Jean Cirez : A VOTRE SERVICE

Jean Cirez naît à Roubaix en 1930. Il passe son certificat d’études, puis enchaîne quelques petits boulots. En 1967, il habite au 69 rue Pellart. Il crée avec son ami André Haelvoet, une petite entreprise de dépannage tous corps d’état ( plomberie, chauffage, électricité, rénovation toitures ) et installe son bureau au 75 rue Saint Louis.

Publicité 1968 ( Document JP Cirez )

Les deux hommes se complètent parfaitement : Jean est technicien et homme de terrain, André est plutôt administratif, il s’occupe des devis, des factures, et de la comptabilité. Pour développer l’activité de dépannage, Jean Cirez fait appel à son frère Claude, menuisier, et à son beau frère Jacques, électricien. Jean et André sont très sensibles au service apporté à la clientèle. Ils déposent donc la marque « A VOTRE SERVICE » pour la petite entreprise.

La petite entreprise A VOTRE SERVICE au 75 rue Saint Louis en 1968 ( Document JP Cirez

Les résultats sont satisfaisants et encourageants, dès le démarrage, si bien qu’en 1971, ils créent une SARL et s’installent dans un local de 312 m2 au 149 rue du Collège, qui était auparavant le siège de la « Société Anonyme de tissus nouveautés ». Ils transforment complètement la façade la même année, en créant une baie vitrée et une porte de garage. Jean habite à l’étage, avec son épouse Gisèle.

( Documents collection privée )

Leur expérience et leur qualité de travail sont très vite reconnues par la clientèle, mais également par les fournisseurs. En 1974, l’entreprise Airelec, fabricant de chauffage électrique, contacte Jean Cirez et André Haelvoet, leur propose d’assurer le Service après vente et la distribution de pièces détachées, en exclusivité, sur six départements. L’accord est conclu. Cette nouvelle activité apporte un complément à celle du bâtiment.

D’autres fabricants vont ensuite accorder également leur confiance aux deux hommes, comme les marques Moulinex, Rowenta, SEB, Krups, Tornado, Electrolux avec le label de qualité  »Pièces certifiées constructeurs ». Dès ce moment, la société devient le centre d’entretien de plus de 30 marques ; cela représente 250.000 pièces détachées, et plus de 15.000 références. Jean Haelvoet décède malheureusement cette même année. Jean Cirez décide de continuer seul l’activité.

A l’extrême droite Jean Cirez et son épouse Gisèle, à l’extrême gauche l’un de ses deux fils, Jean Pierre ( Document JP Cirez )

L’entreprise se développe fortement. 11 véhicules de dépannage composent désormais la flotte de l’entreprise, laquelle compte 14 dépanneurs qui sillonnent la métropole.

Une partie de la flotte, devant le siège au 149 rue du Collège ( Document JP Cirez )

Eric, un des techniciens devant le véhicule plateau Peugeot 504 ( Document collection privée )

Jean reprend le 149 ter de la même rue, en 1980. C’est une simple porte cochère, mais un long couloir permet d’arriver dans un local où il crée son magasin destiné à recevoir la clientèle. Cela lui permet de vendre des pièces détachées toutes marques,  »au comptoir ».

Le comptoir ( Document JP Cirez )

La façade ( Document JP Cirez )

La façade après les travaux ( Document JP Cirez )

En 1984, l’entreprise de Jean Cirez fête ses 18 années d’existence et de succès. C’est l’occasion de célébrer cette réussite, par un verre de l’amitié, avec des membres de la municipalité, les 19 salariés, les principaux clients et fournisseurs.

( Document NE 1984 )

Au début des années 1990, Jean Cirez reprend le 149 bis qui était un atelier de bijouterie. Il peut désormais étendre son activité au 149, 149 bis et 149 ter, ce qui représente plus de 1000 m2 de surface et peut alors transformer complètement la large façade de plus de 18 mètres. Tous les travaux d’aménagement sont, bien sûr, réalisés par l’ensemble du personnel ; quand on s’appelle « A Votre Service » on montre l’exemple : le service bien compris commence par soi-même.

Le nouveau comptoir ( Document JP Cirez )

Depuis le début des années 1990, l’activité du SAV dépasse largement celle du bâtiment. L’entreprise « A VOTRE SERVICE » devient alors, un des plus importants centres agréé de France, en matière de Service après vente. De très grosses entreprises comme Darty, Boulanger, Auchan, La Redoute, Carrefour doivent faire appel à l’entreprise Cirez pour la garantie des appareils électro-ménager des constructeurs.

( Document JP Cirez )

En 1993, Jean Cirez décide de prendre une retraite bien méritée. A cette occasion son ami, André Diligent, lui remet la médaille de la ville. Jean transmet l’entreprise à ses deux fils, Jean-Pierre et Pascal, qui vont continuer l’activité. Jean garde cependant un œil bienveillant sur l’activité de la société.

( Document VDN )

Jean Cirez décède malheureusement en cette fin d’année 1993, l’activité continue de façon satisfaisante. Au début des années 2000, les premières difficultés apparaissent : la réduction des marges bénéficiaires, les tensions sociales au sein de l’entreprise, les super marchés de bricolage sont une concurrence directe pour l’activité bâtiment, et en ce qui concerne le SAV, les particuliers s’approvisionnent sur Internet. En 2008, l’entreprise cesse son activité, et ferme ses portes, après 44 ans d’activité. De très nombreux clients de toute la région, gardent encore un très bon souvenir de l’entreprise « A VOTRE SERVICE »

( Document JP Cirez )

Remerciements aux Archives Municipales, et à Jean Pierre Cirez, pour son témoignage et sa documentation.

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Devianne ( suite )

Jean et Michel Devianne sont toujours à l’affût de nouveautés pour le développement de l’entreprise : création de la « jeannerie », avec la mode des jean’s, le lancement d’une gamme complète de blousons en cuir, un service de retouche immédiat, une fermeture tardive le mercredi soir, une ouverture exceptionnelle certains dimanches, l’organisation de l’anniversaire du magasin avec une voiture à gagner…

Michel Devianne choisit ses peaux avec le plus grand soin. Il apprécie en priorité la qualité et la souplesse des cuirs

Publicités ( Documents Nord Éclair )

Jean et Michel Devianne, sont des commerçants et des hommes d’affaires, certes, mais ont le cœur sur la main, et sont engagés pour leur ville avec différentes missions civiles et caritatives. Jean crée l’Accueil Fraternel Roubaisien au 35 rue Pellart : maison qui reçoit la nuit, des sans abris, et des personnes en situation précaire.

Michel s’occupe de l’association Amitié Partage, qui aide des hommes et des femmes en difficultés, à se remettre debout. Il sera d’ailleurs Président d’Amitié Partage pendant quelques années. Michel est également l’initiateur, avec Guy Talpaert, de l’hôpital qui porte son nom. En récompense de toutes ces actions, Michel a reçu la médaille d’or de la ville de Roubaix.

Jean Devianne est juge, puis président du tribunal de commerce de Roubaix. Il est également président de l’UCC Union des Commerçants du Centre. Il organise toutes les campagnes publicitaires des commerçants, les fêtes en centre ville qui ont une renommée régionale.

Jean Devianne, juge au Tribunal de Commerce (document Michel Devianne )

En 1972, Michel Devianne ( huitième génération ! ) devient président du conseil d’administration de la société. Il rachète la maison voisine, au 72 Grande rue. Ce petit commerce inoccupé était auparavant l’agence immobilière NIC, gérée par R Declercq dans les années 1960-1970, et autrefois le magasin de fourrures de Mme Matton dans les années 1950.

Michel fait alors transformer toute la façade du magasin, agrandir la porte d’entrée et créer une nouvelle vitrine, et une porte d’entrée supplémentaire pour la  »jeannerie ». Il devient ainsi le voisin immédiat de Bossu Cuvelier au 74. Il continue de faire confiance à l’architecte Emile de Plasse.

Michel est membre de la chambre de commerce, à l’époque de la fusion avec celle de Lille.

Nouvelle façade ( Documents Archives Municipales )

En 1976, le premier magasin VETIR ouvre à Englos, en face d’Auchan ; il est rapidement rebaptisé « Devianne ». C’est un changement de stratégie pour l’entreprise : ouvrir un magasin en périphérie, dans une zone commerciale, et donc délaisser quelque peu les centres-villes. C’est la première grande surface, vendant des vêtements, hors des villes. En 1983, la société Devianne fête son 101° anniversaire.

( Document Nord Eclair )

Michel Devianne rachète les N° 9, 11 et 13 du Boulevard Leclerc en vue d’agrandir le parking. L’accès sera ainsi plus aisé sur le Boulevard que sur la Grande Rue.

( Documents Archives Municipales )

En 1988, le projet d’extension de 208 m2, à l’arrière du magasin, permet de développer la surface de vente de manière très significative. Le nouveau bâtiment est construit sur une partie du parking ouvrant sur le Boulevard Leclerc. La démolition d’un petit garage de 35m2 est nécessaire.

( Document Archives Municipales )

( Documents Archives Municipales )

La création de la collection femme amène, en 1989, un confort d’achat pour le consommateur, car il peut désormais trouver sous un même toit, les vêtements pour Monsieur et Madame. « Devianne pour Elle » devient le nouveau slogan publicitaire car la mode se conjugue aussi au féminin.

Document collection privée

En 1998, la Municipalité envisage un projet d’urbanisme très important et instruit une étude de faisabilité :

– le rachat du terrain de l’ancienne entreprise Bossu Cuvelier, rasée en 1994, permettrait de prolonger la rue du Collège, afin d’arriver sur le Boulevard du Général Leclerc.

– la reprise du magasin Devianne au 70 72 de la Grande rue, deviendrait nécessaire, car il se situe à proximité immédiate.

– la station Midas de la place de la Liberté, serait déplacée sur un autre emplacement.

– la création d’un immeuble pour l’entreprise Devianne pourrait alors voir le jour, sur un terrain de 3695 m2, dont 1381 m2 de commerces au rez de chaussée, et de 1457 m2 de bureaux pour les 2 étages.

Le terrain en question, serait desservi à la fois par le 70 72 Grande rue, par la place de la Liberté à la limite du N° 5, et par le boulevard Leclerc, à la limite du N° 17.

Le projet est abandonné par la municipalité.

Documents archives Municipales

Le magasin de Roubaix ferme à l’aube des années 2000 ; le magasin de Tourcoing ferme quelques années plus tard. Désormais, l’Entreprise Devianne va confirmer son intention de privilégier les commerces en zones commerciales, plutôt qu’en centre-ville.

En 2005, Michel Devianne a 69 ans. Il souhaite prendre une retraite bien méritée. Ses enfants, ne désirent pas reprendre sa succession, ni continuer dans le domaine du textile, qu’ils estiment fragile. La société Devianne, forte de ses 37 points de vente, est alors cédée à Joël Toulemonde, qui était auparavant le Directeur Général de l’entreprise.

Celui-ci développe l’entreprise en reprenant de nombreux points de vente : 7 magasins Magvet en 2005, 3 magasins Capmod en 2006 et 11 magasins Stanford en 2010. Le groupe Devianne s’appelle désormais « Verywear ». Son siège se trouve à Wasquehal, dans la zone de la Pilaterie, et plus de 40 magasins sont implantés aujourd’hui sur la moitié Nord de la France.

Photo BT

Le magasin Devianne de la Grande Rue, est loué, en début d’année 2011, à Kilic Mehtap. Il ouvre une solderie à l’enseigne CKDO, mais le point de vente ferme quelques mois plus tard. Depuis, le bâtiment est inoccupé et se dégrade irrémédiablement.

Document collection privée

Depuis 1754, Devianne, c’est une histoire taillée sur mesure. Le petit artisan a fait place au tailleur, puis au maître tailleur. Le petit commerce, a laissé sa place au grand magasin en centre ville, dans un esprit succursaliste, puis au super-marché du prêt à porter en zone commerciale. Les huit générations Devianne ont toujours été capables de s’adapter à la pointe du progrès, toujours en avance sur leur temps, et d’anticiper l’évolution du commerce des « textiliens ».

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Michel Devianne, pour son témoignage et sa documentation

Un morceau de rue disparaît

Mai 1999, l’annonce paraît dans les journaux, on va amputer un morceau de Grand Rue, celui qui fermait le rectangle de la place de la liberté à partir de la rue Jean Monnet (ex rue Pauvrée). De l’autre côté du trotttoir c’était autrefois le magasin Nord et Loire qui a disparu (entre autres) pour laisser place à l’entrée de l’ensemble Géant Casino. On va prépare maintenant s’attaquer à la suite de l’alignement des magasins existants pour l’arrivée d’un nouveau cinéma, à ce moment prévu le complexe australien Village Road Show.

Quels sont les immeubles qui vont être abattus ? Il s’agit des n° 43 au 51, des commerces plus que centenaires. Ainsi le n°43 fut-il longtemps un café tenu par M. Vanongeval puis après la seconde guerre, sous l’enseigne « Au Forgeron » par Jules Prez, professeur de musique. C’était aussi le siège des transports en commun Lebas et Dumont et du Trait d’Union Messagers au début des années soixante. Les chaussures Sam viennent s’y installer en 1968 et s’y trouvent encore au moment de la démolition.

Le magasin de chaussures Sam au n°43 Coll particulière

Le n°45 était la célèbre chemiserie de la famille Hamard, à l’enseigne des « Cent mille cravates ». Depuis les années soixante dix, le magasin était occupé par les Tricots Nord Maille.

Les cent mille cravates au n°45 Coll Particulière

Le n°47 a toujours été occupé par un bijoutier, M. Masquelier auquel succéde M. Meurisse à la fin des années soixante. Le n°49 fut longtemps l’échoppe d’un tailleur M Verhelle, puis M. Leroy-Verhelle, avant de laisser la place à la maroquinerie « Au cuir de France », au début des années soixante dix.

Vue aérienne des premiers numéros Photo NE

Le 49bis, c’était la célèbre bijouterie de M Fourgous, « au Coeur d’or », auquel succède M. Daraut. Puis le magasin Lano, confections hommes, s’y installe, tout droit venu de la rue de Lannoy au moment de sa démolition en 1964. Le photographe Bourgeois prendra la suite pendant les années quatre-vingts, venant de la rue Pauvrée. Il se réinstallera par la suite dans la Grand Rue, un peu plus haut, au n°33.

La bijouterie Fourgous, au cœur d’or Coll Particulière

Depuis les années vingt, on pouvait trouver au 49ter les Galeries Ste Anne, mercerie, soieries, tricots. En 1979 l’Office du tourisme y fait un passage avant de s’installer dans l’ancienne entrée du cinéma Casino place de la liberté. Dans les derniers temps, on y trouve Abrinor, une agence immobilière.

Les Galeries Saint Anne au n°49 Coll Particulière

Le n°51 était occupé par les tissus Lesur, puis Massard. Le fabricant de matelas et de literie Cheval vient s’adjoindre aux négociants, en même temps que les jardins populaires de Roubaix.

Vue des derniers bâtiments à démolir Coll Particulière

Le n°53 échappera aux démolitions, c’est un café tenu par Georges Desmytter, qui porte au moment de la démolition l’enseigne des Olympiades.

Les olympiades, le café survivant Coll Particulière

L’ensemble de ces bâtiments disparaît en 1999. C’est en 2004 que s’ouvre le Duplexe, des œuvres de Michel Vermoesen et Daniel Najberg, célébrant le retour du cinéma dans une ville qui en était privée depuis 1986.

Le Duplexe Vue Google Maps