Platt frères

La société Platt frères est installée boulevard de Lyon depuis fort longtemps. En voyant ce site fermé depuis plusieurs années, le curieux peut se demander d’où vient cette société, et ce qu’elle fabriquait.

En faisant quelques recherches, on trouve au 19eme siècle à Old’Ham en Angleterre une entreprise Platt brothers (ou Platt Bros) qui fabriquent des machines textiles. Elle deviendra dans sa branche l’une des plus importantes d’Angleterre. L’un des membres de cette famille va-t-il s’expatrier en Normandie ? Toujours est-il que, en 1864 et 1866, naissent à Sotteville les Rouen John et William Platt. Leur père, Samuel, né en 1837 est ouvrier régleur de cardes. Après 1880, la famille quitte la Normandie et vient s’installer à Roubaix, où Samuel ouvre avant 1886 une fabrique de cardes et d’outils trempés au 187-189 rue de l’Alma, entre la rue de France et la rue de Tourcoing. L’entreprise prend le nom de Samuel Platt et compagnie.

La société quitte la rue de l’Alma avant 1906, Samuel prenant peut-être sa retraite (il est né en 1837), et l’affaire est reprise par John et William et on la retrouve en 1909 au 108 rue La Fontaine sous la nouvelle raison sociale de Platt frères.

Documents médiathèque de Roubaix et coll. particulière

Documents médiathèque de Roubaix et coll. particulière

Ils sont mécaniciens constructeurs, fabriquent de l’outillage nécessitant une trempe. La porte cochère conduit à une cour dans lequel se trouve l’atelier. Ils resteront à cette adresse jusqu’en 1924, date à laquelle ils installent d’abord leurs bureaux, puis l’entreprise elle-même boulevard de Lyon au numéro 106 à partir de 1926. Ils se spécialisent alors dans la fabrication de cardes destinées à l’industrie textile.

L’usine occupe un terrain qui s’étend jusqu’à la rue Ingres, d’où on aperçoit une cour servant aux chargements et déchargements. La grand porte métallique du Boulevard de Lyon sert à l’entrée du personnel. A sa droite se trouvent les bureaux techniques, dont la première fenêtre est celle du responsable d’atelier. Les bureaux situés à gauche de la porte métallique sont beaucoup plus récents et abritent les personnels administratifs et commerciaux qui ne figurent pas encore sur cette photo aérienne de 1962 :

Document IGN

Document IGN

La fabrication comportait plusieurs opérations. A partir d’un ruban d’acier reçu en bobine, on commence par l’emboutissage des dents. Puis le ruban est étire, passe dans un four à induction pour être préchauffé, puis sur les rampes à brûleurs à gaz pour être chauffé au rouge. Il traverse ensuite un bain contenant de l’huile pour être trempé et acquérir la dureté nécessaire. Ensuite, les dents sont avivées sous un jet d’huile de coupe. En bout de chaîne, le ruban est reçu sur un rouleau, puis emballé et expédié. Dans certains cas, le ruban est enroulé en hélice sur un tambour de carde pour emploi direct, mais, le plus souvent, le ruban est installé sur la machine par les soins du client.

Quelques étapes de la fabrication – photos DR

Quelques étapes de la fabrication – photos DR

Jusque dans les années 80, toutes les machines étaient anglaises, ainsi que les pièces détachées. A chaque panne, il faut attendre que les pièces arrivent d’Angleterre. L’alimentation de la chaîne se fait à la main, mais, à partir des années 60-70, la vitesse de parcours du ruban est régulée automatiquement, d’abord avec des platines électroniques pilotant des armoires à relais. Dans les années 90, on transforme et on améliore les machines avec des pièces françaises, et on en ré-automatise l’asservissement et la commande avec des automates français Télémécanique au départ, puis Siemens. Cette technologie n’a plus évolué jusqu’à la fin (pas d’informatisation). Dans les derniers temps, le directeur de production est belge.

Une armoire de commande - Photo DR

Une armoire de commande – Photo DR

Mais l’entreprise éprouve des difficultés et est contrainte à la fermeture. La société Bekaert tente en 2004 de reprendre l’activité, mais a doit, elle aussi, fermer en 2008. Elle regroupe aujourd’hui ses activités à Armentières. Depuis cette époque, le site est une transformé en friche industrielle. On pense y construire des logements, mais le terrain est peut-être pollué, ce qui retarde les choses.

Remercions Daniel pour sa collaboration.

 

Photos Jpm

Photos Jpm

 

 

 

 

Vie de la place du Travail

Documents collection particulière

Documents collection particulière

Le projet bouclé, les travaux de nivellement et de plantation effectués, la réception définitive prononcée, des bâtiments ne vont pas tarder à s’élever, cependant que la place prend son aspect définitif : on revêt en 1911 de graviers le terre-plein de la place, jusque là recouvert de scories.

Les chaussées de la place, simplement empierrées, sont pavées, puis revêtues de tar-macadam (orthographe de l’époque) en 1955.

Ces chaussées accueillent les rails de deux lignes de tramway. La première – depuis 1905 – la ligne ligne I puis DI (place de Roubaix-boulevard de Fourmies) qui, venue de la rue Jules Guesde et contournant l’église par la gauche, s’engageait dans la rue de Larochefoucault, contournait la place par la gauche, et prenait ensuite la boulevard de Fourmies. La seconde, à partir de 1908 (Roubaix Hem), qui, venue par la rue du Moulin, longeait l’église par la droite, et empruntant le boulevard du Cateau, arrivait à la place, qu’elle contournait par la droite, avant de s’engager dans la rue Henri-Regnault.

Une motrice 600 et sa remorque à destination de Hem contournent la place et dépassent la ferme Cruque - Document collection particulière

Une motrice 600 et sa remorque à destination de Hem contournent la place et dépassent la ferme Cruque – Document collection particulière

Un poste de distribution électrique, dit « poste de coupure », appartenant à la société roubaisienne d’éclairage par le gaz et l’électricité, émanation de la société Lilloise l’énergie électrique du Nord de la France, est très tôt implanté sur la place. Celui-ci, peu à sa place à cet endroit, et « à la suite de réclamations nombreuses », devrait être démoli par l’entreprise Gérard Vandemergèle en 1908, et reconstruit par ses soins rue de Larochefoucault sur un terrain acheté par la ville à M. Durot, qui l’avait lui-même acquis auprès de la société Lemaire et Lefebvre. Cette entreprise a construit tous les postes de distribution implantés jusque là. Cependant, ce déplacement ne se réalise que beaucoup plus tard, en 1926. Cette année là, la société « l’énergie électrique du Nord de la France » rachète à la ville le terrain de la rue Larochefoucault pour y implanter son poste de distribution..

 

Les emplacements premier et futur du poste électrique

Les emplacements premier et futur du poste électrique

Dès la fin des années 20, s’élèvent des protestations contre le fait que la place soit utilisée comme lieu d’apprentissage pour les conducteurs et de passage du diplôme du permis de conduire. Une pétition, datée de 1930, proteste contre les dangers que présentent les manœuvres des candidats (y avait-il déjà des auto-écoles?). Le commissaire de police témoigne de nombreux accidents matériels, sur la place, mais aussi au rond-point au carrefour de la rue Ingres et du boulevard de Lyon. On réclame de faire passer les permis dans des endroits peu fréquentés. Ceux-ci étant de moins en moins nombreux, le centre d’examen va demeurer à cet endroit encore de nombreuses années et jusque bien après la guerre ! Le commissaire de police sera plus tard aux premières loges pour constater les inconvénients de cet état de choses, puisque le commissariat du 4ème arrondissement s’installe au milieu des années 50 justement sur la place, au numéro 14…

Le commissariat dont dépendait la place à l'origine – document 1930

Le commissariat dont dépendait la place à l’origine – document 1930

Les documents proviennent des archives municipales.

 

 

 

 

 

 

 

La place du Travail en projet

Pour structurer les quartiers appelés à se développer au sud-ouest de Roubaix, on songe, parallèlement à l’ouverture de boulevards de ceinture (boulevard de Lyon), à créer des places publiques. M.Tiers, en conseil municipal, insiste en 1889 sur le fait que Roubaix ne dispose que de trois places publiques et qu’il en faudrait d’autres. Il insiste sur leurs avantages du point de vue hygiénique (appel d’air), comme lieu réunion pour les enfants, et souligne le prix abordable des terrains dans les quartiers périphériques. Il ne faut pas différer les constructions, sinon les endroits favorables seront construits. Il cite en particulier un terrain rectangulaire Bossut-Delaoutre dans le quartier du cheval blanc le long de la rue de Lannoy (future place de la Fraternité). Mais un autre emplacement retient également l’attention de la municipalité plus à l’ouest.

Le site en 1845

Le site en 1845

Juillet 1890 : Le directeur de la voirie municipale procède au métré de terrains « pour servir à la création d’une place publique au lieu-dit la Potennerie ». Cela représente environ 5100 mètres carrés de terrains appartenant à la Société Lemaire et Lefebvre et comprend un corps de ferme situé le long de la rue de Larochefoucault, le tout au prix de 6 francs le mètre.

En septembre de la même année, M. Jean-Baert, clerc de notaire à Lys lez Lannoy, adresse une lettre au conseil municipal, « ayant appris que l’administration et le conseil municipal… recherchaient des terrains … pour y créer des places publiques… » Il présente un projet de place situé lui aussi dans le quartier du petit Beaumont, sur sur 12000 mètres carrés, lui aussi le long du chemin n° 8 du Petit Beaumont, mais légèrement plus bas que le terrain Lemaire et Lefebvre (il ne touche pas le Boulevard de Lyon). M. Jean-Baert détaille les avantages de son projet : c’est un quartier appelé à un grand développement, proche de la nouvelle église de St Jean Baptiste, et du tout récent boulevard de Lyon, située dans une zone où de nouvelles fabriques s’installent, qui vont provoquer des mouvements de population et des constructions en tous genres. Autre avantage, les terrains sont encore nus et non bâtis et ne nécessitent pas d’expropriations.

Il propose de vendre à la ville une superficie de 9750 mètres carrés à 5 francs le mètre, et de donner gratuitement une bande de terrain représentant 2200 mètres carrés. Par ailleurs, pour éviter à la ville une dépense immédiate, il propose un bail sur dix ans avec faculté d’acquisition des terrains au prix convenu pendant la durée du bail. Il offre enfin de faire effectuer lui-même les travaux de terrassement, que la ville pourrait rembourser par la suite.

L’année suivante, en décembre 1891 est faite la demande de déclaration d’utilité publique avec le plan des parcelles à acquérir. C’est le résultat d’un mélange des deux options précédentes : pour englober le tracé du boulevard de Lyon et son intersection avec la rue de Beaumont, on choisit, pour la plus grosse partie de la place, des parcelles appartenant à la société Lemaire et Lefebvre (qui viennent en majorité de la famille Destombes). On complète ce terrain par deux bandes appartenant l’une à la société Henri Briet et compagnie, dont les administrateurs sont Henri Briet et Jean Baert, l’autre à Jean Baert lui-même.

Les différents propriétaires des parcelles

Les différents propriétaires des parcelles

On complète le projet avec l’ouverture de rues qui vont converger vers la nouvelle place. En particulier, une rue déboucherait au milieu de la place, et une autre la borderait :

Les rues à ouvrir

Les rues à ouvrir

Finalement, une nouvelle mouture du projet nous montre une configuration semblable à celle que nous connaissons aujourd’hui, avec les futurs boulevards de Fourmies et du Cateau, ainsi que la future rue Henri Regnault. Les travaux vont pouvoir commencer.

 1891-final-96dpi

 

Documents archives municipales

 

 

 

Soetens magasin leader de quartier

En 1946, au n°111 de la rue Jules Guesde, s’installe le premier magasin ouvert par André Soetens, âgé de 32 ans et de retour de captivité. C’est une petite boutique installée dans deux pièces à l’enseigne de « Tout pour le ménage ». On y vend des articles ménagers, de la vaisselle et de la faïence. Le commerce se développe bientôt et un deuxième magasin s’ouvre dans la rue de la Vigne, au n°10, tenu par Mme Soetens. (Il sera fermé en 1978)

 

Document Nord Matin - 1952

Document Nord Matin – 1952

 A partir de 1966, le magasin de la rue Jules Guesde devient trop petit, mais il faudra attendre 1971 pour concrétiser le projet d’agrandissement par le rachat de l’ancienne forge attenante, celle de M. Brocvielle, le maréchal ferrant du quartier, décédé. Cette fois la surface de vente est multipliée par 5. Le décor, réalisé par l’architecte H. Hache, est complètement rénové et abrite plus de 6000 articles cadeaux « depuis les étains et faïences anciennes jusqu’aux plus récentes créations du Design » (dixit la Voix du Nord). Il est organisé en « coins shopping » et offre un important rayon listes de mariage. Son fils Patrick, qui vient de terminer des études commerciales, vient alors le seconder.

 

Document La voix du Nord - 1972

Document La voix du Nord – 1972

Une publicité de 1973 indique que le magasin est ouvert le dimanche matin. En 1978 le magasin rue de la Vigne est fermé, et l’activité se recentre sur les locaux de la rue Jules Guesde. C’est une boutique de quartier, qui continue à vendre des articles ménagers, mais qui a su, grâce à la publicité, attirer la clientèle de toute l’agglomération roubaisienne grâce à ses articles de qualité. En 1982 le magasin est spécialisé dans l’art de la table, on y propose toutes les marques de Limoges et de cristal français, l’orfèvrerie de couverts et un rayon cadeau.

Mais les temps sont durs : la fin des années 70 voit la fermeture de nombreux magasins d’arts de la table. M. Soetens explique cela par le fait que la clientèle traditionnelle est progressivement remplacée à Roubaix par une population qui ne fréquente pas ce type de magasin. Pourtant, le magasin résiste : « Nous avons tenu grâce à notre choix, à la recherche constante de la qualité, à nos conseils de véritables spécialistes, enfin à nos prix » (Nord Eclair 1982). Le magasin s’agrandit de nouveau sous la direction cette fois de l’architecte Serge Degand.

Soetens en 1982 document Nord Eclair

Soetens en 1982 document Nord Eclair

<!–[if !mso]>

Mémoire d’un estaminet

La première construction érigée sur la nouvelle place est un estaminet. Les plans d’époque le montrent, seul avec la ferme Cruque, qui, beaucoup plus ancienne, se trouvait à l’angle du chemin d’Hem, et de celui de la Potennerie au Tilleul. Il est construit au coin du boulevard Lacordaire et de la rue de Beaumont, face à la ferme.

1895-96dpi

Document archives municipales

 On trouve trace en juin 1895 d’une demande le permis de construire émanant de monsieur Loridant-Lefebvre, brasseur, 58 rue du Tilleul, pour une maison à usage d’estaminet à l’angle de la rue de Beaumont et de la place du Travail. Il joint à sa demande les plans de la future façade.

plan-96dpi

Document archives municipales

Effectivement, le Ravet-Anceau de 1895 fait mention de l’Estaminet « au Pigeon Bleu » à cet endroit et, en 1896, on trouve le nom de L.Foelix comme tenancier de l’estaminet. Jusqu’à la première guerre vont se succéder E. Cattelain, puis L. Six à la tête de cet établissement. Dans le courant des années 20, la rue de Beaumont est scindée en deux, la partie située après la place du travail prenant alors le nom d’Édouard Vaillant.

 café1930-96dpi

L’estaminet au temps de l’éclairage au gaz. Photo coll. particulière

En 1928, on trouve au n°2 de la nouvelle rue, ainsi qu’au n° 48 du boulevard de Lyon la raison sociale A. Deltour, cycles. Le débit de boissons devient donc un magasin. Il perd ce statut un peu plus tard, puisque que l’immeuble est habité en 1939 par un employé, monsieur E. Demeurisse. Il n’est donc plus fait mention d’un commerce.

Après la guerre pourtant, en 1955, l’immeuble reprend sa vocation première, sous l’égide de Mme veuve R. Gabet-Catoire, cafetière. En 1965, elle adjoint, à la même adresse, un commerce d’appareils ménagers sous la marque Electrolux, tout en continuant à tenir son café. Celui-ci prend en 1970 la dénomination de café « Au rendez-vous des autos écoles ». N’oublions pas que le centre d’examen du permis de conduire était situé place du Travail !

Les enseignes continuent de changer : on trouve la dénomination « Au Bonus » en 1986 et « Le J’abs » dans les années 2000.

2008-96dpi

Photo collection particulière

Enfin, le café devient transitoirement une pâtisserie, qui ferme à son tour. Gageons pourtant que l’histoire de notre estaminet plus que centenaire n’est pas encore terminée !

 

Une ferme rue du Moulin

L’historien Théodore Leuridan fait mention au 19ème siècle, à la naissance du sentier du petit Beaumont, d’une ferme enserrée entre la rue d’Hem, la rue de Bouvines, et la rue du Moulin, qui faisait partie de la seigneurie de la Masure. Il précise que la ferme était tenue par la famille Vernay, et qu’en 1834, Antoine de Vernay a fait partie des protestataires voulant la séparation administrative entre  Roubaix ville (le centre) et Roubaix campagne (les territoires agricoles situés autour de ce centre).

La cense (plan cadastral de 1845) en situation sur une photo aérienne Géoportail actuelle

Les recensements effectués en 1836 et 1851 font référence à un cultivateur nommé Desvernay Antoine , époux de Ludivine Lauridan  à la tête d’une nombreuse famille comprenant trois fils et six filles. Mais, au fil des années, le quartier se bâtit sur les terres de la ferme qui doit alors cesser son activité. C’est ainsi que le Ravet Anceau de 1875 n’indique plus de cultivateur à cet endroit. Par contre, il fait état en 1886 d’une veuve Devernay, propriétaire au 153 de la rue du Moulin.

A partir de 1895, le numéro au 153 abrite un rentier, mais on trouve trois autres adresses en remontant la rue. Des maisons ont donc remplacé la ferme. De même, les bâtiments le long de la rue d’Hem sont des habitations individuelles à partir du n°1. Le bâtiment de l’ancienne cense a-t-il été démoli ou reconverti en habitations ? En tout cas, le plan cadastral de 1884 le montre partagé en habitations qui en reprennent la forme exacte.

 Document archives municipales

La partie arrière de la ferme constitue six maisons formant l’impasse Devernay, placée perpendiculairement à la rue de Bouvines.  On retrouve cette situation sur cette photo aérienne de 1953 :

Document archives municipales

En  1964,  à la demande de M. Devernay, le propriétaire, on décide de démolir les maisons numéro  1,3,5,7 et 9 rue d’Hem, 157 à 163 rue Jean Moulin, 2,4 et 6 rue de Bouvines, ainsi que les habitations de l’impasse Devernay, ce qui représente toute l’ancienne emprise de la ferme. Ces maisons sont frappées d’interdiction d’habiter en 1967, et les immeubles murés au fur et à mesure du départ des locataires. En 1974, l’autorisation de démolir est donnée et la Société Anonyme Roubaisienne d’Habitations Ouvrières y fait construire 12 logements H.L.M. à la place de ces bâtiments anciens insalubres. Ces logements sont aujourd’hui encore, visibles sur le site. Il est permis de se demander si leur pérennité approchera celle des bâtiments qu’ils auront remplacé…

Document Géoportail – IGN

Instantané 1973

La rue Jules Guesde forme avec la rue Jean Goujon un axe commercial  important du quartier de la Potennerie. Au-delà du carrefour avec la rue Jouffroy, et du Coq Français, elle remplit la même fonction jusqu’au quartier du Pile. Restons-en pour l’instant à cette première partie de la rue.

Le photographe Charier Photo Nord Eclair

Si nous suivons les numéros impairs, le photographe Charlier est au n°1, suivi de la mercerie de Mme Knoff n°3. La crémerie de Mme Delsalle au n°7, la boucherie Vandecasteele au n°9 et  les établissements Ledoux, également une crémerie, au n°11-13 forment la première partie de la rue. On traverse alors la rue de Bouvines pour passer devant la bonneterie Delmé au n°23, et devant le magasin d’électricité de M.Riysschaert au n°31. Au-delà de l’impasse St Louis, on trouve au n°33 la droguerie de Mme Vandesompèle, au n°61 l’enseigne Roubaix Camping jouets, de M. Deltête, et au n°63 le café Noyelle Meersman. Après la rue de Denain, le laboratoire d’analyses médicales Dhellemes occupe le n°65, la bimbeloterie Au Petit Bonheur de Mme Dubuisson est au n°67, alors qu’au n°67 bis Mme Chuine vend des articles de ménage, puis au n°69 il y a le boucher Goffette, suivi au n°71 de la droguerie Loens.

On passe la rue des Parvenus, et se succèdent alors au n°73 la pâtisserie Bouten, au n°75 le chemisier Jouniaux, au n°77 le libraire Chapelet, au n°81 la mercerie Aux Ciseaux d’Argent, et au n°83 la lingerie Yveline. Nous traversons la rue de Ma Campagne. Là se trouvent au n°85 l’horlogerie Pruvost, au n°97 le garagiste Desodt, au n°99 la bonneterie Hautekiet, au n°103 les jouets de Mme Moura Douglou.

Après la rue de Tunis, le n°109 est inoccupé, mais pas pour longtemps, car le magasin d’articles de ménage Soetens Duyck, déjà installé aux n°111 113 va encore s’agrandir. Au n°115, un boucher hippophagique après lequel il y a au n°117 le magasin d’articles de ménage Delattre, au n°119 les chaussures Spriet, au n°121 la Société Coopérative de l’Union Roubaix Wattrelos, grossiste en vins, au n°123 le libraire Ducourant, et pour finir au n°125 le boulanger Spriet Raepzaedt.

Un an plus tard la Société de l’Union Roubaix Wattrelos a fait place à la GBM qui a refait sa façade Photo Nord Eclair

Les numéros pairs commencent par des établissements scolaires. C’est au n°6 qu’on trouve le magasin de poissons exotiques de Mme Minne, au n°12 le coiffeur pour dames Hache, au n°14 le commerce d’alimentation Ogier. Après la rue de la Potennerie, on passe devant le café A Versailles au n°16, le coiffeur Wanin au n°18, l’épicier Van Moer au n°20, le plombier zingueur Delahaye au n°24. Toujours sur le même trottoir, au n°26 Peersmann, confection pour enfants, au n°32 la boulangerie Hottebart, au n°34 le teinturier dégraisseur Anett dont la gérante est Mme Dieussaert, au n°38 l’enseigne Vins fins au détail, dont la gérante est Mme Hespel, au n°42 Bambi, le magasin de confection pour enfants de Mme Blot. Il y a encore au n°44 la bonneterie Vanhoorde Honoré, aux n°48-50 l’horticulteur Deleusière, au n°52 le commerce de beurre et œufs de M. Deleu, au n°54 Winants et Sevin, fabricants de sacs en jute, et Mme Thiry épicier, au n°56 bis le boucher Prinsie, et au n°60-62 les établissements Le Danois, électricité. On traverse la rue de Maubeuge et voici la caisse d’épargne, bureau de la Potennerie au n°62bis, l’électricité générale Nys aux n°66 68, et pour terminer ce tronçon, le boucher Depuydt au n° 72.

Il s’agit d’un relevé instantané de l’année 1973, car beaucoup de ces commerces se sont transformés ou ont disparu. Constatons qu’il y a encore une moyenne d’un commerce pour trois maisons d’habitation, et qu’il y en a encore de toutes les sortes : alimentation, confection, habillement, coiffure, articles de ménage…

 

 

Renault et le carrefour

A côté du café des Arcades s’installe après la première guerre un garage automobile. Il est constitué d’un bâtiment sans étage perpendiculaire au boulevard Gambetta et dont le pignon comporte une grand-porte encadrée de deux fenêtres. La construction se prolonge par un mur longeant le boulevard jusqu’à la propriété suivante. Ce garage a pour propriétaires MM. Dourlens en1922 et Lemaire en 1926. Cette même année les maisons jumelles de mesdames veuve Armand Masson et veuve Motte-Cordonnier voisinent avec le café des arcades du côté de la rue Neuve.

Le garage côté boulevard Gambetta, et les deux maisons jumelles côté rue Neuve-documents médiathèque de Roubaix

 Pourtant, ces deux belles maisons disparaissent en 1930 pour laisser place à la société des automobiles Renault. Cette même société, une fois implantée rue du Maréchal Foch, va faire en sorte de s’agrandir. Elle achète le garage et le terrain qui le jouxte pour s’installer sur le boulevard Gambetta en 1935. Le café des Arcades est maintenant enclavé dans dans l’emprise du garage Renault. Cette situation perdure jusqu’après la guerre (en 1939, on trouve au 55 monsieur Lemoine et le siège social du radio club du Nord de la France).

Le café en 1946-photo Nord Éclair

Mais cette situation ne aurait durer. En effet, en 53, Renault a pris possession du numéro 55 et possède maintenant un ensemble cohérent.. Le café est démoli et le constructeur automobile reconstruit sur l’angle un bâtiment cohérent avec le reste du garage.

Le garage en 1962. Photo Nord Éclair
L’extrémité du garage après 1963-Document collection particulière

La Régie ne s’en tient pas là, et décide de moderniser en 1980 l’aspect et l’organisation intérieure du bâtiment. Elle dépose une demande de permis de construire assorti d’un plan pour ce qui sera l’ultime avatar de la concession.

Le même garage à partir de 1980-document archives municipales

Cet état restera inchangé jusque dans les années 2000 alors que Renault, ayant entre-temps acquis un terrain rue Jean Moulin sur l’ancienne emprise de l’usine Motte, et construit sur une partie de cet espace un garage dédié à l’entretien des véhicules, investit finalement l’ensemble du terrain pour s’y implanter en totalité, quittant alors le coin du boulevard Gambetta. L’ancien bâtiment est alors partiellement démoli et transformé pour une autre utilisation.

Les travaux à la fin des années 2000-Document collection particulière

 

 

Le groupe Carpeaux

Autrefois se trouvait à l’angle de la rue Ingres et de la rue Carpeaux un grand terrain de football entouré d’une bande de jardins ouvriers. L’usine Platt dont les bâtiments existent encore aujourd’hui, jouxte cette surface entre la rue Ingres et le boulevard de Lyon.

L’emplacement en 1953 Photo IGN

C’est sur cet emplacement que va être édifié le groupe Carpeaux, qui est réalisé par l’Office public HLM à partir de l’année 1960. En juin 1960, une visite de chantier réunit quelques personnalités, dont le maire Victor Provo, et les représentants des HLM, de la ville, les architectes et les entrepreneurs. Ils découvrent ainsi un grand bâtiment de quatre étages, comportant 69 appartements et deux autres constitués chacun par seize appartements. Une tour de huit étages, dite altière, présente quatre appartements par niveau et au rez-de-chaussée, la place est prévue pour accueillir deux magasins. Des garages sont prévus pour les véhicules des futurs habitants. Les personnalités visitent un logement témoin, c’est-à-dire peint et meublé comme s’il était habité. Puis ces messieurs gravissent les étages de la tour par les escaliers, car l’ascenseur n’est pas encore installé. Un vin d’honneur servi au rez-de-chaussée récompensera leurs efforts.

Le même emplacement en 1962 Photo IGN

Ce chantier a précédé de peu celui du boulevard de Reims, dont l’adjudication des travaux venait d’être lancée début 1960.

La tour Carpeaux en 1964 Photo Nord Éclair

Ce groupe est composé d’appartements agréables et confortables et il est doté du chauffage central. Les architectes Aureau et Verdonck sont les auteurs de ce magnifique lotissement. On peut y loger 133 familles. Le rez-de-chaussée de la tour Carpeaux a longtemps été occupé par un petit centre commercial, tenu par les Docks du Nord. Avec le temps, le groupe Carpeaux est entouré de petits arbres et de pelouses et présente un aspect de verdure agréable, malgré la présence automobile accrue.

Le groupe Carpeaux en 2012 Photo PhW

Boulevard de ceinture

En 1887 naît un projet d’ouverture d’un boulevard reliant la gare du Nord-Est (Gare du Pile) au parc Barbieux. Ce boulevard doit constituer la ceinture sud de Roubaix. Il se raccordera à l’extrémité de la rue Lacordaire, qui sera élargie à 20 mètres et, prendra, pour l’occasion l’appellation de boulevard.

Pourquoi ce boulevard ? Le directeur de la voirie municipale l’explique dans une note de 1889. Il s’agit selon lui d’enrayer la tendance des industriels à aller implanter leurs usines dans les communes voisines, alors que Roubaix dispose de nombreux terrains potentiels, malheureusement dépourvus jusque là de voies d’accès. Il faut créer une grande artère pour desservir le sud de la ville. Par ailleurs, il serait intéressant que son tracé suive le cours du riez des trois ponts, dans lequel commencent à se déverser les égouts , et qui, pour des raisons de santé publique, sera prochainement à recouvrir. L’existence d’une voie tracée à proximité faciliterait les travaux à prévoir. Restent à fixer les détails du tracé.

A cette époque, les familles Deltour et Delepoulle, propriétaires, s’engagent à céder gratuitement à la municipalité une bande de terrain de 20 mètres de large, « située au hameau du Raverdi »

En 1889, les familles Bossut-Plichon et Cordonnier acceptent également la cession gratuite du terrain nécessaire au percement, mais entendent en fixer le tracé : le futur boulevard devra passer au moins à 15 mètres de l’angle sud de la maison de M. Bossut-Plichon (au croisement du chemin d’Hem), et entre les « magnifiques parcs de MM. Cordonnier et Bossut ».

Plan de 1884 surchargé du tracé du boulevard et du nom des voies existantes

 En effet, le tracé du boulevard va devoir tenir compte de l’existant et s’insérer entre les grandes propriétés qui constituant cette partie de Roubaix, et, en particulier celles de Louis Cordonnier (domaine des prés), et de Jean Baptiste Bossut-Delaoutre (domaine de la Potennerie). On commence par réaliser la percée du boulevard de Mulhouse entre la gare et la rue de Lannoy. La future voie, partant de la rue de Lannoy à l’extrémité du boulevard de Mulhouse va se diriger droit vers les limites de ces propriétés importantes, se glisser entr’elles par un premier angle et contourner le château Bossut-Plichon pour remonter ensuite en droite ligne vers l’extrémité de la rue Lacordaire. Pour cela, il lui faut traverser certaines autres propriétés plus petites, et, en particulier, celle de la famille Destombes, à l’emplacement de la future place du Travail. Les propriétés placées sur le tracé consistent essentiellement en parcs, jardins, prairies, vergers, ainsi qu’en terres agricoles.

Le tracé du boulevard nécessite également la démolition de bâtiments existants : aux abords de la rue de Lannoy, plusieurs maisons appartenant à la famille Dufermont. , et, à l’autre extrémité le bout de la rue Chateaubriand, et quelques bâtiments appartenant à Emile Six-roussel (propriété de Mme Veuve Screpel), au coin des rues Chateaubriand et Lacordaire.

Les bâtiments à démolir

 La déclaration d’utilité publique est signée en 1889. L’arrêté d’expropriation suit immédiatement. Les indemnités sont calculées au début de 1891. A partir de ce moment, on commence à utiliser les dénominations de boulevard de Reims et de Lyon. On lance les adjudications pour la démolition des bâtiments.

Enfin, le boulevard est tracé et nivelé. On y construit un aqueduc et il est finalement empierré. 1909 voit la plantation de tilleuls sur la totalité du boulevard de ceinture. Le revêtement des chaussées est refait en tarmacadam en 1931, bien que la partie du boulevard de Reims située entre la rue de Lannoy et la rue Jouffroy semble avoir été pavée.

Document collection B. Thiebaut
Les autres documents proviennent des archives municipales