La rue du Gaz

Le 12 décembre 1866, la compagnie Desclée frères et compagnie, dite « compagnie du gaz », sise depuis 1834 le long de la rue du Cul de four, adresse une lettre à la ville de Roubaix, demandant la permission d’annexer une rue qui traverse les terrains de l’entreprise, la coupant en deux. Cette rue, située dans le prolongement de la rue de L’Alma, fait 7 mètres de large, et met depuis toujours en communication le hameau du Cul de four et le quartier du Fontenoy. La compagnie propose de la remplacer par une voie de 12 mètres, située à peu de distance, qu’elle paverait et viabiliserait à ses frais. Cette nouvelle voie de communication prolongerait la rue Jacquart dénommée alors la rue Paulus.

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Trait perfide au passage, la compagnie conteste la propriété de cette voie à la ville, puisqu’elle n’a jamais fait l’objet d’un classement, et n’a jamais été entretenue par la commune.

Après recherche dans les archives, la commission municipale établit en février 1867 qu’à l’origine cette voie était dénommée carrière Toussaint, dite petite rue du Gaz et, en tant que carrière, on lui avait attribué la largeur réglementaire à l’époque soit trois mètres. Elle souligne, par ailleurs, l’intérêt d’utiliser cette voie pour prolonger la rue de l’Alma qui pourrait alors relier ainsi en droite ligne la rue de Mouvaux au pont des Couteaux sur le canal en cours d’exécution. La commission des rues conclut que, dans l’intérêt général, il faut conserver cette rue à la commune.

L'usine à gaz – Document Médiathèque de Roubaix

L’usine à gaz – Document Médiathèque de Roubaix

Deux mois plus tard, -est-ce une coïncidence-, la compagnie projette d’augmenter le prix du gaz, arguant du renchérissement du charbon. Pour qu’on ne puisse contester sa propriété sur la ruelle, la ville fait paver la voie, mais sur toute sa largeur, empiétant donc sur le terrain de la compagnie, puisque la carrière n’est censée faire que trois mètres de large. La compagnie réplique par voie d’huissier, pour faire enlever les pavés nouvellement posés.

Parallèlement, la compagnie fait une proposition de conciliation : elle offre, en compensation de la perte de la ruelle, de construire une école de 4 à 500 places. Elle rappelle que la ruelle ne pourra jamais être élargie pour prolonger la rue de l’Alma sans une expropriation qui coûterait très cher aux finances publiques. La municipalité se rend à ces arguments et fait finalement machine arrière en accordant la cession du chemin à la compagnie du gaz. La préfecture ordonne une enquête préliminaire d’utilité publique, puis entérine le vote en mai 1868.

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Le terrain pour l’école se situe en face de l’usine, sur l’autre trottoir de la rue Turgot. L’école troquée contre une ruelle est alors construite. On la retrouve aujourd’hui, qui fait face au terrain de l’Edf.

Document Géoportail – IGN

Document Géoportail – IGN

Les autres documents proviennent des archives municipales de Roubaix

 

 

Contribution pour le Cul de Four

Il existait autrefois, avant la première guerre mondiale, une usine à gaz dans la rue de Tourcoing. Elle avait été construite au n°58 de la rue par la société roubaisienne d’éclairage par le gaz et l’électricité. Une grande halle abritait 38 fours, il y avait une salle des machines, une chaufferie. Cette usine fournissait en gaz la ville et les industries roubaisiennes. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1918, les soldats allemands truffèrent les installations d’explosifs. Puis ils firent sauter l’usine, le 17 octobre à 10 h 30. Après avoir pillé la ville, ils la laissaient sans énergie.

L'usine après l’explosion du 17 octobre 1918 Photo Le Monde Illustré

L’usine après l’explosion du 17 octobre 1918 Photo Le Monde Illustré

Dès le 2 décembre 1918, quatre fours étaient reconstruits, ce qui permit d’éclairer la ville de manière restreinte. Car c’était encore l’époque des allumeurs de réverbères, bien qu’une première tentative d’éclairage électrique ait été faite pour la rue de la gare, à l’occasion de l’exposition internationale de 1911. Le 1er avril 1919, l’usine satisfaisait aux besoins immédiats des particuliers et de l’industrie.  En 1920, la société entreprend la construction d’une batterie mécanique moderne afin de remplacer les anciens fours.  A la fin de l’année, la modernisation est achevée. Monsieur Ricard, le directeur de l’établissement, fait visiter les nouvelles installations à la presse en février 1921, assisté de ses collaborateurs, MM. Tourrière, ingénieur, et Leclercq, chef de fabrication. La nouvelle batterie est composée de huit fours, dont le chargement est plus rapide qu’autrefois, grâce à l’appareillage mécanique. Progrès important, car il fallait plus de trois heures pour cette opération avant la guerre, et seulement 40 minutes en 1921. Le coût de l’installation se monte à plus de deux millions des francs de l’époque. La société d’éclairage souhaite construire une autre batterie dès que les matériaux de construction subiront une baisse sensible. Parallèlement le réseau d’électricité, composé de trente deux postes entièrement détruits par les allemands, fut reconstitué et progressivement augmenté, avec l’aide de l’Energie Electrique du Nord de la France, autre société implantée à Wasquehal.

L'usine reconstruite en 1921 Le Monde illustré

L’usine reconstruite en 1921 Le Monde illustré

Voilà donc une contribution historique à l’appellation du quartier « Cul de four », qui se situait donc à proximité des fours de l’usine de la société roubaisienne d’éclairage de la rue de Tourcoing. Mais la discussion reste ouverte, car le mot four a d’autres acceptions, du boulanger aux ouvriers des briqueteries. Décider péremptoirement de l’origine de l’appellation du quartier serait prendre le risque de faire un four…

D’après le Monde Illustré (article et photos) et le Journal de Roubaix de février 1921