La clinique Descarpentries

Maurice Descarpentries est fils et petit-fils de médecin. Originaire de Lomme, après ses études au collège d’Armentières, il entre à la faculté de médecine de Lille. Il passe ses examens avec succès, devient médecin et continue donc la tradition familiale : docteur de père en fils. En 1905 il habite au 6 rue Pauvrée et partage son cabinet médical du 46 rue Pauvrée avec le Docteur Fauverghe. Il entre comme chirurgien à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix.

Maurice Descarpentries ( coll privée )

Maurice Descarpentries ( coll privée )

En 1910 il a 31 ans; il décide de construire sa propre clinique privée. Il choisit un terrain vierge, à l’angle du Boulevard de la République à Roubaix et du Boulevard Descat à Tourcoing. Selon lui, c’est un endroit très bien placé, au beau milieu de ces 2 importantes cités, qui lui assure de grandes facilités de communication avec le passage des tramways; c’est un lieu très calme face au canal, éloigné des usines et des quartiers populaires. Il souhaite une clinique modèle, gaie, avec toutes les techniques modernes d’hygiène. Il s’est inspiré pour cela, des autres cliniques privées qu’il a visitées, Pour la construction, il confie le dossier à Auguste Dubois, architecte diplômé par le gouvernement, qui a son bureau au 4 rue de la Fosse aux chênes.

La clinique Descarpentries (coll privée )

La clinique Descarpentries (coll privée )

La clinique ouvre en Avril 1913. Elle comprend un vaste bâtiment dont une aile est formée par l’habitation du docteur, et l’autre par les chambres des malades. Ce bâtiment entoure le jardin. Le rez de chaussée comprend un vestibule, un bureau, une salle d’attente. Dans le fond se trouvent le laboratoire et la salle de radiographie.

Une chambre ( coll privée)

Une chambre ( coll privée)

Au premier étage, on trouve les chambres des malades, et une longue galerie de 100 mètres, qui donne sur le jardin. Toutes les chambres sont gaies; elles sont bien isolées du bruit et de la chaleur, avec des matériaux très modernes pour l’époque. Elles sont éclairées à l’électricité par un plafonnier, et chauffées par un radiateur. Certaines chambres ont des toilettes. Les malades peuvent contacter la salle de garde, par une sonnette électrique. La salle d’opération se trouve au même étage, très moderne, très vaste, avec une hygiène absolue. Tout le personnel est logé au deuxième étage.

La salle d'opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )

La salle d’opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )

Les débuts pour la clinique sont difficiles; la guerre 14-18 commence juste après l’ouverture de 1913. Il faut attendre le début des années 1920 pour que le succès soit au rendez vous; la clinique ne désemplit pas, et Maurice Descarpentries pense déjà à agrandir. En 1926 il fait construire un logement de 4 pièces au dessus de l’entrée principale. C’est une prouesse technique que de construire un étage sur le vide, et c’est un bel ensemble homogène et harmonieux puisque le constructeur a utilisé les mêmes matériaux.

Entrée de la clinique ( coll privée )

Entrée de la clinique ( coll privée )

La fille du docteur Descarpentries, Marguerite, se marie en 1927 avec Michel Samsoen, qui est également médecin chirurgien et va donc pouvoir aider son beau père à la direction de la clinique. En 1936 la clinique se modernise encore: un monte malade est installé par l’entreprise Henri Monnier de Roubaix. Cet ascenseur est particulièrement utile et pratique et on imagine aisément le soulagement des brancardiers! Parmi les clients de la clinique, on trouve des personnalités renommées, comme par exemple Maxence Van Der Meersch qui s’y fait soigner par son ami de longue date,

Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )

Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )

Maurice Descarpentries continue ses nombreux travaux de recherches pour le développement de la médecine. Il se spécialise dans la chirurgie, l’anesthésie, la gynécologie. Il se signale au monde savant par des publications remarquables. De nombreuses distinctions lui sont décernées: chevalier de l’ordre de Léopold, officier de l’instruction publique, médaille d’argent de l’assistance publique, officier d’académie,

Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )

Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )

Michel Descarpentries décède en 1945. Son gendre Michel Samsoen continue alors à gérer la clinique, aidé par son directeur Casiez Ecrepont qui occupe le logement de fonction de l’établissement,

Projet d'aménagement 1963 ( archives municipales )

Projet d’aménagement 1963 ( archives municipales )

Les affaires sont toujours florissantes dans les années 50, et en 1963 Michel Samsoen fait une demande de permis de construire pour une chaufferie et une chambre, mais ne réalisera pas les travaux, car les premières difficultés apparaissent. Un rapprochement avec d’autres établissements est nécessaire ( comme par exemple la clinique du Dr Omez boulevard de Cambrai ou la clinique Saint Martin rue de l’Amiral Courbet ) Malheureusement la clinique ferme au milieu des années 1970 entraînant le licenciement d’une quinzaine de personnes. Michel Samsoen prend sa retraite. Son fils Maurice Samsoen, qui l’aidait à la gestion, participera à la création de la Clinique du Parc à Croix, puis partira à la clinique de Wattrelos. La clinique Descarpentries est vendue en 1980 à Lucien Lagache, commerçant possédant 3 magasins de meubles et d’électro-ménager rue de Lannoy, dépositaire des produits Brandt et Grammont. Il va transformer le bâtiment en magasin de meubles haut de gamme. La clinique va pouvoir revivre à nouveau sous une forme différente !

Lucien Lagache ( coll privée )

Lucien Lagache ( coll privée )

Le concept est intéressant et original. L’idée est de proposer des meubles de très grande qualité et de finition parfaite à la clientèle, en conservant l’architecture et l’agencement intérieur. Lucien Lagache veut que chaque meuble soit présenté un peu «comme chez soi». La clinique a été livrée «dans son jus» avec tous les meubles, la salle d’opération, les bureaux, etc… Les chambres de la clinique deviennent des salons, des salles de séjour ou des cuisines. Il est nécessaire que le meuble soit présenté dans une ambiance adéquate, comme par exemple un meuble Louis XV dans une pièce de couleur vieux rose, un style Empire dans un décor vert. Le nom donné est «La Châtellenie». D’importants travaux sont donc réalisés en 1981:rénovation de la façade et peintures intérieures. L’emplacement des deux maisons situées au 71 et 73 du Boulevard, qui avaient été rasées, va devenir le parking clients pour le magasin. Une mini cafétéria sera créée.

La Châtellenie ( archives municipales )

La Châtellenie ( archives municipales )

Le démarrage est difficile: retard dans les travaux, manque de trésorerie , peu de rotation des stocks, tracasseries administratives. Lucien Lagache se démène pour s’en sortir; ainsi il expose et vend ses meubles soldés à la salle du Fresnoy de M Deconinck, toute proche. Deux ans plus tard «La Châtellenie» dépose le bilan. En 1986, celui-ci est assorti d’un concordat en vue de l’apurement des dettes. En 2001, le bâtiment est vendu aux enchères. S’en suit alors un imbroglio juridique sur les actes de propriété du bâtiment, qui va durer quelques années, et n’est pas terminé, car Lucette Lagache continue à se battre.

Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )

Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )

Début 2015, LMH Lille Métropole Habitat, propriétaire de l’immeuble, envisage des travaux de réhabilitation et extension pour la création de 88 chambres pour l’Oasis, foyer de jeunes travailleurs de la rue de Lille, ce qui entraîne un mécontentement des riverains inquiets. Une procédure judiciaire est engagée. Un nouveau permis de construire est délivré en Juillet 2016.

Le bâtiment de nos jours ( Photo BT avec l’aimable autorisation de Lille Métropole Habitat )

Cela fait maintenant 35 ans que ce superbe immeuble à l’entrée de la ville est inoccupé, dévasté, pillé, défiguré. Pendant combien de temps encore va-t-on laisser à l’abandon ce bâtiment, mémoire des Roubaisiens ?

 

Remerciements à Maurice Samsoen et Lucette Lagache pour leurs témoignages et documents

Les disparus de 1975

Depuis très longtemps, la rue de Mouvaux est une importante voie de passage. C’est en 1704 que le magistrat de Roubaix, responsable de l’égarderie, engage les travaux pour établir un chemin pour relier Roubaix à la route royale de Lille à Menin à hauteur de Mouvaux. Ce chemin se compléta par la suite par le tronçon menant à la frontière belge de Wattrelos/Herseaux. Il comprenait dans son tracé roubaisien la rue de Mouveaux (orthographe de l’époque), la rue du Grand Chemin (d’où le nom), la rue St Georges (rue du Général Sarrail) et la Grand’Rue…Pour cette raison, la rue de Mouvaux s’intitula chemin de grande communication n°9, avant de devenir pour un temps la départementale n°14.

Plan de la rue de Mouvaux avant 1975 doc AmRx

Plan de la rue de Mouvaux avant 1975 doc AmRx

En 1975, la construction d’un foyer et de logements va faire disparaître une partie des maisons et commerces de la rue de Mouvaux. Le 1er août de la même année, s’ouvre le nouveau foyer logement pour personnes âgées de la Mackellerie, au n°63 rue de Mouvaux. L’inauguration du foyer logement de la Mackellerie se déroulera le samedi 6 décembre 1975, en présence des maires de Roubaix, Wasquehal, Croix, et des représentants de diverses institutions.

La rue de Mouvaux après 1975 doc AmRx

La rue de Mouvaux après 1975 doc AmRx

Un certain nombre de numéros auront donc disparu du côté impair, du n°45 au n°81. Ainsi, juste après la cour Delrue, le salon de télé coiffure pour dames de Melle Windels du n°45, de même qu’au n°47, le commerce de beurre et œufs de Mme Veuve Deboosère. Suivait l’importante cour Frère, qui était une véritable rue. Puis on trouvait le magasin des établissements De Béhault, fabricants de cuisinières, aux n°49-51.

Au sans Rival n°53/55 Pub Journal de Roubaix

Au sans Rival n°53/55 Pub Journal de Roubaix

Le magasin de confections pour dames de Melles Dujardin, aux n°53-55 à l’enseigne du Sans Rival existait depuis le début du siècle. Disparaissent également une herboriste au n°57bis, un marchand de poissons au n°59, un épicier aux n°59bis et 61, une mercerie au n°65, une bonneterie au n°67.

Epicerie n°61 Pub NE

Epicerie n°61 Pub NE

Les ateliers Féraille, constructions métalliques rationnelles, étaient au n°69, la droguerie Delbarre au 69 bis. La cour Dubeaurepaire venait ensuite, puis le cordonnier Dubreucq au n°73, le magasin d’articles de ménage de Mme Pardoen au n°75, le peintre et droguiste Hautefeuille aux n° 77 79, et une corseterie au n°81.

Droguerie Hautefeille Coll Particulière

Droguerie Hautefeuille Coll Particulière

De nos jours, le comité de quartier du Fresnoy Mackellerie créé en 1978, occupe les n°49/2 (salle des petits loulous) et 71/1 (accueil des habitants).

Jean Bart à Roubaix

Jean Bart à Roubaix, c’est bien entendu l’importante société de fabrication de cirage et de produits d’entretien basé au n°65 du boulevard de la République à Roubaix. Créée en 1898 par Monsieur Bernard Gayet, il semble que la société fut d’abord une manufacture de fabrication de cierges, souches et bougies.

La société Gayet Bériot Coll Particulière

La société Gayet Bériot Coll Particulière

En 1921 la crème Jean Bart « double la durée des chaussures ». La crème pour chaussures reste le produit phare de la maison Jean Bart qui affirme son image en faisant apparaître une représentation du célèbre corsaire sur ses boîtes.

Le cirage Jean Bart pub des années vingt ext JdeRx

Le cirage Jean Bart pub des années vingt ext JdeRx

Mais la société propose d’autres produits aux ménagères économes, dès 1923 : avec la crème Jean Bart, on trouve le Brianfix Jean Bart qui nettoie, polit rapidement et donne un « brillant fixe » à tous les métaux,d’où le nom du produit. La pâte à fourneaux dérouille et décrasse et remet vos fours et vos feux à neuf. Enfin, l’encaustique Gébé garantie à l’essence de térébenthine pure donne un lustre éclatant aux meubles, parquets, linoléums. Le développement de l’automobile ouvre la clientèle pour le Brianfix qui trouve à s’appliquer sur les cuivres autant que sur les chromes.

Les produits Jean Bart pubs JdeRx

Les produits Jean Bart pubs JdeRx

La société pense à perfectionner son système d’ouverture de boîte avec l’apparition d’un ouvre-boîte gratuit pour l’achat de trois boîtes. Puis ce sera la clé poussoir sur la boîte elle-même.

L'ouvre boîte Jean Bart pub JdeRx

L’ouvre boîte Jean Bart pub JdeRx

Après la seconde guerre, le cirage imperméable Jean Bart reprend du service, et tient même un stand à la foire de Lille en 1948. En 1949, la société fête son cinquantenaire. Cette maison dont la renommée des produits a largement dépassé le cadre régional, commence par fleurir la tombe de Bernard et Théodore Gayet (le père et le fils aîné) et une messe est dite en l’église Saint Antoine. Un vin d’honneur est servi dans une des salles de l’usine du boulevard de la République, des fleurs et des objets d’arts sont offerts à Mesdames Bernard et Théodore Gayet par le personnel.

Jean Bart et son cirage Pub JdeRx

Jean Bart et son cirage Pub JdeRx

Jean Gayet l’administrateur gérant remercie l’ensemble du personnel et retrace l’historique de la société. Après les photographies d’usage, tout le personnel monte en autocar et prend la direction de Dunkerque pour un banquet et une nouvelle photographie au pied du monument dédié à Jean Bart. Après une visite des installations du port de Dunkerque, le voyage se poursuit par Malo-les-bains, la frontière, La Panne et Ostende. Chacun se sépare devant l’usine à une heure tardive, enchanté de la journée.

En tête de lettre Jean Bart Coll Particulière

En tête de lettre Jean Bart Coll Particulière

Si l’usine a aujourd’hui disparu, les produits Jean Bart ont laissé des souvenirs chez les écoliers avec leurs publicités sur les buvards et les protège-cahier. Qu’est ce qui a poussé un cirier angevin d’origine et une commerçante lilloise à choisir comme marque le célèbre corsaire dunkerquois, cela reste une énigme familiale.

Les protège-cahiers Jean Bart Coll Particulière

Les protège-cahiers Jean Bart Coll Particulière

100 ans avant les Nations Unies

Dès la fin des années 1860 on recherche une voie de communication plus directe entre les centres de Roubaix et de Tourcoing que la route n°14, ou rue de Tourcoing. Les deux municipalités se concertent et, en Mai 1872 se réunit le conseil municipal roubaisien pour voter un projet d’ouverture de voie entre le boulevard d’Armentières et le champ des Nonnes à Tourcoing. Au mois de juin M. Motte-Bossut, rapporteur d’une commission d’examen nommée à cet effet, donne lecture d’un rapport sur le sujet. Il souligne l’accord entre les deux villes pour partager le coût de la réalisation. On pense notamment construire un pont, comptant une participation financière de l’État.

Plan 1872

Plan 1872

En ce qui concerne le territoire de Roubaix, la voie emprunterait la rue d’Alsace alignée à 20 mètres de large. De même, il faut élargir la place de la Patrie.

Passage obligé de la voie nouvelle, le pont St Vincent a été construit en 1863. Il est très étroit, au point de susciter les critiques de tous par son côté peu pratique et les dangers que représentent ses garde-corps à claire-voie. La municipalité, relayant les pétitions des habitants, va réclamer qu’on double la largeur du pont pour la porter à 15 mètres. La compagnie des chemins de fer est prête à accéder à cette demande, pourvu que la ville finance les travaux.

Le pont en 1867

Le pont en 1867

Le projet comprend également l’élargissement de la rue St Vincent qui passerait de 12 à 15 mètres en mordant sur l’école des filles et sur l’hôpital.

Enfin, on prévoit la prolongation de cette rue au delà de la rue de Blanchemaille jusqu’à la rue de l’Ermitage et l’église Notre Dame, au chevet de laquelle on veut créer un élargissement facilitant l’écoulement de la circulation. C’est là le « gros morceau » du projet : en effet, il faut pour opérer cette prolongation traverser deux pâtés de maisons séparés par la rue St Honoré. Le premier, outre les maisons en front à rue, comprend plusieurs courées, et notamment les cours Joye, Duquenne, Delobel et Vandekerkhove, situées sur le passage de la voie nouvelle.

Plan parcellaire 1872

Plan parcellaire 1872

Pour le deuxième bloc d’immeubles, et hormis les maisons en front à rue, le tracé passe sur un jardin, des hangars, mais aussi au beau milieu du tissage Grimonprez et traverse les maisons d’extrémité de plusieurs courées avant de déboucher derrière l’église.

Plan parcellaire 1872

Plan parcellaire 1872

Cette prolongation aura certes un coût élevé, mais on pense qu’elle est nécessaire pour compléter l’avenue nouvelle qui reliera directement les centres villes. L’ensemble du projet est adopté par le conseil municipal le 17 juin 1872. Le préfet lance l’enquête d’utilité publique en mai de l’année suivante.

Dans les années qui suivent, on multiplie études et états estimatifs fondées sur les plans parcellaires, on rachète les parcelles nécessaires à l’élargissement de la rue St Vincent. 1878 voit une nouvelle enquête d’utilité publique pour la prolongation qui conclut encore à son bien fondé.

La rue St Vincent vue depuis la rue de Cassel. Au fond, les bâtiments à abattre

La rue St Vincent vue depuis la rue de Cassel. Au fond, les bâtiments à abattre

Cependant, le projet de prolongation ne voit pas le jour, les priorités de la municipalité se portant plutôt alors sur le percement de l’avenue de la Gare, dont l’avant-projet datant de 1871 entre à la fin des années 1870 dans une phase de concrétisation qui débouchera sur les premiers coups de pioche en 1882. On estime sans doute que le trafic pourra rejoindre le centre en empruntant l’avenue nouvelle rejoindra par la rue de l’Alma ou celle de Blanchemaille.
Pourtant un partie du projet se réalise et le journal de Roubaix annonce en 1888 l’élargissement du pont à 15m, la ville ayant accepté de financer cet aménagement. La réception de ces travaux en 1891 clôturera le projet de « l’avenue de Tourcoing » qui aura quand même permis de créer une rue d’Alsace bien dimensionnée et d’élargir la rue St Vincent d’une manière significative.

Le premier pont St Vincent élargi, démoli en 1918

Le premier pont St Vincent élargi, démoli en 1918

En ce qui concerne la prolongation de la rue St Vincent, il faudra attendre un siècle pour que, le projet revenant au goût du jour, elle se réalise finalement avec le percement de l’avenue des Nations Unies…

Les documents proviennent des archives et de la médiathèque municipales

Le pont des arts

Au moment où le quartier de la Mackellerie commence à se développer, le talus du chemin de fer l’isole complètement du centre de Roubaix : les habitants ne peuvent compter que sur le pont de la rue de Mouvaux et le passage à niveau de l’Alouette, à ses deux extrémités, pour traverser la voie ferrée. La municipalité projette en 1878 la construction d’un pont sous la ligne à la rencontre du boulevard de ceinture. Bien que le projet soit abandonné, l’idée d’établir une communication entre les quartiers de la Mackellerie et de l’Epeule va faire son chemin. Venue de la rue de Lille, la rue des Arts, classée en 1865, s’arrête net contre cet obstacle, mais l’ouverture dans son prolongement de la future rue Boucher de Perthes, classée en 1889 mais existant bien avant sous la forme d’une voie privée, donne aux habitants le désir de relier les deux rues. La ville reçoit en 1886 une lettre du préfet relative à la création d’un pont reliant les deux moitiés de la rue des Arts. Cette démarche est faite à la demande du conseil général. La ville est prête à apporter son concours financier, alors que la compagnie de chemin de fer, sollicitée, refuse de participer financièrement, cet ouvrage d’art ne représentant aucune utilité pour elle. L’année suivante, la Compagnie fait parvenir un projet de pont évalué à 100 000 francs. Les travaux seront réalisés sous sa responsabilité, et elle procédera par adjudication. Les propriétaires offrent de participer pour 25 000 francs.

Plan de la traversée du chemin de fer

Plan de la traversée du chemin de fer

Le journal de Roubaix évoque en janvier 1888 le début des travaux pour le printemps, après approbation du ministère. Les travaux commencent en septembre et, fin novembre, le déblai est fait, les culées maçonnées pour la première moitié et les poutres soutenant le tablier sont prêtes à être posées. Les travaux concernant la deuxième partie du pont devront attendre l’année suivante. Le journal explique que la compagnie avait les poutres en stock depuis une quinzaine d’années pour un projet non agréé par la mairie. La réception définitive des travaux a lieu en 1891. On dit qu’il n’était pas très agréable à regarder…

Plus tard, on installe une halte près du pont, mais, en 1902 la compagnie refuse d’y installer des abris. Face à la demande de la ville, elle répond qu’elle a déjà installé des quais éclairés, sans y être obligée, et souligne que, puisqu’on ne réclame pas de tels abris aux compagnies de tramways, la ville n’a qu’à en financer la construction. La chambre de commerce appuie la demande municipale, mais la compagnie argue que cette halte ne concerne que 10 voyageurs par jour en moyenne, et persiste dans son refus.

Photo médiathèque de Roubaix

Photo médiathèque de Roubaix

Ces abris, s’ils ont été installés, disparaîtront dans l’explosion du Pont qui partagera le sort de tous les ouvrages d’art roubaisiens au départ des Allemands en 1918. Pour rétablir le trafic ferroviaire, on le remplace provisoirement par madriers. Il est enfin reconstruit en 1919 en béton et en briques. Sa silhouette est celle qu’on connaît encore aujourd’hui.

Le pont dans les années 50 - Photo Nord Matin

Le pont dans les années 50 – Photo Nord Matin

Les documents proviennent des archives municipales

L’inauguration et la fête

La première passerelle du Fresnoy, on s’en souvient, fut réclamée par les habitants du quartier qui étaient obligés de faire un grand détour pour traverser les voies de chemin de fer. Elle fut construite grâce à la générosité de M. Edmond Dujardin et inaugurée le 14 septembre 1908, du moins ses fondations furent-elles posées ce jour-là, à l’occasion d’une grande fête. Les travaux ont été commencés pendant la deuxième quinzaine d’août. On prévoit qu’ils seront terminés dans les premiers jours de novembre. Deux mois et demi pour les travaux, beaucoup moins que pour les discussions.

La passerelle en construction Photo Journal de Roubaix

La passerelle en construction Photo Journal de Roubaix

Une grande fête est donc organisée le 14 septembre, pour marquer le coup. Ce sera d’ailleurs le début des grandes réjouissances dans ce quartier à ce point abandonné par la ville, que certaines cartes postales considéraient encore que la place de la Gare était l’entrée de Roubaix !

La journée commence avec la réception en gare de Roubaix des reines du Courgain de Calais. La philharmonique de la Planche du Riez ouvre la marche du cortège vers la mairie, suivie de la clique des marins du Courgain, d’un groupe important de matelottes calaisiennes. Dans des landaus, les trois reines : Louise Dutertre, Reine du Courgain, Marie Drolet, Reine de la Halle, Marie Randon Reine des matelottes. La première est accompagnée de son père, un brave sauveteur, la poitrine constellée de médailles !

Les invitées du Courgain Coll Particulière

Les invitées du Courgain Coll Particulière

Un peu plus tard, au pied de la passerelle, le maire Eugène Motte, est présent à la cérémonie de la pose de l’ossature. Écoutons-le raconter sa version de l’histoire :

C’est en 1865 que le quartier du Fresnoy sollicita pour la première fois le trait d’union par passerelle aux dessus des voies du chemin de fer. C’était prématuré, six cents habitants seulement étaient épars de ci de là, dans un vaste parterre de prairies. Le temps avait moins de valeur, le tissage mécanique n’était qu’au berceau… En 1890, (…) le quartier se remua à nouveau, à l’heure où Roubaix venait d’ouvrir la belle artère de la rue de la gare, pour supprimer un vilain serpentin de rues en boyaux. Il semblait naturel qu’on prolongeât l’effort et que les 3.000 habitants pussent jouir par la passerelle de la fierté roubaisienne devant cette belle œuvre de voirie. Mais certains voulaient la passerelle plus à droite, d’autres trop à gauche, et les gardiens du trésor municipal restèrent sourds à ces demandes contradictoires. Quatorze ans s’écoulaient et les champs, les pâtures, les oasis de verdure, les fils d’eau verdoyants, les hauts sureaux avaient disparu depuis longtemps, cédant devant l’invasion d’une population alerte et laborieuse. Nous étions en 1904. Vous avez été les bénéficiaires du sectionnement municipal. Vos conseillers locaux ont pris l’affaire en mains, l’ont traduit en vœu direct (…) ont sollicité les souscriptions que MM Dujardin et Hachet ont levées et l’affaire sortit des limbes et de la poussière des cartons. La compagnie du Nord nous a prêté le concours de ses ingénieurs et gratuitement sa bonne grâce ! La passerelle coûtera 70.000 francs, payés 50.000 francs par la Ville, 19.500 francs par les particuliers, mais que de services elle rendra aux 10.000 habitants qui peuplent maintenant votre quartier ! 16 heures par jour elle établira une communication incessante. A la suite de quoi, un procès verbal écrit sur parchemin est placé dans les fondations de la passerelle.

Marie Pratt, reine du Fresnoy, et Flore Guermonprez, reine de la passerelle Photos le Journal de Roubaix

Marie Pratt, reine du Fresnoy, et Flore Guermonprez, reine de la passerelle Photos le Journal de Roubaix

La fête a déjà commencé : dans la matinée une course vélocipédique a été offerte aux amateurs, de Roubaix à Fleurbaix. Puis une course de vitesse dans le quartier. De midi et demi à une heure et demie, concerts-apéritifs par la Fanfare de Beaurepaire, la Philharmonie de la planche au riez, et les Accordéonistes Roubaisiens. Une cantate est composée en l’honneur des membres du comité par la Philharmonie de la planche au riez, dont les solistes reçoivent une médaille. Puis c’est le clou des réjouissances, le cortège ! Il défile dans les rues du quartier devant une foule énorme qui s’entasse sur les trottoirs et déborde sur la chaussée. Un piquet de gendarmes à cheval ouvre la marche, suivi par la philharmonique du Jean Guislain et ses pas redoublés. Puis vient le char de la passerelle avec sa reine, Melle Flore Guermonprez, et l’harmonie l’Espérance. Ensuite voici le char du dragon fabuleux, surmonté d’une matelotte, les trois reines du Courgain, avec demoiselles d’honneur et parentes dans des landaus. La Grande Fanfare fait l’intervalle musical avec le char du Veau d’Or, la Philharmonie de la planche au riez précède des enfants costumés qui figurent le corps de ballet de la reine. Enfin voici le char de la reine du Fresnoy, la gracieuse Marie Pratt et ses demoiselles d’honneur, escortée par la Fanfare de Beaurepaire, le char aumônière, qui recueille au profit des pauvres. Un piquet de gendarmes à cheval ferme la marche.

Les reines du Fresnoy et celles du Courgain sont reçues à l’école de la rue de Naples, où un souvenir leur est offert et une coupe de champagne. La Philharmonie de la planche au riez donne une aubade à M. Pierre Vial, président du comité des fêtes.

Il y aura encore le départ du ballon, nommé le Fresnoy qui gonfle depuis le matin, et à midi se dresse majestueux, à l’angle des boulevards Descat et d’Armentières. M. Tiberghien l’aéronaute de service, s’élance dans les airs vers cinq heures avec un ami. La Marseillaise est jouée par l’harmonie l’Espérance. Le ballon atterrit à Pottes, en Belgique et en pleine kermesse.

La soirée commence à partir de six heures, avec trois concerts et des illuminations. De huit heures à dix heures une grande fête de gymnastique à l’angle des rues de Mouvaux et de Rome, par la Roubaisienne, et par la Jeunesse du Blanc Seau, avec le concours de la Philharmonique Jean Guislain, ainsi intervient la fin de la première journée.

Le lendemain, pour la journée de lundi, des concours sont organisés chez les cabaretiers membres du comité. À 3 heures, des jeux populaires sont proposés, à 5 heures une promenade-concert est emmenée par la fanfare du Nord Touriste. Une attraction sensationnelle de funambulisme est donnée par Mac Dauly dit le blondin américain. Et la fête se termine avec un concert donné par la Fanfare des Amis Réunis. L’organisation fut si efficace que le quartier renouvellera l’expérience, les années suivantes, pour le bonheur des commerçants et habitants du quartier du Fresnoy et bien au-delà, de celui des autres roubaisiens.

Fêtes quinquennales 1967

Les fêtes quinquennales de l’année 1967 se déroulent dans le quartier du Fresnoy-Mackellerie. Elles sont organisées par le comité officiel des fêtes du quartier, qui a six ans d’existence. Le président d’honneur est Monsieur René Vanhove, directeur de la société des transports de la rue de Rome,  le président actif est Monsieur Charles Farvacques, cafetier et marchand de vélos rue Cuvier, assisté de Monsieur Albert Stuer, débitant de tabacs, le secrétaire M. Henri Isebaert, de chez Guilbert, assisté de M. Roger Bouy, entrepreneur en électricité,  le trésorier Monsieur Jean Hébert, coiffeur, assisté de M. Jean Claude De Brigode, boucher chevalin.

Le comité des fêtes Photo NE

Le comité des fêtes Photo NE

Le vendredi 2 juin, avant les fêtes et comme une belle introduction, se déroule le 5eme circuit cycliste du Fresnoy-Mackellerie, patronné par Nord Eclair. La course emprunte l’itinéraire suivant : boulevard d’Armentières, rues de Lorraine, Ouest, Fresnoy, Rome, Naples, Ouest, Luxembourg, Danemark, Mackellerie, Mouvaux, Rome, Solferino, Cuvier, boulevard d’Armentières à parcourir vingt-quatre fois. Le départ est donné entre les cafés « au cristal » et « au pélican d’or » à l’angle des rues Cuvier et du Fresnoy. Il y avait soixante-quatorze partants et seulement quatorze à l’arrivée de ce long parcours que la chaleur a rendu pénible. Jacques Bommart de l’ASPTT de Lille remporte la course détaché.

Le cinquième circuit Photo NE

Le cinquième circuit Photo NE

Le programme des fêtes quinquennales se répartit sur deux journées, le samedi 2 et le dimanche 3 juin. L’ouverture des festivités est annoncée par une grande caravane publicitaire à 10 heures 30. L’après-midi, le public peut assister à un concours sur vélo excentrique rue Boucher de Perthes et rue de Naples. En début de soirée, à 18 heures 30, a lieu une promenade flamande avec la participation de la fanfare scolaire de la Fédération des Amicales Laïques. A 20 heures 30, sur le terrain des sports de la rue de Rome, sous un chapiteau, un grand bal est donné animé par l’orchestre Ray Lombrette et sa grande formation. A 22 heures, on procède à l’élection de la reine et de ses demoiselles d’honneur ; les photos des candidates ont été publiées dans le journal, elles sont au nombre de seize, toutes aussi charmantes les unes que les autres. Des cadeaux sont offerts par la Confiserie Saint Jacques, La Redoute et Nord Eclair.

La Reine et ses dauphines Photo NE

La Reine et ses dauphines Photo NE

Le lendemain matin, réveil en fanfare par la FAL à 8 heures 30. Dès 9 heures 30, on peut assister à une démonstration de judo par le Club Saint Martin. Une heure plus tard, la musique reprend ses droits avec un concert donné par la Grande Fanfare de Roubaix. A midi, le comité des fêtes reçoit le maire de Roubaix Victor Provo au terrain des sports de la rue de Rome. Il est accompagné de Pierre Prouvost adjoint, et de François Winants président du comité directeur des fêtes, entre autres. A 15 heures, c’est le grand défilé musical et carnavalesque avec la participation des sociétés suivantes : clique scolaire et fanfare de la FAL, les lurons du Fresnoy, le char « le broc géant de l’apéritif », le groupe « les marins acrobates », le bataillon des majorettes de Méricourt, la fanfare des trompettes et cors avionnais, le groupe « les vrais O’gustes » de Gand, le char « les anciens », le groupe « Drumband D.O.K.A » de Gand, le bataillon des majorettes du stade-parc, la clique et musique « l’étoile du Marin », la société de gymnastique « l’Ancienne », le char aumônière, le char de la reine et de ses demoiselles d’honneur.

Les marins acrobates Photo NE

Les marins acrobates Photo NE

Ce défilé parcourt toutes les rues du quartier, et la présentation de chaque groupe est faite rue de Naples vers 17 heures 30 avant dislocation. A 20 heures, un grand bal termine les fêtes sous le chapiteau de la rue de Rome.

On imagine le travail que représentait l’organisation d’une telle fête, et l’animation extraordinaire qu’elle représentait pour les commerçants et les habitants du quartier. Ces fêtes quinquennales ont repris une longue tradition de festivités de quartier qui faisaient de Roubaix une ville de musique, de carnaval et de convivialité. Si quelqu’un avait encore en sa possession la plaquette de présentation des fêtes de 1967, nous serions heureux de pouvoir la consulter.

La gare de débord de l’Allumette

En 1906, la gare annexe de marchandises, construite depuis peu près du quai de Calais, à l’emplacement de l’actuel quartier de l’Union, traite les transports par wagons complets. Mais, faisant état de difficultés d’accès à cette gare, une pétition de commerçants et de transporteurs des quartiers du Fresnoy et de la Mackellerie réclament une gare de débord plus accessible au camionnage. Ils proposent pour accueillir ces installations, le lieu-dit l’Allumette, près de la halte du même nom, à peu de distance de la gare principale. La rue du Luxembourg permettrait d’accéder commodément à cette gares, située à son extrémité. Ils adressent une pétition à l’ingénieur en chef du service de l’exploitation des chemins de fer du Nord.

Document Archives municipales - 1899

Document Archives municipales – 1899

Cette demande des usagers potentiels est accompagnée d’un tableau précisant pour chaque signataire le nombre de wagons prévus. Ce nombre est variable selon les entreprises, allant de 500 wagons annuels pour Carette-Duburcq à 25 pour la société des glacières et 20 pour la brasserie des débitants réunis.

Le maire de Roubaix appuie cette demande auprès de la compagnie de chemins de fer. Celle-ci prépare un pré-projet et évalue la dépense à un total de 220 000 francs, dont 87 000 pour l’achat des terrains. La compagnie en prendrait la moitié à sa charge. La part de la ville se monterait donc à 110 000 francs, quelle pourrait financer grâce à un emprunt remboursable en 50 ans couvert par une taxe prélevée sur chaque wagon complet transitant par la gare de l’Allumette. On chiffre à 2400 wagons dès la 1ere année le nombre de wagons concernés. Certes, la somme encaissée dans ce cas couvrirait à peine les intérêts de l’emprunt, mais on espère un accroissement du nombre de wagons au fil des années.

Le projet – document archives municipales

Le projet – document archives municipales

La gare de débord doit être desservie par une voie de service qui longe les voies principales depuis la sortie de la grande gare de Roubaix. Prévue pour recevoir 60 à 70 wagons à la fois, elle comportera deux séries de voies parallèles, l’une le long des voies principales encadrée d’aiguilles permettant les manœuvres, l’autre, en tiroir, un peu plus loin. Entre ces deux paires de voies, un espace permettant le déchargement. Une voie supplémentaire, desservie par un pont tournant, pourrait être rajoutée (tracé en pointillés). Le projet précise que les marchandises seront « chargées et déchargées à découvert par les soins et aux risques et périls des expéditeurs et des destinataires ».

Le conseil municipal adopte cette proposition en 1907. Le projet est envoyé pour approbation au ministre des travaux publics. Mais, en 1909, le ministère de l’intérieur s’oppose au prêt sur 50 ans, limitant la durée maximale à 30 ans, ce qui augmentera la somme à rembourser chaque année. La municipalité, pensant que les taxes générées seront suffisantes pour couvrir ce montant, accepte la solution préconisée. La déclaration d’utilité publique est publiée cette même année. On décide de solliciter le prêt auprès de la caisse Nationale des retraites pour la vieillesse.

 

Document archives municipales

Document archives municipales

Les travaux durent deux ans et se terminent en 1911. Des pétitionnaires déplorent cet atermoiement, accusant la compagnie de n’apporter qu’un zèle modéré à la réalisation et à la mis en service, alors que la mairie doit payer de sa poche le prêt qui cour, sans entrée de taxes en contrepartie.

Toujours en 1911, la compagnie des mines d’Ostricourt, dont l’agent à Roubaix est E. Lecomte-Scrépel et Cie, rue du grand chemin, se porte acquéreur d’un terrain rue du Luxembourg pour profiter des installations de la gare de débord, et demande à la compagnie la pose d’un embranchement particulier. Elle offre un prix forfaitaire de 600 francs par an. Le conseil municipal accepte.

Document archives municipales

Document archives municipales

 Le maire demande l’ouverture de la gare. Cette ouverture a lieu le 20 décembre. Le premier wagon parvient à l’embranchement des mines d’Ostricourt au mois d’Août 1912. En1923 la surtaxe produit 1280 francs en janvier, ce qui permet de penser que le remboursement du prêt n’offre pas de problème pour la ville. Les diverses photos aériennes de la gare de débord montrent d’ailleurs toutes une activité importante.

La gare de débord et l'embranchement des mines d'Ostricourt – Photos IGN 1962

La gare de débord et l’embranchement des mines d’Ostricourt – Photos IGN 1962

Cette gare de débord sera finalement victime à la diminution et au transfert sur route du fret. Fermée, elle est aujourd’hui remplacée par un rond-point. Signe des temps ?

Photo IGN - Géoportail

Photo IGN – Géoportail

 

 

 

De l’Ouest au Danemark

Au moment des vacances scolaires de Pâques, une mission italienne composée en majorité de jeunes gens et de jeunes filles de Modène venait à Roubaix rendre visite à la nombreuse colonie italienne de la ville et de ses environs, et soutenir l’apostolat des deux Pères Bruno et Severio. Ces deux prêtres italiens étaient installés rue de l’Ouest dans une des maisons aux balcons caractéristiques ayant appartenu à M. Dujardin. Un témoin nous raconte que Mme Magris dont la famille était italienne, et qui était l’épouse de l’entrepreneur bien connu dans le quartier, avait fait refaire le grand salon par le peintre Michel Toulemonde et l’avait fait aménager en chapelle.

Le cardinal Liénart rue de l'Ouest Photo NE

Le cardinal Liénart rue de l’Ouest Photo NE

Le 5 avril 1967, c’est le Cardinal Liénart en personne qui vient apporter son soutien spirituel à la colonie italienne, avant le départ des jeunes missionnaires. Une messe est célébrée en l’église Saint Antoine, par l’abbé Desmettre, professeur au collège de Marcq, puis les paroissiens français et italiens ont écouté les homélies de don Galasso, prêtre de la mission de Modène et de Monseigneur Devos, vicaire général. Après la messe, une réception est donnée dans la salle paroissiale de la rue de Remiremont, à deux pas de l’église. Le consul d’Italie, M. Tarquinio, rue d’Isly à Lille, est présent, ainsi que l’abbé Dejager, curé de Saint Antoine, le RP Falciola de Modène et d’autres prêtres de la mission. Après les remerciements des uns et des autres, le Cardinal Liénart a ces mots : « Vous êtes le trait d’union entre l’Italie et la France. C’est dans le plan de Dieu ». Et il souhaite à tous les modéniens un heureux séjour. Le Cardinal se rendra ensuite à la mission de la rue de l’Ouest, où sont installés les jeunes de Modène.

Devant l'église Saint Vincent Photo NE

Devant l’église Saint Vincent Photo NE

Signe de l’importance de la présence italienne à Roubaix et ses environs, il est procédé au jumelage de la paroisse et de la mission catholique italienne dans le cadre de l’église Saint Vincent de Paul en 1982. L’église Saint Vincent de Paul fut construite avant la première guerre mondiale, mais ce sont les allemands qui l’occupèrent en premier, la transformant en écurie pendant leur séjour de quatre ans à Roubaix. Quand ils eurent vidé les lieux, et après un grand nettoyage, l’église devint le cœur de la paroisse le 9 mai 1920, avec l’arrivée de son premier desservant, le curé Minnebon.

L'église Saint Vincent de Paul rue du Danemark CP coll Particulière

L’église Saint Vincent de Paul rue du Danemark CP coll Particulière

L’église est rénovée à la fin des années soixante, et Monseigneur Decourtray vient la bénir le 10 mars 1968. En juin 1979, on célèbre le départ et le jubilé de l’abbé Picques, qui fut le curé de la paroisse pendant 28 ans. En mars 1980, c’est l’installation de l’abbé Saint Venant, et son successeur l’abbé Ferrucio Sant arrivera le 12 décembre 1982. Avec l’appui de Monseigneur Gand, l’église Saint Vincent de Paul devient la paroisse de la communauté italienne de l’agglomération, ainsi que celle de tous les habitants du quartier. Les offices sont d’ailleurs célébrés dans les deux langues.

L'intérieur de l'église Saint Vincent de Paul Coll Particulière

L’intérieur de l’église Saint Vincent de Paul Coll Particulière

d’après la presse locale, et les témoignages des participants de l’atelier mémoire du Fresnoy-Mackellerie

Une vie de travail

Thérèse a bien voulu témoigner sur sa vie de travail. Née dans le quartier du Fresnoy, elle y est revenue après avoir pris sa retraite. Elle nous donne un témoignage de ses différents emplois, ce qui nous permet de faire un vrai parcours de Roubaix.

Je suis allée à l’école sainte Odile jusqu’à l’âge de 13 ans, puis je suis partie au collège. J’aurais voulu être puéricultrice ou comptable, mais l’orientation en a décidé autrement. Je me suis mis à la couture, j’étais douée pour ça, on m’a mis en confection. Je devais avoir mon CAP mais j’étais tellement stressée que j’ai fait les boutonnières côté hommes alors qu’on me demandait côté femme.

La société de confection Ronald Collection Particulière

La société de confection Ronald Collection Particulière

Je suis entrée comme apprentie chez « Ronald » rue des Vosges, comme piqueuse. J’ai appris sur le tas. C’est le commencement du métier, on fait toujours la même chose. C’était une entreprise de confection de vêtements de luxe pour enfants. J’y suis restée trois mois, je ne m’habituais pas, je ne gagnais pas grand’ chose. J’ai travaillé aussi à l’Ecusson, c’était un volailler rue de Mouvaux en face de la pharmacie, il y avait le foyer du vieillard à côté. C’était de l’appoint, j’allais à la messe à 7 heures et demie, et après je vidais les poulets jusqu’en début d’après-midi. Je faisais partie de la maison, parfois on me confiait le magasin. Ensuite en toujours en 1967, j’ai travaillé pour la société « VDV, Vêtements de Vacances », vêtements de sports. C’était des gens de Paris, des trucs chics, rue de la fosse aux chênes. Des manteaux matelassés, en lurex, ils étaient d’avant-garde. On pouvait acheter des coupes, j’ai fait des manteaux pour ma fille. On faisait des poignets toute la journée, et c’était sans arrêt des histoires de bonne femme ! Dans les bonneteries, c’est pareil. Chez « Herbaut Denneulin », j’avais été prise, mais avec tous ces bavardages, je ne suis pas restée ! Je suis restée deux ans chez VDV. J’étais mécanicienne, je travaillais sur une machine, c’était plus varié, avec des modèles différents. J’ai travaillé des matières, ça m’a donné des trucs pour la suite, par exemple, on mettait du papier toilette en dessous pour arriver à piquer. On disait que j’avais des mains en or.

La maison Vlemincks CP Méd Rx

La maison Vlemincks CP Méd Rx

En octobre 1967, je travaille chez « Vlemincks », les bandages, rue Pauvrée, j’étais piqueuse à ce moment-là. Je faisais parfois des essayages avec les dames. Je suis restée là un an. Puis j’arrive au magasin « Minifix » de la Grand rue. J’étais vendeuse, au rayon des jouets. Il y avait des rayonnages, c’était déjà assez grand, genre Monoprix. Ils vendaient de tout, alimentation, vêtements, en dessous de Monoprix au niveau gamme. On était une trentaine de vendeuses. J’allais faire mes courses dans le magasin avant de revenir à la maison. L’ambiance était bonne, j’étais tranquille, j’étais jeune mariée, je me suis mariée le 9 août à l’église Ste Antoine. On habitait alors rue Watteuw. Mais ce n’est pas ce que je voulais faire.

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 Après j’ai travaillé à « La femme chic » en tant que retoucheuse. On s’entendait à merveille, on retouchait pour les trois magasins de la rue de la Vigne, de la rue Jules Guesde et de la rue de l’alouette. C’est là que j’ai appris à faire des choses magnifiques. Je triais aussi les seconds choix, j’avais l’œil pour ça, on remettait en vente les meilleurs. J’étais toujours ponctuelle et régulière, j’y suis restée quatre ans ! J’y serais restée, le travail me plaisait, j’étais appréciée, mais la boîte a fermé à cause de la gérante, suite à un contrôle, au grand désespoir du patron. En 1974, je suis allée chez Pronuptia à Tourcoing. La direction de Lille est descendue, ils sont venus me voir, ils me demandaient de retoucher sur les gens. Je me suis retrouvée dans une cabine avec une fille, c’était nouveau pour moi. J’ai été prise tout de suite : 45 heures par semaine et je revenais chez moi le midi. Il devait y avoir un Pronuptia à Roubaix 2000 et ça devait être pour moi, mais ça ne s’est pas fait. La patronne reconnaissait bien ce qu’on faisait, je suis allée la voir, car pour moi, c’était trop lourd, et au mois de juin on faisait des heures. J’ai fait un an et j’ai quitté.

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Je suis arrivée chez N’BEL, tenue par une dame qui faisait les corsets, moi je faisais les robes de plage. Comme marques, ils faisaient Playtex et Scandal. A ce moment, j’étais enceinte et toujours en haut de l’échelle, j’avais une pêche du tonnerre. Parfois j’avais des coutures à faire sur les corsets. C’était au 173 rue Pierre de Roubaix, le bâtiment existe encore, avec ses deux grandes vitrines, une grande porte et une porte d’entrée.

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Je me suis arrêtée de travailler quelque temps, puis j’ai repris chez « Oui », c’était le nom du magasin, qui faisait des robes de mariées. Je reste deux ans, ce n’était pas de la haute couture. Je voulais changer et grâce à une petite annonce, je suis entrée chez « Laurence ». La patronne m’a donné des retouches, sur des robes très chères. Elle avait confiance en moi. Elle-même s’occupait de ce qui allait vite, bas de pantalon, des choses comme ça. On ne manquait de rien. Elle me ramenait de l’eau de pluie pour repasser. C’était assez familial. J’ai travaillé là jusqu’en Février 1993.

Ensuite, j’ai attrapé une allergie au tissu, à cause des apprêts, j’ai dû arrêter. J’ai dû me reconvertir. J’ai fait une formation, avec l’accord de la dame de chez Laurence boutique. Je me suis mise à niveau au CUEEP, j’ai eu le brevet des collèges, et ensuite j’ai rattrapé le BEP sanitaire et social en sciences physiques. Et j’ai réussi l’examen à la Croix Rouge pour être puéricultrice. J’ai donc trouvé un poste rue Balzac au centre social Boilly. J’étais stressée, je tremblais pendant mon entretien. Heureusement la directrice a pris des renseignements et elle m’a engagée comme auxiliaire puéricultrice. C’est ce que j’ai toujours voulu faire. On travaillait en équipe, on était quatre ou cinq, on accueillait 16 enfants. Je suis restée jusqu’en 2007. Mon docteur de famille a remarqué que je faisais une polyarthrite. Il m’a fait arrêter, je ne pouvais plus porter du lourd, ça pouvait être dangereux pour les enfants. Quand le médecin du travail a vu mon dossier, il m’a envoyé en retraite directement. J’ai beaucoup regretté mon travail d’auxiliaire puéricultrice. Maintenant je m’occupe, la chorale, l’atelier mémoire et puis j’ai à faire avec mon ménage.