Les gaufres Rita

Alphonse et Alfred Demeuleneire sont frères. En 1911, ils créent un atelier de fabrication de gaufres, au 80 rue du Moulin ( actuellement rue Jean Moulin ) ; ils fabriquent des gaufres sèches et des gaufres fourrées à la vanille, à la vergeoise, au miel. Ils livrent des grossistes avec leurs marques déposées : la Parisienne, la Tzarine, la Japonaise, et surtout la Mirella.

( Document coll. priv )

 Les gaufres sont découpées et fourrées à la main ; leur qualité irréprochable entraîne un succès immédiat. Rapidement, le manque de place se fait cruellement sentir et, en 1928, ils déménagent leur atelier dans des locaux beaucoup plus vastes au 49 et 51 rue Daubenton. Ils créent la marque « Succès du jour » ainsi que la marque « Rita ».

( Documents coll. priv )

La pâtisserie artisanale ne cesse de grandir et de se développer, rachetant les maisons voisines de la même rue, avant d’allonger son emprise sur l’arrière pour atteindre la rue Saint Joseph où est édifiée une superbe façade. La superficie au sol, est désormais de 1600 m2. Dans les années 30, les deux frères Demeuleneire diversifient leur production, en ajoutant une gamme de pains d’épices, de couques et de biscuits.

( Document J.J.Desprets )

La fabrication des célèbres gaufres Rita, reste artisanale. La recette reste jalousement protégée par des brevets. Les gaufres Rita sont conditionnées en sachet aluminium de 6 gaufres, et également en boites métalliques d’1 kg.

( Documents coll. priv )

Adolphe et Alfred Demeuleneire investissent ; ils achètent des machines modernes et performantes pour gagner en productivité et arriver à une quantité de 25.000 gaufres fabriquées quotidiennement.

( Documents D .Labbé )
Habillage des boîtes et chargement du fourgon Renault, par le tapis roulant, pour expédition
( Documents D. Labbé )

A la fin des années 40, Alphonse Dubrulle, le beau-frère d’Alphonse et Alfred Demeuleneire, reprend l’affaire. Il achète le 43 rue Daubenton et aménage la façade et les bureaux des 45, 47 et 49. L’entreprise livre les commerçants directement avec les célèbres véhicules publicitaires. Les camions et camionnettes Rita ( de marque Renault, exclusivement ) livrent tout le Nord de la France, mais également la Normandie et la région Parisienne.


Les véhicules rue St Joseph ( Document J.J. Desprets )
Le fourgon Renault 1000 KG, la Renault Colorale, le camion Rita ( Documents J.J. Desprets ) 

Pour l’entretien de ses nombreux véhicules, Alphonse Dubrulle installe un atelier dans les locaux de la rue Daubenton, pour le graissage vidange et même le lavage des Renault.

(Documents D. Labbé )

Après guerre, le fils d’Alphonse Dubrulle, Jacques, vient aider son père à la gestion de l’entreprise. En 1956, la société devient SA, compte 60 salariés et continue de prospérer.

( Document D. Labbé )

En 1986, Jean-Jacques Desprets, PDG de la Sté Sucrema à Tourcoing, reprend les gaufres Rita. Sucrema fait partie de la holding Lori qui fabrique en particulier la madeleine Loridan, bien connue. En 1987, toute l’entreprise Rita est transférée rue Ma Campagne à Tourcoing, pour regrouper l’ensemble de la production. C’est la fin de l’histoire roubaisienne de la gaufre Rita !

Le bâtiment de la rue Daubenton reste inoccupé quelques années et, en 1994, la friche Rita est transformée par l’architecte Jean Charles Huet de la rue Ingres, en pépinière artistique « Chez Rita ». Les 1600 m2 au sol sont transformés en 32 cellules-ateliers et 8 appartements d’artistes.

( Document « Chez Rita » et Archives Municipales )

La gaufre Rita est, à ce jour, produite et distribuée par une très grosse entreprise belge, la Société Poppies de Zonnebeke.

( Documents Sté Poppies )


Remerciements aux Archives Municipales, à Jean-Jacques Desprets et à Daniel Labbé pour leur documentation.




Le Lloyd Continental

Alfred Verspieren est le premier courtier indépendant français. En 1880, il crée à Roubaix une société de courtage à son nom. Il s’installe 8 rue Dammartin. Son cabinet d’assurances se développe rapidement, grâce à son image de sérieux et de compétence auprès des industriels de la métropole.

A. Verspieren 1901 ( Document coll. priv. )

Alfred Verspieren est également Directeur Général de la M.C.I : Mutuelle du Commerce et de l’Industrie qu’il a créée en 1904. C’est un consortium d’industriels désireux de se protéger contre des risques tels que grèves, émeutes, troubles qui ne sont pas couverts habituellement par les compagnies d’assurance

(Document coll. priv. )

En 1920, suite à des sinistres désastreux qui frappent les industriels de la laine et du coton, les compagnies deviennent méfiantes. Le fils d’Alfred, Pierre Verspieren-Dewavrin, crée la compagnie Lloyd Continental Français, spécialisée dans l’assurance des risques d’incendie de l’industrie textile.

(Document coll. priv. )

La tâche n’est pas aisée, surtout dans une région dévastée, ruinée, après la guerre de 1914-1918, mais Pierre est optimiste ; il a de l’audace, du courage et de la volonté. Peu à peu, l’activité se développe. En plus des contrats d’assurance incendie, le cabinet propose désormais des produits d’assurance auto, habitation, vol, maladie, dégât des eaux . . .

En 1929, la famille Verspieren crée la Société Auxiliaire de Crédit, qui a pour objet de financer les ventes à crédit de voitures, de matériel…

Les deux sociétés ( Verspieren et Lloyd ), étroitement unies poursuivent un développement rapide et parallèle.

(Document ANMT )

La famille Verspieren dirige l’entreprise depuis plusieurs générations. Dans les années 1960, on trouve à la tête de l’entreprise : Charles Verspieren-Dufour, Michel Verspieren-Coisne, Pierre Verspieren-Caulliez.

(Document coll. priv. )

Le cabinet, très fortement implanté dans la région Nord, atteint désormais une dimension nationale. Dans les années 1970, on compte 15 Directions régionales, 23 inspections, 750 agents et courtiers. Le personnel administratif est composé de 1200 personnes dont 700 collaborateurs motivés à Roubaix.

De nombreuses demandes de permis d’agrandissement des locaux de la rue Dammartin sont déposées en Mairie, par l’architecte L. Maillard à Tourcoing, pour faire face au cruel manque de place. Or ce sont, à chaque fois, des demandes de construction de locaux provisoires et démontables, en matériaux légers, car la Direction a un projet bien précis : construire un nouvel immeuble. . .

(Document Archives Municipales )

En 1971, la décision de construire un nouvel immeuble est récente, mais le projet ambitieux existe depuis bien longtemps, et fait suite à une longue période de préparation. Il faut d’abord acquérir et libérer une quinzaine de propriétés voisines, nécessaires à la construction du bâtiment, à la création des parkings et des espaces verts soit 23.000 m2 au total. Les travaux sont confiés au cabinet d’architectes E. Maes et L. Maillard à Lille qui programme la construction en 3 tranches de travaux.

(Document Archives Municipales )


Le projet est bien défini : construire un nouveau siège administratif agréable, fonctionnel et moderne. Ce sont des bureaux paysagés, sur des plateaux de 1700 m2 ; cela permet de prévoir d’éventuels changements d’implantation à l’avenir. Les conditions de travail sont très agréables, que ce soit pour l’éclairage, la climatisation, ou l’insonorisation. Les couleurs des bureaux sont chaudes et chatoyantes. La Direction met en place des horaires mobiles pour le personnel. Une cafétéria, pouvant servir 650 repas quotidiennement, est construite. C’est une nouvelle conception d’environnement, de mode de vie, et de communication.

 Pose de la 1° pierre ( Document Nord Éclair )

Jeudi 15 Novembre 1973, M le Maire Victor Provo pose la première pierre du futur bâtiment, entouré de ses adjoints : Mrs Léonce Clerambeaux, Pierre Prouvost et André Thiebaut. Ils sont accueillis par Pierre Verspieren PDG et Charles Verspieren vice PDG, qui est également président de la chambre de commerce de Lille-Roubaix-Tourcoing.

(Document ANMT )

En juin 1975, c’est l’inauguration du bâtiment, sous la présidence de Norbert Segard, ministre du commerce. Les deux frères, Charles et Pierre Verspieren, accueillent : MM. Provo, sénateur maire de Roubaix, Chadeau, préfet, Camata, préfet de police, Delesalle, président de la chambre de commerce, ainsi que des personnalités importantes de la région, des chefs d’entreprise, et des professionnels de l’assurance.

De gauche à droite : Charles Verspieren, Norbert Segard, Victor Provo, Pierre Verspieren
( Document ANMT )

Après une visite rapide des locaux, tous les invités se retrouvent au restaurant du 4° étage pour les discours d’usage : éloges et félicitations sur cette magnifique construction.

En 1978, l’entreprise Lloyd Continental, qui a désormais son adresse au 1 ter rue du maréchal De Lattre de Tassigny, décide de repeindre les boiseries du vieux bâtiment de la rue Dammartin, avec la même couleur verte, d’origine.

(Document ANMT )

Dans les années 80, l’entreprise se développe encore de façon importante. En 1995, pour ses 75 ans d’existence, le Lloyd Continental organise dans le hall de l’immeuble, une exposition de 400 objets sur l’histoire de l’entreprise.

(Document ANMT )

La compagnie d’assurance Swiss Life qui souhaite renforcer sa présence sur le marché français, rachète le Lloyd Continental en 1999, et devient le 3° assureur de France avec plus de 2 millions de clients en portefeuille.

Swiss Life (Document Google Maps )

Quelques années plus tard, en 2005, la famille Verspieren, avec 138 ans d’expérience, reprend ses activités de courtage en assurances. Pierre-Anthony Verspieren ( 5ème génération ) dirige désormais l’entreprise basée à Wasquehal. Les affaires sont florissantes et le groupe Verspieren est le troisième courtier français. La devise reste : Indépendance, Engagement, Passion et Créativité.

Remerciements aux Archives Municipales, et aux Archives Départementales du Monde du Travail ( ANMT )



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Roussel 144 rue de l’épeule

Émile Roussel, né à Herseaux en 1848, est référencé dans le rapport municipal de 1880 parmi les teinturiers chineurs et imprimeurs au n°144 rue de l’épeule à Roubaix. Il est également cité comme maître teinturier apprêteur lors du décès de sa première épouse Marie Louise Jolivet en 1879. Membre de l’Ensait, il contribue à la création de l’école de teinture et reçoit en 1882, la médaille d’or de la fondation Kuhlmann que lui remettra l’abbé Vassart, l’éminent professeur de teinture. Le 31 décembre 1885, il est fait officier d’académie. Le 23 décembre 1888, il est membre de la chambre de commerce de Roubaix, dont il sera longtemps le secrétaire. Il recevra la croix de la Légion d’Honneur en 1900, à l’occasion de l’Exposition Internationale de Paris.

Publicité Emile Roussel Coll Particulière

En 1898, l’entreprise s’est agrandie, elle figure désormais aux n°144 à 148, et elle y a gagné un associé, puisqu’elle apparaît de la manière suivante : E. Roussel et J. Declercq teinturiers. C’est sans doute une affaire de famille, puisque deux des sœurs d’Émile Roussel ont épousé des Declercq, lesquels sont originaires de Renaix. On est aussi en plein quartier de l’épeule, puisque Émile Roussel réside au 151 de la rue de l’épeule et que son associé J Declercq est au n°38 de la rue du Trichon. L’usine ne semble pas avoir connu les sévices de l’occupation comme sa voisine quelques numéros plus loin, la société de vêtements Selliez. Ayant fait fortune, honoré par ses pairs, Émile Roussel décède le 19 juillet 1922, en son domicile du 85 rue de Barbieux à Roubaix.

Vue de l’usine à la belle époque CP Méd Rx

Dès juin 1923, la société Émile Roussel et fils entreprend des travaux d’aménagement sous la direction de l’architecte René Dupire demeurant alors rue du Trichon, qui mène à bien la construction d’une salle des machines et d’une nouvelle chaudière. En octobre, on aménage des écuries, une droguerie, un atelier, toujours avec René Dupire. En février 1925, l’entreprise s’offre une nouvelle porte sur la rue de l’épeule. En avril 1927, elle s’adjoint une usine de préparation des tissus. Au mois de mai, elle fait construire à l’angle de la rue de l’épeule et de la rue Brézin, des bureaux, un logement pour le concierge et une annexe.

L’usine Roussel, ses derniers jours doc AmRx

Au décès d’Alphonse Scrépel en 1928, l’entreprise Scrépel devient Société anonyme des Établissements Scrépel, et Benoît Roussel, fils d’Émile Roussel en est l’administrateur, aux côtés de Charles Scrépel fils, Paul Delannoy et Léon Deschepper. Le regroupement des deux sociétés Roussel et Scrépel intervient en 1971, et l’entreprise est dénommée Société Nouvelle des établissements Emile Roussel et fils et Scrépel réunis. En mai 1982, la société Roussel Scrépel comportait deux unités, l’une au 148 rue de l’épeule avec 130 salariés et l’autre au 10 rue de la tuilerie avec 68 salariés. Le 5 mai 1982, la fermeture de l’usine du 148 est décidée ce qui entraîne le licenciement de 120 salariés. Un an plus tard, Yves Roussel, le PDG de la Société nouvelle Émile Roussel et fils et Scrépel réunis, propriétaire du 144-148 rue de l’épeule, autorise la société Gro à acquérir et démolir l’usine, le 22 mars 1983. La demande est déposée le 13 septembre 1983, et la démolition se déroule du 13 février 1984 au 4 juin 1984.

Le supermarché Fraismarché GRO doc AmRx

Le supermarché Fraismarché GRO est construit le 23 octobre 1984. Puis en 1990, l’enseigne Fraismarché GRO fusionne avec d’autres supérettes pour donner naissance à la marque MATCH. Après plus de vingt ans de présence, le 9 juillet 2012, la ville de Roubaix apprend la fermeture imminente de plusieurs magasins MATCH et notamment celui de l’épeule. Les raisons invoquées sont les suivantes : problèmes d’accès au parking, actes d’incivilités, braquages… Il faut sans doute y ajouter l’échec de la marque dans les négociations autour de ce qui deviendra l’espace Géant Casino.

Le supermarché le Triangle vue Google Maps

Supermarché d’envergure à vocation halal, le Triangle ouvre rue de l’Épeule à Roubaix le 22 juin 2013 dans les locaux de l’ancien supermarché Match. Le premier magasin de la marque a ouvert en 1999 à Saint-Étienne-du-Rouvray, en Haute-Normandie. Des contacts sont pris avec la municipalité, une collaboration est mise en place avec le Pôle emploi de Roubaix. Au total, quinze postes à la clé : du boucher, au boulanger en passant par des employés de libre service et des caissières. Depuis, le supermarché Triangle a connu les désagréments d’un braquage en décembre 2013 et s’est également fait épingler par les services d’hygiène.

Le carrossier Robert Barbe

Robert Barbe : trois générations successives d’artisans à Roubaix. Robert-Arthur Barbe est né, en 1883, à Menin. Il est charron ; il fabrique et répare des chariots, des charrettes, des voitures hippomobiles, et en particulier, le cerclage ( bandage en métal ) des roues en bois, pour éviter leur usure prématurée. Il est également forgeron. Il crée son atelier artisanal en 1911.

85 rue de Cartigny 1928 ( Doc Archives Municipales )

En 1928, il a son atelier au 154 rue de Constantine. Il demande un permis de construire pour édifier un bâtiment au 85 rue de Cartigny, à l’angle de la rue de Biskra. Il habite au 126 rue du Caire avec son épouse Julie Deboevere. Ils ont un fils Robert-Nestor, né en 1911.

( Document L. Barbe )

L’arrivée des véhicules automobiles modifie complètement son activité. Des roues en bois, il passe aux premières roues équipées de pneumatiques et se spécialise dans la carrosserie des voitures et surtout des camions. Dans les années 1930, Robert-Nestor devient adulte et développe la petite entreprise. Le principe est assez simple : les clients achètent la base du camion, c’est à dire le tracteur et le châssis. Le carrossier équipe la partie chargement, en fonction du choix du client. La transformation dépend bien sûr des métiers de chacun (transport, déménagement, livraison… ).

Les camions GBM au quai d’Anvers ( Document L. Barbe )

Robert est créatif. Il invente et propose le « plateau plat » à ouverture latérale. C’est un camion idéal pour les brasseurs car, à l époque, les brasseries livrent la bière en caisse, directement aux particuliers. L’ouverture latérale permet aux livreurs d’accéder directement au chargement en évitant ainsi des manipulations inutiles et fatigantes. Ce camion connaît un énorme succès. Les brasseries ( la GBM : Grande Brasserie Moderne, les Débitants Réunis, les Enfants de Gayant ) passent des commandes importantes. Robert-Nestor Barbe se marie, en 1937, avec Prudence Lowie, qui va s’occuper de la gestion administrative de l’entreprise. Leur fils Robert-Patrick naît à Roubaix en 1942.

85 et 91 rue de Cartigny ( Photo Google Maps et document Archives Municipales )

En 1946, Robert et son épouse habitent 65 rue Mazagran, et ce jusqu’en 1953, date à laquelle ils font l’acquisition d’une maison d’habitation au 91 rue de Cartigny, à côté de l’atelier. Robert achète également un local juste en face, de l’autre côté de la rue de Biskra.

( Doc Archives Municipales )

Robert-Patrick 8 ans, en 1950, devant le camion Poutrain chargé de ballots de lin (Document L. Barbe )

Au début des années 60, Robert-Patrick, après ses études aux Arts et Métiers à Lille, travaille à l’atelier et aide son père à développer l’entreprise. Les locaux deviennent, encore une fois, trop petits. En 1968, il fait l’acquisition d’un immense local, au 167 rue Daubenton, précédemment occupé par les Ets Pauchant : une scierie et fabrique de caisses d’emballages.

167 rue Daubenton ( Photo Google Maps )

C’est un bâtiment immense. De nombreuses machines sont installées, y compris d’énormes cabines de peinture, pour peindre les carrosseries. Pour les décorations publicitaires des camions, Robert confie les travaux aux Ets Dedryver, au 16 bis rue de l’Espierre, à Tourcoing. Vingt cinq personnes travaillent désormais dans l’entreprise : tôliers, menuisiers pour les planchers en bois, spécialistes en capitonnage, ouvriers pour les réparations, un gestionnaire de stock pour le magasin et une secrétaire au bureau.

Camion Mercedes ( Document L. Barbe et Nord Eclair )

Les commandes de grosses entreprises affluent. Parmi elles, citons :

– des entreprises de transport : Dubois, Brocvielle, Mussche

– des entreprises de VPC : La Redoute, Les 3 Suisses, Daxon, Damart

– des entreprises de déménagement : Voreux Lauwers, …

– des entreprises diverses : Verquin, Union biscuits, La Voix du Nord, et bien d’autres.

Robert est un bon commerçant ; il se lie d’amitié avec de nombreux clients, en particulier les responsables de transport des grosses sociétés. Il édite même des publicités communes comme celle ci-dessous.

Carrosserie du camion des transports Dumont ( Document Nord Eclair ) et Robert Barbe père et fils ( Document L. Barbe )

Au décès de son père, en 1987, Robert-Patrick prend la direction de l’entreprise. Dans les années 90, la profession change et évolue ; les fabricants comme Cargovan ou Durisotti proposent désormais d’installer des « kits mécano » : kits de carrosserie pour véhicules industriels, à poser en un temps record, afin de réduire les coûts, ce qui entraîne des réductions de personnel. En 2000, Robert a des problèmes de santé. Il cède son affaire à deux associés : Jean Bekaert et Philippe Woestelandt qui continuent l’activité et développent les aménagements intérieurs de véhicules utilitaires, avant de disparaître au milieu des années 2010.

Photo BT

Aujourd’hui, le bâtiment du 167 rue Daubenton a été transformé en plusieurs parties. On y trouve désormais un atelier de réparation de véhicules d’occasion; l’habitation a été divisée en plusieurs appartements et, derrière, il y a un projet de réhabilitation des énormes entrepôts, en vue de leur transformation en de nombreuses parcelles avec entrée au 24 rue Olivier de Serres.

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Laurence Choteau Barbe pour son témoignage et sa documentation.

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Les vêtements Selliez, rue Heilmann

Avec la société des vêtements Georges Selliez, nous allons évoquer une des plus importantes entreprises de confection de France, dont l’une des usines se trouvait au n°26 de la rue Heilmann. Georges Selliez (1869-1934) fils d’un négociant originaire d’Haspres, est né à Roubaix. Le jeune employé de commerce ne tarde pas à se lancer dans l’aventure textile : en 1898, il crée la première manufacture de draps pour hommes à Roubaix, rue Heilmann. C’est sa propre femme, Elise Desmarchelier qui va former les premières mains féminines de cette nouvelle industrie. Puis Georges Selliez va étudier, à Leeds et Manchester, l’organisation et les méthodes des grands ateliers collectifs anglais et les introduit en France avec des outillages inconnus jusqu’alors. En 1908, le Ministre du Commerce et de l’Industrie Jean Cruppi lui confie une mission aux U.S.A. Il part y étudier les méthodes du taylorisme pour les adapter dans l’industrie de la confection. Le rapport qu’il rédige à ce sujet fait quelque bruit.

Georges Selliez Photo Monde illustré 23

En 1912, Georges Selliez confie aux architectes Vandekerchove et Loof de Roubaix la réalisation de ses ateliers de confection. Ces messieurs sont les concessionnaires des bétons armés Hennebique et ils vont donner à l’usine de la rue Heilmann l’allure qu’elle aura longtemps, faite de grandes vitres et de supports en béton. Elle occupe un important espace entre la rue Heilmann, la rue de l’épeule et la rue de Turenne.

L’usine Selliez, Photo Monde illustré 1923

Pendant la première guerre mondiale, l’usine est réquisitionnée par les allemands pour fabriquer des sacs pour les tranchées, ce qui provoque une émeute et la répression allemande sous forme de rançonnement en argent ou de déportation d’otages. La fabrication n’aura qu’un temps, la matière venant bientôt à manquer. L’usine est alors transformée en caserne. Puis à leur départ, les allemands procédent à un nettoyage par le vide, comme partout ailleurs.

Intérieur de l’usine Selliez Photo Monde illustré 1923

En mars 1919, Georges Selliez aidé par deux jeunes associés, Paul et Eugène Prouvost Crépy, qui furent de glorieux aviateurs pendant la grande guerre, remet l’usine en route avec un personnel d’élite et expérimente de nouvelles machines. Dans des salles baignées de lumière, on coud des boutons, on monte des paires de manches. Des machines à points invisibles, à faufiler, à rabattre remplacent le travail à la main.

Intérieur de l’usine Selliez Monde illustré 1923

En 1923, la Société Anonyme des Vêtements Georges Selliez à Roubaix produit 1500 complets par jour et, de leur côté, ses usines de Tourcoing, Carvin, Paris, Vienne, totalisent 7500 pièces par jour, réalisant ainsi la plus forte production sur le continent.

En tête Selliez Coll Méd Rx

Esprit ouvert, homme tourné vers l’avenir, Georges Selliez s’investit aussi dans l’enseignement : il sera officier de l’Instruction Publique en 1928, membre du Conseil Supérieur de l’École Nationale des Arts et Industries Textiles, membre du Conseil Général de la Ligue Française de l’Enseignement et par ailleurs conseiller municipal de Roubaix, Vice-Président du Parti Radical Socialiste. Il sera également président de la FAL de Roubaix. Il décède en 1934. Ses associés Prouvost Crépy prennent la suite et gardent la marque. La société Flipo Manutention est propriétaire des locaux en 1980 et en sera vraisemblablement le dernier occupant avant que cette usine soit démolie. Un article de presse évoque le nouveau parking Flipo en janvier 1999. L’espace ainsi libéré forme ainsi une place qui accueille aujourd’hui le marché et à laquelle on a donné le nom d’un épeulois célèbre, Victor Vandermeiren.

Roussel rue des Arts

Les n°139 à 143 de la rue des Arts sont encore connus aujourd’hui comme le site Roussel. C’est une longue histoire que celle de la famille Roussel, l’une des familles, devrait-on dire, puisque les différents sites notamment ceux de la rue de l’épeule et de la rue Watt appartiennent à une autre des nombreuses familles Roussel de la région.

En tête de lettre des années 1870 Coll Part

La branche Roussel qui va occuper le 139 de la rue des Arts est l’une des plus anciennes familles de Roubaix. Au plus loin que la généalogie permette de remonter, c’est à dire au milieu du quinzième siècle, on trouve déjà à Roubaix des représentants de cette famille, c’est à dire à l’époque de la fondation du bourg de Roubaix par Jean et Pierre de Roubaix. Aussi trouve-t-on des baillis, des lieutenants, des échevins, d’importants censiers, qui sont associés au fil des années à la gouvernance de Roubaix sous l’égide des Marquis des grandes familles. Leurs activités vont bientôt évoluer de l’exploitation de la terre vers la brasserie avec Arthus au début du dix septième siècle mais aussi et surtout vers la manufacture textile, au sein de laquelle des membres de la famille Roussel sont reconnus maîtres, ce qui signifie qu’ils font partie de l’organisation mise en place dans la ville depuis sa reconnaissance comme ville drapière par Charles Quint. Après la Révolution Française, on trouve un Gabriel Roussel fabricant et filateur, dont les enfants poursuivront l’œuvre de fabricant tout en étant dans les grandes instances commerciales qui se créent à Roubaix : chambre consultative des arts puis chambre de commerce en 1872. François Roussel y siège lui qui est alors référencé au n°32 rue des Arts pour un tissage mécanique. Cette adresse restera longtemps le siège de l’entreprise, dans cette rue Nain qui fut une importante artère négociante de Roubaix avant que l’on ouvre la rue de la Gare, aujourd’hui l’avenue Jean Baptiste Lebas.

L’usine Roussel avant réhabilitation Coll Part

Cependant l’entreprise Roussel cherche à se développer et finit par s’intéresser à un établissement abritant une filature de laine peignée datant de 1863 et tenue par les frères Carré. Elle est reprise en 1887 par les Établissements François Roussel père et fils. Au moment de la première guerre mondiale, la société anonyme des établissements François Roussel et fils occupe plus de mille ouvriers et comprend une filature de fantaisies, tissage et apprêt. Les efforts persévérants des directeurs de cette maison ont été officiellement proclamés par quatre croix de la Légion d’Honneur, quatre grand prix, onze médailles d’or et cinq médailles d’argent.

L’installation d’une chambre d’allaitement avant la crèche Coll Part

Spécialisée dans les tissus pour l’habillement de la femme, en laine ou en coton, elle est en 1923, l’une des usines les plus importantes du nord de la France. En 1926, l’architecte René Dupire procède à l’agrandissement des locaux de la crèche de l’usine qui se trouve au n°143 rue des Arts. En 1928, l’architecte tourquennois Georges Forest intervient pour la réorganisation et l’agrandissement de l’usine : une cave pour la réception des matières premières, le rez-de chaussée pour les pièces finies, une retorderie au premier étage et au deuxième étage « les visites et piqurages ». En 1929, il est procédé au remplacement des planchers en bois par des planchers en béton, et à l’agrandissement des baies vitrées.

La façade et les bâtiments de 1928 Photo Part

En 1938, une fête est organisée pour célébrer quatre-vingts nouveaux médaillés du travail pour avoir contribué à la prospérité de la maison François Roussel et fils pendant 30, 40, 50 ou 60 ans. Un hommage est également rendu à la direction : sont cités Pierre François Roussel Destombes le bisaïeul (1819-1903), ses fils François (1851-?), Ernest Roussel-Masurel (1857-1890) et Édouard Roussel-Lecomte (1852-1911). Puis les fils du dernier nommé, François Edmond Roussel Motte (1888-1915) et Édouard Émile Joseph Roussel-Motte (1890-1965) et enfin François Édouard Ernest Joseph Roussel (né en 1914) neveu et fils des précédents. Peu de temps après, l’entreprise fait installer un « massif ensemble électrogène » dans l’usine sur les plans de l’architecte René Dupire.

Édouard Roussel Motte (1890-1965) Photo Sénat

La société est alors dirigée par Édouard Émile Joseph Roussel-Motte, Amand Dhellemes et Raymond Masurel, ce qui a permis au premier nommé d’entamer une carrière politique : candidat de concentration républicaine, aux élections cantonales de 1928, il enlève au socialiste Lebas le siège de conseiller général, et le 12 juin 1932, il bat le socialiste Brack pour la succession du sénateur Debièvre. Son père Édouard Roussel avait assuré l’intérim de la mairie de Roubaix au moment de la démission d’Henri Carrette en 1901.

En tête de la société en 1948 Coll Part

La société François Roussel poursuit ses activités jusqu’au milieu des années soixante. En 1965, on voit apparaître d’autres noms de sociétés dans l’espace des n°139 à 143. L’activité s’est-elle restreinte ? Il semble que des surfaces aient été louées à la société textile de l’Alma, retorderie de rayonne, et à la société Pronal. En 1972, aux n° 139 à 143 apparaît encore la SA François Roussel fabricant de tissus, mais elle est côtoyée désormais par la Sté Pronal (réservoirs souples), et les activités de moulinage et retorderie de Chavanoz. En 1977, les établissements Derville frères,fabricants de tissus ont remplacé le SA Roussel et d’autres colocataires sont apparus : la retorderie Luxor, les tissus Réquillart, le négociant Quesnoit, la SA Dubly (tissus). En 1981, c’est au tour de la société Créafil d’occuper les lieux.

Le site réhabilité après 1999 Crédit photos © Max Lerouge

Roubaix entre dans une période de réhabilitations d’envergure avec l’usine Motte-Bossut après sa fermeture en 1981. L’ancien site Roussel de la rue des Arts sera finalement réhabilité en 1999 en bureaux et studios de danse pour le Ballet du Nord (devenu aujourd’hui Centre Chorégraphique national Roubaix Nord Pas-de-Calais) par l’architecte Jean-Charles Huet. La façade arts déco monumentale de l’usine Roussel abrite désormais 4.000 m² de bureaux répartis sur les quatre étages du bâtiment principal appelé « La Tour » ainsi que 10.000 m² d’entrepôts.


Dans l’actualité récente, le Plateau Fertile a été ouvert en mai 2018 dans le site Roussel de la rue des Arts. Ce Tiers-Lieu est un espace inspiré et inspirant pour des professionnels créatifs, des entreprises, des porteurs de projets. Un lieu unique qui croise compétences créatives, entrepreneuriales et citoyennes. Un lieu engagé pour créer des projets à impact social sur le territoire.

 

 

 

Les pompes Hibon

Georges Hibon est né en 1884 à Marquain en Belgique. Il est ingénieur, constructeur mécanicien. Il habite avec son épouse Madeleine et ses deux fils, Henry et André, à Roubaix, au 5 rue de Remiremont. Il installe son petit atelier à proximité, au 2 rue des Vosges, à l’angle de la rue du Fresnoy, vers 1920.

Georges est passionné de mécanique ; il a l’esprit inventif et construit le premier moteur à combustion rotatif. Cet engin devient une pompe rotative pour eaux chargées et résiduaires, pour liquides visqueux, gras ou acides. La « pompe à purin » ( comme on l’appelle à l’époque ) est créée.

( Document coll. priv. )

Dans les années 1930, le catalogue offre un choix incomparable de pompes : à vide, à air, à eau, électriques ou à essence, de puissances différentes. Des pompes adaptées à tous types d’utilisation : électro-pompes centrifuges, pompes bronze, pompes rurales, etc…

( Document coll. priv. )

Les pompes Hibon connaissent alors un succès immédiat. De nombreux grossistes et dépositaires exigent la marque Hibon. En 1946, les deux fils aident Georges dans l’entreprise. Henry est ingénieur et s’occupe de la partie technique à l’atelier ; André est Directeur commercial .

( Document coll. priv. )

En 1949, l’entreprise agrandit les locaux de la rue des Vosges, en créant un magasin à l’étage. Les travaux sont confiés à A. Landrieux, rue Sainte Thérèse. Georges Hibon devient un spécialiste incontesté pour la fabrication des pompes. L’entreprise est la seule à fabriquer des soufflantes cryogéniques pour gaz liquide. En 1950, un stand d’exposition des pompes Hibon est installé à la Foire de Paris.

( Document Hibon )

L’entreprise commence à exporter dans le monde entier et les locaux deviennent trop étroits. En 1958, la société reprend l’ancienne filature Carissimo au 38 Boulevard de Reims. Des aménagements importants sont nécessaires ; ils sont confiés à l’architecte G. Baudry de Tournai (Belgique). Le montant des travaux est estimé à 3 millions de francs.

( Document coll. priv. )

Les pompes Hibon continuent d’évoluer. Nous sommes loin des petites pompes artisanales fabriquées dans les années 1930 ; c’est maintenant de l’industrie lourde.

( Document Hibon )

L’entreprise poursuit son expansion et, en 1966, prévoit des travaux d’agrandissement du bâtiment existant (1400 m2) et des travaux de terrassement. Le maître d’œuvre est le CITEC, Centre Interprofessionnel Technique Économique et Commercial, au 28 rue Pauvrée à Roubaix.

Travaux d’agrandissement 1966 ( Document Archives Municipales )

En 1974, l’exportation représente entre 50 et 70% du chiffre d’affaires. L’entreprise demande un permis de construire pour un entrepôt de stockage de 1000 m2, sur la droite du terrain, en bordure des Ets Carrez Bernard.

Les agrandissements de 1966 et 1974 ( Photo Google Maps )

Au début des années 80, Hibon rachète une entreprise canadienne et devient Hibon Inc.

( Document Archives Municipales )

En 1994, Roland Berroyer, président du directoire, décide d’agrandir le portail à l’entrée de l’entreprise.

( Document Hibon )

En 2006, l’entreprise part s’implanter à Wasquehal. Hibon est membre de «Ingersoll Rand». Les rayons d’activité technologique et commerciale se sont largement élargis. La compagnie « Ingersoll Rand Air Solutions Hibon » a réussi à imposer sa forte présence dans les domaines de l’alimentaire, de la chimie et de l’environnement.

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Remerciements aux Archives Municipales.

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Les gâteaux Poppe et Penez

Micheline Poppe est née en 1926. Elle est la fille de Léon Poppe et de Clémence Drouillon qui tiennent un commerce de pâtisserie, au 124 rue de Lille, à l’angle de la rue de l’Industrie. Gaston Penez est né en 1921 et habite au 218 rue du chemin neuf. Gaston est le beau frère de Micheline. C’est une famille dynamique qui a l’esprit créatif et entrepreneur. Clémence prend la décision de développer la pâtisserie familiale. Micheline Poppe et Gaston Penez s’associent et installent leur société de fabrication de biscuits au 46 rue d’Hem, sur un terrain de 2024 m2, en 1947.

( Document coll. priv. )

Leur concept est bien précis : créer une pâtisserie semi-industrielle qui respecte la qualité artisanale et irréprochable des produits. En 1950, ils font l’acquisition d’un four, de marque Rey, avec un brûleur mixte : mazout et gaz. C’est un four à chaîne, d’une longueur de plus de 13m. L’investissement est de 2.500.000 F. Les travaux sont confiés à Mr Lauwers, installateur, rue du Fontenoy.

( Document Archives Municipales )

Ils fabriquent des gâteaux et se spécialisent, en particulier, dans la production de mokas, bûches de Noël, galette des rois, nids de Pâques, friands…Des odeurs de cuisson très agréables se dégagent de l’atelier : les voisins apprécient ! Ils complètent ensuite leur gamme de produits en biscuiterie sèche : sablés, congolais, pains d’amandes et croquets.

( Document coll. priv. )

Dès que les gâteaux et biscuits sortent du four, ils sont refroidis et emballés immédiatement, pour des raisons d’hygiène, dans des paquets, des sachets ou des boîtes. En 1956, l’entreprise demande un permis de construire pour aménager une route à travers l’usine afin de construire un hangar au fond où garer les véhicules. Les dépenses s’élèvent à 700.000 F et ce sont les Ets Waquier, rue Roger Salengro, qui exécutent les travaux.

( Document Archives Municipales et Google Maps )

La même année, la société Poppe et Penez décide d’agrandir la porte cochère, pour faire face au développement du trafic des camions qui viennent livrer les matières premières et des camions de livraison de l’entreprise.

( Document coll. priv. )

La clientèle est composée essentiellement de grossistes en épicerie qui livrent des détaillants et quelques supérettes. L’entreprise est prospère; bientôt à l’étroit dans ses locaux, elle investit à nouveau dans la création de bureaux, à l’intérieur de l’atelier, pour un montant de 600.000 F.

( Document coll. priv. )

L’entreprise propose aux voisins du quartier, une fois par semaine ( le vendredi ), des ventes de gâteaux et biscuits, à des prix avantageux. C’est la « vente au guichet » : le début de la vente directe du producteur au consommateur. Micheline et Gaston décident de prendre leur retraite en 1983 et cèdent leur affaire à Mr Broly. L’entreprise ferme à la fin des années 80, suite à un incendie.

 

Remerciements aux Archives Municipales pour la documentation et à Sylvie Artéon Sarrade pour son témoignage.

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La Caisse d’Epargne

La Caisse d’épargne de Roubaix, créée en 1842, est un établissement autonome, contrôlé par l’État, autorisé par une ordonnance royale. La caisse d’épargne se limite à la gestion de comptes d’épargne et de prêts simples pour les particuliers. Les bureaux, en 1847, sont d’abord installés dans la salle de Justice de Paix de l’hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

Le siège social de la Caisse d’Épargne de Roubaix est construit, en 1890, au 5 de la rue du Château, avec une magnifique façade de style néogothique. A l’intérieur, les murs sont en pierre de taille, les guichets en chêne massif ; le personnel est protégé de toute agression par des vitres et des hygiaphones.

( Document coll. priv. )

( Document coll. priv. )

Pour les clients, le livret de Caisse d’Épargne permet de conserver la trace des versements et des intérêts perçus. La Caisse d’épargne ne rencontre pas un succès immédiat du fait de la faible capacité d’épargne des classes populaires mais aussi d’une confiance faible envers l’institution. Il faut attendre les années 1920 pour constater un développement conséquent.

( Document coll. priv. )

Dans les années 1930, la croissance se confirme et on trouve des agences de Caisse d’Épargne et de prévoyance dans les villes en périphérie : Croix, Wasquehal, Leers, Wattrelos, Hem et Lannoy.

( Document coll. priv. )

Pendant la deuxième guerre mondiale, le bâtiment abrite la Croix rouge qui y soigne les blessés. Dans les années 50, l’amélioration des conditions économiques relance l’épargne. Le célèbre Livret de Caisse d’Épargne est offert, avec une petite somme d’argent, à chaque enfant à la naissance. Nous sommes en pleine explosion démographique (le baby-boom d’après guerre) et le bâtiment de la rue du Château devient rapidement trop petit.

( Document IGN )

En 1958, Félix Watine, président de la Caisse d’Épargne, décide de construire un nouveau siège social sur le trottoir d’en face, à l’angle de la rue du château et de la rue de l’Hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

C’est un projet ambitieux de 277 millions de Francs qui est confié à l’architecte Omer Lecroart, dont l’étude se trouve au 72 avenue Jean Lebas.

( Document Archives Municipales )

Au rez de chaussée on trouve un vaste hall de réception du public, la loge du concierge G Dutertre, les bureaux de la direction, la comptabilité. Au sous sol, on trouve la salle des coffres-forts, la chaufferie, les archives, les vestiaires et sanitaires pour le personnel. A chaque étage, des appartements immenses sont vendus à des particuliers ; au total 6 appartements de 7 pièces, et 3 appartements de 4 pièces. L’architecte Omer Lecroart fait d’ailleurs l’acquisition d’un appartement au dernier niveau. L’entrée des clients se fait par la rue de l’Hôtel de ville, l’entrée des résidents par la rue du Château.

( Document Nord Éclair )

Le 25 Septembre 1961, la nouvelle Caisse d’Épargne est inaugurée par M. Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’état aux finances. M Henri Eecklan, vice président de la Caisse d’Épargne, remplace M Félix Watine souffrant. Il accueille les différentes personnalités : Mrs Hirsch, préfet, Lepargneur, chef de cabinet, Poniatowski, directeur de cabinet du ministre, Provo, maire de Roubaix . . .

( Document Nord Eclair )

M Giscard d’Estaing fait une brillante allocution. Nul doute que cette personnalité ambitieuse est promise à un bel avenir. Les discours se succèdent et, après la cérémonie, les 500 personnes sont invitées à un banquet à la salle Watremez qui vient d’être rénovée. Une superbe plaque commémorative en métal est offerte à chaque convive.

( Document coll. priv. )

En 1963, l’ancien bâtiment de la Caisse d’épargne, rue du château, est rasé pour construire, à la place, une partie du centre commercial : Le Lido.

( Document coll. priv. )

L’écureuil devient l’emblème des Caisses d’épargne. L’image de ce petit animal n’est pas anodine pour la banque ; il garde ses petites noisettes et les fait fructifier pour sa petite famille. En 2010, la Caisse d’Épargne quitte les locaux de la rue du Château, pour s’installer Grande Rue.

Aujourd’hui, les services municipaux occupent une très grosse partie du bâtiment. La façade est inchangée ; en revanche, à l’intérieur, le hall d’accueil a été complètement aménagé ; la salle des coffres a disparu ; les appartements à l’étage ont été transformés en bureaux.

( Photos BT )

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Remerciements aux Archives Municipales.

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Boléro et Tropic

André Silvain naît à Toul, en Lorraine, en 1906. Il vient à Roubaix pour faire ses études à l’ITR : Institut Technique Roubaisien, au 37 rue du collège. Il passe avec succès son diplôme d’ingénieur.

( Document coll. priv. )

André représente l’entreprise de son père, B.H.S : Benoit Henri Silvain à Toul. Il crée à Roubaix la MRC Manufacture Roubaisienne de Corsets et, ensuite, la société des supports médicaux esthétiques. Il fabrique des corsets et des gaines; le corset est composé de tissu et de baleines; il est plutôt inconfortable si bien qu’il laisse la place rapidement à la gaine fabriquée à partir de tricot élastique et de fil élastique. Les corsets et gaines, conçus de façon artisanale par des couturières, sont désormais fabriqués industriellement avec la même qualité.

( Document IGN )

( Document JdeR )

L’entreprise est implantée au 3 rue Nadaud, dans ce qui reste des usines Allart Rousseau. C’est un bâtiment, construit sur 3 niveaux, qui réunit les 3 Sociétés d’André Sylvain : au rez de chaussée FEN : Fils Élastiques du Nord, au 1° étage Serolatex : machines à tricoter et au 2° étage la fabrication des gaines et les bureaux.

La MRC, Manufacture Roubaisienne de Corsets, se trouve au 43 rue de Saint Amand, l’entreprise possède également une petite unité de production à Leforest près de Douai.

( Document ANMT )

En 1946, André Silvain créé les marques « Boléro » pour la lingerie et, un peu plus tard, « Tropic » pour les maillots de bain.

( Document coll. priv. )

André Silvain ouvre des magasins à enseigne SILVA à Roubaix, au 27 Grande-Rue, mais également à Lille et Tourcoing. Il profite de ses magasins de proximité pour tester de nouveaux produits et connaître les réactions des clientes.

( Document ANMT )

Le succès de l’entreprise est immédiat; les femmes apprécient le confort exceptionnel et la qualité irréprochable de cette nouvelle lingerie Boléro. Tropic connaît aussi une forte expansion grâce aux maillots de bain en tissu élastique, (fabriqués par Serolatex ) comme le Lycra, qui remplace le tricot jersey prenant l’eau.

( Document ANMT et NE )

En 1955, André Silvain recrute deux personnes à la Direction Commerciale : Patrick Roussel pour la marque Boléro et Albert Lepers pour Tropic.

  • Ils développent fortement l’entreprise grâce à un énorme budget publicitaire.

  • Ils font paraître des encarts dans la presse : Jours de France, L’Express, les magazines de mode : Marie-Claire, Elle, Marie-France ainsi que des hebdos pour les jeunes adolescentes tels que Melle Age Tendre.

  • Ils font de la publicité d’affichage sur les bus et les abribus.

  • Ils créent des campagnes de publicité à la radio pour les lancements de nouveaux produits.

  • Ils sont présents sur de nombreux salons de lingerie en France et en Allemagne : Francfort et Dusseldorf.

  • Ils diffusent un catalogue édité à 150.000 exemplaires, envoyé à la demande des clientes.

  • Ils proposent à leur clientèle du matériel de présentation spécifique, comme le cintre spécial maillot, qui est adopté très rapidement par les grands magasins.

  • Ils font installer des stands de vente dans les grands magasins : Nouvelles Galeries, Printemps, Galeries Lafayette.

  • Ils ont une équipe de vente importante, sur le réseau national, mais également à l’étranger : Belgique, Suisse, Allemagne, Espagne, Canada . . .

  • Ils organisent des concours dans les points de vente, où un client peut gagner, au cours d’une tombola annuelle, une superbe Ondine (Dauphine Renault).

( Document A. Lepers )

A la fin des années 1960, la progression de l’entreprise est extraordinaire et l’usine de la rue Nadaud devient trop petite. André déménage et part dans des locaux plus vastes au 20 rue Claude Lorrain, qui devient le nouveau siège de « l’Entreprise André Silvain ». La société Serolatex est implantée au 18 rue Molière.

André et Marcelle Lepers et toute l’équipe d’encadrement, rue Claude Lorrain ( Document A. Lepers )

Plus de 600 personnes travaillent désormais dans l’entreprise qui produit, chaque année, plus d’un million de pièces de lingerie Boléro et 250.000 maillots de bain. La marque Tropic devient la 3° marque nationale derrière Rasurel et Triumph.

( Document ANMT )

La marque Tropic a une activité de production saisonnière et, pour essayer de mieux planifier les ateliers de l’usine, André Silvain décide de créer une ligne de vêtements de sports d’hiver en 1967-68. L’expérience n’est pas renouvelée l’année suivante car l’entreprise souhaite développer d’autres familles de produits.

( Document ANMT )

En 1972, André Silvain crée deux nouvelles gammes de vêtements de sports et loisirs : Sportswear et Homewear. En 1980, c’est la marque Ta-Hit qui est lancée ; il s’agit de tenues de gymnastique, de danse et de maillots de bain de compétition. La progression trop rapide de la société d’André Silvain, des années 1950 à 1980, engendre des problèmes d’organisation interne qui freinent le développement. Une réorganisation s’impose en 1981. En 1985, Marcel Juan devient le nouveau directeur général et André Silvain reste le président. L’année suivante, André Silvain, qui n’a pas d’enfant, cède son affaire et prend une retraite bien méritée. Les deux marques Boléro et Tropic vont suivre alors deux chemins bien distincts.

Boléro est racheté par Valéro, puis par Damart, puis par Vanity Fair qui ferme l’usine. La production est délocalisée à l’étranger; c’est le déclin de la marque Boléro. Tropic est repris par Valero, puis par Damart qui cède la marque à des groupes internationaux. Après 40 années d’existence et de succès, et après avoir employé plus de 600 personnes, l’Entreprise André Silvain disparaît.

Photo d’André Silvain ( Document A. Lepers )

Le bâtiment de la rue Nadaud est rasé dans les années 1970. Un supermarché à enseigne « Frais Marché Gro » s’installe ; il prend ensuite l’enseigne « Match » puis ferme ses portes. Après quelques années de friche industrielle, on y trouve aujourd’hui des logements sociaux.

3 rue Nadaud ( Photo BT )

Le 18 rue Molière existe toujours ; il est transformé en lofts.

18 rue Molière ( Photo BT )

Le 20 rue Claude Lorrain est transformé et divisé en plusieurs petites entreprises.

20 rue Claude Lorrain ( Photo BT )

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Remerciements aux Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT), et à Albert Lepers pour sa documentation et son précieux témoignage.

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