l’entreprise depuis plusieurs générations. Dans les années 1960, on trouve à la tête de l’entreprise : Charles Verspieren-Dufour, Michel Verspieren-Coisne, Pierre Verspieren-Caulliez.

(Document coll. priv. )

Le cabinet, très fortement implanté dans la région Nord, atteint désormais une dimension nationale. Dans les années 1970, on compte 15 Directions régionales, 23 inspections, 750 agents et courtiers. Le personnel administratif est composé de 1200 personnes dont 700 collaborateurs motivés à Roubaix.

De nombreuses demandes de permis d’agrandissement des locaux de la rue Dammartin sont déposées en Mairie, par l’architecte L. Maillard à Tourcoing, pour faire face au cruel manque de place. Or ce sont, à chaque fois, des demandes de construction de locaux provisoires et démontables, en matériaux légers, car la Direction a un projet bien précis : construire un nouvel immeuble. . .

(Document Archives Municipales )

En 1971, la décision de construire un nouvel immeuble est récente, mais le projet ambitieux existe depuis bien longtemps, et fait suite à une longue période de préparation. Il faut d’abord acquérir et libérer une quinzaine de propriétés voisines, nécessaires à la construction du bâtiment, à la création des parkings et des espaces verts soit 23.000 m2 au total. Les travaux sont confiés au cabinet d’architectes E. Maes et L. Maillard à Lille qui programme la construction en 3 tranches de travaux.

(Document Archives Municipales )


Le projet est bien défini : construire un nouveau siège administratif agréable, fonctionnel et moderne. Ce sont des bureaux paysagés, sur des plateaux de 1700 m2 ; cela permet de prévoir d’éventuels changements d’implantation à l’avenir. Les conditions de travail sont très agréables, que ce soit pour l’éclairage, la climatisation, ou l’insonorisation. Les couleurs des bureaux sont chaudes et chatoyantes. La Direction met en place des horaires mobiles pour le personnel. Une cafétéria, pouvant servir 650 repas quotidiennement, est construite. C’est une nouvelle conception d’environnement, de mode de vie, et de communication.

 Pose de la 1° pierre ( Document Nord Éclair )

Jeudi 15 Novembre 1973, M le Maire Victor Provo pose la première pierre du futur bâtiment, entouré de ses adjoints : Mrs Léonce Clerambeaux, Pierre Prouvost et André Thiebaut. Ils sont accueillis par Pierre Verspieren PDG et Charles Verspieren vice PDG, qui est également président de la chambre de commerce de Lille-Roubaix-Tourcoing.

(Document ANMT )

En juin 1975, c’est l’inauguration du bâtiment, sous la présidence de Norbert Segard, ministre du commerce. Les deux frères, Charles et Pierre Verspieren, accueillent : MM. Provo, sénateur maire de Roubaix, Chadeau, préfet, Camata, préfet de police, Delesalle, président de la chambre de commerce, ainsi que des personnalités importantes de la région, des chefs d’entreprise, et des professionnels de l’assurance.

De gauche à droite : Charles Verspieren, Norbert Segard, Victor Provo, Pierre Verspieren
( Document ANMT )

Après une visite rapide des locaux, tous les invités se retrouvent au restaurant du 4° étage pour les discours d’usage : éloges et félicitations sur cette magnifique construction.

En 1978, l’entreprise Lloyd Continental, qui a désormais son adresse au 1 ter rue du maréchal De Lattre de Tassigny, décide de repeindre les boiseries du vieux bâtiment de la rue Dammartin, avec la même couleur verte, d’origine.

(Document ANMT )

Dans les années 80, l’entreprise se développe encore de façon importante. En 1995, pour ses 75 ans d’existence, le Lloyd Continental organise dans le hall de l’immeuble, une exposition de 400 objets sur l’histoire de l’entreprise.

(Document ANMT )

La compagnie d’assurance Swiss Life qui souhaite renforcer sa présence sur le marché français, rachète le Lloyd Continental en 1999, et devient le 3° assureur de France avec plus de 2 millions de clients en portefeuille.

Swiss Life (Document Google Maps )

Quelques années plus tard, en 2005, la famille Verspieren, avec 138 ans d’expérience, reprend ses activités de courtage en assurances. Pierre-Anthony Verspieren ( 5ème génération ) dirige désormais l’entreprise basée à Wasquehal. Les affaires sont florissantes et le groupe Verspieren est le troisième courtier français. La devise reste : Indépendance, Engagement, Passion et Créativité.

Remerciements aux Archives Municipales, et aux Archives Départementales du Monde du Travail ( ANMT )



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Gilbert Leman

Gilbert Leman est né à Mouscron le 24 Mai 1908. Dans les années 30, il habite rue du Collège, avec Angèle, son épouse. Dans les années 40, il est répartiteur de « produits de matière grasse », c’est à dire que c’est un grossiste, désigné par le Ravitaillement Général, pour fournir de la margarine et du saindoux à la population, contre des bons d’approvisionnement établis par le service compétent.

( Document coll. priv. )

Après guerre, il devient grossiste alimentaire ; il continue à vendre de la margarine et du saindoux et développe son activité en ajoutant des produits complémentaires : café, biscuits, chocolat, huile, vinaigre, boites de conserve…


( Document coll. priv. )

Il s’installe au 166 rue de l’Hommelet, et commence à vendre et à livrer ses produits aux épiciers de Roubaix, avec son camion. Malgré la situation économique difficile d’après guerre, les affaires de Gilbert se développent. Il embauche un représentant, un chauffeur et un magasinier. Angèle l’aide pour l’administration du bureau.

La façade actuelle ( Photo BT )

Au début des années 50, il demande aux Ets Kiebbe, rue de Rohan, un devis pour construire une charpente métallique dans la cour arrière, pour un montant de 350.000 Frs, afin que ce futur entrepôt puisse abriter le stockage de ses produits toujours plus nombreux.

L’année suivante, en 1951, il demande déjà, un permis de construire pour une extension de sa charpente métallique par la Sté Metallia, rue du Nouveau monde, pour un montant de 150.000 Frs.

Gilbert Leman ( Document A. Delporte )

En 1953, il fait percer le mur d’enceinte au fond de son terrain, ( donnant sur l’impasse Beaufort ), pour un meilleur accès des camions de livraison sur la rue Lacroix, afin d’atteindre plus facilement la place de la Nation.

Les affaires sont florissantes et les agrandissements successifs de l’entreprise de la rue de l’Ommelet ne sont pas suffisants. Le manque de place évident amène Gilbert à acheter, en 1955, un entrepôt, au 20 rue Richard Lenoir, local occupé autrefois par les Ets Leclercq, fabricant de caisses en bois.

Photos actuelles ( Document Google Maps et Photo BT )

Au centre de la façade, il y avait une porte cochère pour l’accès des camions ; à gauche il y avait l’habitation de Gilbert, Angèle et leur fille Annie, et à droite, se trouvaient les bureaux.

Ces locaux beaucoup plus spacieux, permettent à Gilbert Leman, dans les années 60, de développer sa gamme de produits en y ajoutant des produits d’entretien, des collants, des chemises, du couscous pour faire face à la nouvelle clientèle et, plus tard, des couches pour bébés.

Angèle et sa fille Annie dans l’entrepôt en 1957 ( Document A. Delporte )

Annie, la fille de Gilbert et Angèle, vient aider ses parents, à la fin les années 60, à la gestion du commerce, la facturation, la livraison des clients, les déplacements pour chercher les produits chez les fournisseurs très proches, comme les gaufres Rita rue Daubenton.

Pub 1968 (Document coll. Priv. )

Après le décès d’Angèle en 1969, Gilbert prend sa retraite en 1970. Leur fille Annie et son mari Jean-Bernard reprennent alors l’activité familiale. En 1975, 20 personnes travaillent désormais dans l’entreprise. Au début des années 80, les premières difficultés apparaissent. Le développement croissant des grandes surfaces alimentaires entraîne la disparition du petit commerce, et, par voie de conséquence, des grossistes alimentaires.

L’entreprise ferme ses portes en 1984. Le dynamisme d’ Annie et Jean-Bernard leur permet, fort heureusement, de trouver un emploi salarié très rapidement.

Le bâtiment de la rue de l’Hommelet est occupé, en 1968, par Guido Magris (monuments funéraires ) et aujourd’hui, par une entreprise de bâtiment. Celui de la rue Richard Lenoir est à ce jour transformé en salles de classe pour le Lycée professionnel St François d’Assise.


Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Annie et Jean Bernard Delporte-Leman pour la documentation et leur témoignage.


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René Daulmerie

René Daulmerie est né à Roubaix en 1906. Il trouve un travail d’employé au conditionnement Boulevard de Beaurepaire ( aujourd’hui La Condition Publique ). Il se passionne pour les postes de radio et, dès 1932, se met à construire des postes de TSF et les vend dans son milieu professionnel textile. Vu les demandes très importantes pour la fabrication de ses postes de radio, il décide, en 1936, de quitter son employeur pour que sa passion devienne son métier. Il s’installe dans un tout petit local au 43 rue du Vieil Abreuvoir.

Document 1937 ( Doc coll. priv. )

En complément de la production et de la vente de ses propres postes de radio, il distribue également des marques prestigieuses comme l’américaine « Philco » et la française « Ducretet ».

( Doc coll. priv. )

René Daulmerie se marie avec Marie Louise Vangoethem en 1939. De leur union, naissent quatre enfants dans les années 40 : Dominique, Françoise, Elizabeth et René. Il est mobilisé pendant la guerre et, compte tenu de son expérience, il répare des émetteurs et récepteurs radio ( officiels et clandestins ). Avec son ami Gabriel Milleville, confrère de la rue Nationale à Lille, il est responsable de la maintenance radio de toute la région Nord.

René Daulmerie et Gabriel Milleville en 1942 ( Doc F. Daulmerie )

A la libération, il reprend son activité rue du Vieil Abreuvoir. Compte tenu de sa forte notoriété et de son savoir faire, son magasin de postes de radio devient le plus connu de la métropole roubaisienne.

( Doc coll. priv. )

En 1943, il investit dans un nouveau local, au 15 rue du Curé, et commence à distribuer de l’électroménager : des machines à laver « Speed », des réfrigérateurs « Frigeco-Thomson » et bien d’autres marques. L’activité est florissante. Il embauche des techniciens car non content de vendre et installer, il répare et toute sa clientèle apprécie son SAV.

René Daulmerie ( Doc F. Daulmerie )

Au tout début des années 50, les nouvelles technologies bouleversent complètement l’activité ; c’est d’abord le tout début de la Haute Fidélité et René n’hésite pas à installer un mini auditorium dans son magasin avec du matériel hi-fi de marque Thomson et Cabasse. Puis il commence à vendre des autos-radios. Les postes de radio FM arrivent ensuite et surtout les premiers postes de télévision ! René Daulmerie participe aux premiers essais de la télévision, en liaison avec le beffroi de Lille et les studios de la rue Cognac-Jay à Paris. Rapidement le magasin de la rue du Curé devient trop petit. René décide de s’installer dans un local plus grand et mieux placé, en 1955, au 18 Place de la Liberté, précédemment occupé par un plombier P. Planquart. Il fait appel à l’architecte Constant Verdonck, 17 avenue Jean Lebas, pour faire d’importants travaux d’aménagement.

La façade en 1955 et publicité Nord Eclair ( Doc F. Daulmerie )

Intérieur du magasin et atelier de réparation (Doc F. Daulmerie)

René Daulmerie est un homme de communication, il décide de frapper un grand coup pour célébrer l’ouverture de son nouveau magasin. Il fait venir trois personnalités importantes du monde de la télévision : Jean Nohain, Jacqueline Joubert et Georges de Caunes, qui vont assurer un véritable show public, sur un podium installé devant le magasin.

( Document Nord Eclair 1955 )

Une importante publicité dans la presse locale annonce l’événement deux jours avant, si bien que beaucoup de monde se déplace le 3 Décembre 1955 pour assister à l’ouverture officielle du magasin. Cette foule considérable (1300 personnes) pose d’ailleurs de gros soucis de circulation automobile, ainsi que pour le Mongy, sur la place de la Liberté.

En bas de la photo : de gauche à droite : Jean Nohain, Jacqueline Joubert, Georges de Caunes, Antoine Toulemonde président de la chambre de commerce, et René Daulmerie ( Document Nord Eclair 1955 )

René Daulmerie est très actif dans le milieu professionnel. Il est président du 3° salon de la Radio-Télévision à la salle Watremez, en septembre 1956. La haute fidélité se développe. René décide de distribuer la marque de prestige Bang & Olufsen. La commercialisation de B&O, en plus des marques Sony et Cabasse, donne à René Daulmerie une notoriété exceptionnelle en hi-fi, dans toute la région.

facade 1960 et B&O ( Doc F. Daulmerie et coll. priv. )

En 1965, René décide de transformer la façade du magasin et aménager de façon différente son intérieur. Il fait appel au décorateur Marcel Cauwel, sis 8 rue du Collège. En 1967, René participe aux essais de la télévision couleur en collaboration avec l’ORTF. Il est le premier à commercialiser les postes de télé-couleur Thomson.

Pub TV couleur ( Document Nord Eclair 1967 )

Françoise et René, deux des quatre enfants de René et Marie Louise, viennent aider leurs parents. Ils s’occupent des 10 salariés ( installateurs et techniciens SAV ), de la tenue du magasin, de la comptabilité et de la gestion des 7 véhicules de l’entreprise.

Le SAV Daulmerie ( Documents Nord Eclair )

Au début des années 70, René abandonne les produits d’électro ménager. Toujours à la recherche de l’innovation, il préfère se spécialiser encore, dans des nouveautés technologiques très techniques et très pointues. Il installe : les premières caméras de vidéo-surveillance dans les banques, des sonorisations de lieux publics, des machines à dicter, des studios d’enregistrement, des salles de visioconférence. Mais surtout son expérience et son savoir faire vont lui permettre de créer les premières « productions vidéo » en entreprise, pour améliorer les postes de travail des salariés, et donc la compétitivité de ses gros clients : La Lainière, Phildar… Ce procédé de vidéo en entreprise va accroître considérablement la notoriété de René Daulmerie sur un plan régional. En 1977, l’entreprise Daulmerie installe une annexe à Lille, rue de l’Hôpital Militaire, (ancien magasin Pigache ) pour distribuer les premiers magnétoscopes Sony grand-public.

façade dans les années 1980 ( Doc D. Labbé et F. Daulmerie )

Après le décès de René Daulmerie, l’entreprise ouvre un point de vente, en 1986, rue Esquermoise à Lille. En 2006, Françoise et René Daulmerie prennent leur retraite et cèdent l’entreprise à Hervé Coisne qui continue l’activité.

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Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Françoise et René Daulmerie pour leur témoignage et leur documentation.

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Le carrossier Robert Barbe

Robert Barbe : trois générations successives d’artisans à Roubaix. Robert-Arthur Barbe est né, en 1883, à Menin. Il est charron ; il fabrique et répare des chariots, des charrettes, des voitures hippomobiles, et en particulier, le cerclage ( bandage en métal ) des roues en bois, pour éviter leur usure prématurée. Il est également forgeron. Il crée son atelier artisanal en 1911.

85 rue de Cartigny 1928 ( Doc Archives Municipales )

En 1928, il a son atelier au 154 rue de Constantine. Il demande un permis de construire pour édifier un bâtiment au 85 rue de Cartigny, à l’angle de la rue de Biskra. Il habite au 126 rue du Caire avec son épouse Julie Deboevere. Ils ont un fils Robert-Nestor, né en 1911.

( Document L. Barbe )

L’arrivée des véhicules automobiles modifie complètement son activité. Des roues en bois, il passe aux premières roues équipées de pneumatiques et se spécialise dans la carrosserie des voitures et surtout des camions. Dans les années 1930, Robert-Nestor devient adulte et développe la petite entreprise. Le principe est assez simple : les clients achètent la base du camion, c’est à dire le tracteur et le châssis. Le carrossier équipe la partie chargement, en fonction du choix du client. La transformation dépend bien sûr des métiers de chacun (transport, déménagement, livraison… ).

Les camions GBM au quai d’Anvers ( Document L. Barbe )

Robert est créatif. Il invente et propose le « plateau plat » à ouverture latérale. C’est un camion idéal pour les brasseurs car, à l époque, les brasseries livrent la bière en caisse, directement aux particuliers. L’ouverture latérale permet aux livreurs d’accéder directement au chargement en évitant ainsi des manipulations inutiles et fatigantes. Ce camion connaît un énorme succès. Les brasseries ( la GBM : Grande Brasserie Moderne, les Débitants Réunis, les Enfants de Gayant ) passent des commandes importantes. Robert-Nestor Barbe se marie, en 1937, avec Prudence Lowie, qui va s’occuper de la gestion administrative de l’entreprise. Leur fils Robert-Patrick naît à Roubaix en 1942.

85 et 91 rue de Cartigny ( Photo Google Maps et document Archives Municipales )

En 1946, Robert et son épouse habitent 65 rue Mazagran, et ce jusqu’en 1953, date à laquelle ils font l’acquisition d’une maison d’habitation au 91 rue de Cartigny, à côté de l’atelier. Robert achète également un local juste en face, de l’autre côté de la rue de Biskra.

( Doc Archives Municipales )

Robert-Patrick 8 ans, en 1950, devant le camion Poutrain chargé de ballots de lin (Document L. Barbe )

Au début des années 60, Robert-Patrick, après ses études aux Arts et Métiers à Lille, travaille à l’atelier et aide son père à développer l’entreprise. Les locaux deviennent, encore une fois, trop petits. En 1968, il fait l’acquisition d’un immense local, au 167 rue Daubenton, précédemment occupé par les Ets Pauchant : une scierie et fabrique de caisses d’emballages.

167 rue Daubenton ( Photo Google Maps )

C’est un bâtiment immense. De nombreuses machines sont installées, y compris d’énormes cabines de peinture, pour peindre les carrosseries. Pour les décorations publicitaires des camions, Robert confie les travaux aux Ets Dedryver, au 16 bis rue de l’Espierre, à Tourcoing. Vingt cinq personnes travaillent désormais dans l’entreprise : tôliers, menuisiers pour les planchers en bois, spécialistes en capitonnage, ouvriers pour les réparations, un gestionnaire de stock pour le magasin et une secrétaire au bureau.

Camion Mercedes ( Document L. Barbe et Nord Eclair )

Les commandes de grosses entreprises affluent. Parmi elles, citons :

– des entreprises de transport : Dubois, Brocvielle, Mussche

– des entreprises de VPC : La Redoute, Les 3 Suisses, Daxon, Damart

– des entreprises de déménagement : Voreux Lauwers, …

– des entreprises diverses : Verquin, Union biscuits, La Voix du Nord, et bien d’autres.

Robert est un bon commerçant ; il se lie d’amitié avec de nombreux clients, en particulier les responsables de transport des grosses sociétés. Il édite même des publicités communes comme celle ci-dessous.

Carrosserie du camion des transports Dumont ( Document Nord Eclair ) et Robert Barbe père et fils ( Document L. Barbe )

Au décès de son père, en 1987, Robert-Patrick prend la direction de l’entreprise. Dans les années 90, la profession change et évolue ; les fabricants comme Cargovan ou Durisotti proposent désormais d’installer des « kits mécano » : kits de carrosserie pour véhicules industriels, à poser en un temps record, afin de réduire les coûts, ce qui entraîne des réductions de personnel. En 2000, Robert a des problèmes de santé. Il cède son affaire à deux associés : Jean Bekaert et Philippe Woestelandt qui continuent l’activité et développent les aménagements intérieurs de véhicules utilitaires, avant de disparaître au milieu des années 2010.

Photo BT

Aujourd’hui, le bâtiment du 167 rue Daubenton a été transformé en plusieurs parties. On y trouve désormais un atelier de réparation de véhicules d’occasion; l’habitation a été divisée en plusieurs appartements et, derrière, il y a un projet de réhabilitation des énormes entrepôts, en vue de leur transformation en de nombreuses parcelles avec entrée au 24 rue Olivier de Serres.

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Laurence Choteau Barbe pour son témoignage et sa documentation.

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De la chocolaterie St Pierre, au bonbon Lutti

Léon Desprets est né à Hem en 1922. A 14 ans, en 1936, il passe son certificat d’études, et devient apprenti à la pâtisserie De Ruyver au 200 rue de Lannoy à Roubaix. Deux ans plus tard, il vient travailler dans la boulangerie de ses parents au 13-17 rue de Roubaix à Toufflers.

Léon Desprets en 1938 ( Document J.J. Desprets )

En 1942, Léon se marie avec Gabrielle Dumont, et reprend la boulangerie familiale. Il a l’esprit créatif et souhaite entreprendre. Il fabrique plusieurs spécialités en chocolat, dont la célèbre « bouteille liqueur », enrobée de chocolat, qu’il livre aux commerces de détail, par l’intermédiaire d’un grossiste : les Ets Bernard à Cambrai. En 1943, il commence à livrer des tartes et des gaufres fourrées, chez des gros clients, comme Prisunic. Il vend également des produits de négoce, comme les bonbons de La Pie qui Chante, ou les biscuits de Geslot Voreux. Il livre ses produits de confiserie dans les salles de spectacle : le Casino, le Carioca, et le cinéma Noêl.

La boulangerie en 1948 ( Document J.J. Desprets )

Le succès est immédiat ; il crée la confiserie des 2 gourmands et la chocolaterie Saint Pierre en 1949.

En 1950, Léon a quelques problèmes de santé, et doit rester 6 mois allongé. Il décide alors de revendre le commerce de Toufflers. Son épouse reprend la pâtisserie Savora au 35 rue de Lannoy à Roubaix. Ils habitent au 32 rue de Montgolfier

Savora 35 rue de Lannoy ( Document J.J. Desprets et coll. priv. )

Léon installe sa petite entreprise, au 35 rue d’Artois à Roubaix, dans des locaux plus vastes, ce qui lui permet de développer sa production.

Bâtiment rue d’Artois ( Document Archives Municipales )

( Document coll. priv. )

En 1953, il développe sa gamme de produits en ajoutant à son catalogue : des bouchées-cerise, des boules-crème, des souris-caramel, des guimauves, des rochers-chocolat, des pralines liqueur. Il crée également une délicieuse friandise : « Les Malices de Roubaix »

( Document coll. priv. )

Les locaux de 800 m2, du bâtiment de la rue d’Artois, deviennent très rapidement trop petits. Léon Desprets envisage donc de trouver un endroit plus grand. Il apprend que le bâtiment qui abritait le Cercle de l’Industrie, au 7 bis Grand-rue, est libre ; il saute sur l’occasion et s’y installe en fin d’année 1954. La société connaît alors une ascension fulgurante : 150 personnes travaillent désormais dans l’entreprise. La chocolaterie Saint Pierre et la confiserie des 2 gourmands deviennent une SARL.

( Document coll. priv. )

Il trouve de nouveaux lieux de stockage, dans les locaux de la brasserie du Fresnoy, rue de Rome ; les transports sont alors assurés par une entreprise voisine, les Ets Vanhove au 82-84 de la même rue.

Léon Desprets, à droite Alexandre Willerval, à gauche André Lorthiois et Michel Bogaert ( Document Nord Eclair )

Léon Desprets gère parfaitement bien son entreprise. Il a des qualités de décisionnaire et de manager, ce qui ne l’empêche pas de diriger « en bon père de famille », puisque, tous les ans, il invite l’ensemble du personnel ( ouvriers, employés, représentants et cadres ) au traditionnel banquet de Saint Nicolas ( patron des confiseurs ) dans la salle du « Carrefour », au 84 Grand rue.

( Document coll. priv. )

En 1960, il achète le bâtiment du 4 quai de Dunkerque, qui était l’emplacement de l’usine textile G. W. Richardson. C’est un bâtiment impressionnant de 3 étages, et d’une hauteur de plus de 18 mètres. En 1963, 200 personnes travaillent dans la société.

L’année suivante, il rachète l’entreprise Lamy de Lyon qui fabrique le bonbon caramel Magnificat.

( Document coll. priv. )

L’expansion rapide de la société amène Léon à s’associer avec Maurice Desurmont pour permettre de financer le développement de l’entreprise. Bernard Desprets le fils de Léon, vient aider son père dans l’entreprise en 1965.

En 1966, il décide de créer la CIPAL ( Cie Industrielle des Produis d’Alimentation ) qui est, en fait, la fusion des entreprises St Pierre et Lamy ; le siège de l’entreprise reste quai de Dunkerque.

( Document J.J. Desprets )

Léon Desprets fait quelques travaux : il fait installer une porte cochère, pour un meilleur accès, par le 129 rue de Tourcoing (derrière la station Total du Pont Morel au 131), et il fait aménager des bureaux pour les employés.

L’usine est immense ; des machines sont implantées à tous les étages du bâtiment. On y trouve des machines pour peser, doser, cuire, envelopper, mettre en sachet, conditionner en cartons et en palettes. On trouve également un laboratoire et un restaurant d’entreprise.

( Document J.J. Desprets )

Pour l’approvisionnement en matières premières, le sucre et le glucose sont livrés en vrac, les matières grasses liquides en container, le lait concentré en fûts, et, chaque jour, le lait frais arrive en bidons, ainsi que le beurre et la crème fraîche.

L’équipement ultra moderne de l’usine et les nouveaux apports de matériel performant rendent alors possible une production journalière de 20 tonnes, ce qui permet d’envisager l’avenir avec une grande confiance, en vue d’un développement européen.

A gauche Annie Cordy, à droite Line Renaud et Léon Desprets ( Document J.J. Desprets )

L’entreprise connaît une forte dynamique commerciale. Elle est présente sur de nombreux salons, comme le salon Intersuc, en 1964, en présence d’Annie Cordy, et en 1965, avec Line Renaud.

A la fin des années 60, l’entreprise va racheter des petites confiseries de la métropole, comme Toutexky à Mouvaux, Cauchy à Tourcoing, Marly à Marquette, Saint-Jacques à Tourcoing, Fausta à Tourcoing.

La CIPAL rachète également les locaux de l’ancienne usine Bellevue, Boulevard de l’Egalité à Tourcoing, pour y installer les lignes de production de chocolats et gélifiés. Les productions de confiserie sucre restent à Roubaix.

Léon Desprets en 1967 ( Document J.J. Desprets )

Maurice Desurmont, compte tenu de ses quelques problèmes de santé, décide de vendre ses parts, à la fin des années 60, à Françis Pollet ( actionnaire de La Redoute ). Léon Desprets et Françis Pollet revendent la CIPAL en 1972, au groupe belge Continental Foods, dont le produit phare est le fameux bonbon LUTTI.

Léon Desprets devient le PDG de Continental Sweets. Les produits de la Cipal sont vendus en Belgique, et la Cipal s’occupe de la distribution de Lutti. Cette même année, la société reprend la chocolaterie St Jacques de Mr Tiberghien, à Tourcoing au 43 avenue de la Marne.

En 1975, il y a regroupement pour former une seule société : LAMY-LUTTI.

( Document coll. priv. )

En 1977, Léon Desprets, à la fin de son contrat de 5 ans, quitte l’entreprise, et reprend 2 biscuiteries :

– Sucrema de la rue Ma Campagne à Tourcoing, qui fabrique des biscuits et des gaufrettes fourrées

– Loridan à Roncq qui produit des madeleines.

En 1981, l’usine du quai de Dunkerque quitte Roubaix et déménage à l’usine St Jacques de Tourcoing.

En 1984, une demande de permis de démolir est déposée pour le bâtiment quai de Dunkerque.

( Document Sté Lutti )

Aujourd’hui, le site de production de Lamy Lutti se trouve à Bondues, dans la ZI de Ravennes les Francs. C’est une usine ultra moderne et compétitive qui produit 50.000 tonnes par an.

Lutti est la deuxième marque du marché en France, et la première en Belgique.

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Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Jean-Jacques Desprets pour sa documentation et son témoignage

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Les Sunlights

Eugenio Cogoni et Letizia Solla habitent Quartu, en Italie, plus précisément en Sardaigne. Ils arrivent en France à Saint Étienne, puis plus tard à Roubaix, ville ouvrière où l’on trouve facilement un emploi dans le textile. En 1954, ils habitent au 135 rue Jacquard. Puis, au début des années 60, ils déménagent au 61 rue Pellart, dans une maison beaucoup plus vaste et plus confortable pour toute la famille car Eugenio et Letizia ont 5 enfants. Les trois garçons les plus âgés travaillent en entreprise : Serge est ajusteur, Aldo est tisserand et Bruno est ajusteur également.

Les 3 garçons sont musiciens et aiment le chant. Ils créent un orchestre « I Cogoni » et interprètent, au cinéma « Le Royal » pendant l’entracte, des chansons italiennes. Serge, Aldo et Bruno deviennent rapidement des artistes de variété. Avec beaucoup de travail, la notoriété prend de l’ampleur. L’été, trois fois par jour, et pendant trois mois, ils font des galas sur la côte belge à La Panne et Blankenberge. L’hiver, ils chantent à Mouscron, au Relais de la Poste, devenu le Twenty, et au Carioca.

Bruno et Serge au Carioca ( Document S. Cogoni )

Pour enregistrer un 45 tours instrumental, leur maison de disques leur demande de changer de nom. Le groupe devient « Les Sunlights », pour rappeler peut-être le soleil de Sardaigne qui leur manque tant. Serge est à la guitare d’accompagnement, Bruno à la guitare solo et Aldo à la batterie, Jean Paul Vanhoute vient aider le groupe occasionnellement à la guitare basse. Les Sunlights ont un succès grandissant ; les concerts et les galas se succèdent. Ils croisent la route de chanteurs célèbres.

( Document J. N. Coghe )


Les Sunlights sont tellement appréciés qu’ils sont choisis pour accompagner le grand chanteur de rock and roll, Gene Vincent, pour une série de concerts en France, en Belgique et en Suisse en 1963.
En 1966, ils entendent chez un disquaire la chanson « Le Déserteur » écrite par Boris Vian. C’est le coup de foudre. Ils décident d’en sortir un 45 tours et le succès est immédiat.

( Document coll. priv. )

Forts de cette réussite, ils enregistrent de vieilles chansons comme « les roses blanches » de Berthe Sylva, ou « Le Galérien » « Ne joue pas au soldat ». Des magazines comme Paris Match relatent alors l’ascension des Sunlights. Il sont invités à de nombreuses émissions de télévision. Le triomphe est toujours présent. Ils chantent uniquement en direct et sont toujours très bien accueillis lors de leurs prestations.

Serge se marie avec Chantal, qu’il a rencontrée au dancing du Fresnoy il y a quelques années déjà. Aldo, lui, se marie avec Anne Marie.

Les Sunlights en 1970 ( Document S. Cogoni )

Au début des années 1970, leur imprésario les ayant délaissés, ils connaissent quelques mois de galère. Serge quitte Roubaix pour partir dans le sud de la France avec sa petite famille et occupe ses journées par des petits boulots. Aldo continue une carrière solo et Bruno monte un orchestre. Si la célébrité est difficile à acquérir, l’oubli du public peut être très rapide et durer plusieurs années. Cependant, dans les années 90, quelques émissions de télévision comme « Succès fous » permettent aux Sunlights de renouer avec le succès. Ils créent alors des compilations de leurs plus grands tubes, en CD, 20 ans après.

( Document coll. priv. )

Bruno décède, en 2007, à l’âge de 64 ans. Aldo prend sa retraite, Serge continue seul à chanter.

( Photo BT )

La maison où a habité la famille Cogoni, au 61 rue Pellart, existe toujours. Aujourd’hui, c’est le 244 avenue des Nations Unies ( face à l’école St Louis ). Une plaque a été posée sur la façade de la maison, par la Mairie, il y a quelques années, en souvenir des Sunlights.

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Remerciements à Jean-Noël Coghe, journaliste, et à Serge Cogoni pour son livre « Merci la vie ».

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Un grand musicien roubaisien

( Photo BT )

Georges Delerue est né à Roubaix le 25 Mars 1925. Ses parents habitent au 27 rue de Valmy. Sa mère Marie Lhoest est femme au foyer, son père est chef d’atelier de l’entreprise JB Lhoest qui appartient au père de Marie. Il fabrique des limes au 152 rue Decrême

( Document coll. priv. )

La mère de Georges a un joli filet de voix ; elle connaît la musique, sait lire les notes et joue au piano du Bizet et du Gounod. Quand elle arrive à faire des économies c’est pour emmener toute la famille à l’Hippodrome-Théâtre, sur le boulevard Gambetta, assister à des représentations d’opéra comique.

Georges Delerue et sa mère Marie ( Doc V Perrot )

En 1928, les parents déménagent au 23 rue Louis Dupire, près de la place Faidherbe. Marie s’aperçoit un jour, par hasard, que Georges arrive à chanter avec elle, avec une aisance déconcertante, un air qu’elle fredonne. Il a 5 ans. C’est une première révélation !

Georges commence alors à se familiariser avec la musique, les notes et le piano. Il est plutôt bon élève à l’école, de tempérament solitaire et mélancolique. Il passe son certificat d’études en 1938, et ses parents, très fiers, le récompensent en l’inscrivant au conservatoire de la rue de Soubise. Georges est fou de joie mais il continue ses études de métallurgie à l’institut Turgot, rue du Collège.

Georges Delerue à 15 ans ( Document V. Perrot )

C’est à cette époque-là que les parents emménagent au 152 rue Decrême, dans l’usine familiale de fabrication de limes ; Georges y travaille en tant qu’ouvrier pour aider financièrement la famille.

Le poste de travail de Georges ( Document V. Perrot )

En 1941, Georges souffre énormément du dos et doit subir une opération délicate, à Lille, qui l’immobilise plusieurs mois. C’est à cette époque, que Georges se rend compte qu’il est habité par la musique, et devient obsédé par l’idée de composer. Ses professeurs, dont Albert Desenclos, au conservatoire, sont conscients du formidable potentiel d’oreille et d’intelligence musicale de Georges et, en conséquence, le font travailler sur des œuvres de Debussy, Fauré, Schumann, Brahms. . .

Georges travaille jour et nuit et les récompenses arrivent en Juillet 1945 puisqu’il obtient au conservatoire :

Le 1° prix de piano

Le 1° prix d’harmonie

Le 1° prix de musique de chambre

Le 2° prix de clarinette

Encouragé par ses professeurs, Georges tente sa chance en montant à la capitale et s’inscrit au Conservatoire National de Musique de Paris. Il quitte Roubaix en Septembre 1945. Des années 1945 à 1950 il termine ses études musicales à Paris, il compose ses premières œuvres et s’initie à la fonction de chef d’orchestre.

( Document V. Perrot )

Dans les années 1960, il rencontre les réalisateurs de cinéma de la nouvelle vague, et écrit pour les plus grands d’entre eux : Truffaut, Godard, de Broca, Verneuil, Oury…Coppola et d’autres grands réalisateurs américains commencent à s’intéresser à son travail. Il va désormais composer à la fois pour Paris et Los Angeles. Georges connaît alors une ascension fulgurante.

( Document INA )

Georges Delerue n’oublie pas Roubaix. De passage dans les années 1980, il s’arrête quelques instants devant la maison de la rue Louis Dupire, où il a passé une partie de son enfance, et bien sûr, au conservatoire municipal, rue de Soubise.

Georges est récompensé par trois Césars de la meilleure musique de film à Paris : en 1979 pour « Préparez vos mouchoirs », en 1980 pour « l’Amour en fuite », en 1981 pour « Le dernier métro » et 1 Oscar à Hollywood en 1980 pour « I love you, je t’aime ».

( Document coll. priv. )

Georges décède en 1992 à Los Angeles. Il laisse une œuvre considérable, gigantesque, monumentale. Il a composé 348 musiques de film, des musiques pour la télévision, quelques opéras, des musiques pour des documentaires, des concertos, des musiques de chambre. Il faudrait 80 jours d’écoute, pour apprécier toutes les œuvres mises bout à bout.

( Document NE et photo

La ville de Roubaix n’oublie pas Georges Delerue. Le 21 Juin 1994, le jour de la fête de la musique, M le Maire, René Vandierendonck dévoile une plaque gravée en hommage à Georges Delerue, dans la cour du conservatoire, en présence de son épouse Colette et de ses deux filles.

( Photo BT )

En 2018, une fresque est réalisée sur le pignon d’une maison voisine de la nouvelle entrée de l’école de musique, rue de Lille. Georges Delerue : un des plus grands compositeurs du 20° siècle. Un des plus prestigieux enfants de notre ville, issu d’un milieu modeste, et qui termine sa carrière à Hollywood.

Remerciements à Vincent Perrot pour son livre « Georges Delerue, de Roubaix à Hollywood », ainsi qu’à Isabelle Leupe et Laurence Thiery du Conservatoire de Roubaix.

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