René Daulmerie

René Daulmerie est né à Roubaix en 1906. Il trouve un travail d’employé au conditionnement Boulevard de Beaurepaire ( aujourd’hui La Condition Publique ). Il se passionne pour les postes de radio et, dès 1932, se met à construire des postes de TSF et les vend dans son milieu professionnel textile. Vu les demandes très importantes pour la fabrication de ses postes de radio, il décide, en 1936, de quitter son employeur pour que sa passion devienne son métier. Il s’installe dans un tout petit local au 43 rue du Vieil Abreuvoir.

Document 1937 ( Doc coll. priv. )

En complément de la production et de la vente de ses propres postes de radio, il distribue également des marques prestigieuses comme l’américaine « Philco » et la française « Ducretet ».

( Doc coll. priv. )

René Daulmerie se marie avec Marie Louise Vangoethem en 1939. De leur union, naissent quatre enfants dans les années 40 : Dominique, Françoise, Elizabeth et René. Il est mobilisé pendant la guerre et, compte tenu de son expérience, il répare des émetteurs et récepteurs radio ( officiels et clandestins ). Avec son ami Gabriel Milleville, confrère de la rue Nationale à Lille, il est responsable de la maintenance radio de toute la région Nord.

René Daulmerie et Gabriel Milleville en 1942 ( Doc F. Daulmerie )

A la libération, il reprend son activité rue du Vieil Abreuvoir. Compte tenu de sa forte notoriété et de son savoir faire, son magasin de postes de radio devient le plus connu de la métropole roubaisienne.

( Doc coll. priv. )

En 1943, il investit dans un nouveau local, au 15 rue du Curé, et commence à distribuer de l’électroménager : des machines à laver « Speed », des réfrigérateurs « Frigeco-Thomson » et bien d’autres marques. L’activité est florissante. Il embauche des techniciens car non content de vendre et installer, il répare et toute sa clientèle apprécie son SAV.

René Daulmerie ( Doc F. Daulmerie )

Au tout début des années 50, les nouvelles technologies bouleversent complètement l’activité ; c’est d’abord le tout début de la Haute Fidélité et René n’hésite pas à installer un mini auditorium dans son magasin avec du matériel hi-fi de marque Thomson et Cabasse. Puis il commence à vendre des autos-radios. Les postes de radio FM arrivent ensuite et surtout les premiers postes de télévision ! René Daulmerie participe aux premiers essais de la télévision, en liaison avec le beffroi de Lille et les studios de la rue Cognac-Jay à Paris. Rapidement le magasin de la rue du Curé devient trop petit. René décide de s’installer dans un local plus grand et mieux placé, en 1955, au 18 Place de la Liberté, précédemment occupé par un plombier P. Planquart. Il fait appel à l’architecte Constant Verdonck, 17 avenue Jean Lebas, pour faire d’importants travaux d’aménagement.

La façade en 1955 et publicité Nord Eclair ( Doc F. Daulmerie )

Intérieur du magasin et atelier de réparation (Doc F. Daulmerie)

René Daulmerie est un homme de communication, il décide de frapper un grand coup pour célébrer l’ouverture de son nouveau magasin. Il fait venir trois personnalités importantes du monde de la télévision : Jean Nohain, Jacqueline Joubert et Georges de Caunes, qui vont assurer un véritable show public, sur un podium installé devant le magasin.

( Document Nord Eclair 1955 )

Une importante publicité dans la presse locale annonce l’événement deux jours avant, si bien que beaucoup de monde se déplace le 3 Décembre 1955 pour assister à l’ouverture officielle du magasin. Cette foule considérable (1300 personnes) pose d’ailleurs de gros soucis de circulation automobile, ainsi que pour le Mongy, sur la place de la Liberté.

En bas de la photo : de gauche à droite : Jean Nohain, Jacqueline Joubert, Georges de Caunes, Antoine Toulemonde président de la chambre de commerce, et René Daulmerie ( Document Nord Eclair 1955 )

René Daulmerie est très actif dans le milieu professionnel. Il est président du 3° salon de la Radio-Télévision à la salle Watremez, en septembre 1956. La haute fidélité se développe. René décide de distribuer la marque de prestige Bang & Olufsen. La commercialisation de B&O, en plus des marques Sony et Cabasse, donne à René Daulmerie une notoriété exceptionnelle en hi-fi, dans toute la région.

facade 1960 et B&O ( Doc F. Daulmerie et coll. priv. )

En 1965, René décide de transformer la façade du magasin et aménager de façon différente son intérieur. Il fait appel au décorateur Marcel Cauwel, sis 8 rue du Collège. En 1967, René participe aux essais de la télévision couleur en collaboration avec l’ORTF. Il est le premier à commercialiser les postes de télé-couleur Thomson.

Pub TV couleur ( Document Nord Eclair 1967 )

Françoise et René, deux des quatre enfants de René et Marie Louise, viennent aider leurs parents. Ils s’occupent des 10 salariés ( installateurs et techniciens SAV ), de la tenue du magasin, de la comptabilité et de la gestion des 7 véhicules de l’entreprise.

Le SAV Daulmerie ( Documents Nord Eclair )

Au début des années 70, René abandonne les produits d’électro ménager. Toujours à la recherche de l’innovation, il préfère se spécialiser encore, dans des nouveautés technologiques très techniques et très pointues. Il installe : les premières caméras de vidéo-surveillance dans les banques, des sonorisations de lieux publics, des machines à dicter, des studios d’enregistrement, des salles de visioconférence. Mais surtout son expérience et son savoir faire vont lui permettre de créer les premières « productions vidéo » en entreprise, pour améliorer les postes de travail des salariés, et donc la compétitivité de ses gros clients : La Lainière, Phildar… Ce procédé de vidéo en entreprise va accroître considérablement la notoriété de René Daulmerie sur un plan régional. En 1977, l’entreprise Daulmerie installe une annexe à Lille, rue de l’Hôpital Militaire, (ancien magasin Pigache ) pour distribuer les premiers magnétoscopes Sony grand-public.

façade dans les années 1980 ( Doc D. Labbé et F. Daulmerie )

Après le décès de René Daulmerie, l’entreprise ouvre un point de vente, en 1986, rue Esquermoise à Lille. En 2006, Françoise et René Daulmerie prennent leur retraite et cèdent l’entreprise à Hervé Coisne qui continue l’activité.

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Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Françoise et René Daulmerie pour leur témoignage et leur documentation.

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Gustave Coquant

Gustave Coquant est né le 3 Mai 1910 à Roubaix. Il travaille bien en classe et passe son certificat d’études à 13 ans. Il trouve immédiatement un emploi chez un négociant en vins et liqueurs : L’Alliance, au 13-15 rue des Fabricants, pour aider financièrement la famille et pour acheter des accessoires pour sa bicyclette, car il est passionné de vélo. Gustave prend des cours du soir, pour se former au commerce, à la comptabilité et au droit ; en effet, il est bien décidé à entreprendre et à foncer dans la vie.

Il est très intéressé par les nouvelles technologies balbutiantes des années 1920-1930 et en particulier la T.S.F. Il trouve un local en 1931, au 37 bis rue Pauvrée, pour exercer sa passion. Il passe un accord avec le fournisseur REX RADIO pour vendre ses TSF ( le poste musical ) dans les foires, les salons et les expositions d’appareils électro-ménager.

Gustave devant sa devanture, en 1938, Grande-rue  ( Document V. Coquant et coll. priv. )

Gustave est particulièrement doué pour le commerce, tant et si bien que le succès est immédiat. Victor Coquant, son père, satisfait de cette période de rodage, décide de l’aider en lui trouvant un magasin, en 1938, dans une artère commerçante de la ville, au 261 Grand-rue  ( entre la place Nadaud et le canal ).

Gustave s’associe également avec deux de ses cousins pour ouvrir un magasin à Tourcoing et un à Lys-lez-Lannoy.

Gustave et Simone Coquant ( Document V. Coquant )

Après guerre, Gustave développe son activité de façon très importante ; il rachète la marque REX RADIO à son compte. Il vend désormais non seulement ses postes de radio mais également des télévisions de grandes marques : TELEREX, TEVEA, SCHNEIDER, RADIOLA, des réfrigérateurs, des machines à laver : LAVIX, REXILUX, HOOVER, des machines à coudre. La femme de Gustave, Simone, l’aide à la tenue du magasin, la comptabilité, le secrétariat et le fichier client. Ils habitent au 1er étage.

( Document V. Coquant )

En 1951, il décide de transformer la façade de son magasin. Il confie les travaux à l’entreprise Trapletti et Dumortier, Bld de Metz, pour un montant de 500.000 Frs. L’année suivante, il investit à nouveau en transformant l’immeuble du 24 rue Perrot ( la rue parallèle, juste derrière ) avec un accès direct au magasin et un aménagement de deux pièces à l’étage.

( Document coll priv. )

Gustave aime toutes formes de publicité : les parutions dans la presse locale, bien sûr, mais également sur des véhicules publicitaires, comme le célèbre « camion Coquant » que Gustave a dessiné lui-même et qui est construit par le carrossier Mesmiak, à Armentières, en 1959. C’est un camion de marque Hotchkiss conçu de façon très ingénieuse et astucieuse, avec un coffre arrière qui se soulève, ce qui permet d’installer une estrade pour des panneaux d’information, des remises de prix ou des animations diverses. Un mini lavabo est installé à l’intérieur, ainsi qu’un groupe électrogène pour alimenter la sono, le micro, et les haut-parleurs.

( Document V. Coquant )

Dans les années 1960, il fait installer « la flèche Coquant ». C’est une enseigne lumineuse immense, posée, non pas en façade, comme habituellement, mais au dessus de la Grand Rue ! avec des fixations sur le mur opposé. Cette enseigne est alors visible depuis le centre-ville !

Une partie de la flotte de véhicules de livraison, de SAV et le camion Coquant ( Document V. Coquant )

Gustave s’occupe surtout de la vente. Il ne compte pas ses heures. Conscient qu’il n’a pas pu étudier comme il le souhaitait, il compense par une quantité de travail impressionnante. Le magasin est même ouvert le dimanche matin. Une vingtaine de salariés travaillent dans l’entreprise ( techniciens et livreurs ).Toujours au service du client, la devise reste la même : Un service spontané et constant.

( Photo Daniel Labbé )

En 1968, Gustave Coquant ouvre un nouveau magasin, au 32 place de la Liberté, de façon à développer sa clientèle, en étant plus proche du centre-ville.

( Document V. Coquant et Nord Eclair 1969 )

Toujours passionné par la publicité et l’animation, il décore, en 1969, les vitrines de ses deux magasins : Grand-rue sur le thème des astronautes, et place de la Liberté sur le thème du cirque REX.

( Document Archives Municipales )

Il reprend la maison voisine, au 259 Grand rue, en 1969, et l’année suivante, fait transformer la façade des deux magasins par l’architecte Paul Amadei, rue Lacroix, pour un budget de 50.000 Frs.

Au début des années 1970, son fils Jean-Marc devient PDG adjoint et développe l’entreprise familiale, Coquant SA, en créant une gamme de meubles haut de gamme (Tricoire, Ehalt . . . )

( Photo Google maps )

Gustave Coquant reprend ensuite le hangar derrière le magasin, de façon à pourvoir abriter les camionnettes, avec une entrée rue Perrot. La surface totale du terrain s’étend désormais sur 1500 m2.

( Document V. Coquant )

Gustave est très présent dans le milieu associatif roubaisien. Il fait partie du syndicat des pêcheurs, de l’Union des commerçants de Roubaix, du tribunal de commerce de Roubaix, du COR ( Cercle Orphéonique de Roubaix ). Tous ses engagements lui valent la médaille d’argent de la ville de Roubaix et les palmes académiques.

Gustave décède en 1976. Son fils Jean Marc continue l’activité.

Dans les années 80, la concurrence arrive : des surfaces de vente spécialisées en électro-ménager, comme Darty ou Boulanger, s’implantent en zone commerciale. Les attentes de la clientèle sont différentes et évoluent vers des produits consommables, ce qui entraîne la fermeture du magasin Coquant en 1993 : la fin d’une époque.

Remerciements à Valéry Coquant pour sa documentation et son témoignage ainsi qu’aux Archives Municipales.

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Si par hasard, un lecteur possède une photo de la célèbre « Flèche Coquant » au dessus de la grande-rue, ce serait sympa de nous contacter. Merci d’avance.

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