Histoire d’une filature

Le 18 avril1893, Carlos Masurel-Leclercq, alors âgé de 31 ans et demeurant 78 boulevard de Paris, demande l’autorisation de construire une filature de coton sur le boulevard de Fourmies. Cette voie, récemment construite, s’arrête alors à la place de l’Avenir (future place Spriet).  Sa prolongation jusqu’à la future avenue Motte ne sera pas décidée avant 1896. L’usine sera construite sur un terrain situé à droite en venant de la place du Travail, et s’étendant jusqu’à la rue Henri Régnault. La façade de l’usine doit se prolonger vers la gauche par un mur de clôture interrompu par un portail d’accès, lui même suivi de la maison du concierge. Le bâtiment compte trois étages et six modules d’une fenêtre surmontés chacun d’un toit pointu, ainsi qu’une tour abritant un monte-charge.

Le plan original – Document archives municipales

Ce sont les premières années d’existence du boulevard, et on y trouve seulement l’usine Ternynck et fils, et l’estaminet Dubron. En 1903, notre filature prend le numéro 20, alors que le numéro 1, première maison sur le trottoir d’en face, abrite le directeur de l’usine H. Rive. Au 28, juste à côté de la maison du concierge, s’installe l’estaminet Herbaut.

En 1905, la filature change de raison sociale, et prend le nom de Dazin-Motte Fils. Le nouveau propriétaire demande en 1909 l’autorisation d’agrandir l’usine. Le plan joint à la demande prévoit 7 modules-fenêtres supplémentaires identiques aux anciens, mais sans la toiture en pointe correspondant. Une nouvelle demande d’agrandissement est faite en 1927. L’entreprise se préoccupe du bien-être de ses employées, avec une demande de construction pour une garderie d’enfants déposée en 1926. On distingue également sur les photos aériennes des jardins aménagés pour les ouvriers près de l’usine le long de la rue Bernard Palissy. Une photo datant des années 30 montre par ailleurs que la tour d’angle a été surélevée de deux étages.

Photo collection Bernard Thiebaut

Les photos aériennes depuis les années 30 montrent l’usine dans son état définitif. On y voit nettement deux extensions au bâtiment principal, ne comportant pas de toits pointus comme la construction d’origine. On distingue également les jardins ouvriers et la disposition interne de l’usine avec un bâtiment derrière la maison du concierge et deux bâtiments annexes situés le long de la rue Henri Régnault.

Photo IGN 1962

Cette photo nous montre l’usine à la fin de son existence, puisqu’elle va disparaître en 1963.Un reportage de la Voix du Nord de l’époque nous montre le bâtiment en cours de démolition et nous apprend que les travaux ont donné lieu à un accident puisque le vent, soufflant en tempête, a fait s’écrouler un mur affaibli par les travaux, tuant un ouvrier qui se trouvait là.

Photo La Voix du Nord

Le terrain de l’ancienne usine reste en friche très longtemps, et des photos de 1970 nous montrent cette zone transformée en terrain vague, les restes des anciens bâtiments, et de nombreux gravats. Cette situation perdure au delà de la construction de la résidence Palissy, érigée à l’emplacement du bâtiment principal de la filature.

Documents archives municipales

Ainsi se scelle le destin d’une des nombreuses entreprises textiles roubaisiennes, qui prélude à bien d’autres disparitions.

 

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