La ferme de Maufait

Située près du chemin de Lannoy, cette ferme était « Une des censes le plus considérables du pays » selon Th. Leuridan. Elle appartenait à l’origine aux seigneurs de Roubaix. Comme toutes les grosses fermes anciennes de Roubaix, elle est entourée d’un fossé. Celui-ci est alimenté par un ruisseau – le courant de Maufait – venant des Hauts champs et se jetant dans l’Espierre après avoir traversé le hameau des trois ponts. Ses vastes bâtiments enserrent une cour centrale. La cense est reliée par un chemin rectiligne qui se détache perpendiculairement de la rue de Lannoy. Les membres de la famille Lezaire l’exploitent au 17ème siècle. Elle appartient, au siècle suivant, à la famille Delcourt, dont on retrouve un représentant en la personne de Jean Baptiste Delcourt, né en 1761, époux de Marie Catherine Chombart, et qui exploite la ferme en 1820 avec ses cinq enfants et dix domestiques. Il en faut des bras pour un tel domaine !

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Le censier est signataire en 1830 de la pétition qui dénonce les différences de traitement entre les habitants du bourg et les fermiers des alentours, opposant Roubaix-ville et Roubaix campagne. On retrouve les Delcourt jusqu’au recensement de 1851 : Cette année là, le fils de Jean Baptiste, Théodore, tient la ferme, dont le propriétaire est alors un Bridé de la Grandville. Gustave Eugène de Gennes héritera ensuite du domaine, représentant alors 49 hectares, qu’il revendra en 1867 à Joseph Vincent Leconte-Baillon.

Les héritiers Leconte-Baillon constituent en 1900 une société chargée de vendre la propriété, exploitée depuis 1869 par Alexis-Joseph Pollet, né à Sainghin en Mélantois en 1820, époux de Marie Desquiens, moyennant un fermage de 8000 francs par an. La propriété est alors reprise par la ville qui accumule alors les terrains dans le quartier pour y réaliser des équipements collectifs, tel l’hôpital de la Fraternité. Elle rachètera également les terres de la ferme de l’Espierre, située non loin de là. Alexis Pollet va exploiter la ferme jusqu’en 1895, et décédera un an plus tard à Hem, où son fils Joseph Désiré a repris une ferme.

Un descendant des anciens censiers, M. Denis Lezaire, brasseur à Loos, a fait prendre par le photographe M. Brulois une série de clichés de la ferme.

 

 

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Le Journal de Roubaix, dans un article de 1910, relate la démolition de la ferme. L’article précise que La maison Devernay et Tiberghien, boulevard Beaurepaire, en est chargée. Elle mettra en vente les vieux matériaux. Une photo aérienne 1932 nous montre que la ferme est remplacée par des jardins, probablement ouvriers.

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On voit sur la photo que la rue de Maufait a été prolongée, mais elle ne recevra sa chaussée définitive entre la rue St Hubert et l’avenue Roger Salengro que dans les années d’après guerre, époque à laquelle on trace la rue Schumann (appelée à l’époque la rue Yolande). Les terrains sont mis à la disposition du CIL qui va y implanter les lotissements qu’on retrouve aujourd’hui.

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Photo Delbecq

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Photo Jpm

Le site où se situait la ferme près de cent ans plus tôt.

Les documents proviennent des archives municipales.

 

La rue de Maufait

Au dix neuvième siècle, le chemin de Lannoy traverse la partie sud de Roubaix sans suivre la ligne directe. Il serpente, en effet, entre les propriétés agricoles en faisant de nombreux coudes.

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Le chemin de Lannoy après la révolution

 Cette situation dure jusqu’à la fin du siècle, au moment où on décide de redresser ce qui devient la rue de Lannoy entre la ferme de Courcelles et la Justice. Ce tracé laisse de côté la partie de l’ancien chemin situé entre la ferme de Courcelles et celle de Bury-Prinpont, placée sur le chemin d’Hempenpont aux Trois-Ponts, ou chemin n°9, qui porte à cet endroit le nom de rue du Pont Rouge. Cette partie délaissée, devenue la rue de Maufait, prend brusquement de l’importance au tournant du siècle, lorsque l’on songe à implanter un nouvel hôpital qui prendra le nom de la Fraternité. La rue de Maufait longe en effet le terrain choisi pour cette implantation.

Un rapport de M. Deneve au conseil municipal insiste sur le fait que rien n’a été fait pour ce chemin délaissé par la rectification de la rue de Lannoy, et qu’il n’est alors qu’un chemin de terre. Il faut, « pour des raisons de sécurité et d’hygiène » le mettre en état : il faut assécher le sol avant la construction de l’hôpital en installant un aqueduc, élargir, aligner et paver la rue et ses trottoirs. Cet alignement sera fatal aux derniers bâtiments de la ferme de Bury-Prinpont, condamnée de toute manière, car placée sur le terrain réservé à l’hôpital.

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Le tracé de la rue, la ferme et ce qu’il en reste au moment du redressement.

 Il faut donc acquérir un certain nombre de terrains auprès des propriétaires pour procéder aux redressements des rues de Maufait, du Pont Rouge, de Charleroi, et du tracé de l’avenue de l’hôpital. On prévoit également, à la demande des riverains, de prolonger la rue jusqu’à la rue St Hubert, et vers la ferme de Maufait. Entre temps, la rue du Pont rouge est déclassée au delà de la rue de Maufait pour laisser la place à l’hôpital qu’il faut agrandir. Ses pavés, récupérés, seront réemployés au pavage du tronçon supplémentaire de la rue de Maufait. Rien ne se perd ! Les travaux se déroulent, et la réception définitive est faite en 1906.

Entre les deux guerres, on décide de prolonger la rue jusqu’à l’avenue Roger Salengro en passant en droite ligne derrière l’ancienne ferme de Maufait, désormais démolie.

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La rue de Maufait en 1919

 Pourtant la rue ne sera viabilisée que dans les années 50, par la pose d’un aqueduc et la construction d’une chaussée définitive à travers des terrains achetés par le CIL qui va bientôt y construire les lotissements qu’on connaît aujourd’hui.

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Les lotissements d’après-guerre – Photo Delbecq
 Tous les documents proviennent des archives municipales.

La Filature de Maufait

Au début des années 1910 on projette de créer un boulevard Industriel comprenant une voie ferrée centrale entre la gare de Roubaix-Wattrelos, dite gare du Pile, et une autre gare, dite de débord qui se situerait au confluent des avenues Motte et Delory, dans le quartier des petites haies.

Pour cela, il s’agit de prolonger l’avenue Motte, qui s’arrête alors rue de Lannoy, à travers une zone constituée des terres des anciennes fermes de l’Espierre et de Maufait, récemment acquises par les hospices de Roubaix. La première guerre mondiale stoppe ce projet, qui doit attendre le milieu des années 20 pour se concrétiser.

Sans attendre la réalisation effective du boulevard, des industriels, et en particulier Auguste Cavrois, s’installent sur cette zone. Celui-ci fait construire dans l’immédiat après-guerre une filature qui prend la dénomination de « Filature de Maufait » le long du futur tracé du boulevard. On voit sur le plan que le terrain à gauche est au nom de Cavrois, qui ouvrira là une dizaine d’année plus tard la filature Cavrois et Fils. A droite, le terrain est la propriété des hospices.

Plan de 1926 – document archives municipales

Cette usine sera plusieurs fois agrandie et modifiée tout au long de son existence. Dès 1919, M. Bonte fait une demande pour la construction d’une cabine de distribution électrique au coin du chemin menant à l’usine, sur l’emplacement de jardins ouvriers. En 1930 la société fait deux autres demandes concernant l’agrandissement de deux nefs du magasin

Document archives municipales

 Cette même année, l’entreprise demande l’autorisation de construire une rangée de 10 maisons ouvrières sur le type E3 de la maison Roubaisienne le long de l’avenue, devant la filature. Seront-elles réservées aux employés de la filature ? Ces maisons bordent encore l’avenue Roger Salengro aujourd’hui.

Plan archives municipales – Photo Jpm

 D’autres travaux modernisent les locaux : la reconstruction d’une tour réfrigérante au même endroit que l’ancienne en 1936, la construction d’un monte-charge en 1939, et l’agrandissement d’un atelier en 1947. Par ailleurs, la dénomination de la société change au fil du temps : Le Ravet-Anceau fait, au départ, état de la dénomination « Filature de Maufait, laines peignées » au 105 Boulevard Industriel. Dès 1932 un changement de numérotation fait passer l’adresse au 137, puis 139 en 1935. En 1939 la société devient « Etablissements Bonte et Cie », puis en 1953 « Filature de Beaurepaire, Etablissements Bonte et Cie ». En 1959 l’intitulé redevient « Etablissements Bonte et Cie (Filature de Maufait) ».

L’entreprise n’échappe pas à la crise du textile, et notre filature finit par disparaître du Ravet-Anceau en 1984. Les bâtiments survivent quelque temps à l’entreprise : une photo aérienne de 1988 nous montre l’usine en place. Elle sera pourtant remplacée par un lotissement bâti autour de la rue Henri Delvarre.

Le site de la filature en 1964 et de nos jours – photos IGN

 

Les Trois Ponts, les pieds dans l’eau

Les forages

De l’eau, il y en avait donc aux Trois Ponts, du moins on en cherchait…en 1955, des forages sont effectués sous l’égide du service intercommunal des eaux de Roubaix Tourcoing. On va creuser jusqu’à 120 mètres de profondeur, et pour cela l’énergie électrique est nécessaire, comme d’ailleurs par la suite le pompage. On prévoit de placer une conduite de 450 millimètres de diamètre. Un derrick est bientôt installé à deux pas du stand de tir, afin de remonter l’eau de la nappe aquifère de l’Escaut.

forage&derrickForages et derrick aux Trois Ponts (photos Nord Éclair)

L’eau, ce fléau.

Mais l’eau, c’est aussi beaucoup de désagréments dans le quartier des Trois Ponts. Dès qu’un violent orage éclate, les eaux de pluie ne sont pas absorbées par les terres, remplissent les aqueducs et les égouts, ressortent en bouillonnant par les caniveaux et laissent en se retirant un épais tapis boueux. Quand il y avait un orage, tout le monde se pressait de mettre les chaises sur les tables. Tout était inondé. Dans le bas de la rue de Tournai, on faisait du bateau, il y avait plus d’un mètre cinquante d’eau. Les habitants essaient de se prémunir des inondations : il fallait faire des murets d’un mètre de hauteur devant les maisons parce que le quartier était souvent inondé. Rien n’y fait. Personne n’est épargné : lors des inondations la ferme Lebrun était envahie par les eaux, qui atteignaient parfois un mètre de hauteur dans la cour située au centre des bâtiments. La chaussée est dépavée par endroits avec la violence du courant, la chaufferie d’une usine est inondée.

bouesLes boues des Trois Ponts (photos Nord Éclair)

Les riez insuffisants

Les deux modestes affluents de l’Espierre, le riez de Cohem et celui de Maufait, se révèlent insuffisants pour canaliser les eaux pluviales et résiduelles du secteur.

Quand il pleut à Barbieux, les Trois Ponts ont les pieds dans l’eau !