Le pont des arts

Au moment où le quartier de la Mackellerie commence à se développer, le talus du chemin de fer l’isole complètement du centre de Roubaix : les habitants ne peuvent compter que sur le pont de la rue de Mouvaux et le passage à niveau de l’Alouette, à ses deux extrémités, pour traverser la voie ferrée. La municipalité projette en 1878 la construction d’un pont sous la ligne à la rencontre du boulevard de ceinture. Bien que le projet soit abandonné, l’idée d’établir une communication entre les quartiers de la Mackellerie et de l’Epeule va faire son chemin. Venue de la rue de Lille, la rue des Arts, classée en 1865, s’arrête net contre cet obstacle, mais l’ouverture dans son prolongement de la future rue Boucher de Perthes, classée en 1889 mais existant bien avant sous la forme d’une voie privée, donne aux habitants le désir de relier les deux rues. La ville reçoit en 1886 une lettre du préfet relative à la création d’un pont reliant les deux moitiés de la rue des Arts. Cette démarche est faite à la demande du conseil général. La ville est prête à apporter son concours financier, alors que la compagnie de chemin de fer, sollicitée, refuse de participer financièrement, cet ouvrage d’art ne représentant aucune utilité pour elle. L’année suivante, la Compagnie fait parvenir un projet de pont évalué à 100 000 francs. Les travaux seront réalisés sous sa responsabilité, et elle procédera par adjudication. Les propriétaires offrent de participer pour 25 000 francs.

Plan de la traversée du chemin de fer

Plan de la traversée du chemin de fer

Le journal de Roubaix évoque en janvier 1888 le début des travaux pour le printemps, après approbation du ministère. Les travaux commencent en septembre et, fin novembre, le déblai est fait, les culées maçonnées pour la première moitié et les poutres soutenant le tablier sont prêtes à être posées. Les travaux concernant la deuxième partie du pont devront attendre l’année suivante. Le journal explique que la compagnie avait les poutres en stock depuis une quinzaine d’années pour un projet non agréé par la mairie. La réception définitive des travaux a lieu en 1891. On dit qu’il n’était pas très agréable à regarder…

Plus tard, on installe une halte près du pont, mais, en 1902 la compagnie refuse d’y installer des abris. Face à la demande de la ville, elle répond qu’elle a déjà installé des quais éclairés, sans y être obligée, et souligne que, puisqu’on ne réclame pas de tels abris aux compagnies de tramways, la ville n’a qu’à en financer la construction. La chambre de commerce appuie la demande municipale, mais la compagnie argue que cette halte ne concerne que 10 voyageurs par jour en moyenne, et persiste dans son refus.

Photo médiathèque de Roubaix

Photo médiathèque de Roubaix

Ces abris, s’ils ont été installés, disparaîtront dans l’explosion du Pont qui partagera le sort de tous les ouvrages d’art roubaisiens au départ des Allemands en 1918. Pour rétablir le trafic ferroviaire, on le remplace provisoirement par madriers. Il est enfin reconstruit en 1919 en béton et en briques. Sa silhouette est celle qu’on connaît encore aujourd’hui.

Le pont dans les années 50 - Photo Nord Matin

Le pont dans les années 50 – Photo Nord Matin

Les documents proviennent des archives municipales

Nations Unies : origine du projet

Les rues de Roubaix ont été tracées un peu au hasard, au fur et à mesure des besoins et au gré de l’implantation des usines. Malgré des efforts de redressement et d’élargissement constants depuis le dix neuvième siècle, elles sont relativement étroites et peu propices à la traversée de la ville.
Dans les années 50, l’artère principale de la ville, constituée par les boulevards Gambetta, Leclerc et de Paris, est un peu le fruit du hasard : elle a pu être constituée sur l’ancien canal, remblayé. Très large, elle permet de relier pratiquement en ligne droite la route de Lille et celle de Belgique par rue principale de Wattrelos.
Pour ce qui est des relations Roubaix-Tourcoing, la seule voie large est celle constituée par les boulevards de Strasbourg et de Metz, prolongée jusqu’à celui de Beaurepaire par celui de Colmar, grâce à l’élargissement récent de la rue Nadaud. Elle a l’inconvénient de ne desservir directement ni le centre de Roubaix, ni celui de Tourcoing. L’accès direct au centre de Tourcoing pourrait être le boulevard de la République et le Pont St Vincent, mais cet itinéraire se perd dans le dédale des petites rues du quartier Notre Dame. La rue de Tourcoing manque de largeur et, après la Fosse aux chênes, oblige à emprunter soit la rue du Collège soit les rue Pellart ou des Lignes. La voie large et moderne qu’est l’avenue Jean Lebas bute d’un côté sur le bâtiment de la gare, et de l’autre sur la Mairie.
Les accès au sud-est se limitent aux rues Pierre de Roubaix et de Lannoy -la seconde menant directement au centre- mais leur étroitesse est un fort handicap…

Roubaix en 1936 - Document coll. particulière

Roubaix en 1936 – Document coll. particulière

Les projets d’urbanisme d’après guerre ne visent pas l’amélioration des communications, mais sont centrés sur l’amélioration de l’habitat par la création d’ensembles collectifs. Ces constructions, terminées à la fin des années 50, vont faire place à d’autres types de réalisations.
Dès 1957 divers projets d’urbanisme apparaissent, dont la priorité reste la disparition des îlots insalubres. En 1960 sont publiés une série d’articles dans la presse. On y évoque les liaisons de Roubaix avec le futur réseau d’autoroutes, mais surtout la suppression des taudis de l’îlot Anseele et leur remplacement par des logements modernes aux trois ponts, bien qu’on on envisage également le remplacement du pont Nyckes pour prolonger le boulevard Gambetta vers Wattrelos.

Alors que ces projets sont en bonne voie, une grande opération en 1962 concerne le périmètre Gare-Alma-Notre Dame. Cette zone va faire l’objet d’une enquête prévisionnelle pour connaître « le plan d’occupation des sols, le tracé des voies, et l’emplacement des services publics nécessaires à la vie propre du quartier, les mesures de sauvegarde à l’égard des constructions à maintenir ou à construire aux abords de la zone à rénover ».

Document la Voix du Nord 1962

Document la Voix du Nord 1962

C’est la première fois à Roubaix qu’on lie dans des projets rénovation de l’habitat et création d’une voie moderne de communication. 1965 voit un projet issu de l’atelier d’urbanisme, prévoyant la création de deux voies, dont l’une se dirigerait depuis le centre vers le pont St Vincent, point de passage idéal vers le centre de Tourcoing. L’idée est cette fois, au lieu d’élargir les voies existantes, d’en percer de nouvelles à travers les îlots vétustes et insalubres qu’on va reconstruire en adoptant des normes actuelles. Les projets vont alors se succéder tout en se précisant…

Le carrefour Bd Gambetta-rue Pierre de Roubaix, vers l'Hommelet- la Voix du Nord 1971

Le carrefour Bd Gambetta-rue Pierre de Roubaix, vers l’Hommelet- la Voix du Nord 1971