Coop aux Trois Ponts

C’est en février 1972 que la SACOMUL (Société d’Aménagement de la Communauté Urbaine de Lille) met en vente les locaux du centre commercial qui va se trouver au cœur du nouveau quartier des Trois Ponts, encore en construction à l’époque. Le centre commercial lui-même est en cours de construction et on prévoit de le livrer en mai 1972. Il comprend une surface de supermarché de 712 m², une pharmacie de 140 m², un café de 70 m², une librairie-journaux de 70 m², une boulangerie de 140 m² et un local à affecter de 70 m². Les renseignements et le dépôt des candidatures se font à la SACOMUL, 326 rue du Général de Gaulle à Mons en Barœul.

Vue du quartier en 1972 Photo NE

Vue du quartier en 1972 Photo NE

Les trois-quarts de logements sont à présent occupés et il est temps qu’un centre commercial puisse approvisionner la population du quartier. D’autres équipements collectifs sont prévus : une crèche, un centre social, un centre de soins un foyer du vieillard, une maison de jeunes. Une école est en cours de construction. Très vite, on apprend qu’une supérette COOP occupera les 712 m² et que la pharmacie a trouvé son candidat. Les autres cellules attendent leurs acquéreurs. Le gros œuvre sera achevé en avril et le temps d’effectuer les aménagements intérieurs, l’ouverture des magasins se fera en septembre, selon le journal.

Le chantier en 1972 Photo NE

Le chantier en 1972 Photo NE

C’est à la fin du mois d’août que la supérette COOP est inaugurée rue Léonie Vanhoutte. Elle propose à sa clientèle tout ce qu’on peut trouver dans ce type de magasin, notamment un rayon boucherie. Ce point de vente bénéficie de la logistique des Coopérateurs de Flandres et d’Artois, association de coopérateurs qui gèrent et contrôlent eux-mêmes leur coopérative. Les COOP représentent plus de 600 points de vente dans le Nord de la France, dont 200 libres services et supermarchés, et nationalement, les magasins COOP sont au nombre de 10.000. Le PDG des Coopérateurs, Jean Delattre rappelle tout cela dans son allocation d’inauguration, ainsi que les divers services proposés par la société : assurance, documentation familiale gratuite, journal Le Coopérateur de France, œuvre de solidarité, crédit ménager le moins cher de France, vente par catalogue, service après-vente, laboratoire d’analyses…

L'inauguration en août 1972 Photo NE

L’inauguration en août 1972 Photo NE

M. Prouvost adjoint au maire, rappelle que Roubaix a été le berceau du mouvement coopératif et remercie les Coopérateurs de Flandres et Artois pour l’implantation de ce magnifique magasin. Un vin d’honneur est alors servi par M. et Mme Lefebvre, gérants du magasin et M. et Mme Lourme, gérants du rayon boucherie, et tous les présents boivent au succès du nouveau COOP.

La COOP des Trois Ponts Photo NE

La COOP des Trois Ponts Photo NE

Une station éphémère

Le 57 de l’avenue Brame abritait entre les deux guerres, l’entreprise Vandecrux. Après sa fermeture, s’installe une station service, inaugurée en juin 1972. Celle-ci s’implante en front à rue, là où se trouvaient auparavant quelques bâtiments de peu d’importance, de part et d’autre d’une cour herbeuse, plantée d’un hêtre pourpre vieux de 70 ans.

Document La voix du Nord

Document La voix du Nord

Les quelques bâtiments situés le long de la rue sont rasés, l’ensemble est nivelé, mais on préserve le hêtre et on construit, adossés à l’ancien bâtiment industriel, des bâtiments modernes éclairés par des parois de verre : un abri pour la distribution du carburant, un local réservé à la vente en boutique, une aire de lavage à la brosse rotative, un autre pour le graissage. La station est ouverte par la société des pétroles Pursan, dont le directeur pour la région Nord est M. Dujardin. Les gérants de ce commerce sont M. et Mme Basly.

L'inauguration - Document La voix du Nord

L’inauguration – Document La voix du Nord

L’inauguration se fait en présence des délégués des directions régionale et nationale de Pursan et Total, mais également de personnalités plus locales : personnalités municipales, des mondes de l’automobile et de l’ industrie, ainsi que M. Desruelles, directeur de l’A.C.N.F

Le commerce attire les automobilistes du quartier, grâce à l’accueil du couple. Malheureusement, cette implantation coïncide avec l’ouverture d’Auchan Leers, qui offre des prix sans commune mesure avec ceux de notre station. Celle-ci fonde encore sa publicité sur la qualité de ses produits : super Total au chrome et huile GTS spéciale autoroute, et met en avant ses points de fidélité. Cette option n’est apparemment plus au goût du jour, et l’attrait du bon marché l’emporte. Une photo aérienne de 1981 nous la montre encore en activité, mais le Ravet-Anceau de 1983 n’en fait plus mention : elle a entre-temps disparu .

Document IGN 1981

Document IGN 1981

De nos jours, il ne reste plus trace de la station. L’ensemble des bâtiments, même le bâtiment industriel au deuxième plan, et surtout le hêtre pourpre, ont disparu. On trouve à la place des bâtiments très récents, construits au début des années 2000.

 

Document collection particulière.

Document collection particulière.

Une question se pose : qu’est donc devenu le hêtre pourpre, contemporain du tracé de l’avenue, et quand a t-il disparu ?

 

 

 

Le foyer logement disparu

En octobre 1980, dans le quartier des Trois ponts, on pose la première pierre d’un foyer logement pour personnes âgées dont l’ouverture est annoncée pour la fin de l’année 1981. Le maire, Pierre Prouvost, procède à l’opération, entouré de M. Naeye, directeur départemental des HLM et de M. Patrick Kanner, alors directeur du centre d’action sociale.

La première pierre en 1980 Photo NE

La première pierre en 1980 Photo NE

C’est le septième foyer logement pour personnes âgées de la ville de Roubaix et il se situe à l’angle de la rue d’Anzin et de la rue Brame. Œuvre de l’architecte Gilles Neveux, c’est un immeuble en L à cinq niveaux. Au rez-de-chaussée se trouvent l’accueil, les salles de télévision, le fumoir, la salle à manger, la cuisine et divers locaux communs. Quatre-vingts logements sont répartis dans les quatre étages, et chacun d’eux dispose d’un balcon. M. Neveux donne toutes les explications nécessaires lors du vin d’honneur qui est servi dans les locaux du centre social des Trois Ponts. M. Naeye, pour l’office départemental des HLM, explique la longue gestation du projet : plus de deux ans pour qu’il aboutisse ! Le nouveau foyer coûtera 1,66 milliards de centimes (de l’époque, l’euro n’existe pas encore). Le Conseil Général s’associe au projet de financement.

A cette époque, la ville compte 15.000 personnes de plus de 65 ans. Pierre Prouvost rappelle les efforts importants faits dans le domaine du maintien à domicile, de l’extension de la politique des foyers logements, du logement individuel  et évoque des projets de réhabilitation d’un habitat destiné au troisième âge. Animation et restauration accompagnent ces efforts. Le foyer de la rue d’Anzin pourra accueillir 1.300 repas par jour. La subvention municipale au CAS est d’un milliard de centimes.

L'inauguration en 1982 Photo NE

L’inauguration en 1982 Photo NE

Le samedi 18 septembre 1982, la résidence des Trois Ponts est officiellement inaugurée, et on vante la qualité de ses équipements : jardin d’hiver, salle de jeux, restaurant de cent convives, isolation thermique et acoustique des appartements, alarme de détresse dans chaque. Un conseil de gestion réunit les résidents, le club du 3eme âge, le personnel de la résidence, le centre d’action sociale, le centre social du quartier ? On raconte qu’André Diligent vint  régulièrement y manger le lundi midi.

Le foyer vu de l'avenue Brame Photo Coll Privée

Le foyer vu de l’avenue Brame Photo Coll Privée

Vingt ans plus tard, la population roubaisienne s’est-elle rajeunie, toujours est-il que le foyer-logement ne fait plus le plein de résidents. Les dernières personnes âgées (CCAS) quittent peu à peu l’établissement. On tente de le reconvertir : une association douaisienne de personnes handicapées occupe les lieux jusqu’en 2008, le temps d’une opération tiroir. Plusieurs projets de « recyclage » du bâtiment sont étudiés, mais l’immeuble ayant été conçu pour les personnes âgées est peu facilement transformable, et cela entraînerait des coûts trop élevés.

Le foyer vu de la rue d'Anzin Photo Coll Privée

Le foyer vu de la rue d’Anzin Photo Coll Privée

En novembre 2012, un marché de travaux est lancé portant sur des travaux de désamiantage, déconstruction et de démolition du Foyer de la rue d’Anzin, dont se chargera une entreprise d’Haubourdin. Sa démolition s’est terminée en octobre 2013.

Merci à Gérard et Jacky pour les informations complémentaires

 

 

 

La rue des Trois Ponts, 120 mètres de vieux Roubaix

Situé au point de rencontre du chemin vicinal numéro 9 d’Hem à Wattrelos (futures rues de Charleroi et d’Anzin), des chemins vicinaux numéro 10 du pont du Galon d’eau au chemin n°9 (future rue Beaumarchais) et numéro 15 de Roubaix à Leers (future rue de Tournai) ainsi que du chemin de Courcelles, du chemin de Lannoy aux trois Ponts (future rue Victor Hugo), le hameau des trois Ponts est un lieu de transit très fréquenté. Le point de passage obligé entre tous ces chemins, bordé d’une extrémité à l’autre par un ruisseau, le riez des trois Ponts, prendra le nom de rue des Trois Ponts en 1893, bien qu’on trouve déjà mention de ce nom dans un acte notarié de 1888.

Le hameau après la révolution

Le hameau après la révolution

L’importance de la circulation nécessite des aménagements et les riverains ne manquent pas de pétitionner pour obtenir le pavage et l’élargissement du chemin, quitte à abandonner gratuitement à la ville le terrain nécessaire. La ville complète en 1867 le projet par des aqueducs traversant les chemins près du carrefour de la ferme Lebrun pour renvoyer les eaux du riez sur le côté droit du chemin et lui faire traverser le chemin n°15 à l’autre extrémité. Jules Desplanques, entrepreneur, s’engage à réaliser les aqueducs.

Projet de 1867

Projet de 1867

Une autre pétition de 1876 réclament l’installation de quelques lanternes à huile pour assurer l’éclairage du hameau. Mais un problème récurrent apparaît, celui de l’évacuation des eaux pour cette partie basse de Roubaix. En 1879, pour faire face aux nombreuses inondations qui se produisent dans le village, l’ingénieur en chef des ponts et chaussées préconise la construction d’un aqueduc central sous la chaussée, permettant la suppression du fossé latéral, qui rétrécit la rue et est qualifié de dangereux et d’insalubre. Mais on continue à élargir la rue, parfois au détriment des bâtiments existant antérieurement, comme la ferme Lebrun, frappée d’alignement en 1900.

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Cette rue semble très commerçante. On y trouve, selon le Ravet Anceau de 1895, outre la ferme Lebrun au n°2, et les fermes Delannoy, Desprez, Loridan, et Tiers, non numérotées, au 1 l’estaminet des trois Ponts, seule construction côté gauche, au 10 un marchand de chaussures, au 12, un commerce de fruits et légumes, un épicier au 18, un charcutier au 26, et un autre estaminet A l’av(enir?) des Trois Ponts. A partir de 1925, deux autres maisons s’installent au 3 et au 5 du côté impair, puis une troisième au 9 en 1930. Des jardins s’étendent sur le reste de la rue du côté gauche. Au 3 s’ouvrira une crèmerie en 1935.

Le Journal de Roubaix fait état, dans une édition de 1931 d’une importante inondation due au vieux riez, insuffisamment profond entre la rue des trois ponts et l’Espierre pour évacuer les pluies importantes cette année là. Toutes les maisons sont envahies par l’eau et la ferme Lebrun est ravagée.

La rue n’évoluera plus durant de nombreuses années, et une photo aérienne de 1953 nous la montre inchangée. Pourtant, les années 60 voient la naissance d’un vaste projet d’urbanisation du quartier qui va rapidement se transformer de fond en comble.

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On voit que dès 1962 les bâtiments « techniques » de la ferme Lebrun disparaissent. Seul demeure celui constituant l’habitation. Puis, en 1965 ont disparu les maisons du côté impair, et une propriété côté droit. L’année suivant, c’est presque l’ensemble des constructions qui ont disparu. Cinq ans plus tard, des immeubles neufs ont pris la place des anciennes maisons de cette rue, rayée de la voirie Roubaisienne.

 Les documents proviennent des archives municipales

Les malheurs de la passerelle

Les industries se concentrent de chaque côté du canal, il faut donc un moyen de communication pour mettre en relation lieux de résidence et lieux de travail, quartiers du Pile, du Sartel et de l’Entrepont. Or le canal forme une barrière infranchissable entre le pont du galon d’eau et celui de Beaurepaire. On forme donc le projet, approuvé par la préfecture en 1875, de construire une passerelle à mi-chemin de ces deux ponts, quasiment dans l’alignement de la rue des Soies, entre le quai de Wattrelos et celui du Sartel.

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La réalisation de la passerelle ne suit pourtant pas immédiatement cette décision : ni le plan cadastral de 1884, ni les plans de 1886 ne figurent de passerelle. Elle est finalement construite, et apparaît en 1906 sur le plan du Ravet-Anceau :

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Plusieurs cartes postales nous la montrent, construite en métal riveté, et environnée par deux silos à charbon.

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Ce moyen de communication si utile va malheureusement être détruit en 1918 par les allemands lors de leur départ de Roubaix.

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Elle est reconstruite après la guerre, mais en béton. Les escaliers d’accès sont maintenant perpendiculaire à la passerelle elle-même. Une photo nous la montre, vue depuis le quai du Sartel :

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Pourtant, les malheurs de cette passerelle ne sont pas terminés : elle sera détruite de nouveau durant la deuxième guerre mondiale, pour n’être reconstruite qu’en 1952, en ciment armé avec des rampes d’accès perpendiculaires accessibles aux cycles et voitures d’enfants. Le nouveau tablier préfabriqué est lancé à travers le canal en prenant appui sur une péniche, l’Etom, appartenant aux établissements Motte de la rue d’Avelghem.

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Photos Nord Matin

Souhaitons longue vie à cet ouvrage d’art, l’avatar actuel de la lignée !

Documents archives municipales et bibliothèque numérique de Roubaix

 

 

 

 

Une quincaillerie rue de Cohem

En mars 1921, Albert Bossu et Camille Dubrulle fondent pour une durée de 25 ans la société Bossu-Cuvelier et Camille Dubrulle, dont le siège social est situé 81-83 boulevard Gambetta. Le but de l’entreprise est la vente et l’achat de métaux. Pour stocker ces métaux, la société a besoin de place. Elle fait donc dans les jours qui suivent l’acquisition auprès de Mme Veuve Motte-Boutemy et ses deux enfants mineurs d’environ 5.000 m² de terres situées rue de Cohem. Jusqu’en 1911, ces terrains faisaient partie de la ferme Watteau, située un peu plus haut dans la rue et comportant deux maisons. La société acquiert également 2700 m² appartenant à M. et Mme Jones avec deux autres maisons frappées d’alignement en bordure de cette même rue. MM. Bossu et Dubrulle comptent utiliser ce terrain pour y installer un dépôt de métaux. Le Ravet-Anceau de 1925 indique qu’au numéro 12 ter habite le magasinier du dépôt, A. Marcq.

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plan 1914

Au fil du temps, la municipalité veut redresser et élargir la rue et, en 1937, une part du terrain contenant les maisons doit être exproprié pour rectifier son tracé. En 1939, c’est M. Devernay qui est concierge sur le site. Vient la guerre, et en 1941 La société Bossu-Cuvelier, demande l’autorisation de construire un baraquement provisoire sur l’emplacement d’un bâtiment qui vient d’être démoli par un bombardement, « pour abriter le veilleur de nuit et entreposer des quincailleries ». Après la guerre, les installations s’étoffent et un plan de 1958 fait état d’un magasin couvert, d’autres bâtiments et d’un pont roulant, alors qu’une photo aérienne de 1953 nous montre un certain nombre de bâtiments, une importante zone de stockage pour les métaux.

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 Photo IGN 1953

Le concierge en 1965 est N. Massart et 1977 voit la transformation de la façade pour installer une quincaillerie industrielle. Le bardage actuel, vétuste est remplacé ; une vitrine est installée et des cours existantes sont transformées en parking. Le plan de masse des installations montre notamment un embranchement particulier du chemin de fer permettant le déchargement des tôles et profilés métalliques.

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 Plan 1977

Le magasin ouvre ses portes pour les professionnels, et la publicité contribue à faire connaître le nouveau site.

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 Document Nord Eclair 1978

Mais l’entreprise a rapidement l’opportunité de s’installer sur un site plus favorable : la fermeture de l’usine Stein libère un terrain situé en contrebas du pont du Sartel, et Bossu-Cuvelier migre vers cet emplacement. L’ancienne usine est démolie et les nouveaux bâtiments la remplacent. C’est ainsi qu’au début des années 90, la société Camaïeu rachète les terrains de plusieurs entreprises, dont Bossu-Cuvelier avenue Brame et rue de Cohem pour y installer ses propres locaux ainsi qu’ un immense parking pour ses employés. Les bâtiments existants sont démolis et les nouveaux s’élèvent bientôt, modifiant complètement l’aspect du quartier.

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 Documents IGN – en haut Bossu-Cuvelier en 1988, en bas Camaïeu en 2000

 

 

 

On aligne rue de Cohem

A l’origine, il s’agit d’un chemin vicinal conduisant du hameau des trois ponts à Leers en passant par le hameau du petit vinage, d’une largeur de trois mètres en 1838, et qui fait de nombreux coudes pour éviter les propriétés. Il est bordé de deux fossés. Sur cet ancien chemin seront tracées plus tard les rues de Tournai, d’Ypres, de Cohem et de Carihem.

 Le chemin des trois ponts à Leers en 1845

 A la fin du 19eme siècle, la création de la gare de Roubaix-Wattrelos, dite gare du Pile restructure le quartier. On trace la rue Brame qui longe les installations ferroviaires et vient se raccorder à la rue de Cohem. Celle-ci perd son nom pour devenir la rue d’Ypres entre l’extrémité de la rue de Tournai et cette nouvelle intersection. La rue, dont l’axe est pavé, est bordée de fossés, passe au milieu des pâtures longe la ferme Watteau et quelques maisons éparses.

 La rue de Cohem à la fin du 19 eme siècle.

 Au débouché de la rue Brame, rectiligne et relativement large, notre rue reste étroite et tortueuse. Très vite, la municipalité cherche à la redresser et à l’élargir pour favoriser la circulation, alors que les riverains souhaitent améliorer le drainage de ces terrains situés à l’endroit le plus bas de Roubaix et facilement inondés.

C’est ainsi que, dès 1891 un riverain, M. Briet demande l’autorisation de construire un aqueduc en front à rue sur l’emplacement du fossé, face à la ferme Watteau, pour déverser les eaux pluviales dans le riez des trois ponts, et qu’en 1905 les riverains demandent la construction d’un aqueduc. En 1910 on prévoit la construction du boulevard industriel dont l’égout ne pourra pas traverser la ligne de chemin de fer. La rue de Cohem devra donc disposer d’un aqueduc pour récupérer ces eaux et les déverser dans celui de la rue Brame. On lance une adjudication remportée par l’entrepreneur Henri Duhem qui effectue les travaux dont la réception a lieu en 1911.

En 1908, le directeur de la voirie insiste sur le fait que « les alignements de la rue Brame se raccordent à ceux de la rue de Cohem d’une manière défectueuse… ». On fait donc des rectifications à de nombreuses reprises dans le but d’aligner la rue sur l’avenue Brame. Tous les riverains sont successivement amenés à céder du terrain pour l’incorporer à la voirie : M. Briet en 1909, La brasserie « la communauté » en 1912, alors qu’on réclame l’éclairage pour la rue de Cohem, qualifiée de « véritable casse-cou » en conseil municipal. M. Berly participe à l’alignement en 1925, M. Watteau et la société Bossu-Cuvelier en 1941, et divers riverains dans les années 50. A force de rogner à droite et à gauche, la rue se redresse et s’élargit progressivement.

 Les divers plans d’alignement

 Parallèlement, le caractère campagnard de l’endroit disparaît progressivement durant ces années. Attirées par la proximité de la gare et du canal, les entreprises s’installent le long de la rue qui prend ainsi un caractère plus industriel. On remarque très tôt une brasserie, puis, au début des années 20, s’installe la société Bossu-Cuvelier et Camille Dubrulle qui implante là un entrepôt de métaux, la menuiserie industrielle Baet frères en 1929, la teinturerie Delescluse en 1928.

 

 Mai 1940 voit la destruction d’un baraquement des établissements Bossu-Cuvelier à la suite d’un bombardement, tandis que la teinturerie Delescluse s’agrandit à plusieurs reprises avant et après guerre. La rue prend l’aspect proche de celui qu’on lui connaît maintenant avec la suppression des ses pavés et leur remplacement par un revêtement de tarmacadam en 1961.

 La rue en 1953

 La construction du pont du Carihem, puis la suppression des voies de service de la gare vont enfin influer sur l’environnement de notre rue. On trace la rue Léo Lagrange qui forme un nouveau carrefour avec elle, qui perd son nom au profit de l’avenue Brame jusqu’à ce point. Son débouché se fait maintenant sur un rond-point, on installe des terre-pleins centraux, la société Camaïeu s’installe partiellement sur l’emprise de Bossu-cuvelier et sur les anciens terrains SNCF…

Ainsi pourra-t-on dire de la rue de Cohem que, si, au cours de sa carrière, elle a plus que quintuplé sa largeur, elle aura , en contrepartie, perdu dans le même temps les deux tiers de sa longueur !

 Les documents proviennent des archives municipales.

Un foyer d’éducation populaire

Le Foyer d’éducation populaire Jean Macé Pasteur est issu de la fusion de deux très anciennes amicales laïques : l’association amicale des anciens élèves de l’école publique de la rue Delezenne, et l’association amicale des anciennes élèves de l’école communale de la rue du Pile. La première est née le 4 septembre 1890, la seconde le 23 janvier 1896, toutes les deux après le visa préfectoral. A cette époque, le scénario de la création d’une amicale laïque est pratiquement toujours le même : sous l’impulsion du directeur ou de la directrice de l’école, des parents d’élèves, des élèves récemment sortis de l’école sont appelés à se réunir pour la défendre contre les adversaires de la loi Ferry. Il est vrai qu’à Roubaix, à partir de 1884 le pouvoir politique est retombé entre les mains des partisans de l’école « libre », qui ne pouvant remettre en question la loi, privilégient les subventions à l’élite et visent la maîtrise de l’enseignement supérieur. Les activités les plus courantes de ces amicales seront les suivantes : distributions de vêtements et chaussures aux enfants nécessiteux, récompenses et encouragements aux élèves méritants et assidus (médailles, livrets de caisse d’épargne,…), montage de bibliothèques populaires et scolaires, organisation de voyages et d’excursions (récompenses certificat, mais également plus tard pour les membres), organisation de conférences.

L’école de la rue Delezenne et l’école de la rue du Pile Photos Journal de Roubaix et PhW

L’école de la rue Delezenne, et l’école de la rue du Pile étaient très anciennes. L’école de garçons de la rue Delezenne datait de 1873, elle est laïcisée en 1881. On y crée des cantines scolaires en 1894, elle est agrandie en 1909. Une délibération du 28 décembre 1934 décide de sa démolition. Entre-temps, l’école Jean Macé a été édifiée.  L’école des filles de la rue du Pile, également appelée école Pasteur, fait partie de la série des écoles publiques dites de Mollins construites en 1877. Elle sera agrandie en 1908 et fera l’objet d’aménagements divers jusqu’en 1970.

L’école Jean Macé en 1933 Photo Journal de Roubaix

Les recherches sont en cours pour retrouver les dates de changement du nom de l’amicale Delezenne en Jean Macé, et en Jean Macé Pasteur, sans doute avant la seconde guerre. On trouve dans les archives de l’amicale une déclaration en préfecture du Nord le 21 décembre 1950 : le siège était à l’école de garçons du boulevard de Mulhouse, il est transféré au n°4 rue d’Anzin. La modification de son titre est annoncée en association amicale des anciens élèves des écoles publiques Jean Macé et Pasteur. La réunion des deux amicales a-t-elle eu lieu à cette date ?

Au cours de l’assemblée générale qui se tient le 14 novembre 1965, l’amicale transforme une nouvelle fois son titre et l’article 2 de ses statuts :

Le Foyer comprend plusieurs secteurs d’activité : club de jeunes, secteur adultes avec ses sections culturelles spécialisées, sa section activités sociales, sa section parents d’élèves…, secteur enfance avec des activités organisées par les adultes au profit des enfants : patronages, centres de vacances, centres aérés, USEP…

Le Foyer met à la disposition de tous, les moyens de développement d’activités éducatives, sociales et récréatives : éducation physique, intellectuelle, artistique, information scientifique, technique, économique et sociale.

Par ces moyens, le Foyer contribue à l’émancipation intellectuelle et sociale et à la formation civique. Par son action, il entend manifester sa fidélité à l’idéal laïque et à l’enseignement public en prolongeant son œuvre dans le même esprit.

Le 22 décembre 1965, l’amicale prend donc le titre de Foyer Populaire Jean Macé Pasteur (foyer de jeunes et d’éducation populaire), qui est toujours son titre distinctif.

Le conseil d’administration de l’amicale Delezenne en 1923 doc archives Foyer Jean Macé Pasteur
Remerciements au Foyer Jean Macé Pasteur pour la consultation de ses archives
Extrait sur l’historique des amicales, in La Question laïque Philippe Waret Collection des Cahiers Roubaisiens Editions Lire à Roubaix

 

La Filature de Maufait

Au début des années 1910 on projette de créer un boulevard Industriel comprenant une voie ferrée centrale entre la gare de Roubaix-Wattrelos, dite gare du Pile, et une autre gare, dite de débord qui se situerait au confluent des avenues Motte et Delory, dans le quartier des petites haies.

Pour cela, il s’agit de prolonger l’avenue Motte, qui s’arrête alors rue de Lannoy, à travers une zone constituée des terres des anciennes fermes de l’Espierre et de Maufait, récemment acquises par les hospices de Roubaix. La première guerre mondiale stoppe ce projet, qui doit attendre le milieu des années 20 pour se concrétiser.

Sans attendre la réalisation effective du boulevard, des industriels, et en particulier Auguste Cavrois, s’installent sur cette zone. Celui-ci fait construire dans l’immédiat après-guerre une filature qui prend la dénomination de « Filature de Maufait » le long du futur tracé du boulevard. On voit sur le plan que le terrain à gauche est au nom de Cavrois, qui ouvrira là une dizaine d’année plus tard la filature Cavrois et Fils. A droite, le terrain est la propriété des hospices.

Plan de 1926 – document archives municipales

Cette usine sera plusieurs fois agrandie et modifiée tout au long de son existence. Dès 1919, M. Bonte fait une demande pour la construction d’une cabine de distribution électrique au coin du chemin menant à l’usine, sur l’emplacement de jardins ouvriers. En 1930 la société fait deux autres demandes concernant l’agrandissement de deux nefs du magasin

Document archives municipales

 Cette même année, l’entreprise demande l’autorisation de construire une rangée de 10 maisons ouvrières sur le type E3 de la maison Roubaisienne le long de l’avenue, devant la filature. Seront-elles réservées aux employés de la filature ? Ces maisons bordent encore l’avenue Roger Salengro aujourd’hui.

Plan archives municipales – Photo Jpm

 D’autres travaux modernisent les locaux : la reconstruction d’une tour réfrigérante au même endroit que l’ancienne en 1936, la construction d’un monte-charge en 1939, et l’agrandissement d’un atelier en 1947. Par ailleurs, la dénomination de la société change au fil du temps : Le Ravet-Anceau fait, au départ, état de la dénomination « Filature de Maufait, laines peignées » au 105 Boulevard Industriel. Dès 1932 un changement de numérotation fait passer l’adresse au 137, puis 139 en 1935. En 1939 la société devient « Etablissements Bonte et Cie », puis en 1953 « Filature de Beaurepaire, Etablissements Bonte et Cie ». En 1959 l’intitulé redevient « Etablissements Bonte et Cie (Filature de Maufait) ».

L’entreprise n’échappe pas à la crise du textile, et notre filature finit par disparaître du Ravet-Anceau en 1984. Les bâtiments survivent quelque temps à l’entreprise : une photo aérienne de 1988 nous montre l’usine en place. Elle sera pourtant remplacée par un lotissement bâti autour de la rue Henri Delvarre.

Le site de la filature en 1964 et de nos jours – photos IGN

 

Une rue pour Léonie

En août 1914, Marie Léonie Vanhoutte, qui exerçait la profession de giletière, travaille à l’installation des ambulances de la Croix Rouge, rue Pellart, où elle est infirmière de salle. Au moment de l’invasion allemande, elle laisse la place aux infirmières allemandes, en emportant cependant deux objets précieux, qui lui seront fort utiles par la suite, son brassard et sa carte d’infirmière.

 Affiche occupation allemande & Léonie Vanhoutte documents archives municipales de Roubaix

Son premier voyage de passeuse, elle le fait pour son frère, un évacué mobilisable n’ayant pu rejoindre le front, qui souhaitait rejoindre la France libre. Elle fera soixante dix kilomètres à pied de Roubaix à Gand, passera en Hollande, et mènera quatre hommes à la liberté. Lors d’un nouveau voyage, elle recueille des informations sur les mouvements de troupe et les emplacements des batteries ennemies. Elle vient de rencontrer son amie Louise de Bettignies, qui fait d’elle son lieutenant sous le sobriquet de Charlotte, dans un réseau financé par les anglais. Ses missions sont les suivantes : passages de personnes, collectes de renseignements, transferts de correspondance, de la France occupée vers la Hollande, à travers la Belgique.

 Roubaix occupée par les allemands, ici au Pile Photo Nord Eclair

Le 24 septembre 1915, elle sera arrêtée sur dénonciation, à Bruxelles, quelques jours à peine avant Louise de Bettignies. Incarcérées toutes les deux à la prison St Gilles de Bruxelles, elles seront d’abord condamnées à mort, puis déportées à Siegburg en Allemagne, où Louise de Bettignies mourra d’une pleurésie purulente en septembre 1918, alors que Marie Léonie luttait elle-même contre le typhus qu’elle avait contracté à force de soigner ses compagnes de captivité atteintes de cette maladie.  Elle sera libérée le 3 octobre 1918 par des évadés belges et fronçais accompagnés de soldats allemands au moment de la proclamation de la République allemande.

 Léonie Vanhoutte honorée en 1919 et en 1927 Photo Journal de Roubaix

Le 24 Août 1919, elle reçoit la croix de guerre, Elle recevra aussi la Médaille Militaire anglaise, la Croix de Chevalier de l’Ordre de l’Empire Britannique ainsi que la Croix Civique belge. Antoine Redier écrira l’histoire de Louise de Bettignies et de Marie Léonie Vanhoutte en 1923 dans un ouvrage intitulé La Guerre des Femmes publié aux éditions de la Vraie France. Le 27 février 1927, elle obtient la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle épousera Antoine Redier, son chroniqueur en 1934.

En 1966, elle était promue au grade d’Officier de la Légion d’Honneur. Elle s’éteignit le 4 mai 1967 à l’âge de 79 ans et repose désormais dans l’ancien cimetière de Hauteville, dans le caveau de la famille Redier. Une rue porte désormais son nom dans la cité des Trois Ponts.

On lira avec intérêt

Le livre d’Antoine Rédier La Guerre des femmes, couronné par l'Académie Française
dont sera tiré le film Sœurs d'armes de Léon Poirier en 1937
Et on visitera la magnifique exposition virtuelle de la bibliothèque numérique de la médiathèque de Roubaix intitulée la Fleur au fusil
http://www.bn-r.fr/expositions/lafleuraufusil