La Sécu à Roubaix

Le Conseil national de la Résistance intègre à son programme « un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État. (Ordonnance du 4 octobre 1945).

Les locaux de la caisse la Famille en 1936 Photo JdeRx

A Roubaix, la Sécurité Sociale succède à La Caisse primaire d’assurances sociales « La Famille » qui se trouvait à l’emplacement d’une ancienne usine de la rue du Grand Chemin autrefois occupée par la société Masurel Leclercq fabricants textiles. Cette caisse avait fait construire ses nouveaux locaux en 1936 aux n°19 et 21 rue du Grand Chemin et les inaugura à l’occasion de son vingt cinquième anniversaire en présence du Cardinal Liénart. Jusqu’ici, cette caisse de capitalisation se trouvait rue du château. C’est là que s’installa la sécurité sociale à Roubaix au début des années cinquante.

Le futur emplacement de la caisse rue Rémy Cogghe Photo NE

Mais bientôt la progression du nombre des assurés, l’augmentation des effectifs de la caisse (292 agents en 1961, 341 en 1968) du nombre des assurés (95222 en 1961, 123000 en 1968) nécessitent une réimplantation des services pour de meilleures conditions de travail et une meilleure réception du public. En 1966, l’architecte roubaisien Omer Lecroart basé 10 rue du château présente un projet. À cette époque, le comité d’entreprise n’avait pas de local, les ateliers étaient au sous sol sans aération, il n’y avait pas de salles pour les cours professionnels organisés depuis 1964, les archives se trouvaient dans les couloirs ou dans un autre immeuble à une centaine de mètres. M. Leduc directeur de la caisse avait fait l’estimation suivante : 11500 m² étaient nécessaires, alors qu’il n’y en avait que 4668 m². En Janvier 1968, l’annonce est faite, les travaux des nouveaux bâtiments de la sécurité sociale vont commencer en février pour un montant de 600 millions d’anciens francs et pour une durée de dix huit mois. Pour réaliser ce projet, le conseil d’administration a acquis trois propriétés derrière l’ancien bâtiment donnant sur la place du Trichon.

Plan de situation 1967 Photo NE

Le bâtiment du grand chemin abritera l’ensemble des cabinets médicaux sur trois niveaux, et les nouveaux bâtiments qui vont du 16 au 20 rue Rémy Cogghe sur une longueur de 80 m seront édifiés en respectant le plan d’urbanisme. Il faut notamment tenir compte du Trichon qui traverse la propriété entre le bâtiment de la rue du Grand Chemin et la future implantation, pour aller rejoindre le grand collecteur par la rue des Fabricants. Il faut donc bâtir en dehors, et aussi respecter le front à rue, c’est à dire construire en deçà de la rue Rémy Cogghe. Le futur immeuble fera cinq étages, 56 mètres de long 13,5 de large avec un bâtiment perpendiculaire de 34 m sur 26. Le nouveau bâtiment accueillera dans un grand hall des prestations avec des guichets à boxes pour que la discrétion soit assurée, et on adoptera le système de tickets numérotés, afin d’assurer la fluidité des réceptions. Au premier étage se trouvera le service des accidents du travail, au second le service social, les pensions d’invalidité, les immatriculations, les tiers payants. Au troisième, il y aura le contrôle médical, neuf médecins conseils y seront réunis, alors que jusque là on devait louer l’immeuble n°20 de la place du trichon. Au quatrième, la comptabilité et le service du contentieux et au cinquième étage, la direction, avec la salle du conseil, des salle de cours et de commission et le service du matériel.

Le chantier en cours 1969 Photo NE

L’entrée du public se fera donc par la rue Rémy Cogghe et l’entrée du personnel par la rue du grand chemin. Une extension est prévue en prolongement du grand bâtiment à étages pour loger les cabinets médicaux et dentaires, ainsi que la cession des bâtiments actuellement occupés à d’autres locataires.

à suivre

Les papiers peints Hourez

Henri Hourez naît en 1860 à Croix au 117 rue Kleber. Il est maître-peintre. Pour compléter ses revenus, il décide d’ouvrir en 1889 une petite échoppe de papiers peints à Roubaix au 181 183 rue de l’Epeule. La Maison Hourez est créée.

( Documents BNR et Isabelle Vervust )

Il se marie avec Marguerite Pollet. Leur fils, Raoul, voit le jour en 1899. Adulte, Raoul devient peintre tapissier et continue l’activité.

( Documents coll. priv. )

Les affaires se développent. Un important choix de papiers peints est proposé à la clientèle malgré l’étroitesse de ce petit commerce. Il propose des revêtements de sol ( linoleum ), des toiles cirées et quelques articles divers comme des balais, des paillassons, etc…mais la spécialité de la Maison Hourez reste incontestablement le papier-peint.

Raoul n’hésite pas à présenter sur le trottoir, les papiers peints et les linos.
( Documents Isabelle Vervust )

Raoul se marie, en 1923, avec Valentine Haustrate. Leur fils naît en 1929 ; ils décident de le prénommer Henri, comme le grand-père.

En 1949, Raoul décède brutalement à l’âge de 50 ans. Son épouse Valentine se retrouve seule à gérer le commerce, si bien que son fils Henri abandonne ses études de tapissier à la célèbre école Boulle de Paris et remonte à Roubaix pour aider sa mère à la gestion de la petite entreprise. Henri a 20 ans, il est courageux et volontaire. Il a plein d’idées et de projets ambitieux en tête. Il va développer la « Maison Hourez » et lui donner une incroyable expansion. Au début des années 1950, Henri reprend le commerce voisin de graineterie de M. Derycke au 179 rue de l’Epeule.

Reprise du 179 rue de l’Epeule ( Document Isabelle Vervust )

En 1959, il reprend le commerce de l’autre côté au 185, tenu par M d’Albuquerque qui vend du beurre et des œufs. La façade fait alors 19 mètres de large et il décide de transformer sa devanture par une rénovation de façade avec remplacement des vitrines. Il confie les travaux à l’entreprise Waquier de Croix. Les travaux s ‘élèvent à 300.000 Frs.

( Document Archives Municipales )

En 1960, Henri Hourez reprend le 177 de la rue, à Georges Descat. C’est une maison particulière avec un très grand jardin. L’architecte Pierre Neveux de Roubaix est choisi pour la transformation de la façade avec un budget de 20.000 NF de travaux.

Le couloir principal avec d’un côté, les papiers peints et de l’autre, les revêtements de sol ( Documents Isabelle Vervust )

Les années 60 sont exceptionnelles. La Maison Hourez propose le choix le plus important de papiers peints de la région, la livraison à domicile, une collection complète avec les marques Leroy, Inaltera, Nobilis ou Décofrance. De nombreux artisans peintres-tapissiers viennent de toute la métropole pour s’approvisionner chez lui, vu le choix immense proposé.

( Documents Nord Eclair 1965 et Isabelle Vervust )

Henri a le sens du commerce : le superbe porte-clefs Hourez est offert gratuitement pour tout achat d’une valeur de 30 Frs. Il a aussi le sens du bon goût et de la présentation des produits qu’il vend. Il fait souvent appel au décorateur Dominique Lemaire qui décore ses vitrines extérieures comme par exemple celle du « manége enchanté » ci-dessus.

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à suivre . . .

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Rermerciements aux Archives Municipales, à la BNR ainsi qu’à Isabelle Vervust et Véronique Toulemonde pour la documentation et leurs témoignages.

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Mobil à Barbieux

Le 10 Août 1931, Paul Guerret-Bellemare demande un permis de construire pour un poste de distribution de carburant. Ce monsieur est délégué de la Compagnie Industrielle des Pétroles, fondée en 1904 par Louis et Théodore Mante et dont le siège social est à Paris. La compagnie dispose déjà d’un dépôt de carburant à cet endroit, situé au coin de la rue Jean Jaurès et de la rue Louis Pluquet, en un lieu dénommé « Fer à cheval ». Les travaux seront réalisés sous l’autorité de l’architecte de la compagnie, Henri Thirion. L’ensemble disposera d’une fosse de graissage. Pourtant, une photo IGN aérienne de 1933 montre que les travaux n’ont pas encore commencé.

L’absence de photos avant 1947 ne permet pas de dire à quelle date le bâtiment est construit, ni même s’il l’a réellement été ; les Ravet-Anceau de 1936 et 1939 ne font référence qu’au dépôt d’essence de la C.I.P..

Par contre, on découvre sur la photo IGN de 1947 une autre construction : c’est celle qu’on peut encore voir aujourd’hui, et le Ravet-Anceau de 1953 indique Socony Vacuum française (c’est le nouveau nom de la CIP), négociant en essence.

La station comporte un bâtiment à toit plat et une curieuse construction présentant de multiples pignons. En 1954, la société Soconi-Vacuum devient la Mobil Oil. La station change alors d’enseigne.

Une Simca 9, dite « aronde » modèle 54-56 devant la station. Photo collection particulière

De 1958 à 1973, on peut lire dans le Ravet-Anceau Roger Ryckeghem, Mobil Oil Française. On peut encore admirer aujourd’hui le tableau électrique de la station, installé « à l’ancienne » sur une plaque de marbre :

Photos Jpm

Mais en 1975, la station disparaît ; elle va déménager, et l’ancien bâtiment va être vendu. A partir de 1981, le Grill-cafétéria « Le fer à cheval », s’installe à sa place. Ce sympathique restaurant est toujours présent aujourd’hui.

Pourtant, la photo suivante peut faire penser qu’il n’a pas perdu tout contact avec l’automobile :

Photo collection particulière

La station, elle, va donc s’installer un peu plus haut dans la rue, au numéro 72, là où se trouve une grande maison construite en 1921 sur un terrain étendu. Son propriétaire est Norbert Poullet-Masurel, qui habitera la maison jusqu’en 1970. Elle abritera également à partir de 1960 Carlos Masurel-Motte, puis G. Mallard-Masurel. En 1973, la maison, inhabitée, est mise en vente. Monique Pierre Mallard-Masurel et Carlos Masurel autorisent en février 1973 la société Ferret-Savinel à demander un permis de démolir les bâtiments. L’expertise demandée au service d’hygiène fait état d’infiltrations d’eaux pluviales et d’un entretien négligé. Il conclut que la remise en état serait prohibitive. La société a pour projet la construction d’un ensemble résidentiel de 16 appartements et d’une station service. En 1978, les nouvelles constructions sont réalisées.

Roger Ryckeghem, le gérant de l’ancienne station, prend en charge la destinée de la nouvelle. On rencontre cette dernière dans les Ravet-Anceau de 1981 à 1988. Un mini-market, selon la dénomination de l’époque, s’adjoint au service de distribution de carburant. Avec le temps, les « parapluies » protégeant les zones des pompes vont être remplacés par un auvent d’un seul tenant. Mais la station va disparaître, comme la plupart des points de distribution d’essence roubaisien. Les bâtiments, après avoir notamment hébergé une imprimerie, puis un commerce de distribution de produits fermiers, à l’enseigne de « La Ruche qui dit Oui ». hébergent aujourd’hui « Les trésors de Gaspard », une boutique consacrée aux enfants …

Photo Jpm 2018

Les illustrations non légendées proviennent des archives municipales, que nous remercions chaleureusement.

Cinquantenaire de la Brasserie Union de Rx Tg

En 1938,la brasserie « Union de Roubaix Tourcoing » de la rue Meyerbeer fête le cinquantième anniversaire de sa fondation. Fondée en 1888, cette brasserie coopérative est l’une des plus importantes de la ville.

( document coll. priv. )

Pour fêter cet événement mémorable, la Direction de l’établissement décide d’offrir à l’ensemble de ses salariés un banquet dans la salle Henri Watremez, rue de l’Hospice, car évidemment une immense salle est nécessaire pour accueillir tout ce monde, en date du 19 Juin 1938.

( document coll. priv. )

Quelques personnalités sont invitées au repas : Mr Sory adjoint au maire, Mrs Verbeurght et Vanherpe de la mairie, Mr Mandroux inspecteur du travail.

Mr Théo Tillie président du conseil d’administration de la brasserie prend la parole avant le repas ; il rend hommage au dévouement du personnel, remet des plaquettes-souvenirs à Mrs Rose et Desfontaine, et remet des médailles du travail à 29 salariés (ouvriers et employés).

( document coll. priv. )

Le banquet se déroule ensuite, animé par l’excellent orchestre de Mr Albert Duhamel.
Après le dessert, plusieurs discours sont prononcés, des hommages, des éloges sur la brasserie, devenue en 50 ans une grosse affaire de 150.000 hectos par an (les bières dont le célèbre Bock Meyerbeer, les vins et les liqueurs).

( document coll. priv. )

Un impressionnant cortège est organisé dans les principales artères de la ville. Tous les véhicules de la brasserie défilent : les véhicules hippomobiles mais aussi les nouveaux camions de livraison, avec les drapeaux tricolores qui flottent au vent.

( document coll. priv. )

Une foule immense assiste sur les trottoirs, à cette succession d’attelages et de camions. C’est manifestement une action publicitaire d’envergure, pour démontrer la force et l’importance de la brasserie Meyerbeer.

( document coll. priv. )

Le défilé rue de l’Alouette ( au N° 4 le studio photo de Mr H. Planque et au N° 2 la bonneterie de Mme Delattre ).

( document coll. priv. )

Le convoi publicitaire passe devant la pâtisserie de Mr Bogart au 97 rue du Grand Chemin.

( document coll. priv. )

Devant la cordonnerie de Mr Longuépé au 3 rue de l’Alouette.

( document coll. priv. )

Une foule immense pour l’arrivée sur la Grand Place.

A la fin des années 50 la Brasserie Meyerbeer sera reprise par la Brasserie Nord Lorraine, et ensuite par la Société Européenne de Brasserie ( Champigneulles ) en 1962.

La brasserie ferme ses portes en 1970, au grand désespoir de la Direction et du personnel, car Meyerbeer ne pourra donc pas fêter son centenaire en 1988.

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