Chaussées de l’avenue Delory

A l’origine, la chaussée de l’avenue des Villas (première dénomination de l’avenue Delory) est simplement couverte de scories. On songe très vite à un revêtement plus efficace, et c’est ainsi que l’avenue va être empierrée tronçon après tronçon par l’emploi de Macadam. C’est une technique d’empierrement développée par un écossais, M. Mc Adam, et qui consiste à étaler des couches de pierres de plus en plus petites, les plus grosses à la base et les plus fines au dessus, l’ensemble étant ensuite compacté.

En 1906 on envisage d’effectuer cette opération depuis la rue de Barbieux jusqu’à la rue de Beaumont en utilisant en sous-couche des cassons de porphyre, recouverts de gravier de St Omer sur une largeur de 12 mètres. Jules Noyelle, conseiller municipal, explique que cette partie de l’Avenue des Villas est assez fréquentée pour qu’on améliore la viabilité qui est très mauvaise. Les rechargements en scories que l’on y fait fréquemment n’ont pas de durée efficace… Louis Cauche obtient l’adjudication et effectue les travaux.

Document archives municipales

En 1907, M. Watel-Dhalluin et plusieurs autres propriétaires demandent la construction d’un aqueduc dans l’axe de l’avenue. Ce conduit se déverserait dans les fossés et les étangs du parc Barbieux. La municipalité refuse de polluer le parc. Néanmoins, la question de l’aqueduc se pose. Le fameux fossé sera couvert et séparé des étangs dans les années 20. L’aqueduc de l’avenue Delory pourra alors s’y déverser.

En 1910, on termine l’empierrement de la partie entre les rues de Barbieux et Lenôtre. Pour la plus grande partie de l’avenue la chaussée n’est bordée que de bas-côtés herbeux plantés d’arbres.

L’avenue en 1936 – Photo Collection B. Thiebaut

Les travaux resteront au point mort jusqu’après la guerre, et la chaussée va se dégrader progressivement. L’avenue est boueuse l’hiver et poussiéreuse l’été. Une partie des arbres plantés à l’origine, situés entre les fermes de Gourgemetz et de la Haye vont ensuite disparaître. Pour quelle raison ? Ils seront replantés dans les années 50. Deux photos aériennes de 1950 et 1957 nous le montrent :

Photos IGN

En l’espace de sept ans, les fermes et les champs ont été remplacés par des lotissements. Les travaux ont sans doute contribué à dégrader les trottoirs, car les journaux se font l’écho des nouveaux riverains qui dénoncent l’état des accès aux habitations, et attendent impatiemment les travaux de voirie nécessaires. C’est chose faite en 1957. On aménage les trottoirs et on replante les arbres manquants. Notez les moyens techniques utilisés qui sont un « must » pour l’époque : le camion GMC récupéré des surplus militaires et la pelle mécanique à câbles. C’est également à cette époque qu’on recouvre la chaussée de tarmacadam.

Photos Nord Eclair 1957

L’avenue commence à prendre l’aspect qu’on lui connaît. Les prochains aménagements concerneront essentiellement les mesures de sécurité à prendre concernant la circulation qui va progressivement se densifier.

 

La fin de l’avenue des Villas

Les travaux de terrassement de l’avenue des Villas sont à peine terminés que les destins de ses deux parties constitutives sont amenés à se séparer. Monsieur Wattine fait remarquer au conseil municipal en 1907 que ce nom unique ne fournit qu’une indication trop vague pour situer un lieu et s’y diriger, et que les autres boulevards de ceinture ont été découpés pour cette même raison. Par ailleurs, on peut remarquer que l’angle droit que forme cette avenue en son milieu suggère des voies différentes. Enfin, elle présente au début du 20ème siècle un manque d’unité évident : une première partie, celle touchant au parc Barbieux, est bordée de belles villas, puis l’avenue traverse une vaste zone coupe à travers champs. Enfin, après le virage, s’installent des usines dans un quartier au caractère plus industriel et populaire .

Plusieurs propositions sont faites pour découper l’ avenue en deux ou en trois parties. Elles s’accordent pour suggérer que la partie située entre la route de Roubaix à Lannoy (rue de Lannoy ) et nouveau boulevard de Roubaix à Hem (boulevard Clemenceau), prendrait la dénomination d’Alfred Motte ; le reste, jusqu’au parc Barbieux, conserverait le nom d’avenue des Villas. La séparation est effective sur ces bases en 1914. Les deux avenues, maintenant séparées, vont désormais évoluer de manière indépendante.

Pour la future avenue Delory, son extrémité côté Barbieux prend tout de suite l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Les industriels, très vite attirés par la proximité du « beau jardin », viennent y installer « campagnes » et villas bourgeoises dès avant la première guerre.

La descente de l’avenue Delory vers le Parc de Barbieux

Quant au reste de l’avenue, son caractère champêtre persistera près d’un demi siècle. Elle continuera à traverser la campagne, uniquement bordée par les fermes anciennes de Gourgemetz et de la Haye, jusqu’à ce que les lotissements de maisons individuelles ne remplacent les champs à partir des années 50.

Finalement, l’avenue des Villas ne prendra le nom de Gustave Delory  par une décision du conseil municipal en 1925.

Photos collection B. Thiebaut

Avenue des villas : un prolongement

L’avenue des Villas est maintenant ouverte entre la rue de Lannoy et la rue de Barbieux. Pour se rendre au parc, il est prévu d’emprunter la rue Montyon, qui n’est pas achevée. Elle est toujours barrée par une construction, et constituée par le tronçon d’un ancien sentier communal. De plus, elle forme un angle important avec l’avenue des Villas, et sa largeur prévue n’est que de douze mètres contre 30 à l’avenue des Villas. Ces inconvénients inspirent un autre plan : plutôt que de réaliser enfin la rue Montyon, pourquoi ne pas prolonger l’avenue des Villas en ligne droite par une voie de même largeur qu’elle ?

Le prolongement imaginé – Document archives municipales.

 Les propriétaires des terrains nécessaires à la prolongation de l’avenue sont essentiellement la société Lemaire Lefebvre, Edmond Ternynck-Dorneuil, ainsi que Pierre Delsalle-Defives, qui possède les bâtiments situés le long de la rue de Barbieux, juste dans l’alignement de l’avenue qu’ils barrent entièrement.

Dans une lettre datée du 21 Février 1899, certains des propriétaires concernés acceptent de céder les terrains nécessaires pour prolonger l’avenue entre la rue de Barbieux et l’avenue Lenôtre « en prolongation directe et sans courbe ». La ville s’engage à racheter ou à exproprier les deux propriétés implantées sur le passage de la voie, et à déclasser la rue Montyon, en restituant le terrain sur laquelle elle a été tracée. Ce terrain avait été cédé gratuitement quelques années plus tôt par Maxime Brame, qui le tenait de son père, Jules Brame, député et sénateur, également propriétaire du château de Beaumont à Hem. Le reste de ses propriétés a ensuite été cédé à la société Lemaire et Lefebvre, qui les a acquises en 1896. C’est donc elle qui récupérerait les terrains libérés par la rue Montyon.

Un obstacle toutefois , Edmond Ternynck, qui possède un terrain situé le long de l’avenue Lenôtre entre la rue Bossuet à la rue Montyon, et peu soucieux de voir ce terrain amputé et coupé en deux, entend contraindre la ville à tenir ses premiers engagements en ce qui concerne la rue Montyon. Il refuse tout arrangement amiable.

Le tracé est en nette pente (3,4 %) vers l’avenue Lenôtre et les eaux devront s’y déverser. Il faudra y construire un acqueduc pour les recevoir. Le projet est approuvé par le préfet et déclaré d’utilité publique en janvier 1901.

Document archives municipales

On procède activement aux formalités d’expropriation, d’indemnisation et d’acquisition des immeubles en vue de démolition. Edmond Ternynck, mis devant le fait accompli, accepte finalement un règlement à l’amiable. La rue Montyon est déclassée et supprimée, les servitudes la concernant disparaissent et les terrains qui la constituaient sont redistribués à leurs anciens propriétaires.

Les travaux peuvent démarrer. On se borne à niveler la voie nouvelle et à recouvrir le sol de cendrées. Les riverains vont pouvoir construire le long de la nouvelle avenue.

 

 

Les travaux laborieux

Document Archives municipales

L’adjudication est faite à Jules Desplanques, entrepreneur à Roubaix, choisi parmi six soumissionnaires. Le cahier des charges, établi en septembre 1876, précise que l’entrepreneur doit terminer les travaux dans un délai de huit mois sous peine d’une amende de 10 francs par jour de retard. La partie entre Barbieux et la rue Carpeaux doit être terminée dans les trois mois.

Les travaux commencent dans le courant du mois de novembre 1896 au droit de la rue Carpeaux. Ceux-ci sont réalisés à la pelle, les déblais étant transportés à l’aide de wagonnets traînés par des chevaux sur des rails provisoires. Pour parvenir au profil prévu par le service de la voirie, il faut araser des buttes, au niveau de la rue de Barbieux, de la rue Carpeaux, au débouché de la rue Henri Régnault, après le boulevard de Fourmies. L’entrepreneur est tenu de commencer les travaux au droit de la rue Carpeaux, point le plus bas prévu pour la première partie du tracé.

Le profil en long de la future avenue.
On voit bien que la voie future descend continuellement depuis la rue de Barbieux jusqu’au point bas au carrefour de la rue Carpeaux, puis remonte jusqu’au boulevard de Fourmies avant de redescendre jusqu’à la rue de Lannoy.

Mais rien ne semble se passer comme prévu. En février 97, une note de service adressée à M. Desplanques, déplore que …les travaux de terrassement vers la rue de Barbieux marchent avec une lenteur désespérante, et menace d’appliquer les sanctions prévues au cahier des charges,  les travaux étant arrêtés soit par le mauvais vouloir soit par l’impuissance de l’entrepreneur...

Au mois de juin, les riverains se plaignent également et constatent qu’…il est notoire que M. Desplanques est incapable de donner aux chantiers l’activité nécessaire pour assurer l’achèvement des travaux, même avant la mauvaise saison.

L’entrepreneur est mis en demeure d’augmenter le nombre des ouvriers et de terminer les travaux.

Fin juillet, il est constaté qu’il n’est qu’à la moitié de sa besogne, et qu’il organise mal le travail de ses terrassiers  faisant conduire à plus de 150 mètres des terres qui trouveraient leur emploi à moins de 20 mètres du lieu d’extraction… et que par ailleurs, les travaux réalisés ne sont pas satisfaisants : l’aqueduc est construit avec des briques absolument informes, la chaussée est insuffisamment remblayée, contrairement aux ordres reçus. Les autorités menacent de refuser la réception des travaux, de ne pas payer le transport des remblais sur les trottoirs, et d’organiser une régie au compte de l’entreprise. L’entrepreneur proteste en arguant de la pluie, du mauvais état du sol.

Carte de 1886 surchargée du tracé des voies nouvelles- document archives municipales

Les seuls points possibles pour l’évacuation des eaux étaient le riez des trois ponts, près de la rue Carpeaux, l’aqueduc de la rue de Lannoy et la drève de l’Espierre dans le quartier de la Justice.

En mars 1898, la rue n’est toujours pas utilisable, et les riverains se plaignent. Le directeur du service de la voirie constate lors d’une visite qu’il n’y a qu’un seul ouvrier sur le chantier ! La circulation des tramways, arrêtée par les travaux rue de Lannoy, doit impérativement être reprise, sous peine de dommages et intérêts à la compagnie des tramways. Les plantations d’arbres prévues ne pourront être faites à la saison prévue. En juin, il a accumulé une amende correspondant à 226 jours de retard !

Au moment de solder des travaux, en mai 1899, on constate que l’entrepreneur a dépensé plus que les crédits prévus. Il faut imputer cela au budget supplémentaire de l’exercice courant.

En Décembre 99, l’entrepreneur proteste par voie d’avocat contre la somme qu’on lui alloue pour la réception des travaux, la déclarant insuffisante. Le service de la voirie lui répond que si des conseils lui ont été donnés, c’est sur sa demande formelle et parce que le soussigné le sait presque illettré et incapable de lire et d’appliquer un plan…  et qu’enfin, il n’est rien dû à M. Desplanques».

Celui-ci revient à la charge en octobre 1901 pour dire que c’est la mairie qui l’a obligé à commencer les terrassements au niveau de la rue Carpeaux, dont l’aqueduc n’était pas encore construit et qu’à cause de cela,  … la ville a rendu le travail… d’une difficulté inouïe. L’eau jaillissait au premier fer de louchet.  Il décrit les difficultés des travaux : les chevaux… s’enfonçaient jusqu’au ventre… et  toutes les terres se vidaient au fond de la tranchée au fur et à mesure qu’on la vidait… On était parfois des journées sans avancer d’un millimètre. Il demande donc, en raison des difficultés exceptionnelles de terrassement et des transports, une plus-value

Enfin les travaux s’achèvent et la rue est tracée. Elle consiste en une chaussée recouverte de scories, sous laquelle est placé un aqueduc central, et deux trottoirs plantés d’arbres. Elle traverse les champs. En 1906, le Ravet Anceau signale, près de la rue de Barbieux, la présence d’un estaminet côté impair, de trois maisons côté pair, et rien d’autre avant l’usine de velours Motte-Bossut qui vient d’être construite (1903) à l’autre extrémité de l’avenue.

L’avenue dans les années 30, vue prise en direction de Barbieux – Photo Collection Bernard Thiebaut

 

 

 

 

 

Un nouveau boulevard de ceinture

Désireux d’obtenir une desserte pour leurs terrains, les propriétaires concernés par le projet du nouveau boulevard de ceinture s’engagent en mars 1891 à céder gratuitement les parcelles nécessaires à la construction d’un boulevard de 30 mètres de largeur entre la rue d’Hem et la rue de Lannoy, à condition que la ville exécute à ses frais dans l’année 1892 les travaux de nivellement. Ils s’engagent également à intervenir pour les 2/3 dans les frais de pavage. En 1895-96, la proposition s’étoffe : les futurs riverains proposent maintenant de céder les terrains situés entre la rue de Barbieux et la rue de Lannoy. Ils s’engagent également à contribuer pour une somme de 30 Francs du mètre d’avenue aux travaux de construction, à poser les bordures de trottoir et à mettre en bon état des trottoirs d’une largeur de 8 mètres. Ceux-ci seront pavés sur trois mètres, le reste étant simplement empierré. La ville devra niveler la route large de 14 mètres et poser un aqueduc central, planter d’arbres l’avenue, et proposer à la compagnie des tramways l’établissement d’une ligne empruntant la voie nouvelle et la reliant à la gare.

Profil en travers de la nouvelle voie

Ces riverains sont, pour la partie entre les rues de Barbieux et l’actuelle rue Edouard Vaillant (chemin n° huit) Paul Masurel, Constant Legrand et la veuve Spriet-Pluquet. Ensuite, jusqu’à la hauteur de la ferme de Gorghemetz, Auguste Pigouche-Beaucourt. Les terrains aux environs de l’actuelle rue Carpeaux sont la propriété des hospices de Roubaix et, à partir de la rue Henri Regnault jusqu’au chemin numéro neuf (l’actuelle rue du chemin neuf), incluant la ferme de la Haie, la société Lefebvre et Lemaire, dont le mandataire est Julien Lefebvre-Delemazure, négociant, 44 rue du Curoir. On trouve enfin jusqu’à la rue de Lannoy la veuve Constantin Descats et les héritiers Leconte-Baillon.

Le directeur de la voirie municipale attire l’attention du conseil sur l’intérêt qu’il y aurait à ouvrir cette voie, rappelant le succès rencontré par l’ouverture de la précédente ceinture (les boulevards de Reims et de Lyon). Il décrit cette nouvelle artère qui partirait de la rue Montyon jusqu’au débouché de la rue Descats qui serait incorporée dans son tracé. Il précise que la voie pourra facilement être prolongée jusqu’à la route de Leers, au-delà de la voie ferrée, pour constituer la nouvelle ceinture au sud de Roubaix.

Une délibération du conseil municipal, considérant que des usines commencent à s’installer sur ces « vastes plaines », représentant une population de près de 1000 ouvriers et potentiellement 200 maisons, adopte l’idée de la création de cette nouvelle avenue.

Tout est désormais prêt pour passer à la phase active de la réalisation du projet .

Les documents proviennent des archives municipales

 

 

 

En prélude à l’avenue des Villas

Dans les années 1880, au moment où il est question de créer un boulevard de ceinture incluant ce qu’on va plus tard appeler le nouveau Roubaix, le quartier du Huchon ou de Barbieux n’était desservi que par le Chemin de Barbieux, menant de la rue du Moulin à Croix. Sur cette voie venait s’embrancher les boulevards de Douai et Lacordaire, constituant, à l’époque, la ceinture ainsi que, plus vers Croix, un chemin menant à Hem en passant par la ferme Gorghemez, et une voie à peine ébauchée, qui deviendra la rue Bossuet, vers le parc nouvellement créé. Par ailleurs, un sentier remontant à plusieurs siècles, dit du Vert Baudet à Croix ou sentier du Huchon, s’embranchait également sur la rue de Barbieux, mais il a été fermé « lors de la construction de la promenade » (le parc). Il est rouvert partiellement par décision municipale du 1er juin 1880 à la suite d’une pétition des riverains du quartier : Il est représenté sur la carte par une ligne pointillée partant du parc et rejoignant en formant un angle la rue de Barbieux.

Ce sentier desservait plusieurs propriétés, mais, à la réouverture, les alignements n’ont pas été précisés, ce qui pose immédiatement des problèmes aux riverains. En 1886 M. Edmond Ternynck demande de construire une mur de clôture le long du sentier du Huchon (qu’on appelle aussi rue Monthyon), ainsi que le long de la rue de Barbieux et un troisième face au parc. Le directeur de la Voirie municipale regrette que les limites du sentier n’aient pas été fixées suffisamment, et précise qu’il faut soit élargir le sentier pour tracer une rue de 12 m de large (ce qui nécessite une série d’expropriations), soit supprimer complètement ce sentier, qu’il appelle « du vert Baudet ». Il préfèrerait qu’on déclasse cette rue pour privilégier un accès au parc Barbieux par un nouveau boulevard de ceinture, empruntant le boulevard Lacordaire et se dirigeant vers la rue de Lannoy., ceci pour « …réunir au parc Barbieux, pour y retenir la population qui tend à s’établir sur Croix, toute la partie du territoire comprise entre le parc et les limites des communes de Croix, d’Hem et de Lys » (pour nous le Nouveau Roubaix).

En octobre, les frères Georges et Max Brame, MM. Leveugle et Edmond Ternynck acceptent l’abandon gratuit des terrains nécessaires à l’élargissement à 12 mètres du sentier et le tracé de la rue Monthyon. Les frères Brame assortissent cette promesse à l’expropriation des immeubles gênant le débouché de la rue vers la rue de Barbieux. En effet, des immeubles appartenant à M. Pierre Delesalle-Defives existe à cet endroit. Le sentier l’évitait grâce à une courbe, mais il se trouve juste sur le nouveau tracé. Cet immeuble est occupé par plusieurs locataires, dont M. Jules Roger , qui tient un cabaret à l’enseigne du vert Baudet, et il faudra également indemniser ces gens.

En Janvier 1887 le conseil municipal approuve le tracé, récupère les terrains et le préfet du Nord entérine les dispositions prises. Pourtant, les autorités municipales décident de laisser provisoirement en l’état le débouché actuel dans la rue de Barbieux. La nouvelle rue est classée et répertoriée, mais n’est donc que partiellement tracée, car son accès à l’Est reste à réaliser. Apparemment, les choses en restent là plusieurs années, jusqu’en 1896, au moment où on projette le percement de l’avenue des Villas, qui doit aboutir à cet endroit même. A cette époque aboutit l’accord entre M. Delesalle et la municipalité pour la session du terrain et des bâtiments situés dans l’alignement. On imagine alors de d’élargir la rue Monthyon jusqu’à une largeur de 30 mètres, au lieu de 12 initialement prévus. Celle-ci pourrait ainsi servir de prolongement à l’avenue des Villas qui doit faire cette largeur. Mais d’autres bâtiments appartenant à M. Delesalle empiètent sur le nouveau tracé élargi.

 Les deux projets vont finalement se rejoindre et se confondre : Les riverains de l’avenue des Villas proposent plutôt de déclasser la rue Monthyon, puisque « l’engagement des propriétaires se trouvant caduc par suite de la non exécution de l’engagement de janvier 1887 », et de créer le prolongement dans l’alignement de la future avenue. C’est cette solution qui sera choisie. Il faudra alors, par toute une série d’échanges et de tractations rendre les terrains constituant la rue Monthyon et en acquérir d’autres pour prolonger l’avenue des Villas, ce qui scellera le bref destin de cette rue : tracée pour remplacer un chemin séculaire, elle sera, aussitôt née, supplantée par une avenue de prestige, chargée de retenir et attirer la population de ce qu’on appelle déjà « le beau jardin », pour constituer un des plus beaux quartiers de Roubaix.

 Les documents utilisés proviennent des archives municipales

 

 

 

 

Avant l’avenue des Villas

En 1884, la partie sud de Roubaix, que l’on appelait « Roubaix Campagne », n’était constituée que de terres agricoles et de quelques hameaux. Ces terres dépendaient de quelques grosses fermes : Gourgemez, la Haye, la Petite Vigne, Maufait, l’Espierre, le Petit Beaumont… La population de la ville s’est considérablement développée et la partie sud va s’urbaniser progressivement : les usines et les habitations vont gagner ces zones potentiellement libres.

Pl1884-96dpiPlan cadastral de Roubaix Sud en 1884 – Document archives municipales

On veut donc structurer cette zone en traçant des voies le long desquelles s’implanteront les nouvelles constructions. Un projet de boulevard de ceinture se décide dès 1866. Il sera constitué des boulevards Lacordaire, de Reims, de Lyon et de Mulhouse pour relier le quartier de Barbieux à la gare de Roubaix-Wattrelos. Le projet se réalise vers 1888.

Entre temps les terres agricoles ont été, pour une bonne part, reprises par diverses sociétés,  et en particulier par la société Lemaire frères et Lefebvre, qui possède alors la majeure partie de ce qui constitue aujourd’hui le Nouveau Roubaix.

On retrouve souvent le nom de cette société lorsqu’il est question de tracer des voies nouvelles, dans les années 1890 . Certains terrains sont rachetés pour implanter la place du Travail en 1891, le boulevard de Fourmies, jusqu’à la place de l’Avenir, en 1892 et la rue Carpeaux en 1896. D’autres terrains sont cédés gratuitement, par exemple, ceux qui sont nécessaires à la prolongation du boulevard de Fourmies. Enfin, cette même société propose aussi de céder à la Ville des rues qu’elle a construites sur ses propriétés : c’est le cas de la rue Henri Regnault en 1891, la rue Meissonnier en 1895, la rue David D’angers, la rue Rubens et la rue Philibert Delorme en 1896. La société Lemaire frères et Lefebvre construit également des maisons dans le nouveau quartier.

Les ouvertures de rues et les constructions se multipliant, la municipalité veut voir plus grand, et construire une ceinture plus large, qui englobera toute cette zone et reliera la rue de Lannoy et Barbieux, en restant proche des limites de la commune.

QuartiersSud-1896--96dpiPlan des quartiers sud en 1896,  en noir les rues existantes, en rouge les voies projetées Document archives municipales

Dans un rapport au conseil municipal en 1896, le directeur de la voirie propose l’ouverture, entre le chemin de Barbieux et la rue de Lannoy, d’une avenue dite « des villas ». Il souligne l’engagement des propriétaires de céder les terrains concernés à titre gratuit pour que cette ouverture se réalise. Le projet va donc pouvoir prendre corps.