Elargissement de la Grand Place

Visite de la Reine Elisabeth à Roubaix Photo NE

Visite de la Reine Élisabeth à Roubaix Photo NE

Nous avons évoqué il y a quelques temps la disparition de la rue Jeanne d’Arc[1], en 1968. Nous allons ajouter quelques précisions sur l’évolution de la configuration des lieux. Sur cette photo, prise lors de la visite de la Reine Élisabeth en avril 1957, on peut encore apercevoir un ensemble de maisons qui masquent l’espace laissé vide par la disparition des Halles un an plus tôt. Leurs numéros ont une particularité, pairs et impairs se suivent, car il s’agit de bâtiments comptabilisés Grand Place. En effet, à partir de la rue du Château, on trouve les n°18, 19, 20, 20bis, 20 ter et 20quater, puis commence la rue Pierre Motte avec le n°2, à l’angle de la rue Jeanne d’Arc.

Ouverture de 1958 Photo NE

Ouverture de 1958 Photo NE

La transformation de l’espace vide en parking amène bientôt quelques modifications. Dès le mois de décembre 1958, on dégage en partie l’entrée à la place des Halles : les premières maisons de la rue Pierre Motte et de la rue Jeanne d’Arc.

Percée de la rue du Château Photo NE

Percée de la rue du Château Photo NE

Puis, en février 1964, une percée est réalisée dans la prolongation de la rue de l’hôtel de ville, qui fait jour sur ledit parking, et qui ampute la rue du Château d’un certain nombre de maisons en son milieu. La construction d’un centre commercial de transit en attendant Roubaix 2000, est en marche, il faut en favoriser l’accès.

Plan du Lido 1965 Publié dans NE

Plan du Lido 1965 Publié dans NE

Sur le plan publié un peu plus tard, on peut constater que cette percée a entraîné deux conséquences. On peut s’apercevoir que les deux rues du Château et Jeanne d’Arc amputées d’un certain nombre de maisons, vont subsister un temps, en proximité immédiate du Lido dont la création est effective en 1965. De même résulte de cette percée la formation d’un dernier pâté de maisons formé par les premiers numéros de la rue du Château (de 1à 9), et les numéros de la Grand Place (18 à 20). Ce dernier carré sera démoli, suite à la décision prise en conseil municipal de novembre 1967, ce qui aura pour effet d’améliorer l’accès au centre du Lido. On plaça sur l’angle ainsi dégagé ainsi un petit square et des places de parking. Dans la foulée, au début de l’année 1968, disparaîtra la rue Jeanne d’Arc. Nous avons déjà relaté cet événement par ailleurs[2]. Une autre perspective motivait ces travaux : offrir à Roubaix une « vraie » grand place, au moment de la célébration de l’anniversaire de la Charte en 1969.

Amputation de la rue du Château Photo NE

Amputation de la rue du Château Photo NE

En 1972, on s’occupa de démolir les derniers numéros de la rue du Château jusqu’à la rue de la Sagesse. Il fallait élargir encore l’espace qui devait accueillir dix ans plus tard une nouvelle poste et la Médiathèque.

Plan 1972 publié dans NE

Plan 1972 publié dans NE

 



[1] Article : une rue disparaît (centre)

[2] Ibidem

Roubaix 2000, démolition

Dès 1995, la ville négocie avec les propriétaires et locataires de la galerie le rachat de leurs surfaces commerciales. Les commerçants seront relocalisés, indemnisés. La ville a également voté le rachat des surfaces occupées par Intermarché. On discute déjà de la suite, en affirmant qu’il ne faudra pas se louper encore une fois !

Roubaix 2000, premier étage, 1995 Photo NE

Roubaix 2000, premier étage, 1995 Photo NE

Premier effacement : le parking de Roubaix 2000 change de nom en mai 1995, et devient le parking de l’Eurotéléport. Puis, en décembre 1995, c’est la braderie de l’art qui vient s’installer dans la galerie de Roubaix 2000. Mars 1996, l’étage est désert et commence à intéresser les vandales.

Le nouveau parking Photo NE

Le nouveau parking Photo NE

Octobre 1997, le sort de Roubaix 2000 est réglé. On va démolir ce qui fut la grande espérance des années soixante dix, le centre commercial des années modernes. Alors qu’on commence à démolir, un panneau publicitaire annonce : Roubaix 2000, 55 magasins à votre service. Ce sont les dernières traces. La première étape du chantier de démolition a été la pose d’une ceinture de grillage de 250 mètres de long sur 46 de large , pour ôter l’amiante notamment présente dans les faux plafonds du resto U. L’entreprise France Déflocage s’est chargé de ce nettoyage délicat. Puis l’entreprise ATD (entreprise spécialisée dans la démolition Normandie Petit Quevilly), à pied d’œuvre depuis septembre 1997, s’est chargée de la démolition de l’intérieur du bâtiment, cloisons, habillements, bois, façades intérieures, 11.500 m² de surface à nettoyer sur deux niveaux. D’octobre à fin janvier la structure est une dernière fois exposée aux courants d’air.

Démolition et accès au parking Photo Lucien Delvarre

Démolition et accès au parking Photo Lucien Delvarre

Le chantier de démolition a commencé du côté de la rue de Lannoy, sur le terre plein, car on veut éviter toute chute lourde (il y a les parkings en dessous) et on trie la ferraille. Puis les pelleteuses ont grignoté mètre par mètre les structures du centre commercial du côté du boulevard de Belfort.

Le chantier vue du boulevard de Belfort Photo Lucien Delvarre

Le chantier vue du boulevard de Belfort Photo Lucien Delvarre

Progression du chantier Photo Lucien Delvarre

Progression du chantier Photo Lucien Delvarre

La réapparition de la rue de Lannoy Photo Lucien Delvarre

La réapparition de la rue de Lannoy Photo Lucien Delvarre

Étrange retour de l’histoire, la réapparition de la rue de Lannoy est envisagée. Va-t-elle renouer avec la tradition des rues commerçantes de Roubaix ?

Remerciements spéciaux à Lucien Delvarre, photographe et passeur de mémoire

Sources NE

 

 

 

Un nouvel hôtel des postes

L’augmentation des activités postales fait qu’il est question dès les années soixante, de construire un nouvel hôtel des postes. En effet le bel immeuble construit en 1927 ne suffit plus pour accueillir les tâches ordinaires, à savoir le tri, le départ et l’arrivée de courrier, les paquets, les guichets, le téléphone, auxquelles se sont ajoutés les chèques postaux, les virements, la vente par correspondance. Plus de trente millions de catalogues expédiés en 1963 ! En janvier 1964, on apprend que la Direction Départementale des PTT a jeté son dévolu sur la Place des Halles, pour une surface de 4.500 m². Entretemps le centre du transit du Lido s’est installé en août 1964 et occupera le terrain repéré jusqu’en 1973. Une fois démonté, ce centre commercial provisoire accueillera quelques démonstrations commerciales et circassiennes.

L'annonce du projet Photo NE

L’annonce du projet Photo NE

Puis le projet de poste centrale refait surface, et le début des travaux est annoncé pour le 24 mars 1975 pour une durée de 18 mois. Finalement le chantier est ouvert début mai. Cent vingt pieux de béton ont été réalisés pour soutenir l’édifice, et les bâtisseurs ont du creuser à plus de vingt mètres pour trouver un sous sol stable. Rappelons qu’autrefois le Trichon et les douves de l’ancien château étaient  situés à deux pas de l’endroit. La construction va pouvoir commencer et on attend l’ouverture pour la fin de l’année 1976.

Vue aérienne du chantier Photo NE

Vue aérienne du chantier Photo NE

Les travaux prendront un peu plus de temps. En avril 1977, le bâtiment est terminé et on annonce l’ouverture pour l’automne.

Ouverture à l'automne Photo NE

Ouverture à l’automne Photo NE

Le nouvel hôtel comporte deux étages, et se présente sous la forme de deux ailes en équerre. La façade principale est orientée vers la rue Pierre Motte. A l’intérieur, côté usagers, sont prévus quinze guichets et vingt cabines téléphoniques.

Intérieur de l'hôtel des postes Photo NE

Intérieur de l’hôtel des postes Photo NE

Finalement le nouvel hôtel des postes est ouvert au public le lundi 12 décembre. Il emploie à cette époque quatre cents agents, et se classe au 2ème rang d’importance de la région. Dès avant l’ouverture, le receveur déplore les conditions d’accès : un nouveau plan de circulation et l’absence de parking ne contribuent pas au bon fonctionnement de la nouvelle poste. Le maire de Roubaix lui répond que c’était à l’administration des PTT de prévoir un parking souterrain dès la construction de l’édifice.

Vue du chantier en 1977 Photo NE

Vue du chantier en 1977 Photo NE

Pour l’instant, les usagers roubaisiens utilisent l’espace situé devant la poste, mais ce parking sauvage va bientôt disparaître, car la nouvelle bibliothèque est en voie de réalisation. Puis le secteur sera remodelé, avec des problèmes récurrents de l’époque à Roubaix, le stationnement et l’accès piétonnier.

Le parking temporaire Photo NE

Le parking temporaire Photo NE

Cinq nouvelles locomotives !

Début 1989, l’arrivée d’Intermarché est annoncée pour venir à la rescousse du centre commercial Roubaix 2000. On prévoit un investissement de 37 millions, dont plus de 28 millions pour Intermarché. La stratégie commerciale évolue : plus de locomotive unique de type Lemaire, Auchan ou AS ECO, mais cinq moyennes surfaces, cinq Mousquetaires de la même firme. Il y aura Intermarché (alimentaire) Bricomarché (Bricolage) Vestimarché (Vêtements) Restaumarché (restaurant avec terrasse sur le toit de Roubaix 2000) et Logimarché (confort ménager). On peut se demander quelle fut la réaction des commerçants indépendants du centre commercial, dont l’activité se trouvait ainsi concurrencée…

Sans doute pensaient-ils bénéficier de la restructuration de la galerie marchande, du réaménagement de l’accès aux parkings souterrains. La présence sur place du restaurant universitaire n’est pas remise en cause. Modification importante, la suppression de l’accès aux parkings du côté de la place de la Liberté, du fait de l’implantation de la future bouche de métro Motte-Bossut. Enfin pour couronner le tout, Roubaix 2000 changerait de nom ?

C’est le coup de la dernière chance, comme le laissent entendre les propos critiques tenus par Jacques Catrice, adjoint au commerce : Roubaix 2000, ce bouchon posé dans le bas de la rue de Lannoy, une erreur de conception dont nous avons hérité sans l’avoir demandé !

A cette occasion, la ville de Roubaix n’a pas hésité à céder pour le franc symbolique les 2300 m² de surface commerciale dont elle avait encore la propriété. Elle fait autant pour les indépendants que pour Intermarché. La gestion des cellules coûte cher, et ce n’est pas la vocation de la ville de gérer un centre commercial. Il est donc procédé à la cession de 1800 m² à Intermarché et 460 m² aux commerçants indépendants.

instantaneL’annonce de l’arrivée d’Inter marché Photo Nord Éclair

L’ouverture de la nouvelle configuration est prévue le 20 mai 1989. On en sait plus sur la localisation des moyennes surfaces : Vêtimarché à la place du Colisée 2, Restaumarché restera installé au 1er étage, du coté boulevard Leclerc, Logimarché prend la place de la Macif relocalisée et Intermarché reprend AS ECO et on y entrera désormais par l’avant et non plus le côté. Beaucoup de cellules sont réaménagées, refondues et le débat autour du nom Roubaix 2000 continue. La propriété du centre commercial a donc évolué : Intermarché et ses cinq enseignes en possèdent 56%, les  indépendants 38,5%, et la ville 5,5%, du fait de la surface du restaurant universitaire. Les investissements pour les travaux d’aménagement se répartissent de la manière suivante : l’accès aux parkings est à la charge de la ville. Les frais d’aménagement intérieurs incombant à la co propriété sont financés par un emprunt de 8,7 millions remboursables en 8 ans à un taux inférieur à 10%. En plus de sa participation, Intermarché garantit le prêt par une caution solidaire d’un million, et la mairie est caution à hauteur de la surface possédée (5,5%).

travauxLes travaux commencent Photo Nord Eclair

La suppression des accès au parking en front de boulevard, due à la construction prochaine de la station de métro, entraîne la réalisation d’un parking d’appel de 80 places devant la nouvelle entrée sur le côté, rue Henri Dunant. Ce parking est prévu sur la pelouse qui longe la rue Watteeuw. Un second accès latéral doit être réalisé le long de la rue de Lannoy par la rue de la tuilerie. Intermarché ne reprend pas la gestion des parkings souterrains, à la différence d’AS ECO. On recherche un repreneur, et on parle bientôt de la Sogeparc.

 

 

Tranches de travaux

En octobre 1976, c’est par une conférence presse donnée par Pierre Prouvost, adjoint au maire et Jean Papillon président de la chambre de commerce de Lille Roubaix Tourcoing qu’est présentée la première tranche de travaux du secteur piétonnier. Elle concerne la réalisation d’un trottoir piétonnier d’une largeur de 8 à 10 mètres, sur un côté de la Place de la Liberté jusqu’à Roubaix 2000, agrémenté de vitrines et de plantes. La circulation automobile se fera du côté de la Banque de France, à sens unique, la rue Louis Catrice permettant aux automobilistes venant de Wattrelos par la Grand Rue de rejoindre la boulevard Gambetta. Le Mongy disposera d’un site particulier sur le terre plein central du boulevard Leclerc prolongé sur la Place de la Liberté.

Extrait de Nord Éclair octobre 1976

Le trottoir piétonnier traverse le boulevard jusqu’au centre commercial Roubaix 2000. Il ne sera plus possible aux automobilistes de tourner à gauche vers la place de la Liberté, ils devront aller jusqu’à hauteur de la rue Henri Dunant pour tourner à gauche afin de rejoindre cette place. Le terre plein du boulevard Gambetta est rendu aux piétons, on supprime les parcmètres, on va y planter des arbres ! Un nouveau parking d’une contenance de 65 voitures se situera derrière le café des Olympiades, on pourra y accéder de la Place de la Liberté.

Le secteur piétonnier se prolonge boulevard Leclerc, jusqu’à la rue Pierre Motte, avec des aires de stationnement et des plantations d’arbustes. Le coût des travaux se monte à deux millions et demi de francs ! Pour le financement, la moitié par l’Etat, l’autre moitié par la communauté urbaine. L’aménagement du site des transports en commun relève du ministère des transports et de la communauté urbaine, la ville finance l’éclairage et les plantations. Les travaux démarrent en janvier après les fêtes sur la demande des commerçants.

Le début des travaux Nord Éclair janvier 1977

La seconde tranche, concerne l’aménagement des abords de Roubaix 2000, du côté du boulevard de Belfort. La rue de Lannoy devient une desserte pour les habitants de la résidence des tuileries. On devra désormais passer par la rue de la tuilerie, tourner dans la rue Winston Churchill et par la rue St Jean pour rattraper la rue de Lannoy qui démarre à présent après le boulevard de Belfort. L’espace récupéré le long du centre commercial est rendu aux piétons après avoir été approprié. De l’autre côté, la rue Henri Dunant permet aux voitures de relier les boulevards de Belfort et Gambetta, et on prévoit de percer le terre plein pour l’accès à la place de la Liberté.

La seconde tranche Nord Éclair octobre 1976

Enfin, pour augmenter l’attractivité de Roubaix 2000, la maison des docteurs située boulevard Leclerc, a été rachetée par la communauté urbaine pour être démolie, afin de favoriser l’accès au parking. Lequel parking sera réaménagé, par des travaux de peinture, d’éclairage, de sonorisation, de numérotage et de fléchage. Et les commerçants s’engagent à rembourser le parking à leurs clients. Il faut diriger le visiteur vers Roubaix 2000 !

 

Stationnement

gambettaLe boulevard Gambetta à la belle époque Collection Privée

Quand les roubaisiens décidèrent de remblayer le bras mort du canal, qui s’étendait du pied du boulevard de Paris jusqu’au bout du boulevard Gambetta, ils souhaitaient transformer cet égout à ciel ouvert en un grand boulevard. Ce fut chose faite en 1886 : un vaste terre plein avec deux contre allées se déroule alors entre le café des Arcades et le peignage Allart. Les années passent et les repères se transforment : le concessionnaire Renault a remplacé le café et la cité du Galon d’eau occupe l’emplacement du peignage. Le boulevard Gambetta abandonne une partie de son parcours pour célébrer le général Leclerc. Pas de problèmes de stationnement alors. Le terre plein des deux boulevards accueille même régulièrement les forains en avril et en septembre.

Au début des années soixante, apparaît le souci de gérer le stationnement. Excepté les parcs de stationnement de la Grand-Place et de la place des halles, ceux de la place de la Liberté, et les terre pleins des boulevards Leclerc et Gambetta sont relativement peu utilisés car estimés trop éloignés du centre. Les automobilistes préfèrent se garer dans les rues proches du centre, et le stationnement se fait au détriment des commerces, ceux qui stationnent étant des personnes qui viennent travailler et occupent toute la journée des emplacements utiles aux riverains, clients et commerçants. C’est alors que commence le grand chantier de démolition du bloc Anseele. On parle d’implanter des parkings sur les espaces libérés, notamment sur le terrain dégagé de la rue des filatures. En novembre 1962 c’est la mise en place de la zone bleue. De quoi s’agissait-il ? La zone bleue est une zone de stationnement réglementé, limité dans la durée. Il ne s’agit pas d’un parking à proprement parler, mais d’une zone où le stationnement en voirie est autorisé. Peuvent s’y garer les automobilistes qui possèdent un disque de stationnement. Sur le disque figurent d’une part des heures d’arrivée possibles, d’autre part la durée autorisée et les heures de départ correspondantes, en sachant que la durée de stationnement en zone bleue est généralement limitée à 1h30. L’automobiliste tourne le disque pour faire apparaître les horaires choisis en face des fenêtres découpées à cet effet dans la pochette, et l’appose contre le pare-brise à l’intérieur de son véhicule. Le principe reposait sur la bonne volonté des automobilistes, mais nombreux sont ceux qui redescendaient changer l’heure de leur disque une fois la durée autorisée écoulée. Le stationnement au disque était non payant.

stationnement2La macadamisation du terre plein en 1973 Photo Nord Éclair

En 1967, l’idée de la création d’un grand parking souterrain germe alors, sous le centre commercial, plus d’un millier de places à moins de cent mètres du centre de Roubaix ! En 1973, le vaste terre plein du boulevard Gambetta a disparu. On y garait sa voiture, loin de tout souci de paiement, et on trouvait toujours une place. Le terre plein a été macadamisé et il a rétréci diminuant ainsi le nombre de places possibles. On a tracé les emplacements réduisant d’autant les places, les tracés donnant deux lignes de stationnement.

stationnementL’arrivée des parcmètres, un succès ! Photo Nord Éclair

Et puis en septembre, c’est l’arrivée d’une invention américaine, les parcmètres. C’en est fini du stationnement gratuit. Leur mise en service a pour effet de rendre déserts les emplacements. Les conducteurs ont-ils pour autant mis leur voiture dans le parking souterrain ? Il semble bien que non. Ils se garent dans les rues du bloc Anseele, déjà cité dortoir, qui devient alors pour la journée un quartier parking. Il semble que le problème dure encore…

D’après Nord Éclair

L’ouverture du parking

tuileriesLe Café Les Tuileries Photo Nord Éclair

En janvier 1970, l’ouverture du café « aux tuileries », au rez-de-chaussée de l’os à moelle semble être le signe annonciateur du retour des commerces dans la zone du bloc Anseele. Ce café vaste et moderne, situé rue Winston Churchill, présente des luminaires publicitaires, de larges baies vitrées, un bar élégant avec des petites lampes rouges, une grande salle de réunion. Il faudra cependant attendre deux ans encore pour l’ouverture du centre commercial.

Août 1970, Roubaix est donc une ville test, un champ privilégié pour les opérations de rénovation urbaine et de résorption de l’habitat insalubre. La perspective historique est rappelée par le journaliste, loi sur les HBM, le CIL, la loi Vivien sur l’éradication de l’habitat insalubre. La grande opération Edouard Anseele démarrée en 1957 s’achève, on en est au moment de l’installation de l’équipement central du quartier, un grand centre commercial régional construit sur un parking souterrain de 1200 places.

edans1971Le bloc Anseele en 1971 Photo Nord Éclair

L’opération serait une réussite sur le plan social et humain, mais présente un déficit de 400 à 450 millions d’anciens francs. Les spécialistes en analysent les raisons : les logements sociaux entraînent une faible rentabilité des loyers, et au moment des expropriations commerciales, on a racheté les fonds de commerce, mais on ne vend à présent que des pas de porte dans le nouveau centre, dont on annonce l’ouverture pour le milieu de l’année 1972.

Construit sur le modèle suédois avec galerie marchande en plein air, ce bâtiment de 240 mètres de long  comportera 80 commerces répartis sur deux niveaux : commerces d’alimentation au niveau inférieur, des magasins de confection, et d’ameublement, au niveau supérieur, et même une petite salle de cinéma de 300 places, un restaurant grill, le tout agrémenté de parterres de fleurs. Ses atouts sont la proximité du centre ville et son fameux parking de 1250 places. Cependant il éprouve quelques difficultés au niveau de la vente de ses cellules commerciales, retardée par la rareté et le coût élevé du crédit.

En mars 1971, la construction du nouveau centre est pratiquement achevée : les escalators sont en place, on procède aux ultimes travaux : pose du dallage, installation des faux plafonds, et de l’électricité, le centre sera terminé vers le mois de juin.

parkingPhoto Nord Éclair

M. Maisonneuve, le Président de la SEGECE, société chargée de la promotion du centre commercial, commente la maquette et les atouts du centre. Il évoque l’ouverture du parking avec places payantes en mai ou juin, dont la gestion est confiée à la Communauté Urbaine. L’achèvement des travaux va accélérer les demandes de cellules commerciales. A ce moment, seulement 20% sont vendues et 40% sont en négociation ! Il est vrai que les surfaces se vendent à un prix moyen de 12.000 à 13.000 francs le m².

Le parking souterrain ouvre en septembre 1971 et ses tarifs sont annoncés dans la presse : 4,50 F pour la journée, la nuit pour 2 francs, le dimanche pour 1 franc, et l’abonnement stationnement est de 40 francs par mois. Comparés aux prix actuels du parc de stationnement, ça laisse rêveur ! Ce parking est annoncé comme le plus grand du Nord. Il ne reste plus qu’à lui donner des raisons d’être utilisé, au-delà des habitants du quartier, avec l’ouverture du centre commercial.

D’après Nord Éclair

Du trou sortira l’abondance

le chantier parking copie

Photo Nord Éclair mars 1967

Le chantier du parking a donc débuté en  mars 1967 par le creusement du sol de la rue de Lannoy, exactement là où l’on avait parlé autrefois de faire une réserve d’eau pour l’industrie sous la forme d’un lac. L’enjeu est important, il s’agit de désengorger le centre de Roubaix de la présence automobile en proposant plus de mille places de parking sur plusieurs niveaux. Ces places de stationnement visent plusieurs types d’utilisateurs : les locataires de l’os à moelle, dont le parking situé de l’autre côté de l’immeuble est déjà saturé, mais aussi les futurs locataires des quatre tours de dix neuf étages en construction. Et il est bien entendu un argument majeur pour la fréquentation du futur centre commercial.

Les nuisances pour le voisinage sont importantes : poussières, boues sont le lot des piétons, car il faut enlever les terres pour couler ensuite la dalle inférieure du parking le plus profond. Les terres enlevées prennent la direction de la Planche Epinoy.

Le bruit est également présent avec les coups sourds de la sonnette, qui est un engin de génie civil qui enfonce par battage les pieux, pilots ou palplanches, servant de fondations aux bâtiments ou ouvrages de génie civil. La sonnette porte un outil cylindrique massif appelé mouton dont les coups répétés enfoncent les palplanches. On est descendu très profond, un radier de béton a été coulé. On annonce que les trois parkings profonds seront terminés pour le mois d’octobre 1967. La dalle supérieure, qui sera aussi le plancher du centre commercial serait terminée en janvier 1968, et le centre commercial lui-même au printemps 1968. Mais ces prévisions sont trop optimistes. Un certain nombre d’événements vont perturber la bonne exécution de cet important chantier.

Un trou et des tours

dessin4tourssept66

En Septembre 1966, la presse annonce pour l’année suivante la construction de quatre tours de 19 étages aux installations exceptionnelles, près du futur centre commercial de la rue de Lannoy. Elles seront l’œuvre de l’architecte roubaisien Guy Lapchin, déjà auteur en 1958 avec ses collègues Gillet, De Maigret et Ros de la Résidence d’Armenonville (115 boulevard du Général de Gaulle à Roubaix) et de la Résidence Marly (au n°129 du même boulevard). Ces deux réalisations culminent à 36 mètres de hauteur[1], entre le parc de Barbieux et l’entrée du boulevard Leclerc.

Les tours projetées feront 55 mètres de haut, et contiendront 112 logements, répartis en appartements de type 2, 3, 4 et 5. Il est prévu une pelouse et une salle de réunions au 19eme étage, et des emplacements seront réservés dans le parking souterrain. Autour de ces bâtiments, il y aura des espaces de jeux, des pelouses. Le premier étage sera réservé à la vie collective des habitants (salle polyvalente, halle d’enfants).

Cependant pour mener à bien ce projet, tel qu’il est représenté sur le croquis ci-dessus[2], quelques problèmes restent à résoudre. En premier lieu, la disparition de la centrale EDF de la rue du même nom, située à l’emplacement prévu pour la quatrième tour, la plus proche du boulevard Gambetta. La centrale restera en place bien après la fin du chantier des tours, ce qui explique que la quatrième tour n’ait pas été bâtie dans l’alignement des trois autres…

Il faut aussi commencer à creuser le parking souterrain, avant d’implanter le futur centre commercial. Déjà le sol de la rue de Lannoy, plus de 100.000 m3 de terre, est transféré vers les Trois Ponts afin d’aller réduire la dénivellation de ce quartier. Ce sont alors des va et vient incessants de camions de quinze tonnes qui ébranlent la chaussée des boulevards de Belfort et de Beaurepaire à raison d’un passage toutes les trois minutes. Ce n’est qu’en mars 1967, qu’on va couler la dalle du fond du parking.

Inauguré en juin 1966, l’os à moelle va donc connaître deux mois plus tard les poussières et les boues dues au voisinage d’un double chantier. Il en sera de même pour les immeubles HLM situés de l’autre côté, au milieu desquels où le groupe scolaire Camus sera bientôt terminé. Les riverains du bloc Anseele en ont encore pour quelques années de chantier


[1] Source www.paris-skyscrapers.fr
[2] Publie dans Nord Eclair en septembre 1966