La pâtisserie Coquet

Jean Coquet naît en 1881 à Roubaix. Il apprend le métier de pâtissier. Il se marie avec Léa Stepman en 1909. Ils ont deux enfants : Julienne et Charles. Au début des années 1900, il crée son commerce de pâtisserie-confiserie, au 299 rue du Tilleul ( aujourd’hui rue Jules Guesde ).

Papiers à en-tête des années 1910 ( documents collection privée )

Son épouse, Léa, gère le magasin. Jean s’occupe, bien sûr, de la fabrication des gâteaux dans son atelier, qui se trouve au fond de l’habitation.

L’atelier pâtisserie ( document B. De Ruyver )

La spécialité de Jean est le flan qui a un goût inimitable, si bien que les gens viennent de tout le quartier, de toute la ville et même parfois de très loin ( des Flandres ), pour pouvoir acheter et déguster ce fabuleux flan-maison. Il fait également du négoce puisqu’il garnit des boîtes de dragées pour baptêmes et communions.

Publicité années 1930 ( document collection privée )

Leur commerce est une toute petite boutique avec une porte centrale et deux vitrines latérales. A droite, une étroite porte cochère donne sur un long couloir, afin que les baladeuses puissent entrer et livrer les matières premières à l’atelier.

Façade du magasin ( documents archives municipales et J. Coquet )

Dans les années 1930, les enfants du quartier apprécient le commerce de Jean et Léa Coquet, car les vitrines sont appétissantes : des gâteaux, des bonbons proposés dans des bocaux en verre et vendus au détail, des sucettes « Pierrot Gourmand », ainsi que des dragées bleues ou roses ( fournies par la maison Donat ), dans des boites blanches qui proviennent de Mme Top.

Jean et Léa, et leurs deux enfants, Charles et Julienne ( document J. Coquet )

Léa Coquet, Charles et Julienne ( document B. De Ruyver )

Charles, leur fils, est également pâtissier. Il vient aider son père à l’atelier de production de la maison familiale au début des années 30. En 1936, Charles se marie avec Anne Marie Desreumaux. Jean propose à Charles et son épouse, de venir habiter à l’étage du commerce de la rue Jules Guesde. Lui-même déménage alors, au 70 rue Alfred de Musset. Le père et le fils vont développer le commerce de façon importante, grâce à la qualité des produits et de leur sens commercial. Jean fait remplacer son four de pâtissier, en 1937, pour du matériel neuf et plus performant.

Le nouveau four de pâtissier ( document B. De Ruyver )

Pendant la seconde guerre mondiale, Charles est fait prisonnier en Allemagne. Le commerce de la rue Jules Guesde reste ouvert. Il est géré par Jean, Léa et leur belle fille Anne-Marie au magasin. Un ami, Maurice Desrousseaux vient aider à la fabrication des gâteaux à l’atelier. A la libération Charles revient à Roubaix. Il fourmille de projets pour développer l’affaire familiale. En 1948, il fait transformer l’intérieur de l’habitation : modification de la salle principale et création d’une salle de bains. En 1951, il fait transformer et élargir la façade du magasin, en supprimant la porte cochère. Les plans sont dessinés par M Pinchon, rue Saint Jean ; les travaux sont réalisés par le voisin : M Carlier au 295 rue J Guesde.

la nouvelle façade en 1950 ( document J. Coquet )

Charles et Anne Marie continuent de développer l’activité de leur commerce dans les années 1950 et 1960. Charles distribue des biscuits secs qu’il vend en vrac, à petit prix : 3,50 F le kg. Il élabore des crèmes glacées et les vend dans des cornets qu’il confectionne lui-même.

Charles est pâtissier mais pas boulanger. Pour satisfaire la demande de ses clients, il crée un dépôt de pain frais livré quotidiennement. Charles n’hésite pas à investir d’ailleurs, en achetant une des premières machines électrique à couper le pain en tranches.

Charles continue de produire le célèbre flan maison, bien sûr, avec la recette, jalousement gardée, que son père Jean lui a transmise. Il développe également toute une gamme de gâteaux et l’on trouve dans la vitrine du magasin, une farandole de desserts appétissants tels que : la religieuse au chocolat, le baba au rhum, le tom-pouce, le carré aux fruits, le merveilleux, la tartelette aux fraises, le palet de dame, et autres gâteaux à la frangipane.

Publicité année 1950 ( document J. Coquet )

Et puis il y a les productions saisonnières qui occasionnent énormément de travail supplémentaire en journée non stop, comme à Noël avec les bûches et les coquilles livrées dans les écoles, à Saint Nicolas avec les sujets en chocolat, à la Pentecôte avec les pièces montées pour les communions, à Pâques avec les œufs et les poules en chocolat, et toute l’année avec les gâteaux pour les mariages et les repas d’anniversaire. A l’époque, il n’y a pas encore de congélateur ; tous les produits sont vendus dans un état de fraîcheur remarquable.

Publicité année 1950 ( document collection privée )

Le jour de fermeture du magasin est le mardi, et c’est un jour de repos bien mérité car la pâtisserie est ouverte tout le reste de la semaine, y compris le dimanche après midi. En effet le « Cinéma Studio 47 » qui se trouve en face, au 262 rue Jules Guesde ( à l’angle de la rue Copernic ), fait salle comble chaque dimanche et les clients sortent à l’entracte pour acheter des confiseries, des gâteaux ou des glaces. En semaine, la pâtisserie est ouverte à l’heure du repas, ce qui permet aux salariées de l’usine Boléro rue de Saint Amand, de venir faire quelques achats pendant la pause du midi.

De gauche à droite, Marie-Madeleine, Jean, Bernadette et Etienne dans ses bras. Devant, Thérèse et Bernard ( document B. De Ruyver )

Charles et Anne Marie ont 6 enfants : Marie-Madeleine, Bernadette, Jean, Thérèse, Bernard et Étienne. Les deux filles plus âgées restent à la maison, s’occupent des plus jeunes, et aident les parents dans différentes tâches :

– la vente des gâteaux ou des dragées en magasin,

– la vente des crèmes glacées sur le trottoir, quand le beau temps le permet,

– l’approvisionnement de l’atelier en lait frais, en bidons de 10 litres, qu’ils vont chercher à vélo à la ferme Lebrun aux Trois Ponts,

– la livraison des pâtisseries aux clients, le dimanche après midi, dans un porte-en-ville ( caissette en métal fixée sur le porte-bagages de la bicyclette ), de façon à ce que les gâteaux soient livrés à domicile.

Jean et Charles Coquet ( document J. Coquet )

En 1974, Charles et son épouse prennent leur retraite, et partent se reposer dans une maison à Toufflers. Aucun des 6 enfants ne souhaite reprendre le commerce des parents qui est alors cédé à A. Leroy. Il continue l’activité jusqu’au milieu des années 1980. Se succèdent alors de multiples petits commerces de boulangerie pâtisserie qui cessent rapidement leur activité.

le magasin en 1997 ( Photo G. Vanspeybroeck )

Aujourd’hui le magasin est inoccupé . Il risque d’ailleurs d’être rasé prochainement, tout comme les maisons voisines : la maison Derryx au 301, et le café du Cercle Artistique Roubaisien au 303, suite à l’important programme de rénovation du quartier du Pile.

le magasin en 2019 ( Photo BT )

.

Remerciements aux Archives Municipales, à Bernadette De Ruyver et à l’abbé Jean Coquet

Le traiteur de la rue Sarrail

M. Journel fait l’acquisition, en 1895, d’un terrain rue Saint Georges ( aujourd’hui rue du Général Sarrail ). Il dépose une demande à la Mairie, pour la construction de deux maisons au 51 et 53. Ce sont deux maisons jumelles, car les 2 étages sont parfaitement symétriques.

Permis de construire 1895 ( document Archives Municipales )

Les maisons jumelles. A droite, au 49, l’institution Sainte Agnés ( document collection privée )

M. Journel est charcutier. Il installe son commerce au 51 et décide de louer la maison voisine du 53 à un commerce de vannerie tenu par les sœurs David. M. Journel est également chef cuisinier, spécialisé en volailles. Son enseigne « Au Faisan » est déjà très connue au début des années 1900. Il cuisine des plats sur commande ; c’est le début de ce que on appelle aujourd’hui l’activité traiteur.

De gauche à droite : le coursier, le garçon de cuisine, le chef cuisinier, Mme Journel, M Journel, la vendeuse, la comptable et François, l’apprenti ( document collection privée ).

La façade de son magasin est de taille modeste, mais le bâtiment est très profond, ce qui lui permet d’installer son atelier de charcutier-traiteur, et également d’aménager une salle pour noces et banquets.

( document collection privée )

Au début des années 1930, le commerce est repris par Léon Blot. Né dans la région parisienne, Léon Blot habite au 5 rue du Trichon. Il continue bien sûr, l’activité de son prédécesseur et se spécialise en charcuterie fine, volailles, gibier, foie gras, jambons, hors-d’œuvre, etc. Il livre tous ses produits à domicile, aux particuliers pour les mariages, et aux entreprises pour les banquets et réunions. Après guerre, Léon développe fortement son commerce et devient une figure incontournable du métier de charcutier-traiteur.

( document collection privée )

( document collection privée )

Au début des années 1960, Michel Duplouy reprend le commerce et garde l’enseigne Blot car elle bénéficie d’une très bonne renommée. En 1965, d’importants travaux de voirie détériorent la façade du commerce, qui nécessite des travaux de réfection, en 1966.

( document Archives Municipales )

Publicité des années 1960 ( documents collection privée )

Dans les années 1970, le commerce est repris par Alain Verbrugghe. Il continue l’activité de traiteur charcutier et garde, bien évidemment, l’enseigne Blot. En 1981, le gérant de la SARL Blot, décide de moderniser sa façade. Les travaux sont confiés à Michel Lerouge de Villeneuve d’Ascq.

Document Archives Municipales

au 53, le bijoutier G. Delzenne ( documents Archives Municipales )

Le commerce ferme dans les années 1990. Depuis, le bâtiment est à l’abandon au n° 51, squatté, et entretenu au n° 53. Les pompiers sont intervenus dernièrement, pour éteindre un incendie, derrière le bâtiment qui donne sur le parking Sarrail.

( Photo BT )

( Photo BT )

Remerciements aux Archives Municipales.

.

Auguste et Louis Derryx

Au début des années 1900, Auguste Derryx crée son commerce, au 301 rue du Tilleul ( aujourd’hui rue Jules Guesde ), à l’enseigne : « La grande maison blanche ».

Publicité 1932 ( document collection privée )

C’est le supermarché avant l’heure ; on y trouve presque tout : articles de chauffage, cuisinières, meubles, vêtements, chaussures, draps, lingerie, machines à coudre, vélos, etc. Chacun se pose toujours la même question : comment vendre autant de produits différents dans si peu de place, car l’échoppe est petite. Auguste a le sens du commerce ; il est très disponible, le magasin est ouvert de 8h à 20h sans interruption et même le dimanche matin jusque midi.

Publicité 1937 ( document collection privée )

Il accorde des facilités de paiement à tous les clients ( 10% à la commande et le reste en 10 mensualités avec un taux d’intérêt très faible ), ce qui permet à son commerce de connaître un succès grandissant ; la clientèle de ce quartier populaire et ouvrier, n’a pas toujours les moyens d’acheter au comptant. En 1938, Louis Derryx, le fils d’Auguste, reprend l’affaire. Il abandonne progressivement les meubles, vêtements et autres produits, pour distribuer principalement les 2 roues, car il est passionné de vélo et moto.

( documents collection privée )

Après guerre, en 1945, Louis Derryx fait modifier sa façade, et ne vend plus que des bicyclettes, cyclomoteurs et motocyclettes. Il distribue les marques Aiglon et Vespa, et, dans les années 60, les cycles Peugeot. Il assure l’entretien, les réparations, et vend des pièces détachées.

Publicité 1960 ( document collection privée )

La façade du 301 rue J Guesde ( document Pile à cœur )

Tous les ans, Louis organise « le petit tour du Pile à vélo » avec ses fameuses courses à étapes et ses animations radiophoniques. Louis a été bien formé par son père et sa devise reste la même : le service avant tout.. Il installe une cabine téléphonique, pour que les clients puissent appeler ; il sert de scribe, rédige des courriers et monte des dossiers administratifs ; il emmène des malades à l’hôpital de la Fraternité. Il est très près de ses clients : un grand cœur ouvert aux autres.

Louis Derryx ( document Pile à cœur )

Au début des années 1970, Louis Derryx cède son commerce de cycles à A Debenne qui continue l’activité, avant de fermer le magasin au milieu des années 1980.

la façade dans les années 1990 ( document Archives Municipales )

Récemment, le 301 rue Jules Guesde et les maisons voisines ont été rasées, dans le cadre d’un important programme de rénovation du quartier du Pile

.

Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Serge Leroy et Raymond Plateau

.

Le Grand Café

En 1882, le conseil municipal décide de percer une grande avenue pour relier la Grande Place à la future gare de Roubaix. La rue de la Gare est née. Des constructions s’y élèvent dès 1885 et, très rapidement, l’avenue, large de 25 mètres, est bordée d’immeubles majestueux, à l’architecture remarquable de style Haussmanien. Des entreprises textiles implantent leurs prestigieux bureaux ; on y trouve également des banques, des hôtels et, bien sûr, des cafés-restaurants.

Le Grand café au début des années 1900. A droite le kiosque de la Grand Place ( document collection privée )

Le Grand Café ouvre ses portes, en 1885, au rez de chaussée du N° 4 de la rue de la Gare. Un restaurant s’implante au 1° étage et les étages supérieurs sont aménagés en appartements. Le Grand Café porte bien son nom car la surface est importante : 134 m2 pour le café du rez de chaussée, avec une sortie de l’autre côté, au 5 de la rue du Vieil Abreuvoir, et 116 m2 pour le restaurant du 1er étage. Un escalier privatif, rue de la Gare, à gauche de l’établissement, permet aux clients d’accéder au restaurant.

Le Grand Café en 1907 ( document collection privée )

Sur la façade principale, rue de la Gare, une marquise abrite les consommateurs, à l’extérieur, sur la terrasse chauffée.

Illumination du Grand Café au carnaval de 1908 (document collection privée )

Le début des années 1900 est une époque très faste pour Roubaix ; les usines textiles sont performantes ; les affaires des commerces et des entreprises sont florissantes. C’est une période festive ; les carnavals et cavalcades se déroulent tous les ans, en ce début de siècle. Le Grand Café s’illumine tous les soirs, en 1908.

Plan cadastral et plan du rez de chaussée ( documents Archives Municipales )

Le propriétaire du « Grand Café » est J. Louvion. La gérante du « Restaurant du Grand Café » est Mme Merlin. Ils bénéficient fortement de cette période aisée, en proposant au café, des consommations de haut de gamme et de 1° choix. Le restaurant se spécialise en fruits de mer, huîtres, coquillages, poissons et crustacés.

Publicité années 1920 ( document collection privée )

Pendant des décennies, le Grand Café continue d’être le lieu symbolique de rencontre des roubaisiens. C’est un emplacement exceptionnel, un endroit chargé d’histoire, un lieu emblématique de la vie roubaisienne, car de nombreux événements s’y déroulent : banquets, mariages, réunions politiques, etc. Les propriétaires se succèdent : dans les années 30, Michel et Gardebois sont les tenanciers du café, et A. Gyselinck, le patron du restaurant.

Projet d’aménagement 1958 ( document Archives Municipales )

En 1958, les responsables, Georges Derome et Jules Cotton, décident de transformer et moderniser leur établissement : démontage de la marquise et des menuiseries, démolition du soubassement, pose de vitrines en façade et d’un store, et, à l’intérieur, réfection des peintures et rénovation des sanitaires, le tout pour un montant total de 3 millions de francs.

( documents collection privée )

En 1962, Jules Cotton procède au remplacement de la porte d’entrée privative du restaurant. En 1971, Stanis Kazimierczak, le nouveau tenancier du Grand Café, transforme les 2 façades ( av Jean Lebas et rue du Vieil Abreuvoir ) pour un montant total de 24.000 Frs. Au début des années 80, la situation économique de la ville se dégrade : les fermetures d’usines textiles se succèdent, mais le Grand Café tient bon.

Façades de l’avenue Jean Lebas et de la rue du Vieil Abreuvoir en 1997 ( documents Archives Municipales )

En 1998, le propriétaire des lieux : la SCI du Centre, rue de Paris à Lille, gérée par Mme Motte, décide à nouveau une rénovation complète des deux façades. L’entreprise Dujardin, au 51 rue du Chemin de Fer à Roubaix, est chargée des travaux de brossage, révision d’enduit, ponçage et deux couches de peinture, pour une facture de 96.000 Frs TTC, laquelle sera allégée d’une subvention des services architecture de la ville, pour mise en valeur et amélioration de l’environnement du quartier. Le résultat est magnifique !

Façades rénovées 1998 ( documents Archives Municipales )

Au milieu des années 2000, un nouveau restaurant s’implante au rez de chaussée, à l’enseigne : « Envie de saison ». C’est un « café-resto » qui propose à la clientèle du café équitable, des jus de fruits frais, des plats chauds fabriqués sur place, pour préserver les saveurs.

Photo BT 2016

En Février 2018, le bail arrive à terme, et n’est pas renouvelé. Le commerce Envie de saison ferme ses portes. Un investisseur privé, Philippe Crépelle, rachète l’immeuble à Mme Motte de la SCI du Centre, en Août 2018. L’intérieur est dans un état déplorable, suite à des dégâts des eaux, des débuts d’incendie, des fuites de la toiture, et des aménagements intérieurs de mauvais goût.

Les colonnes, les moulures, les corniches ( Photo BT 2019 )
Les fenêtres du 1er étage ( Photo BT 2019 )

Philippe Crépelle a énormément de travaux à effectuer, pour redonner une bonne image du « Grand Café » d’antan. Son projet est de transformer le rez de chaussée et le premier étage en commerces, et d’aménager les 2° 3° et 4° niveaux en appartements meublés en location. La fin des travaux est envisagée fin 2019.

.

Remerciements aux Archives Municipales et à Philippe Crépelle

.

Des meubles à la Condition Publique

Dans les années 60, la récession économique entraîne la réduction de la production textile roubaisienne. Les entreprises se restructurent, licencient et ferment les unes après les autres. Cette situation porte un coup fatal à l’activité du Conditionnement du Boulevard de Beaurepaire qui n’a plus lieu d’exister et ferme en 1972.

Années 1970 ( doc Archives Municipales )

Le bâtiment est repris par A & G Valcke, entreprise de transports maritimes et aériens, qui utilise ces locaux pour le stockage et la logistique. Mais les 9200 m2 au total sont beaucoup trop importants. La direction de cette entreprise de transports propose donc à Fernand Coucke de lui louer une partie des locaux. Fernand Coucke est PDG de la Sté de diffusion européenne de meubles et possède 3 magasins : 2 à Lille et 1 à Tourcoing, avec l’enseigne « Mobilier de France ». Il lui manque Roubaix pour verrouiller la métropole.

Un bail de location est signé en 1975 pour 2200 m2 ( 1400 m2 de surface de vente et 800 m2 de stockage ) C’est une partie du rez de chaussée, comprise entre le Boulevard de Beaurepaire et la voie centrale intérieure. Le transporteur Valcke garde le côté rue Monge et la partie arrière de l’immense bâtiment.

( doc Nord Eclair 1976 )

Fernand Coucke décide, en 1976, de rénover complètement la façade, noircie par 70 ans de pollution. Les briques rouges et blanches décrassées redonnent à l’immeuble son magnifique éclat d’autrefois.

( doc Archives Municipales )

( doc Archives Municipales )

L’enseigne « Mobilier de France » est finalement choisie et remplace l’enseigne « Mobis » initialement programmée. Le magasin ouvre en 1978, avec une grosse campagne de publicité dans la presse locale.

( doc Nord Eclair 1976 1978 )

On entre dans le magasin par une ouverture sur le Boulevard de Beaurepaire. Fernand Coucke décide de soigner ses clients, avec les mêmes services que dans les autres magasins, à savoir un accueil sympathique, une information complète des vendeurs, un choix important, des prix séduisants, une qualité irréprochable.

( doc Nord Eclair et coll. priv. )

Malgré tout, le démarrage du magasin est difficile et laborieux. Le succès n’est pas vraiment au rendez vous. Le consommateur n’est pas habitué à entrer dans un magasin qui n’a pas de grande façade vitrée. Les meubles sont difficilement visibles de l’extérieur et cela n’attire pas le chaland. L’absence de places de stationnement pour les clients est également un handicap : « Pas de Parking, pas de business ! »  C’est un échec ; le commerce ferme en 1985, après une période très courte d’activité.

Quelques temps plus tard, la municipalité décide de restaurer la Condition Publique et d’en faire le lieu culturel que nous connaissons aujourd’hui.

.

Remerciements aux Archives Municipales.

.

 

Les Magasins Drouffe ( suite )

Gabriel Drouffe a le sens des affaires ; il communique énormément par la publicité de presse, et envoie également des catalogues à toutes les mamans, lors d’une nouvelle naissance.

( Doc coll. priv. )

Sa fille ainée Lucette Drouffe se marie avec Marcel Piat et ouvre un magasin Drouffe à Lille, au 103 Boulevard de la Liberté, vers 1935. Son fils, Jacques Drouffe, et son épouse Madeleine s’installent à Dunkerque, rue de l’Amiral Ronarch, en 1938, mais ce nouveau magasin Drouffe sera détruit, lors des bombardements de Juin 1940.

( Doc coll. priv. )

Jacques Drouffe, passionné de radio, revient à Roubaix et commence à distribuer les marques Murphy, Socdadel et Telenord et apporte un petit complément de chiffre d’affaire à l’entreprise paternelle, et se termine au début des années 50.

( Doc coll. priv. )

Après la seconde guerre mondiale, le baby boom fait exploser les ventes de landaus, de chambres, de voitures d’enfants. Gabriel Drouffe est membre de l’Union des commerçants de la rue de Lannoy. Il est aussi musicien averti et virtuose, comme l’ensemble de sa famille. Par ailleurs, il devient, en 1949, juge au Tribunal de Commerce de Roubaix.

En 1958, Gabriel décède. Son épouse Germaine reprend l’affaire et continue l’activité avec ses deux fils : Jacques et Gabriel surnommé Gaby, aidés de leurs épouses respectives. A la fin des années 50, Jacques et Gabriel modifient leur stratégie commerciale et deviennent concessionnaire Materna : une grande marque spécialisée en laits infantiles en poudre, et en ampoules de jus de fruits naturels, lesquels étaient, jusqu’à présent, vendus en pharmacies.

le 43 rue de Lannoy au début des années 60 ( Documents JP Drouffe )

le 43 bis rue de Lannoy au début des années 60 ( Documents JP Drouffe )

Désormais, les deux frères Drouffe vont se limiter à l’activité de négoce avec des fournisseurs connus, comme Bébéconfort, qui apportent une gamme complète d’articles de puériculture. Ils décident de fermer l’usine de production de Toufflers. En 1964, la démolition de la rue de Lannoy est programmée ! Tous les commerçants doivent déménager et quitter cette artère commerçante, pour laisser place au futur centre commercial Roubaix 2000.

Jacques et Gabriel signent, en 1964, un bail de location avec Mme Van-Hooland pour un local commercial, au 28 place de la Liberté . C’est un petit commerce situé entre le magasin de chaussures Préselect et la supérette Lecomte. Ils font appel à l’architecte Constant Verdonck, au 35 avenue Jean Lebas, pour l’aménagement et la transformation du magasin ; les travaux s’élèvent à 30.000 Frs.

( Documents JP Drouffe )

Après l’ouverture éphémère d’un magasin Drouffe à Mons en Baroeul en 1975, Jacques et Gabriel décident de prendre une retraite bien méritée. Le magasin du Bld de la Liberté à Lille ferme. Aucun des enfants ne souhaite continuer l’activité. Le magasin de la place de la Liberté à Roubaix ferme donc ses portes définitivement en 1980. Après un siècle d’existence, la maison Drouffe garde une image forte de notoriété, de réputation, de qualité, de service et de sérieux.

Remerciements aux Archives Municipales, et à Jean Pierre Drouffe pour son témoignage et sa documentation.

Les magasins Drouffe

Benjamin Louis Drouffe a 25 ans lorsqu’il se marie, en 1880, avec Marie Chevalier. La même année, ils créent ensemble leur petite entreprise, une manufacture de meubles et sièges. L’entreprise L. Drouffe-Chevalier s’installe rue Pierre de Roubaix dans un bâtiment immense auquel on accède également par une porte cochère, au 29 rue de Saint Amand.

( Document BNR )

Très rapidement ils décident d’apporter un complément d’activité à leur entreprise. Au début des années 1900, ils produisent des voitures d’enfants, des charrettes, des attelages, des tricycles… dans leurs usines de Roubaix ( au 136-138 rue Pierre de Roubaix ) et de Toufflers (au 122 rue de Roubaix ).

( Document BNR )

La production est bien sûr artisanale : les landaus sont entièrement montés manuellement et demandent une main d’oeuvre abondante et spécialisée.

( Doc coll. priv. )

( Doc BNR )

En Août 1911,un incendie ravage l’entreprise de la rue Pierre de Roubaix, détruisant un lieu de stockage de meubles de grande valeur, un atelier de production de voitures d’enfants, et une partie de l’habitation. Le préjudice s’élève à 75.000 Frs. Les assurances permettent heureusement de rembourser les frais et de reconstruire les locaux.

( Document Journal de Roubaix . Archives Municipales )

Benjamin Louis et Marie sont ambitieux ; ils souhaitent développer davantage les ventes de leur commerce. Après la première guerre mondiale, ils font l’acquisition d’un immeuble au 43 et 43 bis rue de Lannoy ( juste à côté du café de la Planche Trouée ). La rue de Lannoy est l’une des artères les plus commerçantes de la ville, ce qui facilite le démarrage commercial de leur petite entreprise.

En 1920, ils engagent d’importants travaux d’aménagements de ces locaux et les transforment en magasin de vente et d’exposition de voitures d’enfants. En 1923, ils construisent un deuxième bâtiment juste derrière le magasin. Ils créent également un dépôt à Paris, rue de la Huchette.

( Document BNR )

Benjamin Louis et Marie ont 11 enfants. Trois de leurs garçons s’occupent de la production :

– à Toufflers, Albert s’occupe des services techniques et Eugène de l’administratif,

– à Roubaix Gabriel s’occupe de la gestion du magasin de la rue de Lannoy.

L’entreprise Drouffe Chevalier devient Drouffe frères, au début des années 20.

( Doc coll. priv. )

En plus de leur gamme de voitures d’enfants, ils fabriquent et distribuent également des lits, des chaises, des moïses, des jouets.

A la fin des années 1920, les frères Drouffe se séparent de l’usine de la rue Pierre de Roubaix pour ne garder que l’unité de production de Toufflers. Le bâtiment est repris par M. Larnou qui habite rue des Fossés, et qui le transforme en cinéma et dancing. Par la suite ce sera le cinéma « Renaissance ».

( Document Journal de Roubaix . Archives Municipales )

Début Juin 1931, des ouvriers du textile manifestent dans toute la ville. Ces événements durent plus de deux semaines. La tension monte entre ouvriers grévistes et forces de l’ordre et le 15 Juin des émeutes éclatent, surtout dans le quartier des Longues Haies et de la rue de Lannoy.( Maxence Van der Meersch en relate les événements dans son livre : Quand les sirènes se taisent )

( Document L’Egalité . Archives Municipales )

Des barricades sont érigées, des rues dépavées, des vitrines brisées, des magasins saccagés: les gardes-mobiles chargent pour réprimer ces manifestations non déclarées.

Les heurts sont très violents et il y a de nombreux blessés. Gabriel Drouffe n’hésite pas un seul instant à soigner un garde-mobile, le lieutenant Le-Thomas, qui a reçu un pavé en plein front. Les émeutiers n’apprécient pas ce geste et les représailles sont immédiates ; toutes les vitrines sont brisées, le magasin pillé, les deux véhicules Citroën ( voiture personnelle et fourgonnette de livraison ), stationnés rue des Longues Haies, sont saccagés et incendiés.

( Documents JP Drouffe )

( Documents JP Drouffe )

Devant tant de haine, Gabriel Drouffe fait paraître, dans la presse locale, une lettre dans laquelle il revendique le devoir de porter secours à tout blessé, qu’il s’agisse d’un garde-mobile ou d’un ouvrier gréviste.

À suivre . . .

Remerciements aux Archives Municipales, et à Jean Pierre Drouffe pour son témoignage et sa documentation.

Le bazar des halles

Alfred Devriese est né en 1897 à Roubaix. Il se marie en 1921 avec Marguerite Duthilleul, née en 1902. Alfred et Marguerite Devriese reprennent le commerce d’articles de ménage de C. Vanparys-Deldique, au 4 rue Pierre Motte, au milieu des années 1920. Ils s’installent un peu plus loin, au 37 de la même rue, dans un local beaucoup plus vaste, et créent « Le Bazar des Halles ». La rue Pierre Motte est une artère commerçante ; les halles de Roubaix sont à deux pas ; le nouvel hôtel des postes est en construction, et ils habitent sur place.

( Document Archives Départementales )

( Document coll. priv. )

Ils décident de vendre un peu de tout, sans vraiment se spécialiser dans une activité précise ; c’est « le bazar », comme on appelle à l’époque ce genre de magasin. On y trouve donc de tout : Faïences, Verrerie, Articles de ménage, Objets d’art, Objets fantaisie, Jouets, Lustres, Meubles, Voitures d’enfants, Laveuse-batteuse, Postes de radio. Dans les années 30, les affaires sont florissantes. La clientèle apprécie de trouver beaucoup de choses, à un prix défiant toute concurrence, sous un même toit.

( Documents coll. priv. )

Alfred est toujours à l’affût d’événements qui peuvent améliorer ses affaires. Dans les années 1940, l’activité musicale roubaisienne se concentre au cœur de la ville, autour des halles, et la rue Pierre Motte se transforme en « rue du jazz ». Les principaux commerces créent leur formation de jazz et de swing. Dans cette rue, nous trouvons l’orchestre de Jean Poulin au 55, le Celtic au 11 (voir précédent reportage), et la Rotonde à l’angle du Boulevard Gambetta. Alfred Devriese constate le succès de ses confrères, et décide de former un orchestre, en débauchant des musiciens (dont Richard Herne) de ses concurrents. Une fois l’époque des zazous et du swing terminée, chacun reprend ses occupations et Alfred retourne à ses casseroles.

( Document Charles Verstraete )

Les années 50 connaissent un bouleversement du commerce de l’électro ménager, et Alfred a bien l’intention d’en profiter. Il distribue les téléviseurs Télérêve, les réfrigérateurs Frigéavia et les machines à laver Flandria fabriquées à Wattrelos. Il remplace son enseigne « le bazar des halles » par son nom propre : les Ets Devriese.

( Documents coll. priv. )

Pour faire face au développement de son magasin, il en fait transformer la façade et installe un auvent, en 1956, pour un montant total de 3.000.000 Frs. En 1966, il se spécialise en installateur agréé GDF et crée un rayon de chauffage central au gaz.

( Documents coll. priv. )

En 1967, arrive la télévision couleur. Alfred compte bien profiter de cette occasion exceptionnelle, pour vendre ses téléviseurs Téléavia.

( Documents coll. priv. )

Alfred Devriese prend sa retraite et cède son commerce, en 1977, à Christiane Vanaldewelt qui va changer complètement l’activité. Le bazar des halles change d’enseigne et devient « Au Grand Marché ». C’est un commerce de fruits, légumes et fleurs ; viennent ensuite un rayon poissonnerie, boulangerie et crémerie.

( Documents coll. priv. )

( Document Archives Municipales )

En 1998, une nouvelle enseigne « Nouveau Siècle » voit le jour. C’est un commerce de bijoux, maroquinerie, cadeaux, bibelots et articles de décoration géré par Nicolas et Hélène Chu.

( Photo BT )

Aujourd’hui, et depuis 2013, nous trouvons un magasin de vêtements et sacs à main, à prix discount, à l’enseigne « Roubaix modes ».

.

Remerciements aux Archives Municipales.

.

Bossu Cuvelier ( suite )

Dans les années 50, le commerce de gros connaît une forte croissance et les demandes d’agrandissement des entrepôts de la rue de Cohem se succèdent : en 1951, 1953, 1960, 1969. Un choix immense est proposé à la clientèle : fers, câbles, cornières, barres, cylindres, tôles. . . Bossu Cuvelier livre désormais des profilés aciers dans toute la région.

( Document coll. Priv. )

Pour les particuliers, Bossu Cuvelier est la première « grande surface » . On y trouve de tout :

– au rez de chaussée, la quincaillerie, des outils de bricolage, de l’outillage électrique.

– à l’étage, auquel on accède par le célèbre escalier carrelé de couleur verte, de la très belle vaisselle, des casseroles de grande qualité, des meubles de cuisine et surtout des jouets.

De nombreux roubaisiens se souviennent d’ailleurs des superbes vitrines décorées, à l’époque de Noël, avec l’animation des trains électriques, dans les années 1960.

( Document coll. Priv. )

En 1976, Descours et Cabaud, un gros groupe industriel de la région Lyonnaise dans le domaine de l’acier, rachète Bossu Cuvelier. L’entreprise devient B.C.D.C « Bossu Cuvelier Descours Cabaud» ; elle est dirigée par Jacques Bossu et Pierre Henri Baye. L’année suivante, pour faire face à son développement de la division aciers, l’entreprise décide de déménager rue de Cohem. L’expansion continue ; Bossu Cuvelier s’étend désormais, sur plus de 16000 m2.

( Document Bossu Cuvelier )

Sur la photo ci-dessus, l’entrepôt de la rue de Cohem. A l’extrême droite, on distingue la maison blanche du concierge ; les toits blancs sont occupés par la division Quofi (Quincaillerie Outillage Fournitures Industrielles) ; les toits noirs sont réservés aux dépôts des aciers, et dans le fond, on aperçoit la voie ferrée et l’embranchement particulier SNCF.

( Document Bossu Cuvelier)

L’ouverture officielle de l’entrepôt se fait en Janvier 1978. Un magasin d’accueil est créé pour les professionnels ( voir un précédent article sur notre site « Une quincaillerie , rue de Cohem » ).

( Document Nord Eclair )

En 1983, le Directeur général de Bossu Cuvelier : Hubert de Courcy fait démolir le deuxième étage du 74 et 74 bis de la Grande Rue, pour des raisons de sécurité.

( Documents Archives Municipales )

Les ventes aux particuliers chutent de plus en plus. La Direction prend la décision, en 1985, de fermer les portes du magasin de la Grande Rue, de se séparer de l’entrepôt du Bld Gambetta, et de se consacrer surtout aux entreprises. Le siégé social est transféré Boulevard Leclerc. Le magasin de la Grande Rue est rasé en 1994.

La démolition du magasin de la Grande Rue. On remarque le célèbre magasin des vêtements Devianne et la bijouterie Six ( Document D Labbé )

Entrepôt du Bld Gambetta ( Document Archives Municpales )

En 1994, l’entrepôt de la rue de Cohem vieillit et devient trop petit. L’entreprise change de stratégie et, pour se rapprocher de ses clients, ouvre des succursales dans les principales villes de la région. Le siège social est transféré à la ZI de Lesquin. L’entrepôt de la rue de Cohem emménage dans les locaux de l’ancienne entreprise Stein, au 7 rue de Sévigné, en contrebas du pont de Beaurepaire, avec un embranchement particulier SNCF, puisque la gare du Pile fait désormais partie de l’entreprise.

( Photo Google Maps )

L’entreprise est rebaptisée Prolians en 2000, et en 2012, Prolians Bossu Cuvelier : le spécialiste nordiste des fournitures industrielles, fête son 150° anniversaire. Il reste le leader incontesté de la visserie, boulonnerie, outillage, vêtements de travail, soudure et matériel électroportatif (visseuses, perceuses, raboteuses…).

( Photo BT )

Aujourd’hui, Prolians Bossu Cuvelier possède 16 magasins dans les Hauts de France ; plus de 300 salariés y travaillent. Les fournisseurs sont réputés, les clients très importants comme Eiffage, Ramery, Arcelor Mittal.

20.000 références sont en stock dans tous les domaines de l’industrie : Produits métallurgiques – Tréfilerie – Outillage et fournitures industrielles – Chauffage Plomberie – Sanitaire – Energies nouvelles – Quincaillerie de bâtiment et d’agencement – Matériel de BTP – Équipements de protection individuelle. Prolians Bossu Cuvelier fait toujours partie du groupe Descours et Cabaud, avec au total 675 points de vente et 13500 salariés.

Actuellement on trouve :

– à la place du magasin de la Grande Rue, un immeuble avec, au rez de chaussée, une agence Pole Emploi,

– au Boulevard Gambetta, la résidence étudiante Nemea,

– à l’emplacement de la rue de Cohem, le parking de l’immense Sté Camaïeu.

 

Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Magali Muset, Arlette Thullier, Lucette Bernardi et Armelle D.

.

Bossu Cuvelier

Léon Bossu naît, en 1835, à Roubaix et Emma Cuvelier naît, en 1842, à Houplines. Ils se marient et ont 4 enfants Marie, Paul, Henri et Albert. Léon est quincaillier. Il crée son commerce avec son épouse, à Roubaix, au 74 Grande Rue, en 1862, à l’enseigne Bossu Cuvelier. C’est un emplacement idéal car c’est une grande artère commerçante de la ville. Les débuts sont difficiles ; à cette époque, les livraisons se font en véhicules hippomobiles, ou en charrettes à bras. Les employés apportent leurs quotas de charbon pour chauffer les bureaux ! La volonté, la ténacité, le sens du commerce du couple Léon Emma permettent cependant d’envisager un avenir prometteur.

( Document coll. Priv. )

Léon développe son commerce de quincaillerie, en se spécialisant en serrurerie, poëlerie, appareils de chauffage en fonte, aciers, fers, cuivres …Il livre également les usines textiles, en petit outillage de tissage et peignage mécanique.

Il stocke ses produits dans un local, au 90 bis de la même rue, et ensuite dans un entrepôt situé derrière son magasin, sur le Boulevard Gambetta, au 81 83, avec un accès beaucoup plus aisé pour les livraisons et les expéditions. Le magasin de la Grande Rue est destiné à recevoir les particuliers, pour la quincaillerie, la serrurerie, le petit outillage etc. A l’étage, on y trouve de la vaisselle, des articles de ménage, de la droguerie. . .

L’entrepôt du Boulevard Gambetta est plutôt réservé à l’activité de grossiste pour les outillages industriels, fers, aciers, tôles …

Les deux bâtiments sont complètement séparés ; il y a juste un accès par une petite porte. Les deux entités sont différentes.

( Document coll. Priv. )

Au début des années 1900, il rachète le 74 bis à un torréfacteur de cafés (Marquette Dusart), et fait transformer la façade des deux magasins réunis. Après la première guerre mondiale, la France a besoin de se reconstruire. Bossu Cuvelier va alors connaître une ascension fulgurante, surtout pour l’activité de gros : division aciers et fers. L’entreprise compte une quarantaine de salariés, dans les années 1920.

( Document BNR )

( Document coll. Priv. )

En 1921, Albert Bossu s’associe avec Camille Dubrulle. Ils font l’acquisition d’un terrain d’environ 8000 m2, rue de Cohem, pour y construire un entrepôt de stockage pour son activité de gros, et fait venir directement l’acier en grosse quantité, en particulier de Lorraine, à des prx négociés au plus bas. C’est un emplacement stratégique, puisque cette parcelle bénéficie d’un embranchement particulier pour les voies ferrées, la gare du Pile étant toute proche. Ce nouvel entrepôt rue de Cohem remplace le dépôt du 90 bis Grande Rue qui n’a plus d’utilité et va être loué, en 1935, aux Ets Delbecque ( machines outils et outillage ).

( Document coll. Priv. )

( Documents Bossu Cuvelier )

L’activité de vente aux particuliers se développant également, le manque de place motive l’entreprise à reprendre les deux maisons voisines, du 76 puis du 78 de la Grande Rue. Le 76 est occupé par un cafetier : Degreve-Verbeurgt, le 78 par B. Nodot de la coopérative des vendeurs de journaux. En 1934, Bossu Cuvelier demande à l’architecte Fernand Lefebvre de Roubaix de transformer les deux maisons en commerce de détail. La façade mesure désormais plus de 30 mètres. L’agrandissement disponible permet d’ajouter des nouvelles familles de produits, comme des articles et mobiliers de jardin.

( Document coll. Priv. )

Tous les dirigeants de Bossu Cuvelier ont eu le sens du commerce, de la publicité et de la communication.

Création d’un panneau publicitaire en 1951 ( Document D. Labbé )

En 1954, Jean Bossu, Directeur de l’entreprise, souhaite transformer les façades des 76 et 78 Grande Rue, car les 2 immeubles sont vétustes et délabrés . Il fait appel à l’architecte Marcel Forrest, de Tourcoing, pour son projet d’amélioration de la façade complète du 74 au 78 pour un investissement de 12.900.000 Frs.

( Document Archives Municipales )

La façade, avant et après ( Documents Archives Municipales )

Bossu Cuvelier devient une société importante, mais garde son esprit familial. Les salariés sont fidèles à leur entreprise. En 1955, Léon Hennebicq devient le doyen des quincailliers de France, car il compte 69 années de présence chez Bossu Cuvelier !Lors d’une cérémonie en la présence de Jean Bossu et de M le maire, Victor Provo, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, d’ Antoine Toulemonde, président de la chambre de commerce. Pour fêter cet événement exceptionnel et rarissime, Jean Bossu décide de fermer le magasin une journée complète.

( Document Nord Eclair )

À suivre . . .

Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Magali Muset, Arlette Thullier, Lucette Bernardi et Armelle D.