Le tour à Roubaix en 1967

On a récemment annoncé le Tour de France à Roubaix pour 2018 ! Les relations entre notre ville et la grande boucle ne datent pas d’hier. La première édition du tour de France s’ouvrait en 1903 par une étape Paris Roubaix ! Il en sera de même de 1907 à 1910. Après la première guerre, Roubaix n’aura pas la faveur d’être ville étape. Il faudra attendre 1948 pour avoir une étape de clôture Roubaix Paris. Puis en 1952, les coureurs arrivent à Roubaix venant de Rouen avant de repartir vers Namur. De 1955 à 1967, Roubaix accueille le tour tous les deux ans, et gardera cette position de ville étape entre la Normandie et la Belgique : ainsi Dieppe et Rouen seront des débuts de parcours ouest est ou inversement, par Roubaix pour aller rejoindre la Belgique, avec des villes comme Namur, Charleroi, Jambes, Liège. En 1967, les coureurs arriveront d’Amiens, et partiront vers Jambes.

La ville s’organise pour accueillir la grande boucle. On « neutralise » les rues, avenues, boulevards qui seront empruntés par les coureurs. L’arrivée de l’étape Amiens Roubaix est prévue le 3 juillet aux alentours de 16 heures au Parc des Sports. Il est donc interdit pendant le temps de l’épreuve, de stationner, de circuler sur le parcours défini par les organisateurs, à savoir Willems, Hem, la côte de Beaumont, les avenues Delory, Motte et Salengro. Les autobus sont déviés, les lignes 13, 15, 18, 19, 20 et 21 sont concernées, et les rues perpendiculaires au trajet sportif sont mises en sens unique.

Les pistards Bernard Guyot et Jacques Anquetil au Parc des Sports Photos NM et NE

Une réunion d’attente sur piste est organisée au parc des sports, avec des champions comme Bernard Guyot ou Jacques Anquetil, alors en fin de carrière et en pleine affaire de dopage suite à son record de l’heure. Le tour innove cette année avec un prologue, et on court par équipes nationales. L’étape Amiens Roubaix est remportée au sprint par le belge Guido Reybrouck et son compatriote Jozef Spruyt s’empare du maillot jaune.

Guido Reybrouck, Joseph Struyt et Roger Pingeon

Après l’arrivée, une kermesse aux étoiles se déroule sur la Grand Place devant des milliers de spectateurs. Dalida, Harold Kay, Monty, Sim se succèdent sur la scène pour le plus grand bonheur de l‘assistance. On pouvait aussi revoir sur grand écran en plein air le résumé de l’étape du jour.

Un grand écran sur la grand place photo NE

Le lendemain on se prépare pour l’étape Roubaix Jambes. À dix heures, les coureurs viennent à l’hôtel de ville pour signer les listes de contrôle. Le tout se déroule dans une ambiance festive, avec le défilé de la caravane publicitaire et des voitures officielles. À 11h30, la grand place bourdonne, un quart d’heure plus tard Jacques Goddet donne le coup de sifflet du départ aux 124 coureurs, aux suiveurs, aux motards, aux journalistes, au camion pharmacie, et à la voiture balai. L’intinéraire est le suivant : grand place, rue Pierre Motte, de la Halle, du Coq français, Jouffroy, Lecomte Baillon, avenue Motte côté impairs, rue de Lannoy vers Toufflers.

Le départ vers Jambes photo NE

Après soixante kilomètres d’effort solitaire sur des pavés comparables à ceux de Paris-Roubaix, Roger Pingeon réalise un véritable exploit. Il remporte l’étape à Jambes et le maillot jaune en reléguant les favoris à plus de six minutes ! C’est le futur vainqueur du tour qui s’est affirmé là.

Roubaix aura encore maintes fois l’occasion d’accueillir le tour, après le rendez-vous annuel, celui-là, de la « Pascale », de la reine des classiques, alias Paris Roubaix !

Sources

les journaux Nord Eclair, Nord Matin et la Voix du Nord

le site http://www.lagrandeboucle.com

Roubaix Ville de Sports Philippe Waret et Jean Pierre Popelier Editions Sutton 2004

les photos des champions proviennent des sites suivants :

Guido, commons wikimedia.org, Joseph ledicodutour.com et Roger cyclopassion.blogspot.com

La tour du fer à cheval

C’est par une lettre du 26 avril 1957, émanant du service des permis de construire de Roubaix qu’on apprend que les travaux de construction de l’immeuble-tour sur le terrain municipal du Parc de Barbieux, au lieudit « Le fer à cheval » ont démarré, sans que l’administration en soit avertie. Cette lettre est adressée à l’architecte Guillaume Gillet, auteur des plans de la dite tour, domicilié à Paris. Erreur de jeunesse ? Problème de coordination dans les échanges administratifs ? Toujours est-il que cela représente un faux départ pour le chantier, car l’ordre formel d’arrêter les travaux est donné, à l’architecte et à son entrepreneur, la société Planquart et fils. Guillaume Gillet, responsable des travaux, doit se mettre en contact avec les services compétents, en vue de l’obtention du permis de construire.

l'architecte Guillaume Gillet Photo NE

l’architecte Guillaume Gillet Photo NE

Cela ne nuira pas à la carrière de l’architecte, ni à ses relations avec les autorités roubaisiennes, car on le retrouvera sur des chantiers importants et ultérieurs : il œuvrera à Roubaix de 1958 à 1972 dans le quartier Édouard Anseele, pour la construction de logements et du centre commercial Roubaix 2000, puis de 1961 à 1975 dans la zone à urbaniser en priorité (ZUP) des Trois Ponts, pour des logements et commerces. L’opération de la Tour du Fer à cheval s’inscrit dans un programme de constructions de tours (on construit également quasi simultanément quai de Marseille) voulu par le CIL dont l’architecte en chef Guy Lapchin avait réalisé les premières études avant de les confier à son jeune collègue. Le 17 mai 1957, une demande de permis de construire est dûment demandée pour l’édification d’une tour de 60 logements. Le 22 mai parvient une première réponse avec demande de modifications concernant la conformité des conduits, de la ventilation des toilettes et des salles de bains et des fosses septiques. Le 20 août, le permis est accordé sous réserve des modifications à opérer.

Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE

Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE

Le chantier redémarre, comme l’atteste un article de presse d’octobre 1957, qui nous en apprend un peu plus sur le programme des tours. On annonce l’édification de quatre tours d’une quinzaine d’étages. Sont citées la tour du quai de Marseille, et celle du fer à cheval, mais aucune indication pour les deux autres.

La tour du fer à cheval est située en bordure de l’avenue jean Jaurès, et à proximité de la résidence du Parc située à Croix, dont elle semble toutefois faire partie, bien qu’elle en soit séparée par un morceau de la rue Jussieu, à Croix. En octobre, les fondations sont faites et on a réalisé le sous-sol, deux rez-de-chaussées et le premier étage. On prévoit la fin du gros œuvre pour le mois d’août 1958, la fin des travaux pour la fin de l’année, et la réception des premiers locataires en 1959.

Le journaliste vante les matériaux employés : pierres blanches de l’Oise et panneaux d’aluminium. Quatre appartements sont prévus par étage, deux avec une chambre et deux avec trois chambres, et chacun aura son balcon. Le quinzième et dernier étage sera commun aux locataires : des salles de jeux, une bibliothèque y seront installées ! La tour de la Résidence, tel est son nom, est alors présentée comme une curiosité sur la route de Lille à Roubaix, et comme le symbole d’une architecture futuriste !

Mais il semble qu’on soit revenu sur l’utilisation du 15e étage, qui sera transformé en quatre appartements, portera donc le nombre à 64 logements, et nécessitera une demande de modification le 25 mai 1958, accordée en juillet de la même année.

Deux vues de la tour aujourd'hui Photo PhW

Deux vues de la tour aujourd’hui Photo PhW

Le Ravet Anceau de 1961 indique que la tour du fer-à-cheval accueille parmi ses locataires des représentants, des ingénieurs, des pharmaciens, des directeurs, des industriels, des professeurs, et même l’architecte Guillaume Gillet venu habiter l’un des quatre appartements du 15e étage.

Guillaume Gillet est un architecte français, né le 20 novembre 1912 à Fontaine-Chaalis (Oise) et mort le 23 septembre 1987 à Paris. Grand Prix de Rome, il est connu pour son architecture moderne, principalement dans le domaine de l’architecture religieuse et pénitentiaire. (d’après Wikipédia)

Après le café, la Presse du Parc

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Quelques nouvelles informations et découvertes nous amènent à évoquer de nouveau le café du Parc. Il se trouvait à l’angle du boulevard de Paris (aujourd’hui du Général de Gaulle) et du boulevard de Cambrai, à deux pas de l’entrée du Parc de Barbieux. Construit avant 1900, c’était un café de « bonne renommée », idéalement placé pour les promeneurs. Il dut faire d’excellentes affaires en 1911, car il était proche de l’entrée de l’exposition internationale et du terminus des tramways. Il disposait d’une terrasse vers le parc, et d’une salle de concert, dont la station service reprendra la surface. Cette petite scène accueillit nombre d’artistes : chanteurs, musiciens, acrobates, comiques. Maurice Chevalier en personne y aurait fait plusieurs apparitions ! Pour donner une importance de la clientèle, l’ancien propriétaire, M. Gaston Dutilleul, disait qu’il avait employé dans son café plus d’une vingtaine de garçons !

Démolition du café en 1964 Photo NE

Démolition du café en 1964 Photo NE

Le café du parc fut démoli début 1964, alors qu’il ne fonctionnait plus depuis quelques années. A sa place fut bientôt construit un ensemble comprenant un immeuble d’appartements et une station service.

Construction de l'immeuble et de la station service Photo NE

Construction de l’immeuble et de la station service Photo NE

Nous avons parlé de l’évolution de la station service aujourd’hui devenue une célèbre enseigne de boulangerie et de pâtisserie. Mais l’endroit est aussi bien connu des roubaisiens par sa maison de la presse, toujours bien achalandée. A l’occasion de son inauguration de la Presse du Parc, en août 1966, sa propriétaire de l’époque, Mme Cattoire, organisa un cocktail de bienvenue. On y trouve toujours la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, des articles de papeterie, mais c’est aussi une véritable librairie, où l’on est toujours très bien accueilli.

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

La création du parc des sports

Le 2 juillet 1909 un rapport au conseil municipal lu par M. Roussel signale le fait qu’un terrain de 27 hectares situé au pont rouge doit être mis en vente à approximativement 1 franc le mètre carré. L’occasion d’acquérir ce terrain ne devrait pas être négligée par la municipalité, qui pourrait y construire un nouveau cimetière et y déplacer l’abattoir. La municipalité ne pouvant pas se permettre d’effectuer un emprunt, il préconise l’achat du terrain par les hospices qui pourraient le revendre à la commune le jour où celle-ci en aurait besoin. Les hospices se portent donc acquéreurs de ces terres dépendant des fermes de l’Espierre et de Maufait.

La même année, lors d’un autre conseil municipal, le rapporteur insiste sur la nécessité de la création d’un parc des sports, qui pourrait se situer le long de la rue de Lannoy sur des terrains dépendant de la ferme de l’Espierre et appartenant aux Hospices. On évalue la dépense à 200 000 francs dont 80 pour l’achat du terrain. Les finances publiques ne permettant pas cette dépense, le rapporteur envisage la location du terrain aux hospices. On prévoit de créer des terrains de football, une piste de course à pied des installations d’athlétisme, des bureaux, salle de réunion, conciergerie, des vestiaires et salle de douche, des tribunes de 100 mètres de long, ainsi qu’une « porte monumentale d’un aspect décoratif aussi satisfaisant que possible… » Le projet est retardé par la guerre.

  Document médiathèque de Roubaix

Un plan de 1923 recense les propriétaires des terrains. La plus grosse part appartient aux hospices qui possède également les bâtiments de la ferme de l’Espierre. Ces terrains s’étendent également de l’autre côté de la voie ferrée. Quelques autres propriétaires se partagent des terrains de taille plus modeste le long de l’avenue Salengro.

Document archives municipales

 En 1924, on procède à l’achat de ces parcelles à M. Deroubaix-Despelchin, Mme Veuve Derache-Bonte, la société des terres de Maufait, et M. Henri Catteau.

Les travaux démarrent en mars 1929. Le journal de Roubaix, dans une édition du mois d’août 1930 évoque une ouverture prochaine des installations. Le parc municipal des sports couvre huit hectares. L’architecte en est Jacques Greber, à qui on doit également les plans de l’école de plein-air.

Photo Journal de Roubaix

 A droite de l’entrée, une salle de gymnastique avec, en galerie, une piste permettant l’entraînement à la course à pied par mauvais temps. A gauche, un café-restaurant, l’habitation du concierge et les bureaux de l’administration. Au fond, deux terrains de tennis grillagés et un terrain d’honneur de deux hectares. Les tribunes abritent des vestiaires et des douches. On draine pour assécher les terrains argileux. Les eaux sont réunies dans un unique collecteur.

Document médiathèque de Roubaix

 Ces installations ne tarderont pas à être mises à la disposition des sportifs roubaisiens.

 

Le parc de la Potennerie

La construction des premiers immeubles se fait sur une partie du domaine ancien. Celui-ci possède des arbres magnifiques qui seront, autant que possible, préservés lors de l’édification des bâtiments. Les constructions sont aérées et laissent beaucoup de place pour les espaces verts. La comparaison entre une vue de 1950, avant les premiers coups de pioche, et une autre datant des années 90 montre que les masses végétales originelles ont été respectées autant que faire se peut par les constructeurs.

Photos IGN et la Voix du Nord

Dès 1953, on cherche à aménager cet espace. On y inaugure en Juillet un jardin d’enfants, en même temps que celui du square Destombes. Celui de la Potennerie est plus modeste que l’autre en superficie, mais offre un toboggan, ce qui n’est pas le fait de tous les jardins d’enfants précise la Voix du Nord de l’époque.

Photo La Voix du Nord

Le parc et ses ombrages est également recherché pour l’organisation de festivités. Ainsi, en 1959, on y organise un concours de chant à l’assistance particulièrement nombreuse en enthousiaste, à en juger par la photo figurant dans la Voix du Nord :

Photo la Voix du Nord

Peut-être à la suite d’une fréquentation trop importante, mais sans doute aussi à cause d’un entretien négligé, le Groupement du parc de la Potennerie se manifeste en 1975 pour déplorer l’état lamentable des pelouses , n’existant pratiquement plus, et la saleté du bac à sable… Il compare l’état du Parc à celui du square Pierre Destombes, mieux entretenu. Les habitants désireraient un « gardien-jardinier ». Le problème semble lié à un certain manque de civisme, et une sur-utilisation des pelouses, peu faites pour supporter les piétinements intensifs, les jeux de ballons et les évolutions de deux-roues. L’année suivante, on pense à clore le parc par des barrières, au moins pour barrer le passage aux cycles. Finalement, le groupement obtient gain de cause en 1977 avec la construction d’une clôture et la promesse de l’embauche en 1978 d’un gardien-jardinier, ainsi que des travaux de remise en état du parc et de restauration de son mobilier (bancs publics et jeux pour les enfants). La circulation des deux roues y sera interdite. Un plan du parc et des clôtures est dressé :

Document archives municipales

Le poste de garde-jardinier est créé : le bénéficiaire du poste dispose d’un appartement sur place. Depuis son départ en retraite, il a été remplacé. Les gardes actuels s’occupent également de l’Espace Fontier. Le parc aujourd’hui semble en bon état, et il y fait bon vivre, lorsque le temps s’y prête !

Photo collection particulière