Retour sur le pont

A la suite de notre précédent article retraçant l’histoire du pont de la Vigne, un des membres des ateliers mémoire s’est manifesté pour nous proposer des documents nouveaux. Ceux-ci étant particulièrement intéressants, il nous a semblé que leur publication méritait un nouvel article. Nous remercions leur propriétaire d’avoir bien voulu nous les communiquer.

La première photo nous montre l’inauguration de la passerelle en 1904. Elle est peinte de frais et on l’a pavoisée de nombreux drapeaux. On assiste à un lâcher de pigeons devant une assistance très dense.

inauguration passerelle-96dpi

Un autre document confirme la destruction du pont en 1918 : la photo nous montre une partie de la passerelle plongée dans l’eau, et le pont lui-même remplacé provisoirement par une frêle construction de planches, sans doute placée là pour faciliter les travaux de reconstruction.

1918-96dpi

La photo suivante, nous fait assister aux préparatifs pour l’ installation de la grue en 1955. Elle vient d’être amenée sur place, et elle est couchée sur la berge côté Cartigny avant qu’on la dresse sur cette même rive.

arrivee grue-96dpi

Nous voyons ensuite un demi-tablier du nouveau pont en cours de construction, puis le même, terminé. Il s’agit de la moitié située côté Hommelet.

tablier-96dpi

Nous assistons maintenant les tests effectués sur le pont terminé. On a mobilisé trois camions de l’entreprise Carette-Duburcq lourdement chargés pour vérifier la solidité de l’ouvrage. On ne peut s’empêcher de penser que certains spectateurs sont bien imprudents : si le pont s’effondrait, ils seraient plongés dans le canal !

test-96dpi

La dernière illustration nous montre le pont et sa cabine de commande flambant neuve, placée côté Hommelet :

Cabine-96dpi

Documents collection particulière.

Le pont de la Vigne

Dès la construction du canal, on prévoit des ponts aux endroits de passage les plus fréquentés. Celui reliant la rue de la Vigne et la rue de Cartigny est édifié en 1870. C’est un pont tournant à ossature métallique, construit sur le même modèle que les ponts Daubenton et du Fontenoy. Son tablier est étroit : la chaussée ne fait pas plus de trois mètres et le croisement est impossible ; les trottoirs ne permettent le passage que d’une personne de front. Sa date de construction est inscrite de chaque côté de sa pile centrale.

Documents Bibliothèque numérique de Roubaix

Documents Bibliothèque numérique de Roubaix et archives municipales

Pour éviter aux piétons une attente lors du passage des péniches, due à la lenteur de la manœuvre manuelle du pont, on décide de lui adjoindre en 1902 une passerelle. Placée à quelques mètres en amont du pont, elle est inaugurée le 10 Octobre 1904.

 

Le pont et sa passerelle – document coll. particulière

Le pont et sa passerelle – document coll. particulière

Comme les autres ponts du canal, il est sans doute démoli par les allemands lors de leur retraite en 1918. Il sera néanmoins réparé et remis dans son état premier.

En juin 1955, on le trouve trop incommode et son état nécessiterait des travaux importants. On pense le démolir pour le remplacer par un pont basculant à deux travées. Le tablier fera 13 mètres de large, dont 9 mètres pour la chaussée : les véhicules pourront enfin s’y croiser ! Il faudra trouver une solution pour le passage des tramways qui l’empruntent.

Pour effectuer les travaux, on érige une grue, et Nord Eclair précise « Il s’agit d’une grue particulièrement puissante, dont il n’existe, paraît-il, qu’un seul exemplaire en France… » Elle sera capable de soulever l’ancien pont d’une seule pièce. Elle doit servir également à enfoncer des pieux destinés à stabiliser le nouvel ouvrage.

 

L'installation de la grue – document Nord Eclair

L’installation de la grue – document Nord Eclair

On démarre les travaux, mais le 9 décembre, la grue s’effondre, pilier central brisé. Il faut réparer la grue, et pour cela la soutenir par un échafaudage.

Réparation de la grue – document La Voix du Nord

Réparation de la grue – document La Voix du Nord

Le 21 décembre, nouvel accident. Cette fois, la flèche s’effondre sur la toiture du café à l’enseigne du pont de la Vigne, formant le coin. Heureusement, les dégâts sont mineurs. On relève la flèche et on répare de nouveau la grue, avant de reprendre les travaux.

Le deuxième accident – document Nord Eclair

Le deuxième accident – document Nord Eclair

On installe des palplanches, derrière lesquelles on fait le vide d’eau, de manière à construire les culées sur les pieux de béton préalablement enfoncés.

 

Les travaux – document Nord Eclair

Les travaux – document Nord Eclair

L’ouvrage va maintenant bon train, et l’inauguration et la mise en service ont lieu en octobre 1957, concomitamment avec l’exposition d’étalages organisée par l’union des commerçants de la rue de la Vigne. Victor Provo coupe le cordon inaugural, devant une foule nombreuse malgré le mauvais temps. L’événement est précédé d’animations : caravane publicitaire, combat de catch, et retraite aux flambeaux.

 

L'inauguration – Document Nord Eclair

L’inauguration – Document Nord Eclair

La passerelle métallique de 1904 présente sur une photo de presse de 1957, disparaîtra à son tour en Novembre 1958, victime de son âge. Une expertise révèle un affaiblissement considérable dû à l’oxydation des poutrelles métalliques qui la composent et des piliers qui la soutiennent.

 

Le nouveau pont et la passerelle survivante – document La Voix du Nord 1957

Le nouveau pont et la passerelle survivante – document La Voix du Nord 1957

On décide donc sa démolition.

Le pont est celui qu’on utilise encore de nos jours ; il donne toujours satisfaction à ses utilisateurs.